Pinte2foot donne la parole à Maxime Touzaint, auteur de son premier livre, intitulé Terres de foot, Pélerinage d'un amoureux du ballon rond. De la belle ouvrage que nous recommandons à tout amoureux du foot aimant sortir des sentiers battus.
Maxime Touzaint, vous connaissez ? Mais si ! Maxime Touzaint, alias delhommeaudetete, est l’auteur de quelques textes pour Pinte2foot dans lesquels il nous raconte ses expériences de groundhopper dans des stades de l’hexagone. Maxime vient de publier aux éditions du Limonaire son premier bouquin, intitulé Terres de foot, Pèlerinage d’un amoureux du ballon rond. Un coup d’essai qui s’avère un coup de maître tant l’approche est originale, dynamique, vivante. En 176 pages et autant d’illustrations, il rend compte de la vitalité du football dans une quinzaine de villes de la France que l’on dit profonde. Il rappelle les riches heures de clubs appartenant au patrimoine du foot français, valorise le travail de passionnés, anonymes ou célèbres, et nous propose des entretiens avec d’anciens joueurs professionnels dont les noms feront frémir de plaisir les amoureux de la Ligue 1 des années 2000. Mais, le mieux n’est-il pas de laisser Maxime parler de son œuvre ?
Bonjour Maxime, peux-tu te présenter ?
J’ai bientôt 35 ans et à peu près autant d’années de supporterisme et de passion pour le foot en général. Mon péché mignon, c’est le FC Nantes… c’est aussi mon sacerdoce ! Mais comme ma passion ne s’arrête pas à ce club, j’ai eu l’occasion de parcourir la France en long, en large et en travers. Au-delà du sport, j’aime bien l’idée qu’il y ait des histoires locales, des entreprises, des personnages iconiques qui ont permis à des clubs d’exister et de devenir réputés à une époque où la financiarisation à outrance n’était pas encore d’actualité.
Comment est né le projet de bouquin ?
Il est né sur un bout de papier à Noël 2024 quand j’ai commencé à griffonner les rubriques que je voulais traiter et les villes dans lesquelles je voulais aller. Ça a été assez simple, je ne me suis pas beaucoup trituré l’esprit, l’idée était là de longue date, il fallait la formaliser.
Tu mets à l’honneur des villes moyennes, des sous-préfectures, on n’est pas dans la diagonale du vide, mais presque. Comment les as-tu choisies, car on va rarement sur un coup de tête à Romorantin par exemple ?
J’avais deux règles absolues : que la ville soit de taille modeste, avec l’idée très française du petit qui tape le gros, comme Romorantin éliminant des clubs de L1 en Coupe de France autrefois, et qu’il y ait eu à un moment donné un club professionnel dans ces villes. Il fallait que ça parle aux lecteurs. Romorantin, c’est un peu à la limite mais le club a passé les années 2000 en National. Et puis c’est l’attrait de l’inconnu et l’idée de surprendre. Les autres villes, elles sont associées à des clubs marquants ou des souvenirs personnels. Ce sont des choix subjectifs et sentimentaux me liant aux villes en question.
Tu as réussi à avoir des entretiens avec Fabien Cool, Cédric Mionnet, Teddy Richert, des personnalités de notre bonne vieille Ligue 1. Comment les as-tu convaincus de t’accorder du temps ?
C’est la divine surprise de ce livre. Au départ, quoi qu’il advienne, j’avais en tête ces joueurs-là, ce sont ceux que je voulais interroger. Teddy Richert, je lui ai écrit 10 lignes sur LinkedIn en lui expliquant ma démarche et le lendemain, j’ai reçu un appel masqué, « salut, c’est Teddy ». Le surlendemain on réalisait l’interview. Je suis tombé sur des gars sympas qui ont terminé leur carrière, ce qui rend la parole plus libre. Cédric Mionnet, lui, est resté très attaché à sa région. Des gens du coin, avec qui j’avais des contacts, le connaissaient et de fil en aiguille, j’ai obtenu ses coordonnées.
Tu fais aussi la part belle à des personnes dont on ne parle pas habituellement, des responsables d’associations, des supporters, des journalistes de province…
Oui, oui, oui ! En tant que passionné, je sais que le foot dans ces régions-là tient grâce au microcosme et aux gens qui font vivre le club local. Comme le jardinier, le speaker, les gens qui ne comptent pas leurs heures et plus rarement les joueurs, car ils sont souvent de passage. Il y avait comme condition la fidélité aux couleurs. Même quand j’ai interrogé des joueurs, j’ai pris soin de choisir ceux qui ont passé 10 ans dans un club ou qui y ont fait toute leur carrière.
Tu abordes la dimension sociale de ces clubs dans des villes où l’économie n’est pas forcément florissante. C’était un souhait de départ ?
C’est plutôt un constat. Je me suis aperçu que Gueugnon, Sedan, Montceau-les-Mines… ont connu des périodes fastes footballistiquement grâce au développement économique au 20e siècle, avec des entreprises qui ont porté les clubs. Moi qui ne connais pas la Bourgogne, j’ai découvert que Gueugnon avait eu de grands résultats grâce aux aciéries. Le club s’est écroulé en suivant le cycle de l’économie locale.
Tu n’as pas été tenté de politiser ton propos ?
Parmi les idées de départ, il y a la bienveillance. Je voulais mettre en avant les réussites et ne pas évoquer les catastrophes que ces clubs ont connus. Le foot est un sport qui facilite l’intégration, il n’y a pas que le fric, il existe un autre foot que celui de Mbappé. Pour le reste, chacun verra ce qu’il veut y voir.
Parmi les personnes que tu as rencontrées, quelles sont celles qui t’ont marqué ?
Avant de citer des personnes, je vais parler d’un lieu : Sochaux. J’ai eu un accueil incroyable : le stade Bonal a été ouvert pour moi, j’ai serré la main de l’ancien président Plessis, j’ai croisé les joueurs et l’entraineur. Pour un club de ce standing, c’est fou… Il est sur mon podium avec Sedan et Gueugnon. Ce sont des villes de foot par essence où le stade est imbriqué dans la cité. Bon, à Sochaux, il est au milieu des usines ! Pour ce qui est des rencontres, je n’ai pas envie d’en sortir une du lot… Allez, disons Anthony Gonçalves, le type respire le foot, il est fier d’avoir battu le record de matchs avec le Stade Lavallois en championnat. A Romorantin, Yoann Djidonou a tout de suite compris mon projet, c’était du bonheur. Vraiment, je suis tombé sur des types extras.
Si on exclut les stades typés Ligue 1, quel est celui où tu as ressenti une atmosphère particulière ?
C’est un stade de Ligue 1, mais je te réponds forcément Sedan. Une équipe de Régionale 1 où existe un kop bien fourni avec des jeunes de 20 ans qui n’ont pas connu les années 1990-2000. Pour eux, c’est le rendez-vous du week-end, peu importe l’adversaire. Sinon, j’aime bien le stade de Montceau-les-Mines, dans son jus, avec une petite tribune à l’ancienne.
Qui est Peaah, l’auteur des illustrations qui jalonnent chacune des pages ?
C’est un ami, infographiste de métier à Angers dont je ne peux que louer le travail. Il a compris là où je voulais aller, l’ambiance que je voulais diffuser et qui a réalisé exactement ce que j’avais en tête. Je ne voulais pas de photos pour laisser une part d’imaginaire. J’ai également prêté une grande attention aux couleurs, je voulais qu’à chaque nouveau chapitre on perçoive le changement de club.
Y aura-t-il un second opus ?
Tu n’es pas le premier à me le demander ! L’envie, oui, mais pas pour l’instant. J’ai plein d’idées en tête, aller dans des régions non explorées comme la Normandie ou le Sud-Ouest en général, mais pas dans l’immédiat. Je vais d’abord tirer les enseignements d’un premier livre, voir quel est son accueil. Je découvre tout, l’écriture est une grande aventure, plaisante mais chronophage. Et puis il y a ce qui a suivi la publication, comme la promotion et la communication autour du bouquin. J’en profite pour dire que je serai en séance de dédicaces au stade Francis-Le-Basser à l’occasion de Laval – Sochaux le vendredi 18 septembre, la première date d’une tournée qui me mènera à Besançon, Romorantin etc…
Pour finir, tu veux ajouter quelque chose ?
Oui ! Dans le livre, il n’y a pas de conclusion, chacun conclut ce qu’il veut. Mais je vais transgresser ma propre règle : les villes de foot ne meurent pas. Elles sont peut-être oubliées mais quand on s’y rend, on constate qu’il reste encore quelque chose. Il faut parfois rallumer les braises mais le passé est partout. Et le passé porte le présent.
Terres de foot, Pélerinage d’un amoureux du ballon rond, Maxime Touzaint, Editions du Limonaire – 20€
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L’entretien ne manque pas de bonnes ondes positives, alors je vais me mettre en quête de négativité : pas la moindre déception, dans le chef de l’auteur, au gré de ses pérégrinations dans la France profonde?
Peut-être n’attendait-il rien de particulier..mais peut-être si, quand même un peu. Auquel cas l’on est déçu parfois.
Et sinon peut-être dans ce que ces stades lui prodiguèrent à boire et à manger, a-t-il remarqué des spécificités socio-culturelles? Des abords du foot propres à certaines régions?
Ca va être une illustration un peu con-con, mais à Anderlecht j’avais remarqué qu’on pouvait y manger des..escargots, je n’ai jamais vu ça ailleurs dans le cadre d’un match de foot.
Qui sait : y en avait-il en Bourgogne??
Salut Alexandre et merci pour ton commentaire.
Effectivement ma démarche était avant tout bienviellante et l’acceuil reçu, la ferveur qui perdure même quand le sportif ne suit plus (Sedan, Gueugnon) m’ont poussé à rester sur cette ligne de conduite même si forcèment quelques voyages me sont apparus plus tristes (Niort, Martigues) et j’espère que cela transparait à la lecture de mes « Jour de match »!
Ah, s’il n’y avait que le foot qui soit dans le dur à Sedan, c’est une déglingue totale dans le coin.
Mais y a toujours une base apparemment. Et les autorités ne semblent résignées à ce que le stade finisse comme un éléphant blanc.. Je présume qu’elles comptent mobiliser l’Histoire du club, un marqueur collectif à entretenir, fierté locale oblige? Un peu comme avec Rimbaud (qui n’était pourtant pas tendre avec son coin du monde)?
Merci Seb. Bonnal, c’est un stade assez mythique. Me souviens qu’il avait la réputation d’avoir la meilleure pelouse de l’Hexagone.
Bonal a été ma porte d’entrée au football français. Dans son visage précédent. Un très bon souvenir. Epoque Hadzbibegic et Bazdarevic.
Alors là, tu me parles du duo le plus sympa que j’ai rencontré dans ma carrière de chasseur d’autographes. Les deux Bosniens étaient venus voir les gamins au bord du terrain, au Stadium, avec de gros paquets de bonbons à distribuer. Et avaient échangé avec chacun de nous. Me souviens que Bazdarevic nous avait balancé de grosses blagues avec son accent slave. Deux tres bons joueurs mais qui avaient également l’air d’être de chouettes personnes.
Des sacrés coups d’ailleurs !
Mecha Bazdarevic avait une bonne réputation à Sarajevo mais n’était pas un régulier de la sélection, souvent appelé hors des compétitions majeures.
Par contre, réussir à faire venir un joueur du statut de Hadzibegic, l’un des meilleurs (si ce n’est le meilleur) libéro de Yougoslavie, un des joueurs les plus capés de l’histoire des Plavi, et ce, alors qu’il a encore quelques belles années dans les jambes, c’est assez impressionnant.
Hadzibegic, même si il n’est resté que deux saisons au Betis, je pense que c’est le meilleur central que nous ayons jamais eu. Il était élégant, technique, capable de mettre de beaux buts. Un top joueur. Bazdarevic était également un super milieu. Franchement, ils s’étaient pas trompés à Sochaux avec ce duo.
Tu sais pourquoi Hadzibegic quitte le Bétis pour Sochaux ?
Problème économique ?
Le choix me paraît quand même étonnant, partir d’un club de milieu de tableau espagnol pour rejoindre un relégué de D1, même si le club remonte direct et va enchaîner plusieurs belles saisons.
Aucune idée mais c’est possible. En 87, le Betis perd également Gabi Calderon, qui si il n’a pas vraiment ebloui le Parc, même si il est de la place de dauphin en 89,
a par contre une très belle histoire à Seville. Son départ du Betis avait provoqué la colère des fans.
Je suppose que Silvester Takac joue un grand rôle dans la venue des deux Yougos.
Qu’est-ce qu’il avait été aimé au Standard, celui-là. Pas le plus clinquant du grand Standard du tournant 60’s-70’s, mais toujours au rendez-vous.
Je ne connais rien des stades français, mise à part ceux de Toulouse et Bordeaux. Finalement, j’en ai fait plus en Espagne. Et j’avoue que j’avais été un peu déçu par le nouveau San Mames. Le stade est superbe mais l’ambiance était mollassonne. Pourtant on était en pleine Semana Grande. Le 0-0 face à Getafe et les multiples ratés d’Iñaki Williams n’y sont pas pour rien.
Hello, comme mentionné dans l’accroche de l’interview, le livre de Maxime est très sympa à lire et témoigne d’une approche originale du foot.
Si vous êtes intéressés, c’est ici que vous pouvez l’acquérir (je touche une commission, à votre bon cœur… mais noooon, je plaisante).
https://m-touzaint.systeme.io/1c594286
Montceau-les-Mines, Louhans- Cuiseaux, Gueugnon, c’était le foot ouvrier, la Bourgogne loin des vignes, des clubs piliers de la D2 des années 1980. Gueugnon avait même dû renoncer à la montée en D1 en raison d’un statut non professionnel. C’est sympa que Maxime ait remis dans l’actualité ces clubs qui appartiennent au patrimoine du foot français.
Le concept du bouquin est très cool. Et la semaine dernière en me penchant sur le foot alpin je suis tombé sur Alès, c’est typiquement le club dont l’heure de gloire remonte tellement qu’on a un peu oublié où c’était.
Beau boulot en tout cas et je m’identifie totalement à l’idée selon laquelle le foot ne meurt jamais. Ca fait un peu cul-cul mais quand je vois des gamins jouer ou des matchs dans les villages, je peux confirmer que la passion n’a pas disparu et qu’il ne reste pas seulement des consommateurs qui ne regardent que la C1.
Je viens de le commencer, le choix des clubs est intéressant, c’est bien développé, bien illustré, bel objet !