Alumni Athletic Club, le (vrai) meilleur club argentin de l’histoire

Boca Juniors ? River Plate ? Rosario Central ? Oubliez-les. Le meilleur club de l’histoire du football argentin, c’est l’Alumni Athletic Club. Sans contestation possible.

Comme (presque) partout, le football argentin a vu le jour suite à l’arrivée des premiers Britanniques. La première rencontre officielle (ou du moins entrée comme telle dans la postérité) remonte à 1867, avec un affrontement entre deux équipes du Buenos Aires Cricket Club. Mais le football prendra une autre dimension en Argentine après l’arrivée de l’Ecossais Alexander Watson Hutton, qui fédère les initiatives pour structurer ce nouveau sport. L’homme est depuis désigné comme le « père du football argentin ».

Un premier championnat a lieu pendant l’année 1891, sous l’égide de la première fédération de football hors des îles britanniques : l’Argentine Association Football League, présidée par FL Wooley. Les immigrés écossais des Old Caledonians et de Saint Andrew’s sont déclarés co-champions (alors que la différence de buts penchent nettement en faveur des Old Caledonians) après les huit journées de championnat. Saint Andrew’s remporte un match de classement pour déterminer qui recevra la médaille, Old Caledonians restant inscrit au palmarès comme champion d’Argentine. Mais cette saison n’a pas de lendemain et il faut attendre 1893 pour qu’une nouvelle compétition officielle et une nouvelle fédération (portant le même nom) voient le jour.

Les participants sont différents cette année-là. Parmi eux se trouve le Lomas Athletic Club, fondé par des immigrés anglais et qui remporte le titre en terminant la saison invaincu. Lomas inscrira son nom au palmarès de la compétition cinq fois en six saisons, jusqu’en 1898. Mais, à l’aube du XXe siècle, un nouveau concurrent fait son apparition. Un adversaire qui effacera bien vite Lomas des tablettes : l’Alumni Athletic Club.

Un nouveau challenger

D’abord baptisé Club Atlético English High School, le nouveau venu du football argentin terrorise rapidement les pelouses. Il décroche son premier sacre en 1900. Cinq victoires et un match nul en six rencontres, 18 buts marqués pour seulement trois encaissés, c’est un champion incontesté. Lomas, ogre de la décennie précédente, est nettement battu.

La fédération voit toutefois un bémol à ce succès : elle n’autorise plus les clubs à utiliser directement le nom de l’école qu’ils représentent, afin d’éviter toute publicité. L’English High School devient l’Alumni Athletic Club lors du championnat 1901, qu’il écrase de bout en bout (six victoires en six matchs, 10 buts inscrits, un seul encaissé). De nouveau champion invaincu en 1902, l’Alumni AC connaît sa première défaite en match officiel en 1903. Cela ne l’empêche pas de remporter un nouveau titre, avec une moyenne de quatre buts inscrits par rencontre.

Mais c’est le signe d’une légère fin de cycle, puisque l’Alumni AC ne termine la saison 1904 qu’à la deuxième place. Qu’à cela ne tienne. Le club reprend sa série victorieuse dès l’année suivante. Et, malgré le développement du championnat et l’augmentation du nombre de matchs, l’Alumni AC parvient encore à rester invaincu en 1907 (17 victoires et trois matchs nuls en 20 journées) et remporte un total de 10 titres entre 1900 et 1911.

Que du beau monde

Mais qui est derrière le succès de ce club ? Alexander Watson Hutton. Non content d’avoir participé à créer une fédération de football pérenne, notre homme a aussi fondé l’école bilingue Buenos Aires English High School. Il a d’abord travaillé à Saint Andrew’s, mais l’incapacité de cette école à investir pour s’équiper d’infrastructures sportives de qualité l’a poussé à quitter son poste. Car Watson Hutton est persuadé que le sport doit avoir une place prépondérante dans l’éducation.

Le directeur de la nouvelle école profite de deux éléments importants. En 1898, le gouvernement impose la pratique sportive dans le cadre de l’éducation. Chaque école doit de plus avoir un club sportif dans lequel peuvent jouer ses étudiants, actuels et anciens. C’est ainsi qu’est né le Club Atlético English High School, avant d’être renommé un peu plus tard.

Alexander Watson Hutton

Watson Hutton ne s’arrête pas là. Passionné de football, il veut offrir les meilleures conditions possible à ses joueurs et recrute ainsi un Ecossais en tant qu’entraîneur : William Watters, qui restera dans la postérité comme l’homme ayant été le premier à importer des ballons de football du Royaume-Uni vers l’Argentine. L’équipe n’est toutefois pas composée uniquement de Britanniques. Elle compte aussi des Argentins, et pas des moindres. A partir de 1905, son capitaine est par exemple Juan Brown, un Argentin d’origine écossaise qui disputera 36 rencontre avec la sélection argentine entre 1906 et 1916. Juan Brown avait des cousins. Une fratrie de sept (Alfredo, Carlos, Eliseo, Ernesto, Jorge, Diego et Tomás), qui ont tous joué pour l’Alumni AC. Mieux, les cinq premiers cités ont également porté le maillot de l’Argentine.

Un autre joueur au profil particulier est présent au club depuis 1902. Il s’agit d’Arnold Watson Hutton, qui n’est autre que le fils du fondateur de l’école. Il intègre l’équipe à ses 15 ans, mais sa présence est plus sporadique en raison de ses études à l’étranger. Mais Watson Hutton junior marque lui aussi l’histoire du football argentin, disputant 17 rencontres avec le maillot albiceleste. Il comptera même une sélection avec l’Argentine en cricket, en 1912.

Une fin rapide

L’année 1911 marque un tournant. Alexander Watson Hutton prend sa retraite et l’Alumni AC ne peut s’aligner en championnat, faute de joueurs disponibles. Il est impossible de vérifier si le premier événement a entraîné le deuxième, même si la passion de Watson Hutton pour le football semble avoir eu un rôle important dans le fonctionnement de l’English High School. Mais, à l’époque, d’autres sports comme le cricket sont plus populaires. En 1913, l’Alumni AC disparaît définitivement, n’ayant pas été capable de retrouver les terrains. En 1951, des étudiants décident de faire revivre cet héritage en créant une section rugby nommée Asociación Alumni, et qui existe toujours.

L’histoire du club, bien que courte, a été couronnée d’un tel succès que l’Alumni AC est aujourd’hui encore le sixième club argentin le plus titré, avec ses 10 championnats. A cela s’ajoutent d’autres sacres. Le club de Watson Hutton a remporté les deux premières éditions de la Copa de Honor Municipalidad de Buenos Aires ainsi que les trois premières Copa de Competencia Jockey Club. Cinq coupes nationales, donc, mais ce n’est pas tout.

L’Alumni AC a également brillé hors des frontières argentines. Si la Copa Libertadores n’existe pas encore, les équipes argentines et uruguayennes s’affrontent dans deux compétitions distinctes : la Tie Cup (aussi appelée Copa Competencia Chevalier Boutell), dont la finale est disputée à Buenos Aires, et la Copa de Honor Cousenier, avec une finale à Montevideo. L’Alumni AC remporte la deuxième nommée en 1906 et fait de la Tie Cup sa chose : six victoires sur les 10 premières éditions.

Avec 10 titres sur 14 championnats disputés, l’Alumni AC est largement le meilleur club de l’histoire du championnat d’Argentine. En comptant ses sept titres internationaux en plus, le club fondé par le « père du football argentin » écrase toute concurrence et s’affirme sans discussion possible comme le meilleur club argentin de l’histoire.

7 réflexions sur « Alumni Athletic Club, le (vrai) meilleur club argentin de l’histoire »

  1. Le duel historique du rugby argentin se joue entre deux clubs de San Isidro. Le Club San Isidro face au Club Atlético de San Isidro où joua Pichot avant son départ pour l’Europe.
    Cela n’a malheureusement pas tenu longtemps mais la Franchise des Jaguares en Supzr 12 était une bonne idée pour développer le rugby argentin localement, avec des résultats corrects puisqu’ils vont en finale en 2019 face aux Crusaders. Mais le COVID est passé par là…

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  2. Alumni disparaît quand le football criollo via le Racing émerge. Ajde en parlerait mieux que moi mais le style britannique s’efface au profit d’un football plus technique né des flux migratoires de la fin du XIXe et de leurs multiples origines, noyant l’influence british au profit d’un sentiment national argentin.

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