Le Groenland ne veut plus être hors-jeu

Convoité par Washington mais snobé par la FIFA. A l’heure où les Etats-Unis montrent les dents pour acquérir cet immense territoire, le Groenland ne rêve que d’une chose : prendre son destin en main, ce qui serait un moyen d’affirmer son identité et d’obtenir plus de visibilité.

Jesper Grønkjær est un joueur singulier. Formé à Thisted, il se révèle à l’AaB Aalborg. De là, la carrière du virevoltant ailier bascule lorsqu’il rejoint l’Ajax Amsterdam à l’été 1998. Il découvre la sélection danoise (dont il portera le maillot à 80 reprises au total) pendant son séjour en Hollande et est élu meilleur joueur du club par les supporters à l’issue de sa deuxième saison à Amsterdam.

Il dispute l’Euro 2000 avec le Danemark. Dans une compétition catastrophique pour les Danish Dynamites (seule équipe avec trois défaites, aucun but marqué), il est l’un des rares à surnager. Ses prestations tapent dans l’œil de Claudio Ranieri, qui le recrute à Chelsea pendant l’automne. Il s’impose rapidement chez les Blues, marque à Monaco en demi-finale de Ligue des Champions 2003-2004, mais ne confirmera pas ensuite, ratant ses passages suivants à Bournemouth, à l’Atlético Madrid et au VfB Stuttgart. S’il n’est pas le Danois le plus connu, Jesper Grønkjær est en revanche le footballeur Groenlandais le plus performant de l’histoire de l’île. Et, pour les joueurs actuels, il est un modèle à suivre. Et plus ou moins le seul.

Certes, Jesper Grønkjær a grandi sur le continent, à Thisted. Dans cette ville d’environ 10 000 habitants, il est plus facile d’apprendre à devenir footballeur qu’à Nuuk, 20 000 habitants, ville natale du joueur et capitale du Groenland. Une ville qui compte un unique terrain de football, en synthétique. Avec des températures moyennes négatives la moitié de l’année et où la neige est susceptible de tomber toute l’année, le développement du football y est compliqué.

Et pour les joueurs qui se forment sur l’île, le niveau professionnel est presque inaccessible. Première étape pour y parvenir, quitter le Groenland. Dans la sélection actuelle, quatre joueurs évoluent au Danemark dans des divisions inférieures et un dans les îles Féroé. Et la situation n’est pas près d’évoluer.

Sous la neige, le gazon

Contrairement aux apparences, le Groenland peut être considéré comme une terre de football. Avec 5500 joueurs sur 56000 habitants, répartis dans 38 clubs, près de 10 % des habitants sont des footballeurs. La plupart des pays sont loin d’atteindre de tels chiffres. A titre de comparaison, la France compte 2,4 millions de footballeurs licenciés sur une population de 68,6 millions d’habitants. Mais malgré une base solide, les handicaps sont nombreux pour développer le football. Le premier obstacle est évidemment climatique. Si une vingtaine de terrains en synthétique ont été construits sur l’île, ils sont impraticables la majeure partie de l’année et il est nécessaire de jouer en salle.

Difficile dans ces conditions de développer un championnat à onze de qualité. Les contraintes géographiques n’aident pas. Faute de moyens financiers et de distances raisonnables à parcourir, les rencontres entre les différentes équipes du pays sont réduites au plus strict minimum. Après une période de qualifications au niveau local, huit équipes se qualifient pour la phase finale du championnat. Celle-ci se déroule en une semaine sur un terrain unique. Une phase de groupes, puis des matchs couperets pour déterminer le classement complet. Pour la saison 2025, six jours ont suffi : chaque équipe a disputé une rencontre par jour. De quoi poser un sacré casse-tête pour la récupération.

Malgré son format atypique, le championnat groenlandais est assez ancien. Disputé depuis les années 50, il a lieu chaque année sans interruption depuis 1971, exception faite des années 2020 et 2021 en raison de la pandémie de covid-19. Entièrement amateur, il est largement dominé par le Boldklubben af 1967 (plus couramment nommé B-67), basé à Nuuk, la capitale. Le club a remporté le championnat 16 fois, dont les trois dernières éditions. La concurrence est à la peine et ce manque de densité corse la situation.

Mon royaume pour des compétitions internationales

Pour accélérer le développement du football, les clubs groenlandais auraient besoin de disputer des rencontres contre des adversaires étrangers. Oui mais voilà : l’île n’est pas membre de l’UEFA, et ses demandes en ce sens n’ont jamais abouties. N’étant pas indépendant, le Groenland ne peut prétendre à rejoindre l’instance européenne. Au contraire des Iles Féroé, pour elles aussi considérées comme une nation autonome au sein du royaume du Danemark.

Ce blocage administratif a longtemps été perçu comme une fin de non-recevoir, mais les dirigeants de la fédération groenlandaise de football ont récemment décidé de tenter l’aventure internationale en se tournant vers leurs plus proches voisins : le continent américain. Les statuts de la CONCACAF semblent plus souples que ceux de l’UEFA, car ils ne mentionnent pas la nécessité d’être un pays indépendant pour la rejoindre. Mieux, le Suriname ou le Guyana sont situés en Amérique du Sud tout en étant des membres à part entière de l’entité nord-américaine. D’autre part, les handballeurs de l’île avaient montré la voie des années auparavant, eux qui participent au championnat panaméricain depuis 1998. Ils ont d’ailleurs fait mieux, avec deux médailles de bronze (2002 et 2006) et l’organisation du tournoi à Nuuk pour l’édition 2018.

Tous les voyants étaient au vert et les footballeurs groenlandais ont fondé de grands espoirs sur leur candidature. Hélas, la CONCACAF a rejeté en juin dernier la candidature groenlandaise, à l’unanimité de ses membres. Aucune explication n’a été donnée pour justifier cette décision, ce qui peut alimenter toutes les spéculations sur une décision politique prise à Washington. Barré en Europe aussi bien qu’en Amérique, le football groenlandais est toujours sur la touche.

3 réflexions sur « Le Groenland ne veut plus être hors-jeu »

    1. Mobutu a ma foi fait pire : pour « authentifier » le bien nommé Congo (du nom d’un Royaume pluriséculaire du bassin inférieur du fleuve), il le rebaptisa en « Zaïre », qui est une exonymisation, c’est à dire un nom donné par des étrangers pour remplacer celui par lequel se désignaient jusqu’alors les locaux..

      Ca, c’est de la politique d’authenticité! 🙂 Et c’est pas tout..

      Dans ce cadre, il imposa aussi le port de l’abacost ( = « à bas le costume » occidental, donc), qui cependant consistait notamment en le port d’une veste..chinoise, de type Mao.

      Quant aux pagnes wax dont il promut le port par les femmes, en lieu et place des robes voire jupes occidentales : originaires de..Bali……….

      Je repasse demain pour rattraper mon retard de lecture.

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