Après le succès international du top des défenseurs, P2F se lance dans un top des… gardiens de but ! Toutes les deux semaines, vous retrouverez les portraits des plus fameux derniers remparts classés des années 1920 aux années 2010. Une façon de mettre en lumière un poste trop souvent mal-aimé, trop souvent ringardisé dans les cours de récré. Bonne lecture !
(Première partie disponible ici)
5ème : Jürgen Croy

La partition de l’Allemagne pendant la guerre froide a épargné au monde du football une série de rivalités en équipe nationale qui auraient injustement privé une brochette de géants de la gloire qui leur revenait. Sans le mur de Berlin, Dixie Dörner aurait-il percé face à Franz Beckenbauer ? Jürgen Sparwasser ou Joachim Streich auraient-ils pu exister face à Gerd Müller ? Et au poste qui nous intéresse ici, avec des avis d’ailleurs partagés dans notre rédaction, qu’en aurait-il été de Jürgen Croy face à Sepp Maier ?
Né en 1948 à Zwickau, dans ce qui est encore la zone soviétique d’occupation en Allemagne, fils d’un ouvrier de l’automobile, athlétique et doué pour le football dès ses débuts à huit ans, le jeune Jürgen est un enfant modèle de la République démocratique naissante. Avant-centre pour commencer, il révèle vite un talent hors normes dans la cage et se retrouve dès 1963 au grand club de la ville, le BSG Motor Zwickau qui deviendra bientôt Sachsenring. Deux ans plus tard, après sa victoire sur l’Angleterre avec les U18 est-allemands en finale du tournoi juniors de l’UEFA, il éjecte proprement le titulaire de la cage du Motor… et ne libérera celle-ci que seize ans plus tard.
Croy est en effet viscéralement attaché à sa ville et sa région natales, comme nous avons eu le plaisir de l’apprendre en recueillant ses propos. Il va résister toute sa carrière durant à l’insistance des officiels qui voudraient voir le meilleur gardien du pays rejoindre un des onze clubs désignés pour le plus haut niveau. La Stasi, qui l’approche dès 1965, ne s’en tire pas mieux et finit par le qualifier de « trop lâche pour travailler avec nous ». En 1972, la pression atteint son paroxysme avec un transfert prévu d’office au Dynamo Dresde. Mais Croy est devenu un tel symbole que le personnel de la Sachsenring s’en mêle. « Jürgen, s’ils te transfèrent, on se met en grève », glisse ainsi sans rire à l’intéressé un contremaître de l’usine où l’on fabrique les Trabant. La Fédération, vite prévenue, prend peur face aux conséquences politiques de l’affaire et fait marche arrière.
C’est pour cela que les faits d’armes de ce gardien grand et costaud pour l’époque (1,86 m, 85 kg), impérial dans les airs, d’une sûreté de mains peu commune, 40 ans en avance sur son époque dans le jeu au pied, et d’une solidité mentale à toute épreuve, se limiteront en grande partie à l’équipe nationale. Il y aura une médaille de bronze prometteuse aux Jeux olympiques de 1972, puis la victoire historique sur la RFA à la Coupe du monde 1974 où Croy et toute la RDA font un beau tournoi, et enfin un trophée, le seul de l’histoire de la sélection est-allemande, avec la médaille d’or aux Jeux de Montréal en 1976.


En club, il y aura deux des trois Coupes de RDA gagnées par le Sachsenring, en 1967 et 1975. Lors de cette dernière finale, face au Dynamo Dresde, Croy écrit une nouvelle page de sa légende lors des tirs au but. Il en stoppe deux puis s’empare du ballon et marque le tir vainqueur à son homologue Claus Boden. La saison suivante, il récidive en huitième de la Coupe des Coupes face à la Fiorentina, puis tient le nul à lui seul en quart de finale aller face au Celtic avant un 1-0 au retour qui envoie le Sachsenring en demi-finale. Anderlecht y est trop fort et l’aventure se finit sans discussion (0-3, 0-2).

Par la suite, la RDA ne se qualifiera plus pour un grand tournoi. Le Sachsenring baisse de pied, son gardien aussi, tout doucement, jusqu’à perdre sa place en équipe nationale au profit de Hans-Ulrich Grapenthin. Quand Croy raccroche les gants, à l’été 1981, il y a 372 matchs de DDR-Oberliga (à 14 équipes) et 90 sélections A au compteur. Huit ans plus tard, il sera élu « meilleur footballeur en 40 ans de RDA ».
Il a déjà passé son diplôme d’entraîneur et fait ses classes en juniors avant de prendre en main le Sachsenring, qu’il dirigera de 1984 à 1988. Il est brièvement vice-président de la Fédération est-allemande juste avant la réunification, passe quelques années dans le privé après celle-ci, et vient en parallèle siéger dans les instances dirigeantes de son club de toujours, désormais rebaptisé FSV. De 1994 à 2000, il est conseiller municipal délégué aux sports de sa chère ville de Zwickau, puis prend la direction de la chambre de commerce et de tourisme de la ville jusqu’à sa retraite en 2010.
À 75 ans passés, Jürgen Croy n’a rien perdu de son coup d’œil sur les affaires du monde ni de son indépendance d’esprit, comme ses propos dans nos colonnes et ailleurs peuvent en témoigner. Malgré le carcan du socialisme, malgré les diktats de la société du spectacle, il a trouvé le moyen de faire ce à quoi tant d’autres aspirent en vain : mener et réussir une vie d’homme libre.
4ème : Ronnie Hellström

À vrai dire, notre rédacteur serait personnellement parti à la Coupe du monde avec lui plutôt qu’avec le troisième de ce Top. L’on verra toutefois que les résultats bruts peuvent justifier le classement, et aussi qu’en vertu du principe de collégialité qui régit notre rédaction, l’auteur a choisi de ne pas abuser de son droit de veto… quitte à en user tout de même un peu plus loin.
« Le monstre gentil », avons-nous intitulé notre portrait du plus grand gardien suédois de tous les temps. Folke Ronnie Wallentin Hellström a en effet laissé le souvenir d’un personnage aux qualités humaines exceptionnelles, d’un sportif au fair play sans faille (aucun rouge, aucun jaune en dix saisons de Bundesliga), mais aussi d’un compétiteur dont la détermination intimidait n’importe quel attaquant.
Né en 1949, titulaire en D1 suédoise (à Hammarby) à 18 ans, international la même année, participant sans gloire au Mundial 1970 au Mexique, Hellström se révèle à la Coupe du monde 1974 en RFA. Transcendé comme un Viking au combat dans le but d’une Suède qui surprend tout son monde, il sort trois matchs XXL contre les invincibles Pays-Bas de Cruyff, l’Uruguay demi-finaliste de 1970 que les Blågult font passer à la trappe au premier tour, et les futurs champions du monde ouest-allemands dans un duel wagnérien aux faux airs de quart de finale. Comme tant d’autres dans notre liste, il n’a aucun point faible dans le jeu, se distingue particulièrement sur sa ligne et en un contre un, est capable d’erreurs occasionnelles mais jamais de trous noirs complets, et trouve à se surpasser dans les grands rendez-vous.

Il a déjà signé juste avant le WM à Kaiserslautern où il va connaître dix ans de félicité totale. Les Roten Teufel montent en puissance jusqu’à jouer le titre chaque saison à la fin de la décennie, Hellström est devenu le chouchou des ultras et progresse sans arrêt. Il se forge aussi une réputation justifiée de « tueur de penalties » avec 18 arrêts sur 53 tentatives au total, septième meilleur bilan de l’histoire de la Bundesliga.
Au Mundial 1978 en Argentine, il est au sommet de son art mais ne peut éviter à une équipe en fin de cycle de s’arrêter au premier tour. Lui va rester tout en haut de la pyramide quelques années encore avant de subir des ans l’irréparable outrage et de prendre sa retraite en 1984, à 35 ans, à un niveau encore plus qu’honorable. Il aura déjà quitté la sélection dès 1980, après 77 capes, à la faveur de l’arrivée d’une nouvelle génération et d’un digne successeur dans le but, Thomas Ravelli. Malgré deux finales de Coupe de RFA en 1976 et 1981, l’armoire à trophées sera hélas restée vide.

On le voit par la suite au bord des terrains de son pays natal, à entraîner les gardiens d’Hammarby puis du Malmö F.F., avant qu’il ne tourne définitivement la page à la quarantaine. Aussi doué dans le commerce que dans le but, il monte quelques petites affaires qui prospèrent, travaille à la direction de la filiale suédoise de Hornbach, le Leroy Merlin allemand, puis se met à son compte dans la distribution en gros. Il ne rompra toutefois jamais le lien affectif très fort qui l’unit au 1. FC Kaiserslautern où il reviendra souvent rencontrer les supporters et commémorer les grands événements du club.
Même un Viking n’échappe pas à sa condition de mortel. Les symptômes d’un cancer de l’œsophage apparaissent en 2020, la maladie aura raison de Ronnie Hellström le 6 février 2022, quelques jours avant son 73e anniversaire. Le tifo à Hammarby sera émouvant de simplicité, celui au Fritz-Walter-Stadion sobre mais sincère. L’homme aurait apprécié ces valeurs qui étaient les siennes.

3ème : Ubaldo Fillol

Dans ces années 1970 marquées par la puissance physique même chez les gardiens, rares sont les Latins qui ont pu donner la réplique. Mais un joueur du calibre d’Ubaldo Fillol, sans conteste l’un des cinq meilleurs gardiens sud-américains de tous les temps, aurait figuré dans le Top de n’importe quelle décennie. P2F a déjà tracé le portrait de ce « super-héros des temps obscurs », comme notre rédacteur l’a joliment écrit, qui n’a pas peu contribué à offrir un rare éclair de joie à un peuple tourmenté par la crise économique et écrasé par la dictature militaire.
Entre les origines en 1950 à San Miguel del Monte, à 100 km de Buenos Aires, et les débuts en D1 avec Quilmes à 18 ans, il y a une enfance sans privilège et une adolescence de labeur : apprenti boulanger ou métallo le matin, entraînement l’après-midi. Un jour que Fillol doit jouer avec l’équipe de D8, il est appelé à l’improviste en D4 pour remplacer le titulaire blessé, Pato Iglesias. Personne dans l’équipe ne le connaît, tous l’appellent Pato pendant le match… et le surnom, qui signifie « canard » en espagnol, va le suivre toute sa vie.

Quand il signe au Racing en 1972, il a déjà révélé un style de jeu qui ne changera plus. Loin des métronomes sans défaut qui sont légion dans ce Top, Fillol compense quelques faiblesses par des points forts de tout meilleur niveau. Comme souvent en Amérique du Sud, il est perfectible dans les airs. Il peut bloquer une mine à bout portant et relâcher un tir anodin dans la minute qui suit. Mais il excelle sur penalty (26 arrêts en Primera División, record à égalité avec Hugo Gatti), est capable de réflexes absolument incroyables sur sa ligne, ne commet pas d’erreurs de placement, et fait preuve en toute circonstance d’un calme imperturbable qui rassure énormément sa défense.
Transféré sans vraiment le vouloir à River en 1973, il va s’y affirmer comme un gardien de classe mondiale. Il fait partie des 22 à la Coupe du monde 1974 et y fête sa première cape dans un match de poule du second tour sans enjeu face à la RDA, les deux équipes étant déjà éliminées. À l’approche du Mundial 1978 à domicile, il cire le banc en sélection derrière Hugo Gatti, davantage à cause d’une grosse fâcherie avec le sélectionneur César Luis Menotti que pour raisons sportives. La presse mène campagne en faveur de Fillol ; la junte, désireuse à tout prix d’un titre mondial qui la légitimerait, force une réconciliation en 1977 qui fait enfin d’El Pato le numéro 1 dans le but national.
Dernier rempart d’une équipe bien meilleure que la triste réputation de ce Mundial le veut, il va être décisif dans la conquête de sa première étoile par l’Albiceleste. Contre la Pologne, à la première journée du deuxième tour, il évite l’égalisation à 1-1 en arrêtant un penalty de Kazimierz Deyna ; l’Argentine s’imposera 2-0. Au match suivant, face au Brésil, il est décisif face à Roberto Dinamite et Gil et préserve un 0-0 qui comptera. En finale, il sort trois énormes parades sur des tentatives de Johnny Rep et Robby Rensenbrink avant de bénéficier de la chance des champions avec un poteau de Rensenbrink dans le temps additionnel. Le voilà campeón del mundo sur son propre terrain du Monumental, quelques jours avant ses 28 ans.

River reste au top au début des années 1980, mais l’Argentine ne réussit pas à défendre son titre en 1982. Ni Fillol, ni même Maradona ne peuvent éviter une sortie sans gloire au deuxième tour face à l’Italie de Paolo Rossi et au Brésil de Sócrates. La guerre des Malouines est perdue, la dictature est à bout de souffle, le sinistre vice-amiral Lacoste a perdu son emprise sur le football argentin. Fillol peut enfin échapper à son contrat léonin avec les Millonarios et signe à Argentinos Juniors en 1983, puis à Flamengo six mois plus tard, avant d’atterrir à l’Atlético de Madrid à l’été 1985, à 35 ans. Il n’y sera guère heureux et retourne au Racing dès 1986, puis à Vélez Sarsfield en 1989 où il effectue sa dernière saison.

En équipe nationale, il s’est vu écarté sans ménagement de la sélection par Carlos Bilardo après les qualifications au Mundial 1986, avec seulement 58 capes au total. Il confiera plus tard son regret de ne pas avoir participé au deuxième sacre de l’Albi, n’eût-ce été que du banc. Peut-être Bilardo a-t-il voulu rompre symboliquement avec l’ère Menotti, comme l’a avancé notre rédacteur en 2023. Peut-être aussi Nery Pumpido, Luis Islas, et Héctor Zelada se sont-ils imposés à la régulière dans les 22 : même les monuments ne sont pas éternels.
Comme beaucoup avant lui, El Pato n’abandonnera pas le monde du ballon rond. Après quelques années en vacances de celui-ci, il prend en main l’entraînement des gardiens de l’équipe nationale en 1999, se lance dans le grand bain en 2003 sur le banc du Racing où il ne dure qu’une saison, et reprend son poste avec l’Albiceleste pour le quitter définitivement en 2006 à la démission de José Pékerman. Il entraîne ensuite les gardiens de River mais démissionne après quelques mois seulement suite à une embrouille avec un joueur.
On le reverra au club en 2014 dans un rôle administratif de « directeur des gardiens » qu’il occupera jusqu’au début des années 2020 et une retraite bien méritée. Près d’un demi-siècle après le sacre de Buenos Aires, et n’en déplaise à Dibu Martínez, il n’y a toujours qu’Amadeo Carrizo pour devancer cet authentique géant du poste au Panthéon des portiers de la Plata.
2ème : Dino Zoff

Le vote de la rédaction laissait l’illustrissime Italien au pied du podium, dans un mouchoir avec Fillol et Hellström et plus loin de notre lauréat. C’est alors que l’auteur a usé de son joker pour rendre à ce César de la cage la place d’honneur qui lui revient. Ce ne sont pas seulement les faits qui ont joué, mais aussi un souvenir personnel.
C’était au Parc des Princes, le 3 septembre 1980, pour le traditionnel match de gala des Bleus au bénéfice de l’UNFP, le syndicat des joueurs professionnels. L’adversaire était toujours un grand club ; cette année-là, c’était la Juventus. Une bonne moitié de la Nazionale y jouait, la France n’avait pas battu celle-ci depuis 1920, on comptait sur la génération Platini pour le faire (ce serait pour 1982) : ce n’était pas tout à fait un match amical.
« Il » était là, bluffant de sérénité dans son traditionnel maillot gris, disposant ses défenseurs d’un geste ou d’un mot sans élever la voix. À peine effleurait-il le gazon sur un plongeon ou un duel avant de se relever, immaculé et olympien. Il était toujours si bien placé, sans d’ailleurs sembler courir, que les ballons lui arrivaient dans les mains comme par magie. Depuis mon siège en tribune, c’était comme s’il y avait plus d’un joueur dans la cage. J’ai vu par la suite Arconada et Schumacher dans ce même stade ; je n’ai pas retrouvé une telle impression. Dans la légende des gardiens, on connaît le Tigre, l’Araignée Noire, ou le Chat. Dino Zoff, ce soir-là et bien d’autres, était l’Architecte.
Il était déjà en fin de carrière, sans que personne ne pressente l’apothéose qui l’attendait deux ans plus tard à Madrid. Avant cela, il y avait eu les premiers jours en 1942, dans un Frioul encore épargné par la guerre. Il y avait eu des débuts hésitants à l’Udinese en 1961 et cette « jeunesse à Mantoue » décrite avec talent par notre esperto di calcio en 2022. Il y avait déjà la discrétion, l’hygiène de vie monacale, et la religion du travail qui allaient marquer toute une carrière. Il y avait eu l’affirmation d’un talent au Napoli après 1967, l’installation dans le but de la Squadra Azzurra, et la victoire à l’Euro 68. Il y avait eu le retour en forme d’Enrico Albertosi et une frustrante Coupe du monde 1970 vécue du banc.

Il y avait eu le transfert à la Juventus en 1972, pour un milliard de lires, qui avait propulsé Zoff dans le Gotha des portieri avec 903 minutes consécutives sans encaisser de but dès sa première saison, un record en Serie A qui tiendrait vingt ans. Il y avait eu la deuxième place au Ballon d’Or 1973, fait rare pour un gardien. Et il y avait eu des titres, enfin, durant cette décennie où la Juve avait repris « sa » place au sommet du Calcio : cinq scudetti, une Coppa Italia.
Il y avait aussi eu quelques zones d’ombre. Comme beaucoup de Latins, Zoff n’était pas toujours irréprochable sur les balles aériennes, par exemple celle du but vainqueur de Johnny Rep en finale de la C1 1972-73. À la Coupe du monde 1978, il avait paru diminué, quelque peu fautif sur l’extraordinaire frappe de 40 mètres d’Arie Haan. Mais tout cela n’était somme toute que secondaire ou passager. Deux ans plus tard, à l’Euro 80 sur son propre sol, il avait été élu meilleur gardien d’un tournoi où figurait du beau monde : Arconada, Clemence, Pfaff, et Schumacher.
Et puis il y avait eu le Mundial 1982. Comme le reste de la Squadra, il était monté en puissance après un début laborieux. Au second tour, les planètes s’étaient alignées à Sarrià, dans un match de légende face au Brésil de Sócrates. Le vétéran que l’on croyait fini n’avait perdu aucun duel, n’avait commis aucune erreur sur les frappes diaboliques des Falcão ou autres Éder. Il avait certes cédé deux fois mais avait sauvé la patrie à la dernière minute sur une tête-canon du défenseur Oscar, au coin des six mètres, qu’il était allé chercher d’une détente suprême et avait bloquée littéralement sur la ligne. L’Italie avait vaincu, et plus rien n’allait autant solliciter Zoff sur la route du sacre. Capitaine exemplaire et radieux, il avait levé dans le ciel du Bernabéu la Coupe du monde dont il est encore le vainqueur le plus âgé aujourd’hui : 40 ans, 4 mois, et 13 jours.


Le plus beau des trophées de club lui manquait encore. Il avait bien remporté la Coupe de l’UEFA en 1977 face à l’Athletic Bilbao, duel à distance avec le monstre Iribar à la clé, mais son rôle dans l’échec de 1973 face à l’Ajax était une tache à effacer. Dix ans après, pour sa dernière saison, il en aurait l’occasion, à Athènes, face à un Hamburger SV redoutable mais pas favori. Il n’avait fallu que huit minutes à Felix Magath pour fracasser le rêve d’un missile du gauche. Ce ne serait pas pour ce soir-là, ce ne serait jamais : Dino Zoff venait de jouer son dernier match. Il y avait eu au total 642 apparitions en Serie A et 112 capes avec les Azzurri.
Il avait encore à donner à ce football qu’il aimait tant. Il avait fait ses classes, patiemment, puis s’était assis en 1988 sur le banc de la Juve où il avait remporté une Coppa Italia et une Coupe de l’UEFA. On l’avait ensuite vu à la Lazio, avec une nouvelle Coppa et une finale de C3, avant que son pays ne l’appelle à diriger la Nazionale.
Celle-ci, dont il avait renouvelé l’effectif (arrivederci Roberto Baggio, buongiorno Francesco Totti), n’était pas favorite à l’Euro 2000 mais avait surpris tout le monde. Supérieurement organisée, miraculée en demi-finale par la grâce de Toldo, elle était passée à quinze secondes et un coup de patte de Sylvain Wiltord de l’exploit ; on connaît la suite. Écœuré par les commentaires assassins de Silvio Berlusconi après la défaite, Zoff avait démissionné avec fracas. Rien n’avait pu faire revenir ce caractère entier sur sa décision ; de quoi la Squadra aurait-elle été capable en 2002 ou 2004 avec lui à sa tête ? Il était retourné à la Lazio puis à la Fiorentina, sans grand succès, avant de tirer sa révérence en 2005.
On n’entend plus beaucoup parler depuis de ce grand Monsieur, intensément jaloux de sa vie privée, exception faite d’une urgence médicale grave en 2015. À 80 ans passés, révéré d’un bout à l’autre de la Botte, il mène dans la tranquillité de son Frioul d’origine la retraite apaisée et discrète qui est celle des légendes vivantes.
1er : Sepp Maier

Le consensus de la rédaction a été assez fort pour prévenir toute remise en question. L’auteur de ces lignes avait pourtant préféré un autre, qui n’était d’ailleurs pas Zoff, mais on ne discute pas le résultat d’un scrutin dans les règles. C’est bien le « Chat d’Anzing », l’une des figures emblématiques du tout-puissant deutscher Fußball des années 1970, qui décroche notre médaille d’or de la décennie.
En février 1944, les bombes alliées épargnent encore la Bavière agraire et profonde où Josef Dieter Maier voit le jour. C’est à Haar, dans la banlieue de Munich, qu’il commence le football à huit ans en parallèle avec la gymnastique qu’il pratique avec avidité. Par une curieuse coïncidence avec Jürgen Croy, il est d’abord avant-centre, mais se met parfois dans le but à l’entraînement, comme ça. Un beau jour de Coupe de Bavière U17 1958-59 contre un Bayern qui n’est encore que le dauphin à Munich derrière le 1860, il remplace au pied levé le gardien titulaire blessé. Malgré une défaite 9-1, Maier attire l’attention ; six mois plus tard, il est à la Säbener Straße. Il ne la quittera plus de sa carrière de joueur.
Premier contrat semi-pro en 1962, pro et titulaire en 1963, montée en Bundesliga en 1965, première sélection A en 1966 : « Sepp », comme on surnomme les Josef en Allemagne, gravit les échelons en même temps que le Bayern. Il est déjà « die Katze von Anzing », le Chat de la grande banlieue de Munich où il a élu résidence. Outre ses incroyables réflexes, il a gardé de ses années de gymnaste une souplesse phénoménale et des qualités athlétiques impressionnantes même pour un gaillard d’1,85 m. En un contre un, il est très difficile à battre. Bourreau de travail, il acquiert une excellente prise de balle qu’il sera l’un des premiers à améliorer avec des gants de nouvelle génération. Mais il est encore capable de trous noirs occasionnels et n’est pas toujours serein sur les centres aériens, un défaut qu’il reconnaîtra à demi-mot en interview longtemps après sa retraite.

Maier, Beckenbauer, Müller… Le monde va apprendre à réciter ces noms, et bien d’autres, au rythme des succès du Bayern. C’est d’abord une victoire en Coupe des Coupes 1966-67 face aux Rangers (sur un but signé Franz Roth… tiens, tiens…). Ce sont ensuite quatre titres de champion entre 1969 et 1974, quatre Coupes de RFA entre 1966 et 1971, et surtout trois Coupes des Champions consécutives en 1974, 1975, et 1976. Il y a certes une part de chance dans ces dernières, entre erreurs d’arbitrage face à Leeds en 1975 et poteaux carrés face aux Verts en 1976, mais l’histoire ne retient au final que la sobre froideur du palmarès. Dans le but, en tout cas, les trous noirs ont disparu et le raccourci de la presse sur le meilleur gardien du monde tient en deux noms : Zoff et Maier.
Les succès avec la Mannschaft, ralentis par un échec-surprise en qualifications à l’Euro 68, ne seront pas en reste. En 1970, au Mexique, c’est une belle troisième place après le « match du siècle » perdu en demi-finale contre l’Italie ; Maier confiera plus tard que ç’aura été la défaite la plus difficile à digérer de sa carrière. À l’Euro 72, il est dans la cage de l’Allemagne la plus joueuse de tous les temps pour son premier titre continental.
Au Weltmeisterschaft 1974 à domicile, c’est le couronnement. Solide au premier tour, même dans la défaite face à la RDA, Maier sort un match de titan, le meilleur de sa carrière, au deuxième tour contre la Pologne. En quatre parades d’anthologie, il désespère les Lato ou autres Gadocha et permet à Gerd Müller d’envoyer la RFA en finale. Contre des Pays-Bas sacrés d’avance par l’opinion, quatre jours plus tard, rebelote avec un duel gagné après l’autre et un arrêt-kamikaze en fin de match sur une reprise à bout portant de Johan Neeskens. Kaiser Franz soulève la coupe, Maier, heureux comme un gosse, va la brandir devant le virage sud du Stade Olympique de Munich. Il est le premier gardien de l’histoire à gagner la Coupe du monde sur son terrain de club, un fait d’armes que seul Ubaldo Fillol a égalé à ce jour. Enrique Ballestrero, l’Uruguayen, l’a bien gagnée avant lui en 1930 à Montevideo où il jouait, mais pas sur la même pelouse.


Après Munich, après Glasgow, c’est l’heure du déclin, lent mais irréversible. Le mois qui suit sa troisième C1, Maier, genou en terre au Marakana de Belgrade, regarde l’insolente pichenette d’Antonín Panenka priver sa Mannschaft d’un fabuleux enchaînement Euro – Coupe du monde – Euro. Le Bayern cède la place à Liverpool au sommet de l’Europe ; son gardien, toujours costaud, multiplie les facéties d’amuseur public comme pour détourner l’attention d’une fin de cycle qui se précise. La RFA part pour le Mundial 1978 avec une confiance de façade. Elle est à bout de souffle, Maier aussi, et l’élimination au deuxième tour sonne le glas pour sa génération dorée.
On parle de plus en plus d’Harald Schumacher pour prendre la relève en équipe nationale. À Munich, on n’ose évoquer la succession. On en est là le 14 juillet 1979 quand Maier prend la route du retour chez lui après l’entraînement. Dix ans avant l’antipatinage, sa Mercedes surpuissante est un monstre difficile à maîtriser même sur le sec.[1] Ce jour-là, sous une pluie battante, c’est le départ en aquaplanage et le choc de plein fouet avec une voiture en sens inverse. Par miracle, il n’y aura aucune victime, mais pas avant qu’une erreur de diagnostic n’ait fait ignorer chez le gardien du Bayern une grave hémorragie interne. Opéré en urgence, il en réchappe de justesse. Il tentera de revenir, sans succès. C’est la fin après 536 matchs de Bundesliga (dont 442 d’affilée, record du monde qui tient toujours) et 95 sélections.

Grand fan de tennis, Maier rachète un club à Anzing, qui va lui rapporter un beau petit pécule, et remporte en tant que joueur quatre titres de champion d’Allemagne vétérans par équipes. Il revient ensuite au football, d’abord comme entraîneur des gardiens de l’équipe nationale à partir de 1988, puis de ceux du Bayern, en parallèle, à partir de 1994. En 2004, Jürgen Klinsmann le congédie du staff de la Mannschaft pour cause de conflit d’intérêts après que Maier a ouvertement pris parti pour Oliver Kahn, du Bayern, contre Jens Lehmann, alors à Arsenal. Deux ans plus tard, le Chat d’Anzing quitte aussi les bords de terrain de la Säbener Straße et prend sa retraite pour de bon. On voit et entend encore fréquemment dans les médias ce personnage engageant, comédien-né, apprécié de tous pour sa franchise, sa jovialité, et ses bons mots.
Les suivants et les oubliés
Parmi les noms qu’on aurait pu s’attendre à trouver dans ce Top, nous avons déjà évoqué Hugo Gatti, Ivan Ćurković, et Yevgueni Rudakov en première partie. Il y a eu aussi des voix dans la rédaction pour Christian Piot, Vítor Damas (on reconnaît là notre ultra résident du Sporting), et le Brésilien Haílton Corrêa de Arruda dit Manga, vu à la Coupe du monde 1966. José Ángel Iribar, également mentionné, était hors concours pour avoir fait partie de notre Top des années 1960 où il mérite d’ailleurs amplement sa place.
On aurait pu aussi voir au moins un des trois autres membres du quatuor de poids lourds yougoslaves de la décennie : Enver Marić, Ilija Pantelić, et Ognjen Petrović. Peut-être leur manque de résultats sur la scène internationale a-t-il joué, même s’il est vrai que tous ont été les hommes de quelques années plutôt que d’une décennie entière.
Il est plus surprenant de n’avoir vu dans les suffrages ni le Portugais Manuel Bento, ni le Péruvien Ramón Quiroga, ni surtout le Danois Birger Jensen dont nous avons pourtant tracé un portrait élogieux. L’auteur de ces lignes reconnaît volontiers avoir oublié Quiroga au moment du vote, même si son inclusion n’aurait pas changé son Top 10 personnel. Bento, phénoménal sur sa ligne et en un contre un, lui paraissait en revanche trop incertain dans les airs et dans sa sûreté de mains pour figurer sur la liste. Quant à Jensen, il aurait figuré dans le Top 15, mais pas dans le Top 10, de très peu comme Rudakov. Peut-être le raisonnement a-t-il été suffisamment proche ailleurs dans la rédaction pour expliquer le résultat.
À la lecture des portraits de nos élus, à celle des Tops déjà publiés, et à la comparaison avec nos souvenirs de stade ou de télévision depuis 1980, une conclusion s’impose en tout cas pour clore cette belle page de nostalgie. Ray Clemence, dixième de ce Top, mettrait à la raison le dixième de n’importe quelle autre décennie, à une ou deux exceptions près peut-être. Voilà qui démontre mieux que tous les discours quel âge d’or les années 1970 ont été chez les gardiens de but.
[1] Pour ceux qui en douteraient : https://www.carjager.com/blog/article/mercedes-benz-450-sel-6-9-le-dragster-de-stuttgart.html

Pas un seul point pour un Français, quelle indignité !
Qui était le meilleur ?
Des années 70, je dirais Carnus. Sur les quelques images que j’ai vues, c’est la classe internationale. La presse de l’époque le décrit comme constant, complet, et sûr. Aucun de ceux dont je me souviens (Baratelli, Bertrand-Demanes, Rey) ne peut en dire autant, à part Rey qui n’a pas duré. Dropsy avait le profil, mais c’est la toute fin des années 70. De même avec Tempet, le grand malchanceux de ces années-là (voir “Trois hommes dans la cage” sur P2F), qui a vraiment percé au début des années 80.
Aucun français cité sur toutes les décennies jusque 70 (ce qui serait logique)?
Ca va changer avec les 80s…
Sacha. Si, il y a eu des Français. Thepot, Darui, Chayriguès
Dans les années 80, je ne suis pas sûr qu’on voie un Français. Bats avait le niveau international, certes, mais sans plus. Face à Arconada, Dasaev, Pfaff, Schumacher, Shilton, Southall, Viktor Tchanov, etc., c’est léger. Peut-être en queue de classement… Pour être sûr, il va falloir attendre les années 90 et Barthez.
Je suis tombé sur cette vidéo assez folle de Jo Bats, l’auxerrois.
ça vaut le coup d’œil.
https://youtube.com/clip/UgkxNA9j7rSfYjQQiIJLBNj662e_ATKoNYom?si=s3BbkAV5vTihvfak
Je ne connais pas bien sa première partie de carrière.
Rien que pour son jeu au pied il a toute ma considération.
Dieu, ou quiconque fureterait parmi mes brouillons, m’est temoin que c’est de la telepathie, ca..
Garde-la bien au chaud!
.. trop lâche pour travailler avec nous ». Haha.
C’est vraiment le mot utilisé dans le rapport : « feige ».
Croy au Dinamo, ça aurait donné une dimension supplémentaire au club. 5eme, c’est une belle place. Il était bon son successeur, Grapenthin ?
À mon avis, le Dynamo aurait pu gagner une Coupe d’Europe avec Croy dans le but. Lors du fameux duel avec le Bayern en 1973-74, Boden n’a pas démérité, mais il n’a pas apporté le plus que Croy avait. Si le Dynamo était passé, il serait au moins allé en demie cette année -là.
Grapenthin, pas mal du tout mais un peu moins constant. Injouable dans un bon jour (avec le CZ Iéna contre la Roma ou Newport), ce que j’ai utilisé dans l’uchronie RDA.
Thomas Ravelli avait l’air un peu cintré.
Oui, mal coordonné, l’air halluciné, comme s’il avait sniffé un rail. Pas ma came !
Moi non plus, stylistiquement j’aime vraiment pas. Mais je n’aurais pas été choqué qu’on lui donne le titre consolatoire de Gardien mondial plutôt qu’à Preud’Homme en 94.
Esthétiquement, Hellström est pour moi le plus beau des 5. Mélange de force et légèreté, look.
D’ailleurs quelqu’un a déjà vu Tom foot où Hellstrom et d’autres jouent ? Le gamin commence à Hammarby, comme Ronnie.
J’ai été à Kaiserslautern et je confirme : Hellstrom est présent ici et là dans la ville. D’ailleurs mon airbnb donnait sur un commerce à son nom (un restau ou un garage..)
L’expérience stade est vraiment magique ! Par contre c’est compliqué pour chopper des places.
En 1982, Zoff s’occupe de tout : capitaine sur les pelouses et représentant des joueurs dans les coulisses, notamment sur le volet financier et ce ne fut pas simple.
A l’époque, la Nazionale évolue dans un très beau et très sobre maillot bleu azur que ne pollue aucune publicité d’équipementier. Pourtant, la fédération a bien noué un partenariat avec Le Coq Sportif dont le logo apparaît sur les survêtements que portent les joueurs avant le début des matches. Les termes du partenariat prévoient la mise à disposition des équipements sans contrepartie financière. Mais pour la CM, les joueurs réclament des primes en échange de l’exposition des tenues du Coq Sportif.
La société française accepte manifestement le deal bien qu’aucun avenant au contrat n’ait été signé et verse durant la CM 320 mille dollars sous le manteau. Un premier acompte a lieu lors du premier tour, dans l’hôtel près de Vigo où est hébergée la Nazionale, puis à chaque tour franchi jusqu’à la finale, des compléments sont acheminés en Espagne. Dino Zoff reçoit les espèces et les distribue à chacun de ses coéquipiers en échange de la signature d’un bordereau.
A la fin de la compétition, chaque joueur a reçu environ 18 millions de lires de primes sous la forme de billets libellés en dollars. Mais un problème se pose : l’Espagne ne fait pas encore partie de la Communauté Economique Européenne et n’entre pas dans le champ permettant la libre circulation des capitaux. L’entrée de devises étrangères est limitée en Italie à l’équivalent de cinq millions de lires. Avec le titre mondial, chaque joueur voyage avec plus de trois fois le montant autorisé. Théoriquement, ils doivent restituer ces sommes à la douane sachant qu’aucun document ne justifie leur origine. Mais bien évidemment, les joueurs ne déclarent rien. Qui irait demander des comptes à des héros nationaux voyageant avec Sandro Pertini, le très aimé président de la République ?
L’affaire éclate en 1986 quand un journaliste publie un article intitulé « sous le nez de Pertini », révélant au grand jour comment les joueurs ont soustrait des primes illégales à l’impôt avec la complicité involontaire du vieux président. Des poursuites sont engagées contre les 22 champions du monde et leur passeport leur est même retiré.
Fort opportunément, la réforme de la loi monétaire votée en juin 1986 révise les plafonds autorisés pour l’entrée de devises sur le territoire italien. Bien que la loi n’ait pas d’effet rétroactif, cela suffit à stopper la procédure. Il reste toutefois un chef d’accusation relatif à la fraude fiscale. L’affaire traine encore quelques années jusqu’à l’acquittement en 1989, le juge d’instruction considérant que ces sommes doivent être vues comme des compensations et non des revenus soumis à l’impôt. Décision bien évidemment discutable mais compréhensible tant les sommes en jeu sont faibles en proportion de la rémunération des joueurs de l’époque (moins d’un mois de salaire pour la plupart d’entre eux).
Aujourd’hui, tout a changé : la FIGC touche environ35 millions d’euros d’Adidas par saison. La FIGC en reverse une part significative aux internationaux et les stars ont par ailleurs leur propre contrat d’équipementier. Cela ne fait que renforcer le caractère dérisoire de la fraude des héros de 1982.
Toujours à propos de Zoff, son statut en Italie fut largement discuté sur la 2nde partie des années 1970. Une partie de la presse italienne s’interroge sur son style passéiste, les mots sont parfois durs et même certains de ses pairs le critiquent ouvertement, comme Mattolini par exemple. Après la CM 1978, il me semble que c’est dans Guerin Sportivo, un chroniqueur dont j’oublie le nom avait écrit qu’avec un autre gardien, l’Italie aurait été championne du monde, considérant qu’il est impossible d’encaisser quatre buts sur des frappes lointaines (2 contre les Pays-Bas puis 2 contre le Brésil pour la 3e place). Mais objectivement, qui aurait pu occuper les cages italiennes ? Ivano Bordon ? Il n’a jamais été autre chose qu’un numéro 2 en sélection et quand Zoff raccroche, il ne s’impose pas. Paolo Conti, le gardien de la Roma ? Une blague ! Le Jaguar Castellini du Toro ? Trop irrégulier. En fait, si Zoff dure autant, c’est par sa régularité et l’absence de concurrence digne de ce nom. Evidemment, après 1982, Zoff met tout le monde d’accord.
Bon ben on s’est croisés, voilà.
J’aime bien la figure tranquille de Dino, mais le gardien, en soi.. Bref.
Et ce qui me marque vraiment dans son jeu : son manque criant d’allonge.. Il est grand, belle envergure..mais il joue surtout sur son placement..et ca ne va pas plus loin, jeu conservatoire, sans ressort ni prise de risques, meme comparé à certains gardiens des 60’s c’est frappant.
Je suis d’avis de rejoindre ces journalistes italiens (tu m’apprends ca, merci) : y a quelques buts qu’il prend en 78, des van Beveren et Piot vont les chercher..et meme les capter! Tout en etant superieurs sur leur ligne..et au moins aussi stables dans le niveau de performance (Piot, ca m’est 100% acquis..or j’ai tendance à attendre plus d’un gardien belge qu’etranger).
A chaque fois que je le vois dans un top10 voire 3 de tous les temps tchictchactchouc : je ne comprends pas. Et j’ai un peu ca avec (l’infiniment plus moderne) van der Sar aussi.
Jouer sur son placement, ça fait partie du jeu, et il le faisait mieux que beaucoup, comme je l’ai vu moi-même.
Evidemment, mais hormis cela..??
Sans toute la mythologie 82, et qui a fini par faire autorité, pas sûr que grand-monde le citerait aujourd’hui parmi les 20 de cette decennie.
VanderSar, y a un truc que je peux entendre : il annonce de nouveaux morphotypes, c’est un jalon. Mais des meilleurs que Zoff et moins datés, ce n’est vraiment pas ce qui a manqué.
Je trouve que c’est un peu dur pour Zoff. Face au Brésil, il prend quand même deux superbes buts de Dirceu et Nelinho. Celui de Brandts est un missile à l’entrée de la surface. Par contre, oui pour celui de Haan.
Zoff est d’accord avec toi (extrait de Guerin Sportivo) : » Je n’admets qu’une seule erreur : ne pas avoir vu à temps la frappe de Haan, celle qui a amené le deuxième but néerlandais. Mais le premier, celui de Brandts, était imparable. Et je n’ai rien à me reprocher concernant les deux frappes brésiliennes qui nous ont coûté la troisième place. Nelinho a frappé du plat du pied, avec un effet diabolique ; Dirceu a tiré d’une frappe imparable, et je ne vais pas me retrouver au banc des accusés pour ça « .
Il sera bien sur le banc des accusés, suspect en raison de sa réticence à s’éloigner de sa ligne pour réduire les angles.
Ah, voilà quelqu’un de sensé. Merci Dino. Zoff, meilleur gardien de l’histoire !
D’accord avec Zoff sur les frappes de Brésil-Italie 1978 que j’ai revu pour l’uchronie RDA. Celle de Nelinho, c’est un OVNI. Celle de Dirceu n’est pas mal du tout non plus, presque la classe Éder contre l’URSS en 1982.
Je ne comprends decidement pas tout le tagadatsouintsouin dont beneficia Zoff ; que de ballons d’autres allaient chercher alors que lui..or pour moi, s’il devait y avoir un crible premier à privilegier pour juger d’un gardien : c’est celui-là, c’est ce qu’on leur demande apres tout.
Longévité et belle histoire, qui se finit bien, mais intrinsequement?? Dans le genre vieux briscard, Jennings etait pour moi d’un (tout) autre niveau, ou meme plus tard un Preud’Homme auquel, malgré mes reserves le concernant (ce pourquoi je l’evoque), je serais de tres mauvaise foi de dénier qu’il aura au moins aussi bien vieilli..tout en etant capable de plus et mieux tout au long de sa carriere, c’est un cran au-dessus en termes de capacités.
Je me rappelle, enfant, que mes voisins juventini (un little Italia) l’adulerent apres 82..mais avant?? Il me semble qu’il ne fit loin s’en faut pas toujours l’unanimité en Italie, qu’en 68 par exemple (?? un doute) il faillit couter tres cher face aux Yougos..notamment. Fiable et stable, oui. Mais ni infaillible (qui l’est?) ni en soi stratospherique.
Je me rappelle etre jadis tombé sur un article d’epoque de Newsweek qui, depuis sa fameuse (mais assez relativisable) serie d’invincibilité en faisait le meilleur gardien du monde, bon.. C’etait quand meme plus facile de performer comptablement de la sorte dans un schema italien.
tchictchactchouc, tagadatsouintsouin, c’est très parlant…
On voit bien que, pour vous faire comprendre d’un serveur chinois fraîchement débarqué de son fin fond du Sichuan, vous n’avez jamais dû imiter l’animal que vous vouliez manger dans un restaurant chinois au fin fond de Kinshasa.
Le plus compliqué apparemment c’était le poisson, en tout cas ce qu’on me servit n’avait pas d’arêtes et faisait penser à de la viande de brousse.
Il ne manque plus que tchitchi et oufti, et ce sera de la poudre de perlimpinpin.
Pas mal de trous d’air dans les 70’s et un parcours en dans de scie. Signe assez tard dans un club hégémonique. Quand je suis arrivé en Italie fin 90s, certains comparaient un gamin qui faisait ses débuts en serie A à Zoff: Gianluigi Buffon. Force est de constater que s’il a eu la même longévité de son ainé, il le surclasse pour tout le reste.
Fillol n’est-il pas le dernier grand gardien argentin ? Parce que Martinez, bof bof…
Son retour à Racing quand il gagne la Supercopa Libertadores est chouette. J’aimais bien cette coupe qui célébrait les anciens Vainqueurs.
Et Flamengo, ce fut court mais plutôt convenable, non ?
18 mois ! Il succède au vieux Raul Plassmann dans les buts et n’arrive pas forcément au meilleur moment, Fla ne domine plus comme au début de la décennie alors que Zico est à Udine. Son statut au Mengão serait sans doute différent s’il avait gagné la Libertadores en 1984. Mais il manque la qualif pour la finale d’un souffle face au Grêmio, futur vainqueur.
le dernier au niveau des meilleurs, oui. martinez comme goycochea, surperforme en sélection mais jamais des tops gardiens.
Les supporters d’Aston Villa l’adulent, ce qui n’est pas rien dans un pays exigeant pour les gardiens et dans un club qui a eu quelques pointures dans le but, y compris Jimmy Rimmer (un de ces gros calibres anonymes des années 70 barrés par Clemence et Shilton) et Peter Schmeichel, sans oublier Nigel Spink, le héros de 1982 qui a fait une très solide carrière.
Dibu, par deux fois élu meilleur gardien du monde… Ouais…
Triple G a truqué les élections, scandale !
Du coup, dans ceux qui ont eu des votes et sont restés hors top 10, y’a qui ? Rudakov on a compris, … ?
Émerson Leão a-til eu des votes ? Le meilleur gardien brésilien de la décennie je pense. Mais talent pas suffisant pour ê dans les 10.
celui que j’ai mis 1 a du passé dans la décennie suivante, globalement l’ordre peut varier l’impression qu’il y a eu une majorité claire sur 8-9 noms pour les années 70.
Leão n’a eu aucun vote, mais c’est lui sur la photo de garde (Brésil-Autriche à la CM 1978). Très belle image.
Alors Maier ou Kahn ?
Il y en a un 3ème dans la discussion….
Je parlais pour la place de dauphin, Belo. Hehe
Ces deux-là sont en fait à la lutte pour la troisième place chez g-g-g derrière Neuer et Croy, dans cet ordre. Médaille de bronze pour Kahn, un tout petit peu plus complet.
Croy, plus balèze que Kahn ? Je vois que tu le tiens en très haute estime.
Croy pouvait faire tout ce que faisait Kahn et avait le jeu au pied de Neuer. Celui-ci est un petit peu au-dessus de Croy dans tous les autres arts du gardien : voilà qui permet un classement clair.
Superbe ! Quelle densité ! Pour Birger Jensen, j’y vois le manque de considération de la période dorée de Bruges. En particulier face à l’Anderlecht de Rensenbrink. Gamin, suis rapidement tombé sur des louanges, méritées, sur les Mauves. Pour les victoires en C2 et SuperCoupe, pour la démonstration au Parc. Mais quasiment rien sur l’équipe d’Happel qui avait eu la malchance de tomber sur Liverpool lors de ses deux finales. Un Liverpool autrement plus costaud que l’Austria ou West Ham. Sans compter que Bruges raffle tout sur la scène nationale.
En France, cette période d’Anderlecht a toujours été saluée.
Je me souviens plus de mes votes mais Vitor Damas est mon gardien portugais préféré. Une carrière ultra longue, un peu à la Jennings. D’ailleurs, lui aussi est présent au Mondial 86 alors qu’il a débuté 20 ans avant.
Merci de nous avoir partagé ce 3 septembre 1980.
Bon rappel du RH Suédois, qui doit être moins connu maintenant que le RH auteur du coup du scorpion. Un autre RH, lui attaquant, avait vécu dans l’ombre d’un de ses coéquipiers (GH) un soir de finale de Coupe du Monde, alors qu’il était bien plus fort. Mais c’est peut-être un RH directeur ou manageur général qui est trop oublié. Il avait réussi l’exploit d’amener des lionceaux en demi-finale de Coupe d’Europe et avait pu apercevoir de très près une lutte féroce entre deux grands gardiens, l’un qui sera champion d’Europe et l’autre champion olympique. Et oui, il n’y avait pas que Pierre, Robert ou Henri qui étaient des bons directeurs sportifs à l’époque.
Et cette lutte entre deux bons gardiens, est-ce que cela caractérise bien les années 70 et 80 : Peter contre Ray, Ubaldo contre Hugo, Yves contre Jean-Luc, Marc contre Pierrick, en plus de Joël contre Albert ? Et dire qu’un Jean avait remplacé un Ivan.
Le RH en finale de Coupe du Monde, je l’ai ! Roger Hunt !
René Hauss likes this. Il était dans l’ombre verte d’un RH roux, et en a pleuré comme RH à voir ses souvenirs s’effacer comme des larmes dans la pluie. C’était de toute façon mieux que le RH beau-frère policier. Mais attention, à force de faire des devinettes, tu vas finir par te faire dénoncer aux RH.
Le vivier allemand au milieu des 70’s, quand Est et Ouest vivent un âge d’or en même temps, ça fait peur.
Imaginez en 74 une sélection qui doit faire des choix comme Croy-Maier, Beckenbauer-Dorner ou Streich-Sparwasser-Muller…
On peut d’ailleurs s’amuser qu’avec un tel choix, on se retrouve avec un Beckenbauer qui reste au milieu (à la place de qui ?) pour permettre à Dixie de conserver sa place derrière, formant une charnière sympa avec Hans-Georg Schwarzenbeck.
Ça fait peur, effectivement. Beckenbauer ne serait sans doute pas monté au milieu dans une Allemagne unifiée. Il en était descendu à la fin des années 60, et un sélectionneur était de toute façon content d’avoir deux véritables 10, lui ou Netzer/Overath, pour faire le jeu. Les joueurs est-allemands n’auraient rien apporté en 10, ça a toujours été un point faible en RDA.
Comme promis à Alex dans les commentaires de la première partie, voici le bulletin que j’ai glissé dans l’urne :
1. Croy
2. Hellström
3. Zoff
4. Jennings
5. Shilton
6. Maier
7. Clemence
8. van Beveren
9. Rudakov
10. Fillol
Ah j’aime bien qu’on defende ses votes, oui, comme ca qu’on peut esperer apprendre et changer d’avis.
Rudakov surtout m’intriguait, aucun souvenir, bon..c’est pas Dip qui me donnera envie de le revoir, ca c’est sûr.
Ah, tu devrais t’en faire ton propre avis 😉 Je ne fais absolument pas autorité en matière de football.
Même pas de la fausse modestie, c’est ça le pire.
Pas de Shilton? Concourt dans la décennie suivante?
Toujours difficile de choisir sa decennie mais je pense qu’il aura des voix pour la suivante.
Surtout lui, carrière très longue mais sans réel highlight sur l’une ou l’autre décennie.
Avec Forest, quand même.
@Sacha, les highlights de Shilton sont le premier tour retour de C1 1978-79 face à Liverpool et la finale de C1 1979-80 contre Hambourg.
Triple G. Le cas Southall est intéressant. L’aurais-tu mis dans un top 10 à l’époque ou est-ce une construction a posteriori ? Parce que des rencontres de Southall dans les années 80, tu as pas du en voir des masses. Les Gallois, absents des grandes compétitions, quelques matchs d’Everton en 85. La demi-finale face au Bayern, pas sur…
Le pire, avec Bruges, c’est que la plupart des gens n’en retiennent (quand ils s’en rappellent..) que leur prestation épouvantablement défensive en finale de C1 78……………………alors que normalement c’était tout le contraire!!, attaque à tout-va, le problème : déforcés comme jamais ce jour-là, des blessés à n’en plus finir ; c’est à Birger Jensen et à personne d’autre, pas même à Happel qui avait perdu tout espoir de quoi que ce soit devant l’hécatombe, qui parvint à maintenir son club à flots………………lequel fut d’ailleurs à deux doigts de réussir le hopd-up en toute, toute fin de rencontre, via le Hongrois Kü que, je crois (??), l’on ne vit plus jamais ensuite.
Mais sinon, oui : une équipe vraiment extraordinaire, du grand spectacle et ma foi le chef d’oeuvre de Happel (mon article expliquait je crois pourquoi), les contingences à son arrivée étaient tout bonnement dantesques.
Carnus, je l’ai mis dans mes 60’s.
ggg il veut vraiment que je sois supporter du Sporting!!!
D’ailleurs Khia aime beaucoup Damas également!
Bento est vraiment un gardien important pour le Portugal, un vrai leader en sélection et au Benfica.
Je l’ai mis dans les 80’s car son club brille plus.
Ces 2 là sont les deux meilleurs goals portugais des ,70-80. Les deux sont hélas déjà décédés, aucun n’ayant atteint 60 ans.
D’ailleurs ils payent la densité dans cette décennie, car ils seraient sans aucun doute dans un top 5 portugais .
J’aime beau ce top sur les années 70 même si je n’ai jamais vu aucun de ces gardiens en direct à l’époque, si ce n’est sur des cassettes VHS dans les nineties (à prononcer avec l’accent franchouillard). Par exemple je ne savais pas que Fillol avait été un gardien de ce niveau, pareil pour Jennings. Il y a beaucoup de gardiens que je connais de réputation sans jamais les avoir vu réellement jouer comme Dasayev, Bats, Pfaff, Preud’homme (d’ailleurs, qui était le meilleur entre les deux Belges ?), Illgner…
Pfaff est le premier à approcher le niveau de Piot, s’installe comme incontestable numero 1 belge de, allez, 77 à 87. Son meilleur dauphin est sans hesiter Bodart (en qui pourtant, comme Pfaff d’ailleurs, pas grand-monde ne croyait au debut), à compter de 84-85 c’est lui le plus fort sur la scene belge pendant 10 ans..mais c’est aussi le plus turbulent. Le plus doué Preud’Homme a mis 10 ans (il debute en 77) et son depart pour Malines pour s’affirmer vraiment comme un gardien de classe mondiale..et a beneficié d’une image plus lisse et de son bilinguisme pour s’imposer devant Bodart apres Pfaff.