L’adage est bien connu et il est ressorti à toutes les sauces, ou presque. Mais qu’en est-il du cas contraire ? Pas de pelouse, pas de match ?
Cette réflexion m’est venue en observant l’île allemande d’Helgoland sur Google Maps (oui, chacun ses délires). Là, à quelques dizaines de mètres d’un sentier touristique qui longe une aire de fous de Bassan, se trouve un terrain de football en parfait état. Mais qui peut bien jouer ici, alors que l’île compte un peu plus de 1000 habitants ? Dans un village de campagne, ce serait possible, mais sur une île située à plusieurs dizaines de kilomètres de la côte…
Un club de football y a pourtant élu domicile, et ce dès 1893. Il s’agit du VfL Fosite Helgoland, dont les exploits sportifs se comptent probablement sur les doigts de la main. Probablement, car il y a si peu d’informations disponibles que l’on est bien en peine d’apprendre quoi que ce soit. A part quelques participations à la Coupe de Hambourg et une existence hors de la pyramide du football allemand, il n’y a pas grand-chose à découvrir.
L’histoire du VfL Fosite Helgoland rappelle celle du Tristan da Cunha FC ou encore, dans une moindre mesure, celle des îles Scilly, hôtes du plus petit championnat du monde. Les enjeux sont similaires : si le foot existe sur ces terres isolées, c’est autant par passion pour ce sport que par nécessité de faire vivre la communauté locale. Dès lors, une question se pose : jusqu’où joue-t-on au football ? Puisque, s’il y a morceau de terre émergé, il y a match, peut-on vérifier cette affirmation aux quatre coins du globe ?
A la recherche des lieux les plus isolés, le Groenland s’impose rapidement. Car si l’île est immense, contrairement à celles citées plus haut, elle est peu peuplée et son climat se prête peu à l’organisation d’un championnat en plein air. Et pourtant, le championnat du Groenland a lieu presque chaque année depuis 1954. Un championnat atypique, dont la phase finale se joue en une semaine avec huit équipes et un stade unique. Mais, aussi surprenant que cela puisse paraître, il existe du football (encore) plus au Nord. Difficile de vérifier jusqu’où il est possible de remonter pour voir quelqu’un taper dans un ballon rond, mais on trouve des informations sur un football structuré dans l’Etat de Nunavut, au Canada.
Là-bas, jouer sur herbe est quasiment impossible. La tradition veut que les chasseurs Inuits jouaient sur la banquise avec des crânes d’animaux. De manière plus pragmatique, la saison s’est déplacée à l’intérieur et un championnat de futsal s’est développé, permettant la pratique du football toute l’année. Un élément important quand la nuit dure six mois et qu’il faut se tenir occupé pour ne pas devenir dingue.
Et puisque nous en sommes à évoquer la banquise, penchons-nous sur l’Antarctique. L’être humain y ayant mis les pieds, il faut bien qu’il ait joué là-bas aussi. Les archives font part d’un match dès 1902, puis Robert Falcon Scott et Ernest Shackleton racontent avoir disputé plusieurs rencontres lors d’expéditions dans les années 1910. Un rapide coup d’œil sur internet permet de confirmer que marins et scientifiques jouent régulièrement au football en Antarctique. Un événement d’abord exceptionnel étant donné les conditions climatiques, puis qui devient d’une affligeante banalité au regard de la litanie de rencontres… surtout quand David Beckham himself vient jouer lui aussi pour les besoins de son auto-promotion, filmée par la BBC.
Alors voilà, sans pelouse, on trouve du football assez facilement. Dans le froid, c’est tellement courant que c’en est déconcertant. L’envie m’a donc pris de fouiller les régions chaudes. Premier constat : étant donné qu’il s’agit souvent de régions pauvres, les données sont bien moins nombreuses. Sorti de Beckham qui fait le kéké sur la glace ou de matchs dans des pays développés comme le Canada ou le Groenland, on peine à trouver la trace de matchs au cœur du Sahara ou du désert de Gobi.
Il existe pourtant nombre de terrains sur sable ou sur terre. Et leur principale raison d’être sont… les camps de réfugiés. Au Yémen ou en Jordanie, le football est vu comme un moyen d’échapper à la réalité pour les victimes de la guerre. A Agadez, au Niger, ce sont même les migrants qui font vivre le club local, l’AC Nassara, en attendant de réunir assez d’argent pour poursuivre leur route vers la Lybie, puis l’Europe.
Mais on trouve aussi du « vrai » football ailleurs. Pas subventionné, peu organisé, peu photographié. Du football à l’ancienne, avec des équipes qui se battent pour la suprématie locale dans le désert namibien. Pas de pelouse là-bas non plus, et pas de sponsors. Une chaleur intense, pas d’ombre, mais toujours la même passion.
Jouer dans des conditions exceptionnelles peut aussi servir à promouvoir une cause. C’est ce qui a motivé 32 footballeuses à gravir le Kilimandjaro pour jouer un match dans son cratère en 2017. L’opération, qui a permis de battre le record du match de football le plus haut du monde, visait à promouvoir le football féminin.
Le reste ? Des gesticulations dignes de celles de Beckham chez les pingouins. Un match sur une plateforme pétrolière, par exemple. Match organisé et financé par Gazprom, fier propriétaire des lieux, avec quelques joueurs du Zenit Saint-Pétersbourg qui, heureux hasard, a le même propriétaire.
Ou encore un match du Championnat d’Europe des villages de montagne, compétition qui visait à promouvoir le tourisme dans les Alpes en promouvant la culture locale. En 2016, pour bien marquer le coup, une équipe suisse a décidé d’affronter une équipe italienne directement sur le glacier de l’Allalin. Match à 3500 mètres d’altitude, record d’Europe à la clé, et coup de projecteur pour des petits villages alpins en manque de touristes…

Et si parfois le football vient là où il n’y a pas de pelouse, ce peut aussi être l’inverse : la pelouse qui vient aux footballeurs. C’est l’étrange experience qu’ont vécu des mineurs chiliens dans le desert de l’Atacama. Près du village de Peine se trouve une source de lithium et les compagnies minières s’efforcent d’attirer les travailleurs sur place. Si les salaires restent faibles malgré les conditions de travail, une compagnie a poussé le concept du baby-foot en salle de pause un peu plus loin, en construisant tout simplement un terrain de football verdoyant en plein désert.
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Pauvre Helgoland, cette île a morflé quand elle devint une cible pour l’artillerie britannique..
Registre terrains improbables, j’ai été marqué par un terrain de foot dans une mine de sel polonaise – pas Wieliczka, une autre dont le nom m’échappe..et ce fut peut-être l' »anti-Allalin », le terrain le plus profond d’Europe??
Quels sont les coins sympas sur la côte en Allemagne ?
Ibiza
Haha. Pour les Autrichiens, c’est Mykonos ?
Je n’ai pas pensé à chercher les terrains souterrains, merci !
L’AC Nassara.. Au Burkina, un nassara, c’est un blanc. Équivalent de toubab. Je ne sais pas si ça a le même sens au Niger frontalier.
Au Burkina mais dans quelle langue ? En mooré ?
Oui Pig, en mooré. Noir, c’est Nisablaga. Mais le terme nassara est employé aussi bien pour des blancs type européen que pour ceux ayant la peau plus mate. Un ami avec qui je partais là-bas, d’origine marocaine berbère, était aussi appelé nassara.
La photo du terrain de foot dans le désert d’Atacama…
Cet adage m’a fait l’effet de la fameuse « Madelaine de Proust », les vagues réminiscences des terrains de jeu de mon enfance refont brusquement surface.
Que c’était difficile de trouver un surface à peu près plane pour jouer au foot, lorsqu’on habitait un village perché à 1000m d’altitude sur les flancs des montagnes du Djurdjura aux reliefs accidentés. Nos premiers terrains de jeux furent les ruelles très étroites (à peine 1,5m de large) et bétonnées du village, où l’on a appris à taper dans des ballons de fortune (souvent des sacs en plastique remplis d’herbe). Je souffrais le martyre en jouant comme gardien de but (mes coudes et mes genoux peuvent en témoigner) car il fallait plonger à même le béton pour ne pas laisser le ballon passer entre les murs. Les matchs furent malheureusement de courte durée car il fallait souvent fuir sous la menace des coups de balai des voisins que l’on dérangeaient énormément avec nos cris incessants et le bruit de la balle qui rebondissait sur leurs murs et fenêtres. Certains nous jetaient même des seaux d’eau sur la tête pour nous dissuader, mais pour nous c’était la douche gratuite.
Vers 10 ou 11 ans les ruelles du village devenaient trop étroites, on s’était alors rabattu vers la route nationale en choisissant un tronçon plus ou moins linéaire long de 30 m et large de 5 m et relativement bien bitumé, avec deux gros cailloux de part et d’autre en guise de bois. On se régalait dès la sortie de l’école avec des matchs interminables de heures durant, car le jeu était haché par les arrêts occasionnés par le passage de véhicules. L’action s’arrêtait dès le passage d’une voiture, il fallait reprendre très rapidement avant le passage d’une autre voiture et ainsi de suite jusqu’à la tombée de la nuit. Mes genoux et mes coudes n’étaient pas dans un meilleur état, le bitume faisant autant de dégâts que le béton, mais il fallait faire preuve de bravoure pour ne pas concéder de buts face aux joueurs du village voisin. Par miracle aucun accident routier vraiment dangereux n’a eu lieu, hormis quelques hématomes par ci et quelques fractures par là (on en profitait pour soutirer à l’automobiliste le prix d’un ballon en guise d’indemnité). Mais face au nombre croissant des véhicules et de la gravité des risques encourus, il fallait trouver une autre solution. On avait élu domicile dans une piste agricole abandonnée non loin du village sur un tronçon qui présentait certains avantages, il n’y avait pas de bitume et surtout aucun passage de véhicules n’était à craindre. L’inconvénient fut la pente de la piste et ses bords abrupts, il fallait faire à chaque fois un tirage au sort pour désigner l’équipe qui allait commencer sur le sommet de la pente et surtout faire preuve d’ingéniosité pour ne pas sortir la balle des limites du terrain (lorsque l’on ne dispose que d’un seul et unique ballon, si y a pas ballon y a plus match).
On attendu impatiemment l’âge de 14 ou 15 ans pour avoir droit de fouler le « stade municipal », l’ultime théâtre de nos rêves. Jouer dans un vrai stade, avec un vrai rectangle (60 m de long sur 35 de large) et de vrais bois était pour nous le comble du bonheur. En été on se levait à 5h30 du matin et on se tapait 2 à 3 km à pied pour être les premiers débarqués sur les lieux car le stade était très convoité (l’un des rares dans une commune qui comptait 23 villages), la règle était simple: premier arrivé, premier servi. Mes camarades qui étaient très habiles pour dribler et passer dans des mouchoirs de poche m’étaient très méconnaissables et avaient l’air complétement perdus dans les grands espaces, d’autant plus que nous n’avions aucune notion tactique (tous en attaque et tous en défense). J’étais moi-même comme noyé dans l’immensité de la cage que je devais défendre pour la toute première fois de ma vie, j’étais en grande difficulté notamment face aux frappes aériennes et aux coups-francs directs. Je devais tout apprendre: le placement, les sorties aériennes, l’anticipation des frappes et des déplacements des attaquants adverses, l’occupation de la surface de réparation…etc. Mais peu importait, le plaisir ultime fut de fouler le terrain. On y jouait tout le temps des heures durant que ce soit sous un soleil de plomb en été (la température dépassait parfois les 45°C) ou sous la pluie et la neige en hiver (il y tombait parfois jusqu’à 2m de neige, avec des températures négatives).
Aujourd’hui et quelques décennies plus tard, des stades artificiellement gazonnés sont plus nombreux et les équipements sportifs sont disponibles, mais la passion n’y est malheureusement plus.
Formidable témoignage, Agawa !
Après, je sais pas comment ça se passe actuellement en Algérie, mais les villes en France sont souvent abandonnées par les gamins. Surtout en centre-ville et en dehors des parcs réservés, où souvent on interdit les jeux de ballons. Quand on était gamin, dans mon quartier en périphérie du centre-ville, on jouait tout le temps et partout. Sous les porches des immeubles, sur le moindre parking où il y avait un arbre pour faire un poteau, dans la rue directement. Quand j’y repasse, je ne retrouve plus les hordes de morveux que nous formions. Ils sont plus dans les city ou les stades. En Espagne, à Seville que je connais mieux, la moindre place sert à des rencontres acharnées. La vie sociale à l’extérieur, peu importe l’âge, est plus intense également, ça joue. Mais j’ai l’impression que les parents actuels, dont je fais partis, sont plus flippés. Ils laissent moins traîner les gamins dehors en général. Nous, nous étions, très jeunes et rapidement, dehors toute la journée. Sans qu’un adulte ne soit à proximité pour nous surveiller.
Super témoignage ! C’est vrai qu’en France le foot de rue est en train de disparaitre. De ce que j’en ai vu (surtout en IdF), il y a eu un report partiel vers les citys et un développement de l’indoor (qui touche un autre public). Le constat est sans doute différent en Espagne ou en Italie mais globalement, pour des raisons évidentes, les gamins jouent moins que nos générations et moins de manière libre.
C’est dommage parce que la rue produisait des joueurs hors circuit, mal dégrossis mais souvent imprévisibles. C’est une perte pour le jeu et le spectacle. Est-ce que les écoles de foot essaient de compenser cela ?
Je ne sais pas ce qu’il en est ailleurs, dans la culture des potreros par exemple ?
Il me semble avoir vu un docu (lequel ?) sur le Brésil post débâcle 2014 où la diminution du jeu à l’extérieur était pointé comme piste d’explication d’une baisse de niveau et d’identité du foot de la seleçào
J’espère que ce foot informel continuera, ne serait ce qu’un peu, à déteindre sur celui du 105/68.