Il y a des pays que l’on associe immédiatement à un sport. Le Brésil au football, la Nouvelle-Zélande au rugby, le Canada au hockey sur glace. La Finlande, elle, appartient sans aucun doute à cette dernière catégorie. Pourtant, en arrivant dans ce pays du Nord pendant mes vacances estivales, une autre idée m’est rapidement venue en tête : et si derrière cette immense culture du hockey se cachait aussi un véritable pays de football ? Le contexte était assez particulier. Pendant que la Coupe du monde battait son plein, avec ses grandes affiches, ses stades remplis, ses stars mondiales et toute la lumière médiatique qui accompagne les grands rendez-vous du ballon rond, un autre championnat continuait de vivre dans une relative discrétion. Loin des projecteurs, loin des strass et des paillettes du football international, la Veikkausliiga finlandaise poursuivait son chemin.
Avant de parler de football, impossible pourtant de ne pas évoquer ce qui représente pour moi l’une des grandes portes d’entrée vers la culture sportive finlandaise : le hockey sur glace. Amateur de ce sport depuis toujours, visiter la Finlande était forcément une sorte de pèlerinage. Ici, le hockey n’est pas seulement un sport, c’est une partie de l’identité nationale. Les exploits récents des Leijonat finlandais n’ont fait que renforcer cette passion. Troisièmes des derniers Jeux olympiques et récents champions du monde, les Finlandais ont encore prouvé qu’ils appartenaient au sommet de la planète hockey. Une victoire obtenue notamment avec le retour de blessure du capitaine, Barkov, et un titre remporté en prolongation grâce au jeune Konsta Helenius, nouvelle pépite des Sabres de Buffalo. De mon côté, j’ai longtemps suivi le hockey finlandais à travers un club bien particulier : le Jokerit. Une équipe fascinante, (qui a notamment formé Jari Kurri, un des meilleurs hockeyeurs finlandais de l’histoire, coéquipier de Gretzky chez les Oilers avec lesquels il remportera 5 coupes Stanley de 1984 à 1990) mais aussi détestée par une grande partie du pays. En quittant le championnat finlandais pour rejoindre la KHL en 2014, le club d’Helsinki cherchait un niveau supérieur, des adversaires plus prestigieux et des infrastructures de qualité. Un choix sportif qui lui a offert une nouvelle dimension, mais qui a aussi créé une fracture avec les autres clubs finlandais. Après le début de la guerre en Ukraine et les conséquences internationales qui ont suivi, le Jokerit a finalement quitté la KHL pour retrouver ses racines. Un retour qui n’a pas été simple : trois années passées en deuxième division avant de retrouver l’élite la saison prochaine. Mais malgré cette traversée du désert, une chose est certaine : la base de supporters est toujours là, et l’amour autour du club semble renaître petit à petit.


Mais il ne faut pas réduire la Finlande du sport au seul hockey sur glace, nous sommes dans un pays du nord et le ski y occupe évidemment une place à part. Le pays offre un terrain de jeu fantastique au ski de fond mais il reste principalement un loisir et un moyen de locomotion l’hiver dans les grandes villes. Le saut à ski est lui une institution, il n’est pas rare de voir s’élever les tremplins au dessus des forêts de sapins lorsqu’on traverse le pays. La plus grande légende de ce sport est d’ailleurs finlandaise. Champion emblématique du saut à ski, Matti Nykänen s’est illustré par un palmarès unique, avec l’or au grand tremplin à Sarajevo en 1984, un triplé historique aux Jeux de Calgary en 1988 — jamais égalé sur une même édition — et des victoires dans toutes les grandes compétitions de la discipline, tout en détenant à cinq reprises le record du monde de vol à ski. C’est d’ailleurs dans sa région natale de Jyväskylä que j’ai passé le plus gros de mes vacances et j’ai pu visiter la zone d’entrainement et les tremplins de la ville construits en son honneur. Des édifices vertigineux desquels on se demande par quelle folie un homme ose s’élancer.



S’il existe un sport encore plus méconnu hors des frontières finlandaises, c’est probablement le Pesäpallo. Une discipline que beaucoup découvrent avec surprise : une sorte de baseball local, profondément ancré dans la culture du pays, et même présent lors des Jeux olympiques d’Helsinki en 1952 en tant que sport de démonstration. J’ai eu la chance d’assister à une rencontre lors de mon voyage, dans le cadre magnifique d’Hankasalmi, sous un soleil chaleureux et avec ces infrastructures sportives impeccables qui semblent apparaître partout dans le pays.

Car c’est finalement l’une des choses qui m’a le plus marqué après plusieurs jours sur les routes finlandaises : le sport est partout. Les patinoires extérieures, symboles des longs hivers nordiques, se transforment dès les beaux jours en terrains de football. Dans les petites villes comme dans les grands centres urbains, on découvre des installations modernes, entretenues, accessibles, terrains de foot compris. Le sport semble faire partie du quotidien, peu importe la discipline. On pourrait croire que la Finlande est uniquement une terre de hockey. Pourtant, le pays du légendaire Jari Litmanen semble véritablement adorer le ballon rond. Alors après avoir parcouru une partie de ce pays, après avoir découvert son Pesäpallo et cette culture sportive omniprésente, il était temps d’aller vérifier une dernière chose : est-ce que la Finlande est aussi un pays de football ?
Direction Helsinki et son Bolt Stadium pour la rencontre de Veikkausliiga entre le HJK Helsinki et le VPS Vaasa. Il flotte une atmosphère particulière dans la ville en ce jour de match, mais ce ne sont pas le bleu et blanc du club local qui parcourent la ville mais le rouge de Manchester United et de Wrexham qui vont s’affronter dans un match amical de pré-saison le soir même dans le magnifique stade Olympique d’Helsinki, théatre des jeux de 1952 et du triplé historique d’Emil Zatopek en fond. Une édition marquée aussi par un village olympique scindé en deux, les pays occidentaux d’un côté et les pays issus du bloc soviétique de l’autre. C’est la première fois depuis 1965 que Manchester United remet les pieds à Helsinki et les mancuniens sont clairement les plus représentés dans la ville alors que la veille, les dirigeants Hollywoodiens de Wrexham invitaient tous les détenteurs ayant un ticket pour le match entre le HJK et le VPS à obtenir deux tickets à l’achat d’un seul pour garnir le camp gallois.
Dans le microcosme du foot finlandais l’HJK est le plus gros des poissons avec 33 titres de champions et 15 coupes nationales. C’est bien simple, pratiquement tous les plus grands joueurs Finlandais de l’histoire y ont été formés. C’est le cas de Mikael Forssell, qui y fera ses débuts en pro avant de filer à Chelsea et de connâitre une honnête carrière avec Birmingham City. Pareil pour Përparim Hetemaj et ses 249 matchs avec le Chievo Verone, il entame actuellement une reconversion d’entraineur puisqu’il entraine l’équipe réserve du HJK. Il en est de même pour le gardien Antti Niemi qui après avoir confirmé en Ecosse, filera lui aussi en Angleterre ou il deviendra un des meilleurs gardien du championnat anglais avec Southampton et Fulham. Le milieu défensif Aki Riihilahti disputera lui une centaine de matchs avec Crystal Palace en Championship. S’il sait former, le club sait aussi de par son statut attirer les meilleurs joueurs du pays et c’est ainsi que même s’il n’est en aucun cas responsable de leur éclosion, le club de la capitale à su attirer, les deux plus grands joueurs finlandais de tous les temps, Jari Litmanen y passera un an après son éclosion au FC Lathi et viendra y terminer son illustre carrière tout comme Teemu Pukki est en train le faire. Comme tout club phare de son championnat, l‘Helsingin Jalkapalloklubi est aussi le club qui possède la plus riche histoire européennne pour un club Finlandais. Il est notamment le seul à avoir disputé une phase de finale de C1 et c’était lors de la saison 98-99 quand il élimine le FC Metz à la surprise générale lors du dernier barrage de qualification. Bien que bon dernier de son groupe avec 5 points, le Klubi se paiera le luxe de battre le Benfica lisbonne à Helsinki ainsi que de l’accrocher à Lisbonne, le dernier point étant obtenu en résistant à Kaiserslautern champion d’Allemagne en titre. Dans l’effectif finlandais de l’époque figurait Hannu Tihinen qui finira plus tard capitaine et double champion national respectivement avec le Sporting d’Anderlecht et le FC Zurich.


C’est dans le quartier des sports de Töölö que se trouvent les stades, la Bolt Arena de l’HJK se situe en contrebas du stade olympique. L’atmosphere qui flotte est légère, et j’effectue un petit tour par le shop pour m’offrir le maillot des locaux floqués du roc défensif, Tikkanen. Je découvre un stade moderne et à taille humaine ce que j’apprécie particulièrement tant j’ai vu d’équipes jouer dans des coquilles vides flambant neuves. Le stade n’est pas rempli pour affronter Vaasa pourtant 3e du championnat, les locaux sont à la traine à la 5e place mais pourraient se rapprocher de leur adversaire en cas de victoire. C’est donc avec 3000 spectateurs que je vais vivre ce match. Le kop n’est pas grand mais il est bien garni et bien organisé, variation de chants et animation pendant toute la durée du match, je suis séduit car on ne voit pas ça partout et cela témoigne d’une belle fidélité à l’équipe. Si la base de supporters à Helsinki pouvait être divisée avant, elle ne l’est plus car l’HJK est le seul club d’Helsinki. A l’époque ils étaient plusieurs et l’HJK était le club de la communauté suédoise de la ville, (tout comme l’HJFK en hockey) et donc rival des clubs 100% finlandais. Mais ces divisions appartiennent au passé. Les deux pays sont en fait très liés et tout en Finlande se lit dans les deux langues. Ce qui n’était pas pour me déplaire, le suédois n’étant pas trop difficile pour quiconque maitrise le néerlandais (par contre pour le finnois…).

Hors kop, et quelques abonnés dispersés dans le stade, en cette belle journée d’été je remarque la présence de beaucoup de touristes venus profiter de l’occasion. Je note un public pas spécialement connaisseur. Là ou j’applaudis après une belle intervention défensive, une belle passe ou initiation d’action, le public ne réagit pas et j’ai l’impression d’être le seul. Ils n’applaudissent et n’encouragent pratiquement qu’après une grosse occasion. Des occasions qui se font rares tant les locaux sont dominés par le VPS et leur ligne de défense fait facilement une tête de plus minimum que toute l’attaque et le milieu de l’HJK. Il faut dire que cette année, le club d’Helsinki a décidé de retravailler sa formation et de miser sur ses espoirs les plus prometteurs et ce sont donc de jeunes adultes, certains semblant même encore adolescents qui se font bousculer devant moi. Cependant quand ils savent échapper au pressing adverse, leur jeu est beaucoup plus construit et ils savent être dangereux. C’est ainsi qu’ils ouvrent le score contre le cours du jeu ! Cela ne suffit pas à renverser totalement la dynamique et Helsinki subit jusqu’à la mi temps. Une pause qui ne leur fait aucun bien semble-t-il puisque le VPS égalise dès le coup d’envoi. On pense alors que le match va tourner tant la jeune garde subit, mais c’est maintenant que la légende arrive, Teemu Pukki débarque sur le terrain et semble libérer ses coéquipiers. Le futur retraité s’arrache sur chaque ballon mais c’est compliqué, et j’ai l’impression qu’il a mal à chaque pas qu’il fait. Cependant il sait garder le ballon et faire jouer son équipe qui s’appuie sur lui, et après une nouvelle occasion les locaux obtiennent un pénalty à la 75e minute de jeu. Pukki le convertit, l’HJK ne craque pas et l’emporte 2-1.


Une victoire qui fait du bien quand on sait la difficulté qu’a l’équipe à être régulière cette saison et avant un match important en barrage de Conference league. Car s’il a longtemps été la locomotive du championnat, le club semble perdre son statut depuis quelques saisons, devancé par le KuPS Kuopio double champion en titre et qui fait déja le trou en tête du classement pour s’envoler vers son triplé. Le KuPS n’a pas dépassé le HJK grâce à un budget plus important, mais grâce à un projet sportif beaucoup plus cohérent. Le club de Kuopio a misé sur la stabilité, en conservant une ossature solide, un recrutement intelligent et une identité de jeu claire alors que le HJK a enchaîné changements d’entraineurs et reconstructions d’effectifs. De plus les bonnes campagnes européennes et les ventes de joueurs ont également permis à KuPS de renforcer durablement son projet. Aujourd’hui les médians finlandais estiment que ce n’est plus simplement le HJK qui est moins performant mais bien KuPS qui est devenu la nouvelle référence dans le pays. Le club de Kuopio n’est donc pas un nouveau riche, c’est un club qui a su capitaliser sur une belle dynamique, un club historique du pays qui a formé dans ses rangs le premier joueur professionnel finlandais de l’histoire, Aulis Rytkönen, qui y joua 7 ans et disputa les JO de 1952 avant de partir au TFC cher au coeur de notre « Jefe » Khiadiatoulin. Dans la ville rose Rytkönen remporta la Coupe de France 1957.

C’est une belle expérience qui s’achève, et surtout un match qui restera particulier pour moi. C’était le tout premier que je partageais avec ma fille de deux ans. Honnêtement, je ne pense pas que j’aurais pu rêver meilleur endroit que la Finlande pour cette première. J’ai pu emmener la poussette jusqu’au pied de la tribune, entrer avec un sac à dos rempli de ses jouets, de biscuits (et Dieu sait qu’il en faut !), d’eau et de compotes, le tout sans la moindre restriction. Ici, tout semble pensé pour les enfants. Ce n’est peut-être qu’un détail, mais ce sont justement ces petits détails qui font la différence. Et, de ce côté-là, la Finlande, et plus largement les pays nordiques, a quelques longueurs d’avance sur la Belgique. Bon, elle n’a pas eu la même concentration que moi pendant les 90 minutes. Elle m’a surtout fait comprendre qu’elle préférait descendre sur le terrain pour jouer au football plutôt que rester à regarder le match. Finalement, c’est peut-être le plus beau des signes. La relève est assurée ?
Pour répondre à mon postulat de départ, oui la Finlande est un pays de football. Certes, on n’y voit pas souvent des stades pleins et des foules immenses, mais partout où je suis passé, j’ai vu des enfants porter des maillots et taper dans le ballon. Le football est un véritble loisir estival, accessible grâce à des infrastructures présentes quasiment partout dans un pays où le sport fait partie du quotidien. Puis vient l’hiver, et le hockey reprend naturellement sa place dans le coeur des Finlandais. Mais le football ne disparait jamais vraiment, il attend simplement le retour des beaux jours pour redevenir, lui aussi, l’un des visages du sport finlandais.

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Bravo, monsieur !
Superbe texte et beau récit de voyage.
Les vacances ont été heureuses, semble-t-il.
Oh que oui et je ne peux que conseiller d’aller passer ses vacances dans la région des lacs !
Haha. Merci pour la dédicace. Ryktonen est, après Marcico, le plus grand joueur du foot toulousain. Déjà parlé avec des vieux du coin de ses exploits, de sa personnalité appréciée de toute la Ville. On lui doit la première Coupe du 1er TFC et sa meilleure place, celle de dauphin en 1955.
Je ne connaissais pas son histoire je t’avoue mais footballski lui a dédié un article . https://footballski.fr/aulis-rytkonen-monsieur-magic-finlandais
Avec plaisir pour la dédicace 😉
Et le Hockey finlandais est mon préféré après le russe. Teemu Selänne est tout simplement mon joueur préféré.
Barkov, tu connais mon affection pour ce mec. Et oui, Kurri est le binôme légendaire de Gretzky. Il est d’ailleurs à ses côtés aux Kings lors de la finale perdue en 93 face à Montréal.
La dernière victoire de Montréal à ce jour 🥲
Quand j’ai commencé à suivre le canadien il y avait Saku Koivu en plein combat contre le cancer. J’aimais beaucoup ce gars là. Un des joeurs étrangers les plus appréciés de l’histoire du canadien je pense.
Oui, Koivu a marqué une génération du Canadien. Son frère Mikko était également très bon du côté de Minnesota.
Faut être barjot pour se lancer de ces tremplins…
C’est quoi la différence entre le Pesäpallo et le base-ball ?
Les Finlandais volants ont révolutionné le fond lors de nombreuses olympiades. De Nurmi à Viren.
Lancer : au baseball, le lanceur envoie la balle horizontalement vers le batteur ; au pesäpallo, la balle est lancée verticalement au-dessus du batteur.
Course : au baseball, on court autour d’un losange ; au pesäpallo, les bases sont disposées en zigzag, ce qui change la stratégie. Et qui était très particulier à suivre pour moi !
Jeu : le pesäpallo met davantage l’accent sur la tactique et le placement des frappes, alors que le baseball favorise plus la puissance et les home runs.
Enfin je sais pas si je l’ai écrit mais c’est lui qui a le titre de « sport national » en Finlande.
C’est beau comme du Sibelius !
J’ai toujours associé la Finlande plus au ski de fond et à l’athlétisme qu’au hockey et au football. En particulier les lanceurs de javelot et les coureurs de fond.
J’ai oublié d’en parler mais il et vrai que je disais à ma compagne que la Finlande était un grand pays d’athlétisme. Vu pas mal de belles pistes aussi d’ailleurs. Pareil que toi pour le javelot, j’ai grandi avec le duel Andreas Thorkildsen / Tero Pitkämäki.
Par contre le monument Sibelius à Helsinki est…particulier (pour ne pas dire tout simplement affreux)
Merci Mayo ! Me souviens plus si tu peux voir les côtes finlandaises de Tallinn.. Mais il y a de fortes proximités linguistiques entre les deux pays.
Pas vu depuis Tallinn car on a été le jour le plus nuageux de notre séjour. Mais oui en prenant le ferry depuis helsinki pour passer une journée dans la capitale estonienne j’ai appris que l’estonien était proche à 40% du finois. Que la vielle ville de Tallinn est belle… et je peux t’y recommander un très bon restaurant géorgien ou l’on a été incroyablement bien reçu avec la petite si tu y passes un jour !
Ah, j’y suis passé en 2012 ! Oui, le centre médiéval de Tallinn est tres sympa. Les grandes forêts également. C’est un pays calme et agréable.
Et la bouffe géorgienne, c’est top ! M’étais fait un restau en Russie, régalade !
Merci pour ces textes toujours très incarnés.
Pour les amateurs de fond, il y a un petit roman savoureux sur Zatopek de J. Echenoz : « Courir »
C’est tout sauf un bio.. et ça se lit en une apm de vacances !
C’est très bon, oui.
Je lui avais consacré un Lectures 2 foot.
Jean Echenoz, Envoyée spéciale, 2016 : « A de nombreux égards, le rêve est une arnaque. »
Quel livre !
Récit déjanté et souvent très drôle, le texte de Jean Echenoz peut paraître foutraque. Il n’en est cependant rien, puisqu’on le voit progressivement s’enrouler sur lui-même, et révéler une composition en réalité très intelligente. L’écriture, précise et travaillée, atteint une simplicité et une limpidité de style qui rendent la lecture fort agréable : les 300 pages se lisent d’une seule traite !
C’est beau, et le lecteur de se dire qu’il aimerait bien être capable d’écrire ainsi…
Il est là : https://www.pinte2foot.com/article/lectures-2-foot-episode-10-speciale-jo
C’était mon premier Echenoz, et si j’avais bien aimé j’étais un peu passé à côté du style facétieux de l’auteur.
Depuis, j’ai lu d’autres bouquins de Echenoz.
Jean Echenoz, Je m’en vais, 1999 : Une lecture éprouvante.
Il me faut tout d’abord confesser avoir eu beaucoup de mal à entrer dans ce récit étrange et comme glacé, recroquevillé derrière une feinte ornementation. Echenoz semble s’adresser au lecteur tout à la fois avec une grande distance et une grande simplicité – cette dernière s’incarnant notamment dans le style très particulier de l’auteur, ici poussé à son maximum et donc très troublant. Indubitablement, il y a un travail assez dingue pour parvenir à écrire un tel texte – malheureusement souvent désemparant.
Je me suis néanmoins accroché, car je connais le style d’Echenoz et ai su l’apprécier dans de précédentes lectures. J’ai donc été persévérant, mais ce fut à un certain prix – celui de l’épreuve. Une épreuve, que même l’ironie mordante d’Echenoz ne suffisait pas toujours à rendre agréable. Dernier point : comme d’habitude, il faut saluer la qualité de la construction d’un récit commençant et se terminant par les trois mêmes mots…
Jean Echenoz, Ravel, 2006 : »Ça non plus, on n’est pas obligé de le croire. »
Dans ce bref roman, Jean Echenoz fait à sa façon le récit des dix dernières années de la vie de Maurice Ravel, c’est-à-dire celles de la consécration, de la dégénérescence et de la mort. Si le texte est documenté, il est difficile d’en parler à proprement comme d’une biographie tant le romancier impose son style dépouillé et espiègle. L’écriture de Jean Echenoz a ainsi quelque chose à voir avec le Boléro : »pas de développement ni de modulation, juste du rythme et de l’arrangement ». Il n’y a pas de véritable intrigue chez Echenoz, il n’y a que du style, faussement détaché, vraiment brillant.
A l’image de la vie de l’artiste, cette vie imaginée de Ravel semble donc insignifiante et n’être qu’un prétexte à magnifier son œuvre – et celle du romancier. A la manière du style simple d’Echenoz, d’une écriture qu’on croirait sans affectation, l’acte créatif chez Ravel se fait comme par accident, tranquillement, sans forcer, incidemment. Au final, l’amour des mots d’Echenoz et l’intelligence avec laquelle il compose son récit rendent la lecture très agréable. Une franche réussite.
Jean Echenoz, Courir, 2008 : »Il court, il court sans se poser de questions. »
Sorti en 2008, année de l’Olympiade de Pékin, ce bref roman fait la biographie du célèbre coureur de fond Emil Zatopek. Armé d’un style désarmant, l’athlète tchécoslovaque accumule les médailles et fait tomber les records presque sans le vouloir et sans s’en rendre compte. Pour lui, tout se fait naturellement, sans se poser de questions excessives. Bien sûr, le style de l’écrivain est à l’unisson de celui du champion : simple, naturel, sans affectations. Ainsi lorsqu’il décrit la manière de courir de Zatopek : »Emile, on dirait qu’il creuse ou qu’il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d’élégance, Emile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. Ses traits sont altérés, comme déchirés par une souffrance affreuse, langue tirée par intermittence, comme avec un scorpion logé dans chaque chaussure. Il a l’air absent quand il court, terriblement ailleurs, si concentré que même pas là sauf qu’il est là plus que personne et, ramassée entre ses épaules, sur son cou toujours penché du même côté, sa tête dodeline sans cesse, brinquebale et ballotte de droite à gauche. »
S’il court sans souci, sans se poser de questions, c’est sans doute parce que la course est son espace de liberté. Le seul, probablement. Car Zatopek, depuis ses 17 ans, fait l’épreuve des totalitarismes. En effet, le texte de Jean Echenoz construit en miroir les événements de 1939 et de 1968 : les deux sont des invasions. Ainsi le premier chapitre commence-t-il par »les Allemands sont entrés en Moravie », et le dernier chapitre par »les Soviétiques sont entrés en Tchécoslovaquie. » Entre les deux se déploie la vie de Zatopek, de sa formation à sa disgrâce en passant par sa gloire. La vie de l’homme éclaire donc son époque, mais elle n’est pas qu’un prétexte : le récit est documenté, et c’est par petites touches qu’il distille les considérations dépassant la seule vie de Zatopek. Bref, c’est très bien fait et fort agréable à lire.
Jean Echenoz, Des éclairs, 2010 : « Chacun préfère savoir quand il est né, tant que c’est possible. »
Dernière des trois fictions biographiques composées par Jean Echenoz, après Maurice Ravel et Emil Zatopek, cette vie de Nikola Tesla présente les qualités habituelles de l’écrivain : ton facétieux, style fluide, futilité apparente. On suit ainsi Gregor – pseudonyme donc attribué à Tesla –, savant fou idéal, allant d’échec en échec jusqu’au dernier, total, absolu : la mort.
Cheminant, le lecteur ne perd pas son temps : il apprend, découvre et s’étonne, prend plaisir à lire ce roman bref mais riche, consécration d’un style unique et difficilement définissable, le style de Jean Echenoz.
Jean Echenoz, 14, 2012 : L’horreur sans fard.
Dans ce bref roman, à l’écriture sobre, précise et ciselée, Jean Echenoz fait le récit d’une histoire aussi simple et banale que pétrie d’horreurs. Semblant se placer à distance, le romancier nous plonge à hauteur d’homme, sans grandiloquence, dans les affres de la Première Guerre mondiale – ses catastrophes immédiates autant que ses conséquences à plus long terme.
C’est donc volontairement que le texte, brillamment composé, nous plonge au cœur de la guerre sans affectation, sans effet de manche : « tout cela ayant été décrit mille fois, peut-être n’est-il pas la peine de s’attarder encore sur cet opéra sordide et puant. Peut-être n’est-il d’ailleurs pas bien utile non plus, ni très pertinent, de comparer la guerre à un opéra, d’autant moins quand on n’aime pas tellement l’opéra, même si comme lui c’est grandiose, emphatique, excessif, plein de longueurs pénibles, comme lui cela fait beaucoup de bruit et souvent, à la longue, c’est assez ennuyeux. »
Jean Echenoz, Bristol, 2025 : « Tout indigent que soit un scénario, souvent il vous rattrape ».
Sautant d’une intrigue à l’autre, les entrecroisant, refusant de les développer et encore moins de les mener à leurs termes, Jean Echenoz raconte les brèves aventures d’un antihéros dans ce texte foisonnant et truffé de détails. L’écriture fluide et légère, la fausse désinvolture de la narration, l’humour rendent la lecture très agréable : c’est un vrai bonheur de lire Echenoz et de s’imprégner de son univers si particulier.
C’est exactement ça ! Parfois, il donne l’impression de se foutre gentiment de la gueule du lecteur quand, par exemple, il met en scène un personnage et, tout d’un coup, il prend tout le monde à revers en écrivant un truc du genre « laissons ce cher monsieur à ses basses préoccupations et revenons à ce qui tient en haleine notre lecteur »… Moi il me fait rire.
Très sympa, ce papier. Derrière le hockey et le saut à ski mais devant l’athlétisme, la Finlande est aussi un poids lourd du sport auto. Au-delà de la F1 (Keke et Nico Rosberg, Kimi « Iceman » Räikkönen, Valtteri Bottas) et même de la moto (Jarno Saarinen il y a bien longtemps), ce sont les pilotes de rallye de classe mondiale qui sortent à la chaîne. Les plus anciens et les enhousiastes comme l’ami Alpha se souviennent de l’âge d’or des années 70-80 avec les Markku Alén, Hannu Mikkola, Ari Vatanen, Timo Salonen, ou autres Juha Kankkunen, sans oublier Henri Toivonen fauché à l’aube d’une carrière qui s’annonçait phénoménale.
Vous me prenez par les sentiments avec tout ces noms !
Et en moto, je rajouterais, en plus de la légende Saarinen, le grand Teuvo Lansivuori, qui est sans doute l’un des plus grands pilotes de la décennie à n’avoir remporté aucun titre, devant plier face à des adversaires du standing de Dieter Braun, Barry Sheene ou Giacomo Agostini…
PS : Ne pas avoir mentionner Mika Hakkinen dans les pilotes F1 est un grave affront.
PPS : Keke Rosberg est effectivement un finlandais (même si il est né en Suède) et Nico, par ascendance également, mais c’est un allemand vivant à Monaco avant tout. Ce qui rends le fait d’avoir oublier Hakkinen encore plus grave.
C’est Vatanen qui s’était fait piquer sa voiture en plein Paris-Dakar, non ? C’est quand assez drôle.
Yup, Dakar 88, officiellement, la voiture est volée, mais le nombre de trucs louches dans cette histoire font toujours douter, une 405 spéciale Dakar, ça se pique pas comme une vulgaire 2CV…
Autre Paris-Dakar, c’est pas lui qui avait gagné au tirage au sort qui de lui ou de Ickx serait le leader?
Souvenir d’une histoire de cet acabit, ca roulait à couteaux tirés et mieux valait distinguer une hierarchie avant qu’ils ne finissent tous deux par casser leur monture.
Ca c’est 89, Ickx et Vatanen écrasent le Dakar, les deux prennent des risques pas possible (surtout Vatanen, qui fais plusieurs tonneaux) et Todt, patron chez Peugeot Sport, joue à pile ou face, ça sera pour le finlandais.
Malgré ça, Vatanen perds énormément de temps dans une des dernières étapes, au point que le belge repasse devant, mais beau joueur, il s’arrête à 200 mètres de la ligne dans la dernière étape et laisse le titre à son coéquipier.
Si on s’appelait « Pinte d’Essence », j’aurais fait un article entier sur les magouilles autour de Jean Todt, entre les histoires du Dakar, les manœuvres politiques de Peugeot qui ont quasiment tués l’Endurance et les 24h du Mans, les controverses chez Ferrari puis à la présidence de la FIA…
Super article, bravo.
De ce pesapallo aux JO, sport que j’imagine circonscrit à ce coin du monde, j’imagine la balle-pelote aux JO d’Anvers – et pourquoi pas apres tout.
Je découvre ce super site depuis peu et je suis fan! En tant que joueur de softball, je vais de ce pas en apprendre plus sur le Pesäpallo. J’ai pu me rendre également à la Bolt Arena (avec les Ultras) ainsi qu’à la Helsingin jäähalli en septembre dernier et ce fut deux supers expériences. J’ai même pu parler de mon Stade Malherbe avec des locaux car ils connaissaient Timo Stavitski, formé à l’HJK. Dernière anecdote : je me suis baladé longuement un dimanche du côté d’Espoo, et je suis tombé sur plusieurs matchs de foot et de basket d’équipes jeune. J’étais très surpris de l’excellent niveau de jeu et surtout des infrastructures qui, en comparaison avec ce que je peux connaître en France, sont juste incroyables. Merci pour ce super article.
Bienvenue et merci pour ce chouette commentaire !
Merci et si le cœur t’en dit, n’hésite pas à proposer des textes.
Concrétement, comment ça marche?
Tout en haut du site, y’a marqué « Proposer un article ».
Faut aller sur cette page, marquer un nom (qui peut être un vrai nom comme un pseudo) un titre et un contenu d’article, et c’est envoyé dans la liste des articles de P2F, un rédacteur va ensuite faire la relecture et l’habillage dudit article et ça sera publié.
Certains comme Alex ou g-g-g ont commencés ainsi avant de devenir des piliers du site.
@belo-dedici, nous avons vu ton texte sur les Boulonnais, merci ! Bobby effectuera une relecture, insérera les photos et Ajde va le planifier, sans doute début octobre. Merci encore.