Il y a des pays qui ne vous quittent pas. La Nouvelle-Zélande est de ceux-là. Pas parce qu’elle est simplement belle — bien que sa beauté soit d’une nature presque insolente, comme si la Terre avait décidé, là-bas, tout au bout du monde, de se montrer dans son état le plus brut et le plus généreux à la fois. Des fjords qui plongent dans un silence de granit, le cône parfait du Taranaki qui surgit des nuages comme une apparition, la palette mordorée du plateau de Tongariro où la roche et la brume semblent sorties d’un autre âge. Un pays coincé entre la mer de Tasman et le Pacifique, si cinégénique que Peter Jackson n’a eu qu’à pointer sa caméra pour en faire la Terre du Milieu — et le monde entier a cru à la magie, sans savoir qu’elle était déjà là, bien avant Frodon et Gandalf.

Moi, je l’ai connue autrement. Pas depuis un écran, mais depuis le vent de Wellington — ce vent qui vous accueille à l’aéroport comme une gifle amicale et ne vous lâche plus. La capitale a ce caractère un peu rude et terriblement attachant des villes qui n’essaient pas de vous séduire, mais finissent toujours par le faire. Et puis il y a eu Nelson, dans le haut de l’île du Sud, avec sa lumière qui n’existe nulle part ailleurs. C’est de là que j’ai poussé jusqu’à l’Abel Tasman — ce parc national où les sentiers longent une mer turquoise et où les journées de marche ont cette vertu rare de vous rendre à vous-même. Des amitiés s’y sont forgées, comme ça arrive parfois quand on marche longtemps avec des inconnus et qu’on finit par leur dire des choses vraies. J’y ai vécu. J’y ai laissé quelque chose. C’est peut-être pour ça que le football néo-zélandais me touche différemment. Pas seulement comme un sujet sportif, mais comme une histoire qui ressemble un peu à ce pays : discrète, lointaine, et pourtant extraordinaire quand on prend le temps de l’écouter.

Parce qu’en 1982, les All Whites ont réussi l’impossible — se qualifier pour une Coupe du Monde, depuis l’autre bout de la planète, depuis leur pays où le rugby est roi et où personne n’attendait ces footballeurs-là. Le premier adversaire sur la route de l’Espagne, c’est l’Australie. Le grand frère encombrant, le voisin d’en face de la mer de Tasman, celui contre qui chaque victoire a un goût particulier. Et le calendrier veut que ce premier match se dispute le 25 avril 1981 — l’Anzac Day. En Nouvelle-Zélande, le 25 avril a un poids que les mots peinent à rendre. L’Anzac Day — Australian and New Zealand Army Corps — est le jour le plus solennel du calendrier national. Celui où les deux pays se souviennent de leurs morts à Gallipoli en 1915, de ces milliers de jeunes soldats australiens et néo-zélandais jetés sur des plages turques dans un carnage inutile, et de tous ceux tombés depuis. Ce matin-là, on se lève avant l’aube, on allume des bougies, on se rassemble en silence. Ce n’est pas un jour de sport. C’est un jour de recueillement. Et pourtant, au Mount Smart Stadium d’Auckland, les deux voisins s’affrontent. Match nul, trois partout. Un baptême du feu pour une équipe que personne ne prend encore vraiment au sérieux.

Le chemin passe ensuite par les Fidji, puis Taiwan — Chinese Taipei dans le jargon de la FIFA. C’est lors de ce déplacement que le maillot tout blanc apparaît pour la première fois. L’équipe le portera pour chaque match suivant de la campagne, et les médias s’emparent du surnom : les All Whites. Le clin d’œil aux All Blacks est évident — mais il porte en lui une ironie acide qui dit beaucoup sur l’état du pays ce printemps-là. En 1981, la Nouvelle-Zélande vient de traverser la plus grande crise de désobéissance civile de son histoire. Pendant 56 jours, la tournée des Springboks — l’équipe nationale de rugby d’Afrique du Sud — alors en plein apartheid a mis le pays à feu et à sang. Deux mille policiers déployés à Auckland pour le dernier test-match, des barricades autour d’Eden Park, des rues qui ressemblent à une zone de guerre. Et au-dessus du stade, un Cessna loué par deux militants anti-apartheid qui tourne en rond pendant toute la durée du match, larguant des bombes à farine sur les joueurs — dont le pilier des All Blacks Gary Knight, fauché en plein jeu par un projectile. Le match a continué tandis que Marx Jones, le pilote, a écopé de six mois de prison. Les All Blacks, eux, ont gagné la série. Dans ce contexte, baptiser l’équipe de football les All Whites n’avait rien d’anodin. Certains y ont vu une connotation raciale malvenue — le blanc affiché comme une couleur identitaire au moment précis où le pays se déchire sur la question de l’apartheid. D’autres y ont lu exactement le contraire : un pied de nez à un rugby compromis, une façon de dire que le football, lui, portait les mains propres. Le surnom a collé. Mais l’ambiguïté, elle, n’a jamais vraiment disparu et ressort même aujourd’hui, dans une coupe du monde MAGA ou les « All Whites » sont devenus les chouchous malheureux des militants d’extrême droite.


Le tournant de ces qualifications arrive au Sydney Cricket Ground, pour le match retour décisif contre l’Australie. Une frappe de Steve Wooddin et une tête foudroyante de Grant Turner scellent une victoire nette 2-0. Ce deuxième but mérite qu’on s’y attarde. L’entraîneur John Adshead, n’en reviendra jamais vraiment. « J’ai vu tous les grands joueurs, mais ce but-là, de son commencement à sa conclusion, je vous défie de m’en montrer un plus beau. » Le mouvement part des défenseurs, se développe avec une fluidité rare, et Turner jaillit pour propulser la balle de la tête, de longue distance, dans des proportions qu’on n’attendait pas d’un milieu de terrain. Grant Turner décédera en février 2023, emporté par un cancer à 64 ans. Un crève-cœur pour tous ceux qui savent ce qu’il représente dans l’histoire du football néo-zélandais. À jamais injustement méconnu. Le dernier match du groupe voit la Nouvelle-Zélande écraser les Fidji 13-0, le capitaine Steve Sumner inscrivant six buts à lui seul — un record en qualification de Coupe du Monde qui tient encore aujourd’hui. En huit matchs, l’équipe a marqué 31 buts et n’en a encaissé que 3. Les All Whites terminent premiers de leur groupe et s’ouvrent les portes de la deuxième phase.
La deuxième phase de qualification réunit les quatre vainqueurs de groupe de la zone Océanie-Asie : Nouvelle-Zélande, Arabie saoudite, Koweït et Chine. Et ça commence fort. Déplacement en Chine, dans un stade plein à craquer de 63 000 spectateurs, et plus d’un million de téléspectateurs rivés sur leur écran. Les amateurs néo-zélandais ne cillent pas. Match nul 0-0, tenu avec sérieux et discipline. Le retour à Auckland se solde par une victoire. Puis vient la réception du Koweït, et avec lui l’amertume. La Nouvelle-Zélande croit avoir fait le plus dur quand elle mène 1-0, mais l’arbitre siffle deux penaltys discutables, le deuxième à la 90ème minute. Défaite 1-2. La frustration est totale, la désillusion immense. Dans les gradins, un jeune supporter en furie dévalle les tribunes, monte sur le terrain et lance une canette sur l’arbitre. Le match se termine dans la tension, la foule envahit le terrain et l’arbitre doit être escorté hors du terrain…S’en suit un nul décevant, contre l’Arabie Saoudite à domicile puis vient le déplacement au Koweït. Match qui s’annonce houleux vu les circonstances de l’aller.
C’est dans ce contexte que débarque un gamin de 18 ans, Wynton Rufer, sorti des quartiers de Miramar, dans la banlieue de Wellington — à deux pas, ironie de l’histoire, du futur musée de la Weta Workshop de Peter Jackson, où l’on crée aujourd’hui décors et effets spéciaux pour les plus grands films du monde. Né d’un père suisse et d’une mère maorie de l’iwi Ngāti Porou, Wynton Rufer est devenu le premier Néo-Zélandais à signer un contrat professionnel, en paraphant avec Norwich City à l’automne 1981. Mais son permis de travail lui est refusé en Angleterre, le forçant à disputer une saison supplémentaire au pays au sein des Miramar Rangers, dans les limbes d’une carrière qui attend son heure. Il rejoindra finalement Zurich, puis connaîtra une carrière brillante en Suisse avant de s’épanouir en Allemagne au Werder de Brême, où il deviendra meilleur buteur de la Ligue des champions 1993-94. Mais tout ça, c’est plus tard. Pour l’heure, il est n’est qu’un quasi inconnu qu’on appelle au secours. Pour le dernier match de groupe en Arabie saoudite, la Nouvelle-Zélande doit s’imposer lourdement pour espérer revenir à égalité avec la Chine au classement. L’entraîneur John Adshead demande simplement à son équipe de jouer avec fierté. Par une chaleur accablante sur un terrain artificiel dur comme de la roche, la Nouvelle-Zélande inscrit cinq buts dès la première mi-temps. Le vétéran Brian Turner garde la tête froide pour transformer un penalty crucial juste avant la pause. Rufer, lui, s’offre un doublé.

Les All Whites se retrouvent à égalité parfaite avec la Chine — même nombre de points, même différence de buts. Barrage obligatoire. Trouver un terrain neutre acceptable s’avère une négociation digne d’un sommet diplomatique. La Malaisie est envisagée, mais les Kiwis refusent — trop proche géographiquement de la Chine. Les Néo-Zélandais proposent Melbourne, la Chine refuse pour les mêmes raisons. Finalement, c’est Singapour qui sera retenu, avec un stade massivement acquis à la cause chinoise. L’excitation monte en Aotearoa ( le nom maori du pays). L’équipe a effectué un stage de trois semaines à Auckland, pendant que les dirigeants tentaient de réunir les fonds nécessaires pour l’ultime effort. Un appel national a été lancé, permettant de récolter la somme impressionnante de 50 000 dollars en quatre jours. La Chine arrive à Singapour trois jours avant le match. Elle compte de bons joueurs, notamment l’ailier Gu Guangming, surnommé « le petit tambour », qui deviendra plus tard le premier footballeur chinois à jouer en Europe. Le jour J, plus de 60 000 personnes s’entassent dans la fournaise du National Stadium pour assister à ce qui sera la 24ème et dernière place de qualifié pour le mondial espagnol. Steve Wooddin ouvre le score après vingt minutes de jeu, il a probablement bien retenu le discours de son entraineur.
« Ce soir, en vous couchant, soit vous entrerez dans l’histoire en jouant la Coupe du monde, soit vous serez une équipe qui est passée tout près. »
John Adshead
Puis en début de deuxième mi-temps, Rufer s’empare d’un long ballon du gardien Richard Wilson, élimine les défenseurs chinois et expédie le ballon en lucarne. La Nouvelle-Zélande tient bon et s’impose 2-1. Quinze matchs, 44 buts marqués, près de 140 000 kilomètres parcourus. La Nouvelle-Zélande est en Coupe du Monde. Les joueurs célèbrent avec leurs supporters sur place, à savoir quelques expatriés néo-zélandais et un contingent de l’armée néo-zélandaise basé à Singapour dans une liesse qui n’appartient qu’aux équipes qui ont vraiment tout donné. Pour la première fois dans l’histoire du pays, le football fait la une de la presse nationale devant le rugby. (Cette vidéo à l’humour totalement néo-zélandais retrace brièvement le parcours réalisé !)

Le mondial approche et arrive le moment de la préparation et attirer des équipes en amical au bout du monde n’est pas chose aisée. Manchester City devait faire le déplacement, avant de se rétracter pour des raisons budgétaires. Deux matchs contre une Hongrie B se soldent par deux défaites. Puis cinq rencontres sont organisées face au meilleur onze du championnat irlandais en tournée dans le pays— trois victoires, un nul, une défaite. Et enfin, coup de théâtre, Elton John — alors propriétaire de Watford, vice-champion de D2 anglaise — prend pitié des kiwis et organise une tournée de son club en Nouvelle-Zélande. Trois matchs, deux défaites et un nul. Pas de quoi rassurer. Direction l’Espagne, et le tirage au sort des enfers : l’Écosse de Souness, Dalglish et Hansen, l’URSS de Blokhin, et le Brésil de Zico et Sócrates.


Je ne ferai pas de long suspense, la marche est trop haute. Trois défaites. Mais le premier match contre l’Écosse restera dans les mémoires. Menés 3-0 à la mi-temps, les All Whites reviennent à 3-2 grâce à Sumner puis Wooddin, tenant les Écossais en haleine pendant dix longues minutes avant de finalement s’incliner 5-2. L’Écosse, ambitieuse et talentueuse, nourrissait de vraies ambitions pour ce Mondial. Ces deux buts néo-zélandais, anodins en apparence, lui seront fatals : la différence de buts l’éliminera au profit des Soviétiques à l’issue du premier tour.

L’histoire se répète, mais elle ne se ressemble jamais vraiment. 27 ans après l’épopée espagnole, les All Whites se retrouvent à devoir batailler pour exister sur la scène mondiale. Et comme en 1982, le chemin passe par un barrage intercontinental épuisant. Cette fois, c’est le Bahreïn qui se dresse en travers de leur route, pour un double affrontement aller-retour. Premier match à Manama : 0-0. Les Kiwis tiennent bon, à l’extérieur, sous la chaleur du Golfe. Le retour se joue le 14 novembre 2009 au Westpac Stadium de Wellington, devant 35 000 personnes. Les All Whites dominent , ils passent tout près d’ouvrir la marque à la 10e sur un tir du joueur du Celtic, Chris Killen qui s’écrase sur la transversale, puis à la 40e sur une tête de Fallon. Quatre minutes plus tard, sur un corner de Leo Bertos, Rory Fallon, encore lui, s’élève une nouvelle au-dessus de la défense bahreïnie pour placer une tête au fond des filets. Le stade exulte, les commentateurs hurlent « le but que la Nouvelle-Zélande attendait depuis 27 ans ». Fallon — joueur de Plymouth Argyle en D2 anglaise, et fils de l’ancien sélectionneur Kevin Fallon T2 des Kiwis en 82 — vient d’entrer dans l’histoire. Les Néo-Zélandais tiennent bon et peuvent exulter après 3 longues minutes de temps additionnel. On dit que ce soir-là, les sismographes auraient enregistré quelque chose à Wellington. En Nouvelle-Zélande, les tremblements de terre sont monnaie courante — mais celui-ci venait du cœur du peuple kiwi.

Direction le Mondial sud-africain et le groupe F. Italie, Paraguay, Slovaquie. Sur le papier, trois défaites annoncées pour une équipe classée 78ème mondiale. Le premier match contre la Slovaquie commence mal. Menés 0-1, les All Whites semblent condamnés à perdre dignement — jusqu’à la 93ème minute. Winston Reid surgit au second poteau pour reprendre de la tête un centre de Shane Smeltz et arracher le nul 1-1, offrant à la Nouvelle-Zélande son tout premier point dans l’histoire de la Coupe du Monde. Reid, qui signera à West Ham un mois plus tard pour y passer 11 ans, n’hésite pas une seconde avant d’enlever son maillot pour célébrer, s’exposant au carton jaune. « Ça valait totalement le coup », dira-t-il. Puis vient le choc contre l’Italie, championne du monde en titre. Shane Smeltz inscrit un but dès la première période, et les All Whites arrachent un autre nul 1-1 contre la Squadra Azzurra. Dans ce match, un certain Chris Wood — 18 ans à peine — élimine Fabio Cannavaro d’un geste technique instinctif avant de décocher une frappe qui passe à quelques centimètres du poteau. La graine d’un futur grand est semée ce jour-là… Trois matchs, trois nuls. La Nouvelle-Zélande rentre chez elle seule équipe invaincue du tournoi — et seule équipe éliminée sans avoir perdu. Trois points insuffisants pour aller plus loin, mais qui leur laisse un statut d’invincible, puisque l’Espagne victorieuse s’était inclinée contre la Suisse en phase de groupe.

Entre ces deux épopées et celle qui vient, le football néo-zélandais a continué d’avancer — doucement, obstinément, comme il l’a toujours fait. Et quelque part entre 2010 et aujourd’hui, il a failli avoir son Messi. Marco Rojas. Né à Hamilton en 1991, d’origine chilienne, formé à l’académie de Wynton Rufer lui-même est petit, vif, technique et capable d’éliminer n’importe quel défenseur dans un mouchoir de poche. La presse australienne l’a surnommé le « Kiwi Messi » quand il explose à Melbourne Victory en 2013 : Johnny Warren Medal, 15 buts en une saison et l’Europe qui commence à s’intéresser. Stuttgart signe le chèque. Et puis survinrent les blessures. Un pied cassé dès sa première saison. Des prêts, des retours difficiles et l’Europe qui s’éloigne. Au cours de sa carrière Rojas passera par les Pays-Bas, le Danemark, le Chili avant de définitivement raccrocher les crampons en 2025 après une dernière pige aux Wellington Phoenix, à 33 ans, miné par les blessures, sans avoir jamais eu la chance de montrer au monde entier ce qu’il valait vraiment sur la plus grande scène. Un an avant que son pays ne retrouve la coupe du monde pour la 3e fois. Certains destins dans le football ont cette cruauté particulière.
2026. La Nouvelle-Zélande dispute sa troisième Coupe du Monde. Et pour la première fois depuis longtemps, elle arrive avec une génération qui ressemble à quelque chose de solide, de construit, de durable. La meilleure de son histoire sur le papier. En tête de tout, il y a évidemment Chris Wood. Le capitaine. Le meilleur buteur de l’histoire de la sélection. Celui qui, gamin de 18 ans, avait failli humilier Cannavaro en Afrique du Sud. Il a connu une saison difficile, marquée par une blessure au genou qui l’a tenu éloigné des terrains pendant plusieurs mois, et il n’a retrouvé la compétition qu’à la fin du mois de mars. Mais même diminué, même en manque de rythme, Wood reste l’arme principale des Kiwis. Derrière lui, le joueur le plus important c’est peut être Liberato Cacace. Latéral gauche formé à Wellington, révélé en Belgique à Saint-Trond puis confirmé en Série A à Empoli sur plusieurs saisons avant de rejoindre Wrexham, où il s’est imposé presque immédiatement comme titulaire malgré sa blessure. Ce qui frappe chez lui, c’est son volume de jeu : ses courses incessantes sur son couloir, sa capacité à centrer dans les bons espaces, son intelligence tactique dans une équipe qui en a souvent besoin. Dans une sélection parfois prudente, Cacace est l’un des rares joueurs capables de faire basculer un match par ses seules initiatives offensives.

Au milieu, deux noms se dégagent. Ryan Thomas, d’abord — longtemps considéré comme le plus grand talent de sa génération, un joueur au potentiel immense dont la trajectoire a été durement freinée par une blessure grave peu apres son arrivée au PSV Eindhoven. Solide joueur d’Erediviste avec le PEC Zwolle, il reste le cerveau du dispositif néo-zélandais, le liant entre les lignes, celui qui donne du rythme et de la direction au jeu. Il y a aussi Joe Bell, champion de Norvège avec le Viking FC, dont les médias scandinaves louent régulièrement l’intelligence tactique, l’activité sans ballon et la faculté à faire jouer les autres. Marko Stamenic, lui, incarne l’espoir d’une génération. Titulaire à Swansea, progressant saison après saison, apprécié pour sa technique et sa lecture du jeu. Sa prestation lors de la victoire 4-1 contre le Chili en mars dernier a rappelé à tout le monde quel joueur il peut être quand il est dans un bon jour.
En défense, le bloc est solide. Michael Boxall — 37 ans, monument de régularité en MLS — apporte son leadership et son abattage physique intact. À ses côtés, Tyler Bindon de Sheffield United est présenté par de nombreux observateurs anglais comme l’un des plus grands espoirs défensifs du Championship : solide dans les duels, propre dans la relance, remarquablement mature pour son âge. Et Finn Surman, en pleine progression en MLS, s’installe doucement comme l’un des piliers de la prochaine génération défensive. Il faut aussi évoquer Tim Payne, devenu en quelques semaines l’un des sportifs néo-zélandais les plus connus de la planète — pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le football. Un influenceur argentin s’est donné pour mission de trouver le joueur le plus méconnu de la Coupe du Monde et a jeté son dévolu sur ce latéral kiwi. En quelques jours, son compte Instagram est passé de quelques milliers d’abonnés à plus de cinq millions. Une chanson lui a été dédiée, une vidéo de remerciements est devenue virale. Le résultat est aussi drôle qu’inattendu : Tim Payne est désormais le footballeurs néo-zélandais le plus célèbre auprès du grand public mondial. Sportivement, il sort d’une saison compliquée — mais il sera présent, et le monde entier regardera. Son coéquipier à Wellington, Sarpreet Singh, longtemps perçu comme le plus grand talent offensif du pays, peine toujours à retrouver le niveau qui lui avait valu une signature au Bayern Munich. Le potentiel est là, intact — mais la régularité lui échappe encore. Les suiveurs de ligue 2 connaitront surement, Ben Old latéral gauche de Saint-Étienne qui arrive aux USA avec une saison honnête dans les jambes, souvent utilisé dans des rôles plus reculés qu’à ses débuts. Sa polyvalence pourrait offrir plusieurs solutions au sélectionneur. Elijah Just, de Motherwell, rapide et percutant, n’arrive pas toujours à reproduire son niveau de club sous le maillot national — mais dans un bon jour, il peut changer le cours d’un match. Enfin, la belle surprise de cette liste porte le nom de Lachlan Bayliss, issu des Newcastle Jets, dont la saison en Australie a été remarquée au point que plusieurs observateurs l’anticipent déjà en Europe après ce Mondial.
Il faut aussi parler d’Auckland FC. La nouvelle puissance du football néo-zélandais, créée il y a seulement deux ans, le club a réussi l’exploit de remporter l’A-League — jamais un club néo-zélandais n’avait accompli ça. Nando Pijnaker, Francis De Vries, Callan Elliot et Jesse Randall portent avec eux cette réussite historique. Pendant ce temps, le Wellington Phoenix, longtemps seul représentant du pays dans le championnat australien, cherche encore comment répondre à ce nouveau rival. Cette concurrence est probablement la meilleure nouvelle possible pour l’avenir du football néo-zélandais — un sport qui grandit, qui attire, qui convainc de plus en plus de familles de pousser leurs enfants vers le ballon rond plutôt que vers le rugby où les blessures s’accumulent. En Nouvelle Zélande, les soins médicaux sont gratuits pour les moins de 18 ans, plus de la moitié des frais sont liés à des blessures survenue pendant la pratique du rugby…

Le sélectionneur Darren Bazeley connaît parfaitement le football local. Mais beaucoup lui reprochent un manque d’ambition dans le jeu proposé — une équipe solide défensivement, difficile à manœuvrer, mais qui peine à se créer des occasions contre des adversaires d’un niveau supérieur à ceux de la zone Océanie. La polémique autour de la sélection de Tommy Smith, défenseur de Braintree Town club qui vient de descendre en National League South (D6) et seul survivant avec Chris Wood (son meilleur ami) du Mondial 2010, illustre ces tensions. Personne ne remet en cause son importance historique. Mais sportivement, beaucoup auraient préféré voir cette place attribuée à un jeune joueur en progression.

Trois Coupes du Monde. Trois générations. Un même esprit têtu, forgé dans un pays où le football a toujours dû se battre pour exister. Le rugby reste le sport roi — mais les mentalités évoluent, lentement, sûrement. Et le nouveau format de la compétition à 48 équipes offre désormais aux All Whites une qualification quasi assurée à chaque cycle — une opportunité unique d’accumuler de l’expérience, d’envoyer des talents en Europe, de réduire l’écart avec les nations établies.
Les All Whites ne font pas partie des favoris. Ils ne l’ont jamais été.
Le kiwi est un oiseau qui ne vole pas. Un symbole presque paradoxal pour un pays qui, lui, n’a jamais cessé de rêver trop grand. En 1982 il s’est envolé pour un périple interminable jusqu’en Espagne, porté par une conviction que personne d’autre ne partageait vraiment. En 2010, il est rentré chez lui invaincu, comme un rappel discret mais puissant que l’impossible n’est jamais totalement hors de portée.
Alors pourquoi ne pas rêver de nouveau ?

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Quel bel article, bravo !