Vasco da Gama pour l’éternité

En 1948, douze ans avant la première édition de la future Copa Libertadores, un Championnat sudaméricain des clubs avait eu lieu à l'initiative de Colo-Colo.

Amérique Histoire

Au tiers de la compétition, River Plate et Vasco da Gama ont pris les devants mais Nacional et surtout Colo-Colo demeurent des prétendants légitimes au titre, une excellente nouvelle pour que la mobilisation du public santiaguino demeure importante.

La cinquième soirée a lieu le 25 février et offre l’opportunité au Club Nacional de retrouver le chemin du succès contre Litoral (3-1). La recrue paraguayenne Leocadio Marín blessée, Atilio García rappelle qu’il demeure un goleador hors pair en inscrivant les deux premiers buts du Tricolor. Aux environs de 22h15, c’est au tour de Vasco da Gama et du Deportivo Municipal de fouler la pelouse jaunie du stade Nacional. Les Brésiliens font face à deux contrariétés : une fracture décelée au pied droit d’Ademir l’exclut définitivement du tournoi et leur séjour à Santiago pourrait bien se prolonger un peu. Luis Valenzuela, le président chilien de la Conmebol, fait pression pour le compte des organisateurs afin de modifier le programme et reporter les ultimes rencontres de Vasco en faisant fi de la promesse de retour anticipé des internationaux vascainos pour préparer les matchs contre l’Uruguay. Valenzuela redoute que l’Expresso da Vitória n’écrase la compétition et ne tue l’intérêt sportif des dernières journées, détournant les spectateurs du chemin du stade. La victoire sans appel des Brésiliens sur les Péruviens (4-0 dont un doublé de Friaça) confirme les craintes de Valenzuela.  

Lelé trompe Luis Suárez Cáceres et ouvre le festival de Vasco contre Municipal.

Trois jours plus tard, Vasco joue déjà son quatrième match contre Emelec quand River Plate n’en a encore disputé que deux ! Les Brésiliens s’imposent normalement mais difficilement contre de très volontaires Equatoriens (1-0, but d’Ismael, le suppléant d’Ademir). Dans le journal argentin Crítica, la victoire de Vasco est présentée comme une défaite, le titre de l’article étant particulièrement dur pour les Brésiliens : « Emelec avec son enthousiasme a détruit la suffisante et nonchalante tactique carioca. » Sans doute est-ce une manière d’entretenir l’espoir d’un succès final de River Plate. L’examen de la une du Jornal dos Sports laisse également penser à une défaite : « Vasco capitule ». En fait, il s’agit de la reddition brésilienne ayant permis de reconfigurer le programme et préserver l’incertitude sportive, que le quotidien explique par un laconique « il n’a pas été possible de résister à la pression d’un report ». La nécessité de chambouler le calendrier prend encore plus de sens après la déroute de Colo-Colo contre le Deportivo Municipal (3-1). Dans Estadio, Antonino Vera résume l’impression générale : « Alors qu’on attendait une réaction de Colo-Colo, la déception fut encore plus grande, avec une défaite sans éclat. Municipal a justifié sa victoire en seconde période (3-1). » En l’absence d’El Tanque López, le petit Máximo Vides Mosquera réalise une grande performance rehaussée de deux buts alors que le feu-follet Caricho Guzmán quitte la compétition, omoplate brisée.

Le petit intérieur péruvien Máximo Mosquera, couché sur le dos d’un joueur de Colo-Colo, met en difficulté le gardien Chiminos.

Le 3 mars, dans une rencontre de bas de tableau, la technique des Boliviens de Litoral estoque le football courageux mais limité des Equatoriens d’Emelec (3-1), l’occasion pour Roberto Capparelli d’inscrire trois nouveaux buts. Le match entre Vasco et River ayant été reporté au 14 mars, le public de Santiago a droit au sommet rioplatense, Nacional – River Plate. La présence du président chilien, Gabriel González Videla, est annoncée mais il se fait finalement représenter par son aide de camp, probablement retenu par la signature de l’alliance secrète entre le Chili et l’Argentine visant à faire reconnaître les droits des deux pays sur l’Antarctique. Dommage pour González Videla car, de l’avis général, la rencontre est d’un haut niveau technique et s’achève sur l’inattendu succès des Uruguayens (3-0). Crítica relève l’excellence de la préparation tactique des Bolsos matérialisée par un strict marquage individuel, un exercice révélant un novice de 18 ans pourtant confronté à un immense ailier gauche (« Loustau s’est heurté à un adversaire redoutable : le milieu droit uruguayen Santamaría »). Le repositionnement de Schubert Gambetta parmi la ligne d’attaque et la liberté accordée à Walter Gómez en punta de lanza[1] déstabilisent les Argentins et profitent encore une fois à Atilio García, la prestation de Bigote contrastant avec celle de l’avant-centre des Millonarios, Joaquín Martínez.

Une des révélations du tournoi, le goleador argentin des Boliviens de Litoral, Roberto Capparelli.
Les buteurs de Nacional contre River : Juan Ramón Orlandi (ailier gauche), Atilio García et Mandrake Castro (ailier droit).

Quatre jours plus tard, Municipal confirme ses bonnes dispositions et ne fait qu’une bouchée d’Emelec (4-0, nouveau doublé de Mosquera) au cours d’une rencontre hachée par les incidents et la brutalité des Equatoriens. Dans la seconde rencontre du jour, Colo-Colo tient en échec Vasco (1-1), un résultat que peine à apprécier Estadio : « Colo Colo a obtenu un match nul âprement disputé contre Vasco da Gama, uniquement grâce à sa défense tenace. » A Rio, où on se plaint encore de la torsion du programme, le Jornal dos Sports délaisse le sportif pour le sensationnel. Il fait sa une sur l’effectif élargi de Colo-Colo et ce qu’il appelle une « fraude pour intégrer des renforts », expliquant que des « des joueurs ayant signé leurs contrats avec le club chilien avant-hier ont été enregistrés rétroactivement en janvier. » C’est le cas notamment du gardien de l’Unión Española Hernán Fernández, appelé pour suppléer José Sabaj.

Vue de Vasco- Colo-Colo.

Puis on apprend qu’Alfredo Di Stéfano va effectuer son apparition dans le tournoi, le président Liberti s’étant soumis aux desiderata de sa star après la correction infligée par le Club Nacional. Avec la réintégration de la Saeta rubia, Critíca retrouve foi en ses champions. « River Plate, jouera à son meilleur niveau et sera prêt à se remettre pleinement de sa défaite face à la vaillante équipe uruguayenne et à réaffirmer ses ambitions légitimes de titre. La présence de Di Stéfano, qui fait ses débuts dans le tournoi après avoir réglé son conflit avec la direction du club, ajoute une touche d’excitation. La légende répondra-t-elle présent ? Assisterons-nous à l’émergence d’une figure exceptionnelle, compte tenu de la notoriété qui entoure ce jeune joueur déjà incroyablement populaire ? Tous les regards seront tournés vers l’attaquant rapide qui renforcera sans aucun doute la brillante attaque des Millonarios. » Le 10 mars, devant 35 mille spectateurs, la Saeta rubia confirme sa valeur en inscrivant trois des cinq buts argentins contre Litoral (5-1). En soirée, Colo-Colo s’impose dans la fureur contre Nacional, ruinant les chances de victoire finale des Bolsos. Ce succès, l’exigeante revue Estadio ne peut l’apprécier. « La rencontre Nacional-Colo Colo a été l’un des spectacles les plus décevants vus sur les terrains chiliens ces derniers temps. La victoire et les éloges qu’elle aurait pu susciter ont été irrémédiablement gâchés par les conditions dans lesquelles ce match s’est déroulé. Nous ne souhaitons pas entrer dans les détails. Toutefois, nous tenons à souligner que ce genre de spectacle nuit gravement au sport en général, et au football en particulier. » Et de louer la loyauté des Uruguayens, qui l’eût cru ! « Acculés par le manque de maîtrise de leurs adversaires, ils ont su conserver leur rythme de jeu avec un sang-froid admirable. Ils sont restés imperturbables face à l’atmosphère hostile et aux réactions de l’arbitre. Ils ont accepté l’injustice avec calme, sans se soucier du résultat (…). Un exemple remarquable de fair-play, illustrant parfaitement ce que devrait être le véritable esprit sportif. »

La Saeta rubia.

L’avant-dernière journée s’ouvre avec la promenade de santé de Nacional contre Emelec (4-1, doublé de Gambetta) mais le sommet Vasco da Gama – River Plate vampirise l’attention et garantit aux organisateurs une recette record (plus d’1,6 million de pesos). A Buenos Aires et à Rio, la vie s’arrête pour écouter en direct Fioravanti ou Oduvaldo Cozzi, les plus fameux conteurs des radios. Tout autre résultat qu’un succès argentin offre le titre aux cariocas. A lire les exposés chilien, argentin et brésilien, la domination de Vasco se manifeste sur les plans tactique et physique mais le gardien Héctor Grisetti réalise des prodiges, notamment face à l’ailier gauche Chico. Attendu comme le messie par la hinchada de River, Di Stéfano est bâillonné par Wilson, préféré à l’Argentin Ramón Rafanelli, jugé trop nerveux à l’idée d’affronter ses compatriotes. Les pistons habituels de la Máquina, El Charro Moreno et Pipo Rossi, ne trouvent jamais d’espace pour s’exprimer, bloqués par le quadrillage brésilien (« ils ont mis du sable dans nos cylindres », dira par la suite Moreno). La rencontre s’achève sur un score nul (0-0) flatteur pour River et garantit au Vascão l’obtention des trophées Cóndor de América del Sur et Presidente Juan Perón, les coupes offertes au Champion par les présidents chilien et argentin.

El Charro Moreno et l’immense milieu Ely de Vasco à la lutte.
Sortie de Barbosa au contact de Labruna.

L’ultime round se tient le 17 mars alors que les joueurs de Vasco festoient déjà à Rio. Municipal poursuit sa belle série contre le CD Litoral (3-1) avec un Tanque López efficace. En guide d’apothéose, le public peut savourer un Colo-Colo – River Plate sans enjeu, qu’Estadio qualifie « de plaisant pour sa correction » et durant lequel le jeune gardien Amadeo Carrizo joue une mi-temps. Di Stéfano confirme sa classe et concrétise la domination argentine (1-0, score final). Conspués tout au long du tournoi par le public de Santiago, les Millonarios bénéficient d’une sortie digne de leur talent : « Il semble que les supporters aient voulu effacer de l’esprit des visiteurs certaines attitudes injustes manifestées à leur égard. Ils leur ont fait leurs adieux sous une chaleureuse ovation, qui ne pouvait être plus juste et opportune. »

Frappe du jeune ailier gauche de Colo-Colo, Pedro Hugo López.

Le bilan

Dans cette Amérique du Sud où les nationalismes sont exacerbés, la victoire de Vasco sert le Brésil de Getúlio Vargas, tout comme une victoire de River Plate aurait servi la cause de Juan Perón en Argentine. « Au nom du sport, Vasco couvre de gloire le Brésil » peut-on lire ou entendre dans les médias. Puisqu’il s’agit d’un triomphe à caractère historique, l’accueil des cariocas est grandiose. Un cortège de supporters et des radioreporters accompagne la députation de l’aéroport Santos Dumont de Rio au stade São Januario, lieu de la réception officielle. « La ville a connu hier des moments d’une effervescence exceptionnelle. L’arrivée de la délégation du Vasco était le sujet de conversation par excellence. C’est pourquoi les amateurs de sport de Rio de Janeiro se sont mobilisés pour rendre hommage aux champions qui ont si bien su honorer le football brésilien à Santiago. Dès le matin, la ville a pris des allures de fête, avec un va-et-vient incessant, en prévision de l’apothéose qui allait avoir lieu dans la soirée » (Jornal dos Sports).

L’accueil de Vasco à Rio.

A Santiago, les experts oscillent entre nostalgie pour un jeu révolu et conscience d’avoir assisté à un changement de paradigme. Dans son éditorial du 20 mars 1948, Estadio écrit : « Il est possible qu’aucun autre tournoi du sous-continent n’offre autant d’enseignements que celui-ci, tant en termes de spectacle que sur le plan technique, à la fois pur et fascinant. Nul n’ignorera que l’impression la plus marquante laissée par la démonstration des « Grands » a été la consécration d’un football nouveau, ordonné et stratégique, qui pourrait bien sonner le glas du jeu ancien, précieux et improvisé, celui de l’inspiration libre. Désormais, il n’y aura plus lieu de débattre de l’efficacité des plans préétablis et des formules défensives modernes. Le Championnat des Champions, promu par Colo-Colo, acquiert ainsi une importance capitale, car il marquera le début d’une nouvelle ère pour le football sud-américain. Après avoir apprécié et analysé son développement, nul, même le plus sceptique, ne pourra nier que le football ne peut plus être pratiqué autrement s’il aspire à figurer parmi les plus prestigieux. » 

La supériorité et la modernité de l’Expresso da Vitória ne souffrent d’aucune contestation mais l’approche tactique imposée par Flávio Costa n’embrase pas les experts. Le jeu brésilien est jugé stéréotypé, dénué de folie, fondé sur un système défensif original décrit par le Péruvien Cachito Guzmán : « ce n’est pas comme le marquage d’homme à homme, dans lequel chaque joueur connaît celui qui va le marquer, ni comme le marquage par zones dans lequel le terrain est imaginairement divisé en zones confiées à des joueurs précis. Le marquage par poste, comme son nom l’indique, est plus élastique et donne au jeu une plus grande mobilité. Par exemple, si je cours vers l’aile, l’homme qui me marque est celui qui est le plus proche du terrain où je m’aventure, je peux aller au centre, à gauche, à droite, pour me démarquer, mais j’ai toujours un joueur qui me colle, et un autre, et un autre, qui se relaient à mesure que ma position change sur le terrain. » Guzmán décrit-il une zone mixte telle qu’on la désigne aujourd’hui ? Peut-être mais quelle qu’elle soit, l’assise défensive de Vasco constitue un avantage décisif tout au long du tournoi (trois buts encaissés en six matchs). Quand le chroniqueur uruguayen d’El Bien Público se plaint de l’apathie de la ligne d’attaque du Club Nacional après sa défaite contre Vasco, il sous-estime probablement l’organisation des Brésiliens à la perte du ballon. Autre singularité, Vasco allonge souvent le jeu à l’initiative du goleiro Moacir Barbosa, particulièrement précis avec ses pieds en comparaison des dégagements au petit bonheur de la plupart de ses pairs. Ses relances rapides s’avèrent mortelles, se transformant parfois en passes décisives que la presse chilienne appelle des golkicks. Systèmes, schémas, quadrillages, tactiques, actions prédéfinies… Il émane de l’Expresso da Vitória une forme de froide mécanisation, faisant écrire à Antonino Vera que le terme de Máquina devrait être associé à Vasco plutôt qu’à River.

L’équipe lauréate du tournoi avant le sommet contre River Plate.

A propos de River Plate, où Alfredo Di Stéfano a été à la hauteur de sa réputation naissante en trois rencontres, la presse chilienne se montre élogieuse malgré sa seconde place et note le probable surmenage des cracks argentins. Pour les internationaux des Millonarios, Estadio estime qu’« on arrive, en moins d’un an, à environ 55 matchs. Soit plus d’un par semaine. Il est fort possible qu’une équipe ayant maintenu un tel rythme de compétition puisse en être affectée et ne pas trouver la force nécessaire pour gagner un match difficile ». José Manuel Moreno rejette l’excuse et reconnaît la supériorité brésilienne, « si quelqu’un est meilleur ou te surprend par une technique plus parfaite, que faire ? Accepte-le, mon ami, et pense à la revanche. » Troisième, le Club Nacional a soufflé le chaud et le froid, alternant brillance et violence, à l’image de Schubert Gambetta. Antonino Vera retient avant tout la mue opérée en cours de tournoi. « Le football uruguayen, de par sa glorieuse tradition, est le plus réfractaire aux innovations majeures. Pourtant, l’exemple de Deportivo Municipal – ou, comme certains l’affirment, le conseil de Flávio Costa – les incita à jouer contre River avec une formation défensive bien étudiée et encore mieux exécutée. Pour la première fois, chaque défenseur de Nacional marquait individuellement chaque attaquant adverse. » Bien défendre pour mieux attaquer, un des principes de l’Expresso da Vitória de Flávio Costa. En le faisant sien, Aníbal Ciocca a manifestement permis aux Bolsos de donner leur pleine mesure offensivement (16 buts), une aubaine pour Atilio García, goleador numéro un du tournoi.

En dépit de la médiocre prestation de Colo-Colo, la compétition peut être qualifiée de grand succès et couronne les efforts du président d’El Cacique, Robinson Álvarez. Avec une moyenne d’environ 40 mille spectateurs par match, les recettes sont estimées à 9,5 millions de pesos chiliens et permettent de dégager un résultat d’environ 2,5 millions de pesos. La viabilité de l’épreuve est démontrée mais la formule demeure sujette à débats : faut-il conserver un championnat, long et difficile à insérer dans les saisons des différentes fédérations, ou privilégier une phase qualificative précédant un tournoi final resserré ? En mars 1948, rien n’est tranché hormis la nécessité de pérenniser l’épreuve. En tant que pays vainqueur, le Brésil doit accueillir la seconde édition conformément à un accord scellé en amont de cet historique Sudamericano des clubs.

Robinson Álvarez en mars 1948.

Ces belles perspectives ne connaissent malheureusement pas de suite. Le journaliste brésilien Geraldo Romualdo da Silva en rejette la faute sur les Argentins. « Ébranlés dans leur vanité ancestrale par la victoire inattendue de Vasco da Gama sur River Plate à Santiago, les Argentins, qui avaient tout fait pour encourager l’initiative chilienne à ses débuts, commencèrent à la saboter ouvertement. » Que le blocage naisse en Argentine, soit, mais les raisons ne peuvent être résumées aussi arbitrairement. Tout débute avec le conflit entre Di Stéfano et sa direction en février 1948. Il préfigure les grèves affectant les footballs rioplatenses de novembre 1948 à mai 1949. En Argentine, le mouvement s’achève dans la rancœur et provoque l’exil de nombreux cracks vers l’Europe ou l’El Dorado colombien, auquel succombe notamment Di Stéfano. Sous tutelle péroniste, la fédération argentine (AFA) met en œuvre une politique sportive isolationniste qui ne s’achève qu’en 1955, juste avant la chute de Juan Perón. L’Argentine se préserve ainsi de défaites humiliantes, prévisibles en l’absence de ses meilleurs éléments, et trouve une manière de manifester ses désaccords diplomatiques avec son voisin. Absente du Sudaméricano 1949 et de la Coupe du monde 1950 organisés par le Brésil, l’AFA n’aurait jamais autorisé Independiente (Champion d’Argentine en 1948 en faisant appel à des espoirs pour remplacer les grévistes) à participer à un Campeonato de Campeones s’il s’était tenu à Rio de Janeiro, comme envisagé. 

En 1960, une compétition continentale de clubs voit enfin le jour en Amérique du Sud : la Copa de Campeones de América – bientôt rebaptisée Copa Libertadores de América – et s’impose comme un rendez‑vous incontournable du calendrier sud-américain. En 1996, les dirigeants de Vasco da Gama saisissent officiellement la Conmebol pour que le titre de Campeón Sudamericano de Campeones, remporté en 1948, équivaille à une Copa Libertadores. L’enjeu est de taille : de cette reconnaissance dépend la participation du club carioca à la Supercopa Sudamericana, tournoi réservé aux vainqueurs de Copa Libertadores, un cercle dont Vasco est alors exclu[2]. Après examen du dossier, le verdict tombe en avril 1996. Le Comité exécutif de la Conmebol accepte la demande, « en reconnaissance de l’exploit sportif et de sa véracité historique ». Par cette décision, Vasco da Gama est officiellement consacré premier club sud-américain à avoir remporté un titre continental, une prouesse réalisée en 1948 à Santiago du Chili. 

Les trophées et fanions ramenés de Santiago.

[1] Inter la plupart du temps, Gómez vient se positionner à la pointe de l’attaque (d’où le terme de punta de lanza), à proximité de García pour créer un surnombre dans l’axe. Ademir est souvent considéré en Amérique du Sud comme le premier à avoir adopté cette position. Durant le tournoi, son remplaçant Ismael tient ce rôle, tout comme Ángel Labruna avec River Plate.

[2] Vasco s’impose en Copa Libertadores en 1998, son unique titre dans la compétition.

15 commentaires pour "Vasco da Gama pour l’éternité"

  1. Khiadiatoulin dit :

    Elles sont belles ces photos.

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  2. Khiadiatoulin dit :

    Connais vraiment peu le foot en Équateur. J’ai l’impression que la Copa America organisée à domicile a été le moment charnière de leur histoire. Une demi-finale avec Aguinaga, pour ensuite gravir les paliers. Barcelona, avec ses deux finales de Libertadores dans la décennie, est évidemment primordial.

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  3. Khiadiatoulin dit :

    Alfredo jouissait déjà d’une sacrée réputation.

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    1. Verano82 dit :

      Il est marginalisé dans l’histoire du foot argentin car il n’y a pas joué longtemps mais tout indique qu’il aurait été une immense star si les conditions avaient été différentes (absence de grève, dispositions favorables du Péronisme vis à vis des joueurs). Ca saute aux yeux dans la presse de 1948, il est la star montante sur qui tous les regards se portent.

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      1. ajde59 dit :

        Admettons la grève connait une autre issue. Pour l’isolationnisme argentin c’est une autre historie qui dépasse le football. S’il était resté à River et en Argentine, toute la décennie suivante, River aurait survolé bien plus le championnat (les gallinas ont déjà largement dominé cette décennie) et surement qu’il aurait été la figure de proue du football argentin toute la décennie 1950 (qui manque de grands noms buteurs), des titres de champion et de meilleurs buteurs. Sa renommé aura été là. Mais est ce qu’il aurait eu autant d’aura mondiale ? L’absence de la sélection nationale des compétitions majeures aurait été un frein. Il aurait surement été transféré à l’étranger. Dans une décennie bien plus terne et moins faste pour le football argentin, les conditions, surtout tactiques aussi, n’étaient à mon sens réunis pour que Di Stéfano puisse s’épanouir autant qu’en Colombie et au Real. C’est là sa plus grande réussite, avoir quitté l’Argentine pour devenir une référence en Europe, et bien plus tard, des années après, de l’Argentine par procuration du fait d’une historiographie de plus en plus aligné sur celle de l’Europe.

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      2. Verano82 dit :

        Ah oui, il est certain qu’en termes de popularité et en termes de confort financier, son départ vers l’El Dorado puis l’Espagne a été un accélérateur.

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  4. Khiadiatoulin dit :

    Merci l’ami. Le Vasco est avec Saõ Paulo, mon club préféré au Bresil. Un des rares maillots que j’ai eus.

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  5. ajde59 dit :

    la presse sportive était bien plus critique et direct sur le football qu’au lieu de cirer les pompes hehe
    A ce sujet, l’edito du journal estadio sur le changement d’ère du football sudaméricain est tout à fait juste et met fin à une période précédente – forme d’apogée du football criollo – et rejoint ce qui a été déjà été développé, notamment ici sur ce site 🙂

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    1. Khiadiatoulin dit :

      J’ai également l’impression qu’ils étaient plus centrés sur la stratégie.

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      1. Verano82 dit :

        C’est un magazine omnisports, avec pas mal de pages consacrées à la boxe, l’athlétisme ou l’équitation. Mais le foot tient une place centrale avec des articles « légers » et des papiers de fond, qui s’intéressent en effet à l’évolution du jeu. Un des journalistes écrit sous le pseudo de Jumar. Il s’agit de Julio Martínez, un commentateur radio très célèbre au Chili qui aura son heure de gloire lors du Mondial 1962.

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    2. Verano82 dit :

      Estadio est une mine d’or (la plupart des photos proviennent du magazine chilien). Dès le début des années 1940, la publication s’intéresse aux sujets tactiques et donnent des tribunes à l’ancien Profesor Alejandro Scopelli pour expliquer la primauté des systèmes de jeu vis-à-vis de l’empirisme qui prévaut alors. C’est un peu l’équivalent d’El Gráfico, mais en étant probablement plus ouvert et plus curieux des footballs étrangers.

      Le titre mondial de l’Uruguay en 1950 représente une sorte de chant du cygne du football criollo, une dernière grande victoire des joueurs sur les entraineurs, en quelque sorte la victoire d’Obdulio Varela sur le maître tactique Flávio Costa.

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  6. Alexandre dit :

    Les parents du petit Mandrake avaient visé juste, à croire qu’il était né avec sa moustache.

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    1. Verano82 dit :

      Luis Ernesto Castro, un ailier capable de tours de magie, ce qui lui vaut ce surnom. Sans doute inconstant mais figure majeure du Nacional des années 1940 dont on a parlé dans le Top du Tricolor. Zapirain à gauche, Mandrake à droite, ils font partie des équipes du Quinquenio.

      Et puisqu’il est question de grève de joueurs, Mandrake est un des leaders du mouvement uruguayen de fin 1948 avec Obdulio Varela.

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  7. Alfredo Puskás dit :

    Beau texte et photos magnifiques.
    Ce Di Stéfano, quel bel homme et quel bon joueur ! on en reparlera certainement après 1948.
    Dire qu’un internaute franco-uruguayen réputé pour son immense culture footballistique, l’avait qualifié de « second choix « . L’amertume et la jalousie sans doute.

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    1. ajde59 dit :

      Le compañero manya avait bien raison Fredo hehe

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