Euro 76 : En finale !

Nous avions laissé la Tchécoslovaquie qualifiée surprise en demi-finale de l’Euro après avoir éliminé l’URSS. Outsider de la phase finale, la Reprezentace ne voulait toutefois pas s’avouer vaincue à l’heure d’affronter les Pays-Bas en demi-finale.

Europe Histoire Rétrospective

La demi-finale de l’Euro, événement important dans l’histoire d’un football tchécoslovaque sevré de victoires majeures, peine à faire son trou dans la presse avant le match. Dans les colonnes de Pravda, le football n’a droit qu’à un encart dans une page Sports qui fait la part belle à la 25e édition du mémorial d’athlétisme Evžen Rosický et à un tournoi de tennis féminin junior à Plzeň. Lidová demokracie accorde la même importance à l’athlétisme (et souligne le manque de qualité du meeting) et rappelle l’essentiel : la Tchécoslovaquie n’a « rien à perdre contre les Pays-Bas. »

Un constat général qui est partagé par l’ensemble de la presse. Rudé právo rappelle que la Repre s’apprête à affronter la « deuxième meilleure équipe au monde », en référence à la finale de Coupe du monde 1974 perdue par les Pays-Bas contre la RFA. « Les Pays-Bas n’ont jamais été aussi forts », déclare même Johan Cruyff. Le maître à jouer des Pays-Bas est particulièrement cité par la presse tchécoslovaque, qui n’a pas oublié que sa première sélection avec les Oranjes avaient justement eu lieu contre la Reprezentace, à Bratislava en 1966. Un match à oublier pour l’ailier hollandais, expulsé ce jour-là et battu.

Cruyff, « l’alpha et l’oméga du succès hollandais et sans lequel l’équipe est moyenne », selon Lidová demokracie, qui affirme avoir interrogé ses confrères hollandais. Le quotidien indique que l’exemple à suivre pour remporter le match est celui de Berti Vogts. Le défenseur allemand est en effet parvenu à museler Cruyff lors de la finale de la Coupe du monde 1974, coupant les Pays-Bas de leur meilleur atout offensif.

Aucune surprise avant la rencontre

Rudé právo indique la composition hollandaise probable : Schrijvers ou Jongbloed dans les buts, puis : Suurbier, Rijsbergen, Von Kraaij, Kroll, Neeskens, W. van de Kerkhof, Jansen ou van Hanegem, Rep, Cruyff, Rensenbrink. Côté tchécoslovaque, il n’y a pas de secrets. Le sélectionneur Václav Ježek a choisi d’aligner les joueurs suivants : Viktor – Pivarník, Ondruš, Joz. Čapkovič, Gögh – Dobiáš, Pollák, Panenka, Móder – Masný, Nehoda.

Pivarník, décevant lors du match retour contre l’URSS, est donc confirmé dans une composition qui sort de l’ordinaire car elle ne comprend pas le milieu à trois habituel. Loin de correspondre à un choix défensif, il s’agit plutôt de trouver une façon de combiner un XI avec les meilleurs milieux de terrain. Car tous méritent leur place sur le pré dès le coup d’envoi. Pollák, « le moteur de notre équipe » (Československý Sport), Dobiáš, précieux dans les efforts défensifs, Móder, héros des quarts de finale, ou encore Panenka, dangereux sur coups de pied arrêtés…

Il y a quelque chose à faire avec cette équipe, et le milieu des Bohemians Prague Antonín Panenka l’a bien compris : « Les Hollandais doivent gagner. Nous, nous pouvons. » Un état d’esprit partagé par ses coéquipiers, tandis que le sélectionneur néerlandais Knobel se montre particulièrement prudent, comme le rapporte Lidová demokracie : « Tout le monde chez nous parle de la finále, mais pour dire la vérité, j’ai peur: je ne connais pas trop les Tchécoslovaques et une série de 19 matchs sans défaite, ce n’est pas rien en football. »

Une série d’invincibilité qui fait la fierté de Pravda et de Československý Sport. Depuis la défaite 3-0 en Angleterre pendant les qualifications, la Reprezentace a écarté les obstacles de manière convaincante. D’après Pravda, tous les joueurs sont extrêmement motivés à l’idée d’écrire l’histoire, mais tous les doutes ne sont pas levés : « la question est de savoir s’ils en assumeront la responsabilité, s’ils la supporteront et comment ils y feront face. »

Un match âpre et animé

Comme le souligne Rudé právo, la rencontre est disputée sous une pluie torrentielle. C’est une « superbe bataille » d’après Lidová demokracie, et elle est immédiatement à l’avantage des Tchécoslovaques. « Nos joueurs ont entamé la rencontre sans respect pour les noms célèbres de l’adversaire », décrit Rudé právo. Entreprenants, rapides et dangereux, les Tchécoslovaques se créent des occasions d’entrée de jeu.

Et, après une faute sur Nehoda, Panenka trouve Ondruš sur coup-franc. La tête du défenseur permet à la Repre de prendre les devants. Les Tchécoslovaques continuent de se procurer des occasions pendant la première mi-temps, sans parvenir à faire le break.

En deuxième mi-temps, les Hollandais se montrent plus dangereux. Pollák, averti à la 51e pour une charge sur Cruyff, est exclu à la 59e pour une faute par derrière sur Neeskens. Les Oranjes peuvent intensifier leur pression et l’entrée en jeu de Geels à la place de Rep leur permet d’égaliser. Un centre de l’entrant, détourné dans son propre but par Ondruš, remet les deux équipes à égalité à la 73e minute. Mais trois minutes plus tard, c’est Neeskens qui est exclu pour une faute grossière sur Nehoda.

Tout se joue en prolongations

Avec deux équipes à dix, les débats s’équilibrent et personne ne parvient à prendre l’avantage avant la fin du temps réglementaire. Sur un terrain difficile, ce sont les Tchécoslovaques qui paraissent le plus entreprenants, sans parvenir à trouver la faille. C’est un « combat pour chaque mètre, un combat pour chaque ballon », selon Mladá fronta. Après une première partie de prolongation sans but, la délivrance arrive à la 114e minute de la rencontre, quand Veselý, entré en jeu à la place de Móder, déborde côté droit et centre sur la tête de Nehoda, buteur.

Déstabilisés, les Hollandais perdent leurs nerfs. Coupable de mots durs envers l’arbitre, van Hanegen est exclu dans la foulée du but tchécoslovaque. La Repre peut alors dérouler pendant les derniers instants et Veselý clôt le score à la 118e à la suite d’un beau mouvement collectif.

Mladá fronta souligne un « combat héroïque » de la part de la Repre. Československý Sport est le seul quotidien qui place le football en une. Le délai réduit entre la fin du match et l’impression du journal ne laissent la place qu’à un court encart sur la première page, tandis qu’un long article résume la rencontre à la fin du quotidien. Remarquant un « Cruyff méconnaissable », le quotidien souligne la qualité de la prestation du quatuor tchécoslovaque au milieu de terrain, puis revient sur l’essentiel : « Nous nous sommes qualifiés, ce en quoi peu de gens croyaient. » Et toute la presse de s’interroger sur l’identité de l’autre finaliste : qui de la RFA ou de la  Yougoslavie rejoindra la Tchécoslovaquie ?

11 commentaires pour "Euro 76 : En finale !"

  1. Verano82 dit :

    J’avais regardé de larges extraits de ce match pour le portrait d’Ondrus, omniprésent ce jour-là. Le succès tchécoslovaque est tout sauf un hold-up. Une victoire finale qui doit beaucoup aux Slovaques même si l’histoire a retenu Panenka, un Tchèque.

    0
    0
    1. modrobily dit :

      Les tauliers oubliés ce sont vraiment Ondruš et Dobiáš. Sans même regarder les matchs, on voit dans les archives de l’époque que ce sont eux (et Viktor) qui tiennent la baraque.
      Et effectivement, ce sont les Slovaques qui ont fait le gros du boulot. Hormis Viktor, Panenka et Nehoda, les titulaires contre les Pays-Bas étaient Slovaques. Mais Veselý, qui fait basculer le match en prolongation, était Tchèque.
      Même topo en finale avec les 4 mêmes Tchèques (les 3 titulaires et Veselý qui entre en jeu).

      0
      0
      1. Alexandre dit :

        Dobias, c’est un joueur énorme, en tous points supérieur par exemple au surmédiatisé (clan-Cruyff..) Suurbier.

        D’ailleurs : Dobias en fut rien moins que la source d’inspiration.. Un crack de son temps.

        0
        0
      2. Khiadiatoulin dit :

        Je l’ai déjà dit mais la Slovaquie s’est faite spolier au moment de la séparation. Me souviens que la Tchequie est placée dans un groupe de tirage au sort correct alors que la Slovaquie est placée deux rangs plus loin. Alors que le titre 76 est également le sien et que la seule coupe d’Europe tchécoslovaque est pour le Slovan. Forcément quand tu débutes dans des groupes de qualification plus denses, tu galères pour participer aux grandes compétitions. Je sais pas comment l’UEFA a fait son compte.

        0
        0
    2. modrobily dit :

      Je viens de voir l’équipe-type de la compétition, selon la page Wiki française du tournoi.
      Viktor, Panenka et Nehoda sont bien là, mais ils ne sont accompagnés que des défenseurs Pivarník, Pollák et Ondruš. Et comme les défenseurs sont toujours moins médiatisés que les autres, ça n’a pas dû aider à faire connaître les Slovaques de l’équipe.

      1
      0
    3. Khiadiatoulin dit :

      Meilleur édition finale à 4 également. Toutes les rencontres sont intéressantes. Même la troisième place.

      0
      0
  2. Alexandre dit :

    Merci déjà pour cette belle série – de surcroît de commande ;), mais 50 ans c’est pas rien, ça valait bien le coup de remettre ce parcours CZ à l’honneur!

    Les journalistes CZ prenant la température auprès de leurs homologues NL, en 76 (soit après la prise de contrôle absolue du clan Cruyff sur les petites et grandes affaires du football néerlandais, à l’automne 75 – Cf. l’affaire dite « de Zeist », évoquée dans ma série consacrée à van Beveren), ça ne pouvait plus qu’aboutir à un panégyrique cruyffien – et pourtant………

    Et pourtant lors des Quarts de finale face aux Belges (alors en transition totale : entraîneur, joueurs.. ==> Tout change en une poignée de semaines), ponctués de ce cinglant 5-0 à Rotterdam, il avait déjà été manifeste que « l’alpha et l’omega » du jeu néerlandais n’était décidément pas Cruyff, mais déjà Rensenbrink.

    Avant-match, l’on interrogeait l’entraîneur belge sur la manière d' »arrêter Cruyff », (puisque, Cruyff-mania oblige, immanquablement : il fallut que ce fût Cruyff qu’il fallait arrêter)….. ==> Sa réponse fut, en substance, que Cruyff n’était pas un problème, et que l’équation insoluble c’était de gérer le cas Rensenbrink..

    Dont acte : c’est le seul cas attesté dont j’aie connaissance, dans toute l’Histoire des Diables, d’un contrat planifié contre un joueur.. Car, oui : l’entraîneur belge demanda au wing-back droit anderlechtois Gilbert Van Binst de « casser » son vis-à-vis direct Rensenbrink – et Cruyff : il s’en foutait (Cruyff n’avait d’ailleurs jusqu’alors jamais gagné face aux Belges).

    La réponse de Van Binst, défenseur qui n’avait de toute façon rien de rien de vicieux dans le jeu, fut toutefois (et il l’a d’ailleurs régulièrement répété) qu’il n' »allait quand même pas s’en prendre à son portefeuille », « détruire celui grâce à qui il gagnait si bien sa vie ».. ==> Le résultat fut sans appel : 5-0 à l’aller, 1-2 au retour. Avec un Rensenbrink souverain, au-dessus du lot – ce qu’il était, à dire vrai, depuis 1975 (probablement sa meilleure saison, d’ailleurs).

    Déjà dit : ils sont nombreux, les défenseurs qui auront mis Cruyff sous l’éteignoir.. Y avait deux écoles pour ce faire : soit anticiper et couper ses lignes de passe, comme le joueur du PSV Pleun Strik……….soit lui coller aux Basques, comme Vogts. Ce qu’il fallait à tout prix éviter avec lui : qu’il puisse prendre de la vitesse, le reste..

    1
    0
    1. modrobily dit :

      En lisant les archives tchèques de l’époque, j’ai lu que Cruyff commençait à poser des problèmes en sélection. Je ne l’ai pas mis dans l’article car c’est hors-sujet, mais ils parlaient de son comportement problématique, le qualifiant même d' »enfant terrible », en français dans le texte.

      0
      0
  3. Pig Benis dit :

    Salut l’élite footballistique, je passe en coup de vent car je n’ai guère de temps depuis un mois : ma femme et moi avons déménagé puis notre fille est née le 1er juin ! Vous me conseillez quel match pour la faire dormir le soir si elle n’y arrive pas ? Je mise sur le Égypte / Irlande du mondial 90 ! 🥸

    1
    0
    1. AlphaBet17 dit :

      T’as le France/Danemark de 2018 niveau purge qui se pose là, RFA-Autriche passé les deux buts, c’est l’ennui total aussi.

      0
      0
    2. Khiadiatoulin dit :

      Félicitations Pig

      0
      0

Laisser un commentaire