Beck, Duhart : le pouvoir du beau

Le 17 février 1935, l'Italie et la France se rencontraient pour une partie dans laquelle brillait particulièrement un duo venu d'hors les frontières...

Europe Histoire

Ce soir du 16 février 1935, une scène d’un autre temps pour nos yeux englués dans le XXIème siècle a lieu. L’imposant hall de la gare de Rome-Termini ne parvient pas à combler les besoins du système ferroviaire Italien. On est à l’étroit, on se bouscule sous cette pyramide de tôle et d’acier enserrée de deux édifices aux allures de temples antiques. Les colonnes sont là, les dieux se sont éclipsés depuis quelque temps maintenant. Il n’empêche que les idoles demeurent. La sélection italienne vient tout juste de débarquer de son train provenant de Pise et est accueillie par quelques centaines de tifosi, de journalistes et de cravatés qui ne font pas que la porter.

Moins d’une demi-heure plus tard, c’est la sélection française qui débarque de son train après 22 heures de trajet. Prévenus qu’ils seront accueillis par le président et le secrétaire général de la fédération transalpine, ainsi que par un diplomate français, les joueurs sont surpris et s’amusent de rencontrer leurs adversaires et leurs supporteurs. Les flashs se font encore à la poudre de magnésium. Ça crépite dans cette gare bouillonnante. Les tifosi et les internationaux français échangent comme ils le peuvent et ces derniers leur font comprendre que : « si la squadra italienne gagnait ça ne serait pas par plus de deux buts d’écarts ! » (L’Intransigeant, 17 février 1935). Il est vrai que la délégation française se sait petite dans la péninsule. Elle vient affronter les champions du monde en titre, le lendemain, au Stade du Parti National Fasciste.

Vue partielle de la gare de Roma Termini en 1935.

Pourtant, Vittorio Pozzo, sélectionneur italien et ponte parmi les pontes du ballon rond (« l’un des trois Napoléons du Football », avec Hugo Meisl et Herbet Chapman, selon le journal Match-L’Intran du 12 février 1935), a préparé ce match dépourvu de toute suffisance. Selon lui, la sélection française est celle qui a le plus progressé ces deux dernières années en Europe. L’élimination de la Coupe du monde, à l’étriquée, face à l’Autriche en mai 1934 a donné la mesure : « Jusqu’à la dernière saison, pour nous, » confie Vittorio Pozzo, « le match de football latin, le vrai match, n’était qu’un Espagne-Italie. À partir d’aujourd’hui, il faut tenir compte de la France aussi, la placer au même niveau » (Match-L’Intran, 12 février 1935).

Justement, les Bleus ont affronté la sélection hispanique à Madrid un mois plus tôt. La défaite 2 buts à 0 fut bien accueillie par la presse nationale. Le temps des grandes fessées semble enfin révolu. De ce match, cinq joueurs sont conservés dans le 11 de départ : Vandooren, Mattler, le teigneux, Gabrillargues, Verriest et Courtois le serial-buteur. Delfour, Keller en vieux briscard et Aston font leur retour après une absence. Llense, le gardien sétois, jusqu’alors cantonné au rôle de remplaçant de Thépot, met les gants pour la première fois. Deux nouveaux visages s’invitent à la fête : Yvan Beck, le Sétois et Pedro Duhart, le Sochalien, deux prodiges qui divisent le pays autant qu’ils suscitent l’admiration depuis quelques années déjà. L’un et l’autre ont le malheur d’être nés en dehors des frontières hexagonales (comme Courtois d’ailleurs bien que celui-ci n’affole pas la presse : il est né à Genève.)

Photo parue dans Le Miroir des sports du 4 décembre 1934.

Beck voit le jour en Yougoslavie, à Belgrade, tandis que Duhart tape ses premiers ballons en Uruguay, où il est né de parents Basques français. Duhart est perçu comme un petit prodige du football mondial dès 1932, année où il se balade sous les couleurs du Nacional malgré la dureté du football rioplatense. Il joue deux matchs avec la sélection uruguayenne. Il a 24 ans. Beck, lui, est d’un an son aîné mais fait office de vieux routier. Il débute en sélection yougoslave à 18 ans et brille à la Coupe du monde 1930, deux ans plus tard, terminant demi-finaliste avec la Plavi tout en plantant trois pions. Dont un face au Brésil. Depuis 1928, il fait le bonheur du FC Sète dont il est le visage et l’animateur, le cœur et les couilles. Ces-deux là font la paire : d’inters (sorte de 10 désaxé). L’un et l’autre ont des facilités techniques hors-normes, une faculté d’élimination, de conservation du ballon et une compréhension du jeu que l’on pourrait déjà qualifier de modernes.

Si Beck est remarqué pour sa puissance, Duhart s’exprime dans un style virtuose, félin. L’un et l’autre ont tendance à déborder, dans ce football encore bien rigide, aux allures militaires. Ils ont une certaine aversion pour l’exigu. La vie de Beck en témoigne. Outre-mesure. Mais leurs parcours créent quelques réticences. Après la défaite face à l’Espagne un mois plus tôt, Pierre Junqua écrit dans les colonnes de Football : « Qui enverrons-nous à Rome ? Mystère et comité de sélection ! Évidemment, il y a Duhart et Beck qui pourraient nous rendre quelques signalés services […]. Mais Beck, quoique Français et capitaine de l’équipe qui a gagné, l’an dernier, le Championnat et la Coupe, est « d’éducation sportive yougoslave. ». Quant à Duhart, il a le tort, né de deux Français authentiques, d’avoir vu le jour à Montevideo. » (Football, 31 janvier 1935). Dans ces années où le nationalisme suinte, purulent, de tant de pores, ces deux-là n’auront le droit qu’à une seule chance de briller. Chacun de leurs matchs a des allures de jubilé.

Extrait du Miroir des sports du 12 mai 1934.

Du côté italien, une génération dorée se dirige vers la fin de son règne. Une autre émerge. Sur le 11 aligné le lendemain, quatre sont champions du monde 1934 (Monzeglio, Varglien, Guaïta, Meazza). Quatre autres le seront en 1938 (Ceresoli, Ferraris, Ferrari et Ferraris II) de même que Giuseppe Meazza qui doublera son gain. Mascheroni honore sa première cape sous le maillot italien, lui qui en déjà connu avec l’Uruguay. Même scénario pour Scopelli, version argentine. Montesanto est titularisé pour la seconde fois. C’est donc une équipe italienne nouvelle, certes, mais qui présente des certitudes techniques et des standards de haute volée. Trois mois plus tôt, elle s’est inclinée, à 10 dès l’entame du match, 3 buts à 2 face aux Anglais, dans un match d’une violence rare : « la bataille de Highbury ».

Les Français pourront assister à ce match grâce aux joies de la Télégraphie Sans-Fil. À Rome, ce début d’après-midi du 17 février 1935 offre un ciel clair et un soleil généreux, horizon idéal pour les près de 30 000 tifosi du Stade du Parti National Fasciste. Dans la tribune officielle, Mussolini apparaît triomphant aux côtés de Jules Rimet et de Monsieur de Chambrun (ambassadeur français à Rome). Il n’est pas de mauvais ton de se fréquenter. Les onze calciatori font partie intégrante de l’instrumentalisation fasciste. Cette équipe doit être l’incarnation triomphante de l’Homme Nouveau. De chaque côté des Alpes, le nationalisme sportif bat la chamade. Depuis la guerre, on n’a rien trouvé de mieux que ces onze paires de cuisses en culotte pour matérialiser un État-Nation. Le sport, le football, simples paravents des ogres.

Dans la tribune officielle, de gauche à droite, Charles de Chambrun (ambassadeur de France en Italie), Benito Mussolini et Jules Rimet (président de la FIFA et de la FFFA). Le match du 17 février a lieu dans le cadre d’un rapprochement diplomatique entre la France et l’Italie qui conduira, en avril 1935, à la conclusion de l’éphémère « front de Stresa » contre l’Allemagne hitlérienne.

Et pourtant, le jeu contient ses logiques propres et crée un monde de rectangle vert où tout semble disparaître pour renaître durant 90 minutes. Il se peut que de nouvelles formes prennent vie et nous marquent durablement. Cet après-midi-ci, dès le coup d’envoi donné par M. Baert, des vagues azzurri prennent les tricolores à défaut. Eux qui se remettent à peine d’un éprouvant voyage en train et qui ne se sont jamais entraînés ensemble, jetés dans le grand bain, à l’image du gardien Llense. Après 6 minutes de jeu, Ferraris lance en profondeur Giuseppe Meazza, la ligne arrière est prise à défaut. Llense, encore trop timoré, amorce une sortie avant de se raviser, laissant le temps à Meazza de finir, facile. 1-0. Le stade exulte, une promenade semble s’amorcer. D’autant que 13 minutes plus tard, les trois mêmes hommes s’impliquent à changer la marque. Ferraris centre fort en direction du but, Llense ne parvient pas à sécuriser le cuir et le relâche, ce qui permet à Meazza de le crucifier. 2-0. Ça va être dur.

Ça va être dur, et pourtant, les coéquipiers de Mattler réagissent idéalement. La mesure est prise et les premiers automatismes se mettent en place. Ainsi : « l’équipe s’organisa. Verriest, tranquillisé, passa à l’attaque, et notre quintette offensif construisit alors un jeu de grand style qui permettait, à la trentième minute, à notre ailier droit Keller, de réduire le score. » (Football, 21 février 1935). Petit aperçu : « Duhart prend la balle, double Keller à droite et centre. Beck contrôle, passe à Aston, qui, marqué, donne à Delfour. Le demi gauche centre en hauteur. Courtois détourne le cuir de la tête. Keller s’infiltre entre les deux arrières, reprend de la tête avec un grand sang-froid et marque malgré l’intervention de Ceresoli. » Ce sont donc 6 joueurs français qui tâtent le cuir dans cette action décisive. Partie de l’aile droite, le jeu bascule avant qu’un centre et une double déviation clouent une défense italienne médusée. 2-1. Et si ? Le onze bleu, libéré, calmé, attaque sans relâche les buts italiens si bien qu’une atmosphère transfigurée prend place. « Les attaques, admirablement menées par Beck et Duhart » butent sur quelques gestes, quelques timidités de Keller, Aston et Courtois, pas en réussite. Le « brio » de Duhart arrache même « des applaudissements à la foule italienne ». Durant ce dernier quart-d’heure de la première mi-temps, les Français donnent l’impression de rouler sur les Italiens. Malgré cela, le score demeure à l’entracte. Mais il semble bien que, oui, quelque chose s’est produit, dans ces quinze minutes là. Il semble que l’Équipe de France a pu regarder les champions du monde à l’horizontal, dans les yeux, pupilles à pupilles. Qu’elle a pris conscience d’elle, qu’elle a su faire table rase de l’histoire. Car on l’a dit, un match est un monde de 90 minutes. Et dans ce monde-là, portée par son duo Beck-Duhart, elle a le droit à sa part de soleil.

Arrêt du gardien de but italien Carlo Ceresoli.

Or, tristement satisfait d’une petite défaite, les membres du comité de sélection ordonnent à leurs joueurs de défendre pour conserver ce score en deuxième mi-temps. Dès lors, c’est le courage et la ténacité qui permirent à l’Équipe de France de remplir cet objectif, médiocre. Score final 2-1, conspués, les joueurs italiens gagnent le vestiaire tandis que les Français sont applaudis par le public.

Quelques jours plus tard, dans les colonnes de Football et du Miroir des Sports, on a l’amertume heureuse. Heureuse, car cette équipe a pu rivaliser, par instants avec brio, avec les champions du monde en titre. Amer par contre, à cause de la décision de conserver ce score et de juger honorable la défaite par un but d’écart. Ainsi, « pourquoi alors décider de faire jouer Beck et Duhart en retrait (…) ? Soit les Italiens n’ont plus marqué, mais les trois avants qui restaient en ligne ont été facilement tenus en respect par la défense adverse. » (Football, 21 février 1935). Beck, bien « qu’intermittent » et Duhart « qui a encore 10 kilogrammes à perdre pour être lui-même » furent les plus en vue sous le ciel romain (Miroir des Sports, 19 février 1935). Verriest, le demi-centre, le Roubaisien apporta également sans compter. Ainsi, Football titra : « Réunie, entraînée, mise en confiance, bref, préparée comme sa rivale, l’Équipe de France était de taille à monter au Capitole. » (Football, 21 février 1935).

Pages 120-121 du Miroir des sports du 19 février 1935.

C’est de cette manière que Yvan Beck et Pedro Duhart deviennent membres de ces nombreux internationaux français nés à l’étranger. Étrangement, ces deux-là connurent une fin âpre et sans lumière. Il paraît même dans une grande misère pour Duhart. Ainsi, il décéda seul, le 5 janvier 1956 à Buenos Aires ou en Uruguay (cela est incertain) après avoir définitivement rejoint le continent du bout du monde, dans les premières semaines de la guerre. Yvan Beck, lui, devint un commandant remarqué de la Résistance communiste des Basses-Alpes durant ces années d’épouvante et d’ombres. Quelques hauts faits d’armes et un tragique évènement l’exposèrent à toutes sortes de critiques. Devenu entraîneur de clubs amateurs, dans le Sud-Est de la France et en Algérie, il rejoignit Sète en 1958. Dans sa patrie d’adoption, il exerça le métier de livreur-mareyeur en étant hébergé dans un bar sur les Quais. Ce, jusqu’à sa mort le 12 juin 1963 alors qu’il allait livrer le poisson aux halles.

Tous deux, virtuoses balle aux pieds, ont démontré, car il le faut sans cesse, sans doutes, que la beauté dissout les frontières. Ainsi en témoigne la foule italienne enthousiasmée par leurs œuvres sous les yeux chemises noires de Benito Mussolini.

Gabriel Dubois pour Pinte 2 foot.

35 commentaires pour "Beck, Duhart : le pouvoir du beau"

  1. Alexandre dit :

    Eh bien merci pour ce texte, qui m’en dit plus de ce Beck dont j’ai vu la rue il y a un mois.

    Question : quel est ce « tragique évènement » le concernant? Et comment se retrouva-t-il en France?

    Je lis qu’il dirigea un maquis à Bayons, éhéh : je connais bien ce village, j’ai adoré cet endroit.

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    1. John Deaux dit :

      Concernant sa période de Résistant, je vous invite à lire les deux articles que j’ai écrit pour Dialectik Football où je rentre bien plus dans les détails.

      https://dialectik-football.info/yvan-beck-lautre-camarade-tito/

      Cette région est en effet splendide !

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    2. John Deaux dit :

      Et pardon, Sète prospectait principalelement en Europe Centrale et en Yougoslavie. Beck débute pro à 16 ans et le championnat s’avère très tôt trop petit pour lui. Il joue les JO 1928 à 18 ans, il aurait était le meilleur joueur de la défaite face au Portugal. Comme d’autres, il est inscrit à l’école de commerce de Montpellier pour venir jouer dans l’Hérault. Autant vous dire qu’il a peu été devant le tableau noir.

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      1. Alexandre dit :

        J’avais lu l’article référencié 😉 , mais merci aussi pour ce complément : c’est décidément fort instructif.

        ASSE, club (déjà) « millionnaire » en 35 : je ne l’aurais pas soupçonné.

        Concernant Bayons, je regrette de n’avoir lu ces articles plus tôt : j’aurais demandé à mes hôtes, habités par l’Histoire de leur bourg, de me montrer cette « grande bergerie » mais, qui sait : ce serait là, en le Tavanon ici évoqué?

        https://mvr.asso.fr/memoires-de-marcel-put_-chapitre-vi-lattaque-de-la-citadelle-de-sisteron/

        Navré de sortir du cadre du foot : ma famille et moi avons vraiment adoré ce coin du monde!!!………et comptions de toute façon y retourner, cette vallée fermée est tellement paisible, comme loin du monde.

        Je crois toutefois prêcher un convaincu..car comprendre que vous l’avez pratiquée? Et pour les besoins de vos articles?

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      2. John Deaux dit :

        Je ne veux pas dire de connerie mais il me semble que Tavanons est l’autre nom de Tramallo, hameau situé sur les hauteurs de Bayons.

        Malheureusement je n’ai pas eu le temps de m’y rendre lors de mon passage à Sisteron et aux archives locales. Mais je compte bien y aller !

        Je crois que ce livre pourrait énormément vous plaire (c’est un projet grandiose) : « Les chemins de la liberté (sur les pas des résistants de Haute-Provence) de Helène Vésian ». Mix de randonnée et d’histoire à travers les maquis !

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      3. Alexandre dit :

        Allez, on va se tutoyer 😉 Et je ne peux donc que te conseiller d’y aller : la route depuis Sisteron est superbe (NB : je ne la connais guère que dans le sens lac de Serre-Ponçon ==> Sisteron, à dire vrai – avec les fameux « Tourniquets »), l’église romane bien plus imposante qu’on ne pourrait croire (son volume est pour bonne part « souterrain »), la boulangère itinérante qui, chaque dimanche depuis un hameau des hauteurs, apporte ses pains cuits au feu de bois, avec tous les locaux et les gens de passage qui devant l’église taillent la conversation en l’attendant (compter 3/4 de rab’ par rapport à l’horaire affiché 😉 ), le bar (et resto à la belle saison) super sympa sur une placette…………… « A part ça », du canyoning et de la rando : y a rien à faire, mais le calme est un luxe aussi, éh..

        Parmi les contributeurs du site, un compatriote affectionne lui aussi beaucoup la région – mais plutôt une vallée parallèle, je crois (il passera peut-être).

        Le bouquin, je note : rando et Histoire, militaire de surcroît ==> Mes passions avec le foot (mais il y a Beck, éhéh), top.

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  2. Verano82 dit :

    Merci Gabriel !
    À propos de Duhart, il retourne au Club Nacional quand survient la guerre mais c’est le quinquenio de oro, Porta et Ciocca sont indéboulonnables à l’intérieur.

    Quelques mots sur cette équipe d’Italie (Ferrari et Ferraris I sont également champions du monde 1934, ils sont donc 6 au total à avoir conquis le titre l’année précédente). Meazza joue ce match contre la France au poste d’avant-centre, ce qui est rare le concernant. Auparavant, le poste était occupé par Schiavo et bientôt ce sera Piola. Ce qui donne l’opportunité à Alejandro Scopelli de connaître sa première et unique sélection avec l’Italie en tant qu’inter droit.

    Scopelli mérite un article à lui seul : il est des Profesores d’Estudiantes, une des plus glorieuses delanteras argentines. A ses côtés, Lauri (franco-argentin, compagnon de Duhart à Sochaux par la suite), Zozaya, Guaita (champion 1934 avec l’Italie) et surtout Nolo Ferreira, la tête pensante et capitaine de l’Argentine finaliste de la CM 1930. Scopelli aurait également joué la finale si d’obscures pressions venues de la direction de Gimnasia n’avait pas imposé la présence de Varallo, pourtant blessé.

    Scopelli et Guaita arrivent à la Roma en 1933 et en repartent en 1935. Craignant d’être enrôlés pour la guerre d’Abyssinie, ils fuient l’Italie pour la France, bientôt rejoints par leurs épouses, puis prennent le bateau pour l’Argentine. Là bas, ils reprennent le fil de leur carrière avec le Racing Club et sont vainqueurs du Sudamericano 1937 (Scopelli manque le match décisif pour cause de blessure).

    Globe-trotter, Scopelli revient en Europe, au Red Star en D2 en compagnie de Stábile mais aussi du défenseur international Oscar Tarrío. La guerre les rattrape et ils fuient à Belenenses. Scopelli s’exerce alors au coaching (tout en jouant) à la suite de Lippo Hertzka. Il se dit qu’il opte alors pour le positionnement d’un défenseur en retrait, un proto libero en quelque sorte (Rappan le faisait déjà en Suisse). Puis il repart en Amsud, notamment au Chili à la U où il est considéré, en compagnie de Plattko,comme l’importateur du WM. Sa carrière est jalonnée d’innovations, plus ou moins probantes (l’Espanyol del oxigeno, c’est lui). Mais ce qui le rend passionnant, ce sont ses écrits. II a beaucoup publié sur les tactiques utilisées au début des années 1940, notamment.

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    1. Rui Costa dit :

      Scopelli j’en parle lors du portrait sur Vicente Lucas, il a marqué l’histoire du Belenenses. En tant que joueur/entraineur puis il est revenu entrainé le club Il a aussi coaché Porto et le Sporting Tarrio et lui ont apprécié leur passage au club de belem, Scopelli est le coach du Sporting qui prive Belenenses d’un titre en 1955, chose qu’il regretta amèrement et Tarrio est mort au Portugal je n’ai pas l’info, quand est-il revenu vivre au Portugal? Pourquoi?
      Scopelli interviendra notamment dans la venue de Miguel di Pace au Belenenses, qui formera une paire redoutable avec Matateu.

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      1. Verano82 dit :

        En 1940, il est finaliste de la Coupe avec Belenenses et il semble bien qu’il en soit l’entraineur à la place de Hertzka. Les infos ne sont pas hyper précises sur la date de départ du Hongrois. Il repart en Amsud, à Montevideo et joue en fin d’année quelques rares matchs avec Bella Vista où il retrouve Alberto Zozaya, un des Profesores d’Estudiantes. Un rapide passage à Santa Fe en 1941 et en septembre de la même année, il est à Santiago où il dispense son savoir tactique (la presse raffole de ses connaissances et le magazine Estadio lui offre une tribune).

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      2. Rui Costa dit :

        Oui il est entraineur-joueur au Belenenses (pour son premier passage)!

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      3. ajde59 dit :

        Tarrío c est quasiment une zone d ombre son passage en Europe. Et pourtant on lit des eloges sur lui et qu il a diffusé des avancées tactiques. Mais sans precision. J en parle dans mon top 10 San Lorenzo, peut etre aussi dans un commentaire dans les defenseurs des années 1930, mais que pour sa carrière argentine. Au Red Star, à Belenenses, quasi jamais rien trouvé sur lui, si ce n ‘est: excellent defenseur, en avance tactiquement, à contribué tactiquement à, …

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    2. bobbyschanno dit :

      « Il se dit qu’il opte alors pour le positionnement d’un défenseur en retrait, un proto libero en quelque sorte (Rappan le faisait déjà en Suisse). »

      Et Herrera le faisait peut-être déjà avec Charleville.

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      1. Verano82 dit :

        Dans sa version, Scopelli prétend que l’idée lui est venue en observant un joueur blessé se positionner en retrait de la défense lors d’un match France – Hongrie. Si tel est le cas, c’est sans doute celui de mars 1939, alors qu’il est encore en France. Mais la lecture du CR de ce match ne rapporte aucune blessure et ne donne aucune info sur un joueur qui aurait choisi de se situer ainsi.
        Il n’était pas en France en 1936, il n’a pu voir le Charleville de HH. Peut-être quand ce dernier était à Roubaix ?
        De toute manière, Scopelli s’est inspiré du Metodo de Pozzo, faisant la part belle au milieu, de l’école danubienne via Hertzka mais aussi du foot anglais qu’il est allé regarder durant les années 1930 (notamment pour la dimension athlétique et le professionnalisme). Alors qu’il est un magnifique représentant du futbol de potrero en tant que joueur, il s’en détourne totalement en tant que technicien. Sans doute une des raisons pour lesquelles il n’a pratiquement pas coaché en Argentine (oui, oui, me suis pas mal documenté sur Scopelli eh eh).

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    3. John Deaux dit :

      C’est marrant, Pedro Duhart a également témoigné où écrit à cette époque pour critiquer le « football moderne » qui restreignait ses facultés de création et privilégiait la quête du résultat.

      Je suis également très intéressé par cet homme. Un véritable artiste.

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      1. Verano82 dit :

        Le foot uruguayen fut un des derniers à sacrifier la liberté des joueurs au profit de schémas tactiques prédéfinis. La Celeste (et le Club Nacional) a construit ses succès dans les années 20 et sa victoire en CM 1950 sur l’intelligence et le talent de ses joueurs, Nasazzi et Varela notamment. Duhart a joué avec Nasazzi et Scarone, les deux plus grands cracks uruguayens de ces années là. Ils décidaient de la manière de jouer, bien plus que ne le faisait l’entraîneur.

        En Europe, quand Duhart arrive, le WM est déjà implanté (même si en France ce fut une adoption longue et complexe), les entraîneurs y tiennent un rôle important au contraire de ce qu’il a connu au Club Nacional (Ondino Viera ne faisait que débuter dans le coaching avec une approche tactique encore pauvre, voire inexistante). Que Duhart vive l’interventionnisme des entraîneurs comme une régression n’est pas surprenant, ce fut le cas de nombreux joueurs sud-américains. On l’a vu dans les portraits de coachs ayant œuvré à Rio dans les années 30-40, il a fallu forcer la nature des joueurs pour les inscrire dans un cadre plus ou moins rigide.

        Duhart réagit différemment de Scopelli qui, au contact de l’Europe, se convainc de la primauté de la tactique sur l’instinct du joueur.

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      2. John Deaux dit :

        Verano, merci pour ton savoir !

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    4. ajde59 dit :

      Varallo etait le titulaire, Scopelli avait joué la demi car Pancho était blessé, mais bien de retour pour la finale. Premiere fois que je lis qu il y abait eu une « pression » pour faire jouer Varallo…
      Scopelli et Guaita seront de l Argentine championne sudamericaine en 1937, tous deux revenus au Racing apres leur intermède italien (club et sélection), titrés avec Zozaya leur compère de Los Profesores et sérial buteur d Estudiantes.
      En effet, Scopelli a pas mal bourlingué dans la peninsule iberique.

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      1. Verano82 dit :

        L’histoire à propos de la finale rapportée par Scopelli dans son bouquin publié dans les années 50, et confirmée par Varallo lui même plus tard : un dirigeant influent de Gimnasia (où jouait Varallo à l’époque), proche du comité de sélection. avait affrété un bateau pour acheminer à Montevideo des membres de son club et avait fait pression pour que Varallo joue en dépit de sa blessure. Varallo avait été inexistant en finale et pour l’anecdote, le brouillard avait empêché le bateau d’effectuer la traversée eh eh

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  3. Khiadiatoulin dit :

    La victoire de la Yougoslavie face au Brésil, même si la Seleçao n’était pas complète, ce n’est pas rien.

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    1. Khiadiatoulin dit :

      Superbe texte. Merci Gabriel. Beck, c’est la première figure yougo vintage sur laquelle je suis tombée dans mes lectures. Ils n’ont fait que se croiser à Sete avec Désiré Koranyi, non ?

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      1. John Deaux dit :

        Oui. Koranyi arrive en 1935, au moment où Beck est transféré à Sainté en D2 pour 75 000 francs. Record d’époque, qui ne dure seulement quelques semaines. Mais suffisamment pour affoler la presse !

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    2. John Deaux dit :

      Oui ! Dans les journaux Uruguayens de l’époque on ressent bien l’immense surprise. D’ailleurs les joueurs Uruguayens viennent observer la Yougoslavie durant leurs matchs contre la Bolivie, juste avant les demi-finales.

      On pourrait aussi dire de même pour l’équipe Yougoslave, elle n’était composée que de joueurs Serbe. Or, le football croate de l’époque développée sous les ailes de l’empire Austro-Hongrois était très en avance sur le football serbe dans les années 1910-1920. Le football Serbe à connu un développement très rapide après guerre.

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  4. John Deaux dit :

    Oui. Koranyi arrive en 1935, au moment où Beck est transféré à Sainté en D2 pour 75 000 francs. Record d’époque, qui ne dure seulement quelques semaines. Mais suffisamment pour affoler la presse !

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    1. Khiadiatoulin dit :

      Les Verts commençaient à offrir des gros salaires à cette époque. D’ailleurs, en bossant un texte sur le Servette, j’avais découvert que Sainte avait sauvé les Suisses de la banqueroute. Un comble !

      « Il débute donc en seconde division mais cela n’empêche pas son fondateur Pierre Guichard de lancer une coûteuse campagne de recrutement. En Suisse, Servette, champion lors de la saison 1933-1934, doit dans le même temps déposer son bilan. Son ancien président Gabriel Bonnet, entretemps passé à la FIFA, se mobilise alors pour sauver le club. Parmi les mesures prises figure le transfert de l’Autrichien Ignaz Tax à l’ASSE. Ce joyau de l’attaque grenat, débarqué à Genève en 1931, rapporte 50 000 francs français à la trésorerie servettienne, un transfert jugé « sensationnel » par la presse de l’époque. Et tant pis pour le public des Charmilles que le virtuose Tax avait si souvent enchanté… »

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  5. John Deaux dit :

    Je dois dire que je travaille actuellement à l’écriture de la biographie de Beck. Une vie d’une densité rare dans une époque où tout le paysage footballistique, social et politique de l’Europe semble se dessiner. J’ai été très surpris des découvertes que j’ai faite. C’est un homme qui a réellement marqué son entourage. Charismatique, libertin, généreux et dévoué. Il avait également des travers. La vie ne l’a pas épargné.

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    1. Rui Costa dit :

      En effet ça doit être passionnant, une époque incroyable pour ceux qui aiment tirer les fils des vies multiples de ces hommes qui y vivaient!

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  6. Alfredo Puskás dit :

    Article passionnant où l’on apprend plein de choses.

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    1. bobbyschanno dit :

      Et Gabriel, alias John Deaux, nous gratifie d’un autre bijou mercredi.
      Nous sommes gâtés !

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  7. Verano82 dit :

    Sur la photo de Nacional, outre Duhart, il y a Ithurbide qui a également joué au FC Sochaux grâce à des origines basques françaises. Le 3e Franco-Uruguayen était Héctor Cazenave et le 4e l’entraineur, Conrad Ross. En ajoutant les Argentins Miguel Lauri et Oscar Tellechea, ça fait une belle colonie rioplatense au FCSM sur la 2e moitié des années 1930.

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    1. Rui Costa dit :

      Oscar Tellechea qui lui aussi ira au Portugal, à la différence de Scopelli et Tarrio il y finira sa vie. Il jouera lui aussi au Belenenses et entrainera une dizaine de clubs au Portugal, c’est lui le coach lors de la première finale de Torreense!
      Petite curiosité, sur wikipedia il est encore indiqué en vie, il aurait 112 ans. Sauf qu’il très probablement (je dirais même surement) décédé depuis un paquet d’années. Mais impossible de trouver une date sur le net!

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      1. Khiadiatoulin dit :

        Oui, des destins étranges. J’étais tombé sur un ancien joueur de Sète d’ailleurs, le marocain Mohammed Abderrazack. 70 buts en d1 française dans les années 50, un passage en Espagne à l’époque de Ben Barek, et même au Mexique ! Mais complètement disparu de la surface de la terre depuis son retour au Maroc dans les années 60. Il est né en 1925 et aucune date de décès n’est connue. Je sais pas ce qu’il s’est passé pour lui…

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      2. Verano82 dit :

        Tellechea, Tarrío et Scopelli quittent Paris en même temps, l’ambassade d’Argentine conseillant à ses ressortissants de sortir de France en septembre 1939. L’Espagne est encore chancelante, direction le Portugal.

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    2. Rui Costa dit :

      Il y a aussi eu son frère Horacio, aussi passé par la France avant d’arriver au club bleu de Lisbonne.
      D’ailleurs les historiens du club disent que le WM existait au Portugal avant l’arrivée de Scopelli, que Artur José Pereira le mettait en place « par instinct ».

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      1. Verano82 dit :

        Scopelli installant le WM au Portugal, je n’ai jamais lu ça (au Chili, oui). D’ailleurs son premier séjour à Belenenses est bref, tout juste un an, et encore plus bref en tant que coach. Je pensais plutôt à Hertzka à partir de 1935.

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  8. ajde59 dit :

    Merci Gabriel pour ce bel article, et bienvenue à toi par ici.

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