L’armée dirigée par Constantin bat celle de son rival Licinius, obligé de fuir vers Nicomédie. Le duel pour savoir qui, de l’Empereur romain d’Orient ou d’Occident, dirigera l’empire tout entier est réglé : ce sera le natif de Naissos, future Niš. Par cette victoire, Constantin assoie sa domination dans un Imperium puissant, faisant construire une nouvelle capitale qui portera son nom pendant des siècles, et entamant une série de réformes qui feront de lui le Saint chrétien qu’il est aujourd’hui.
Ce destin, celui de l’un des plus grands empereurs que Rome ait connu, l’Histoire aura pourtant refusé de l’offrir à Dragan Stojković, autre natif de Niš.
La Bataille de Constantin et Licinius de Pierre Paul Rubens.
De Dragan à Piksi
Si il est né le 3 mars 1965 dans une ville de Niš alors yougoslave, c’est parmi le petit millier d’âmes vivant à Pasi Poljana, un village proche de la cité des naïades, que le jeune Dragan débute le football. Amoureux de ballon rond dès son plus jeune âge, il possède un amour encore plus grand pour la série d’Hanna-Barbera Pixie and Dixie and Mr. Jinks, connue en Yougoslavie comme Piksi i Diksi. Stojković venait de gagner un surnom, celui qui le suivra durant toute sa carrière.
Très vite, il apparaît que Piksi possède un don, celui que l’on ne voit que chez les futurs grands. Jouant alors dans les équipes jeunes du Radnički Niš, le futur olympien découvre la France à 14 ans, dans le cadre d’un tournoi U16 où il joue avec les jeunes du Partizan. Il tape dans l’œil de Vladica Kovačević, alors membre du staff du club de la capitale, mais rien n’aboutit.
L’histoire veut que l’arrivée de Piksi chez les professionnels du Radnički se soit faite rapidement, très rapidement même. Après trois sessions d’entraînement dans le Stadion Čair, le gamin de 17 ans est enregistré dans l’effectif professionnel et fait ses débuts le 3 avril 1982, en rentrant en jeu contre le Vardar Skopje.
Un tout jeune Stojković avec le Radnički.
Malgré les blessures, qui préfigurent un joueur au physique fragile, son talent est tel que tout va très vite, il n’a besoin que de 425 minutes jouées sous le maillot du Radnički en début de saison pour être appelé par Todor Veselinović afin de rejoindre la sélection nationale en novembre 1983. Débutant sur le banc contre l’Équipe de France, il rentre à la mi-temps d’un match qui se termine sur le score de 0-0.
Dans une équipe de Niš qui vit un âge d’or, le jeune milieu offensif se met en évidence et participe au catastrophique Euro 84 des Plavi. Démarrant sur le banc contre la Belgique et le Danemark, il est titulaire sur l’aile gauche face aux futurs champions d’Europe français, et réduit le score en fin de match sur pénalty. Il est également des Jeux Olympiques de Los Angeles où la sélection yougoslave sort en demi-finales contre les Bleus.
Piksi lors de ses débuts contre la France.
Mais l’âge d’or du Real de la Nišava, entamé à la fin de la décennie précédente, s’arrête brutalement. Alors qu’ils avaient menacé la pérennité du quatuor Partizan/Etoile rouge/Hajduk/Dinamo, les joueurs du Radnički Niš font une saison catastrophique en 1984-1985. Un an après avoir atteint la demi-finale de la Coupe UEFA, le Radnički termine bon dernier du championnat, et redescend en deuxième division. Une saison que Piksi ne jouera pas, étant retenu dans le cadre de son service militaire.
L’équipe 1985-1986 du Radnički Niš. Stojković est au second rang, deuxième joueur en partant de la droite.
L’été 1985 est agité pour le jeune international de 20 ans, un tel talent ne peut rester en deuxième division et les grands clubs du pays font le forcing pour recruter Stojković. L’Étoile Rouge est prête, en plus du montant du transfert, à donner plusieurs de ses joueurs pour faire venir la pépite du Radnički. Mais la réponse des néo-relégués est claire :
« Dragan Stojković reste définitivement un joueur du Radnički. L’Étoile Rouge de Belgrade a proposé plusieurs joueurs en échange, mais nous avons conclu que leur qualité n’était pas suffisante pour compenser le départ de Piksi. C’est pourquoi nous avons décidé que Stojković restera parmi nous.«
Petar Seratlić, président du comité exécutif du Radnički Niš, au journal Narodne novine.
Dans un effectif dont il est la pièce maîtresse, et particulièrement visé par les tackles les plus rugueux des bouchers qui composent la deuxième division yougoslave, Stojković montre toute l’étendue de son talent. Malgré une équipe qui a perdu la majorité de ses cadres pendant la descente, le Radnički Niš remonte en première division grâce au point glané face au Rad Belgrade dans la dernière journée. C’est l’ultime match de Piksi avec son club formateur, qui part avec la satisfaction d’avoir réussi sa mission : il est maintenant temps pour lui de passer un cap.
Le meilleur joueur d’Europe
Nous sommes le 10 juillet 1986, il est 23h50, heure de Belgrade. Le marché des transferts yougoslaves ferme dans dix minutes, et le directeur technique de l’Étoile Rouge, un certain Dragan Džajić, souffle un grand coup. Ce fut long et éreintant, mais Dragan Stojković est officiellement un joueur des Crveno-beli.
Stojković signe son contrat dans les locaux de la fédération yougoslave.
Le départ, vers le rival du Partizan, du buteur international Milko Đurovski a créé la controverse, et l’arrivée du joueur le plus talentueux de Yougoslavie au Marakana permet de calmer la fureur des Delije. Pour le natif de Niš, c’est une nouvelle marche à franchir, au sein d’un club qui se structure autour d’un projet visant à remporter la Coupe d’Europe.
Dans un championnat yougoslave encore perturbé par l’affaire Šajber, Piksi s’impose immédiatement comme un cadre du club belgradois. A 21 ans et alors qu’il ne joue pas comme numéro 9, Stojković termine cinquième meilleur buteur du championnat, avec 17 buts, faisant de lui le meilleur marqueur de l’Étoile Rouge. Insuffisant toutefois pour remporter le titre, qui revient au Partizan, mais ce n’est que partie remise.
1987-1988 marque le retour de l’Étoile Rouge en tête du championnat, un petit point devant le Partizan. Et dans le 81ème derby éternel, au JNA Stadion et alors que le début de saison des rouges et blancs a été plus que mitigé, Piksi ouvre le score dès la cinquième minute sur un corner direct, qui lance la saison de son équipe. Score final trois buts à deux, dans un match décisif pour le titre.
Si la saison 1988-1989 fut à nouveau vierge de trophées pour les Belgradois, ce fut cette année-là que l’Europe, en dehors des frontières balkaniques, découvrit le talent de Piksi.
Opposée à un Milan AC qui remporterait la Coupe d’Europe en fin de saison, l’Étoile Rouge joue crânement sa chance, et à San Siro Dragan Stojković met la misère aux Frank Rijkaard, Paolo Maldini et autre Franco Baresi. Le milieu offensif enrhume Baresi puis Tassotti pour ouvrir le score au retour des vestiaires, et bien que le match se termine sur le score de 1-1, les locaux peuvent s’estimer heureux du score.
Au retour, le match à Belgrade est arrêté pour cause de brouillard. D’un 1-0 avec des Rossoneri réduits à 10, on revient à zéro et Milan récupère un joueur. Brillamment lancé par Dejan Savićević dans la troisième rencontre entre les deux équipes, Stojković égalise d’une énorme frappe sous la barre, le score restera à 1-1 à nouveau, et les futurs champions d’Europe passent miraculeusement aux tirs aux buts. La double-performance du milieu offensif de 23 ans a attiré l’œil des recruteurs européens, d’autant plus que les restrictions sur l’âge des joueurs yougoslaves commencent à ne plus avoir cours.
Joueur yougoslave de l’année en 1988 puis en 1989, c’est pourtant son ultime saison dans son pays qui sera la plus belle de toute, celle qui confirmera tous les éloges. Si il marque moins, il fait briller ses coéquipiers offensifs Savićević, Prosinečki et Pančev. Second joueur le plus utilisé par le club cette saison-là, avec 31 matchs sur 34 possibles, il est au sommet de son art et soulève comme capitaine le championnat et la Coupe du Maréchal Tito, un doublé que le club n’avait plus réussi depuis 20 ans.
L’Étoile Rouge en 1990, le capitaine Stojković est le premier debout à gauche.
Coupe du monde 1990, l’apogée d’un César sans empire
Quand les Plavi arrivent en Italie pour jouer le Mondial dans la peau d’un outsider, la Yougoslavie n’existe presque plus. Le quatorzième Congrès de la Ligue des Communistes de Yougoslavie n’a aboutit à rien, les représentants croates, slovènes et macédoniens l’ayant quitté devant l’impossibilité de négocier avec Belgrade. Il n’y a plus de Tito, plus de parti, plus d’unité, plus rien. La Yougoslavie, telle qu’elle a existé depuis 1945, ne sera plus dans quelques mois.
Maître à jouer de la Yougoslavie aux côtés du parisien Safet Sušić, il brille particulièrement en huitièmes de finale contre la Roja. Marquant d’abord sur un but génial, feintant une reprise de volée pour mieux crucifier Zubizarreta, avant d’assurer la qualification en quarts de finale d’un coup-franc majestueux qui ne laisse aucune chance au portier espagnol. Contre l’Albiceleste, dans un match âpre, il régale au milieu de terrain en donnant plusieurs offrandes que Jozić, Sušić et Savićević ne peuvent convertir. Puis Piksi envoie son tir au but sur la barre, alors que les bandits de Carlos Bilardo passent encore une fois miraculeusement un tour de cette Coupe du Monde.
Le meilleur 10 du monde ne s’appelait plus Maradona.
Si on se dit que ça n’est que partie remise, pour une équipe yougoslave dont la génération dorée va faire briller le maillot bleu à six torches, c’est en réalité la fin de la Yougoslavie, dont les guerres sont sur le point d’éclater. Et Piksi ne le sait pas, mais c’est en réalité le début de la fin pour lui aussi.
Genou meurtri d’un exilé
Dès 1989, les grosses écuries européennes avaient commencé à demander à l’Étoile Rouge pour combien la jeune pépite yougoslave pourrait être transférée. Si la Juventus fut la première à formuler une vraie offre au joueur et à son club, la présence de trois joueurs étrangers dans l’effectif turinois refroidit bien vite Piksi, qui ne voulait pas se retrouver en tribunes. C’est fin novembre 1989 que Bernard Tapie voyage vers Belgrade, il repart avec un accord pour le transfert du joueur, contre 49 millions de francs, record français, et un accord avec le joueur pour un précontrat. Adriano Galliani fait de même, mais Tapie est arrivé le premier, Stojković sera bien un joueur de l’Olympique de Marseille en 1990.
Ce qui aurait dû être.
Hélas, le passage de Piksi sur la Canebière est un grand regret, aussi bien pour le joueur que pour les supporters. Alors qu’il ne se blessait quasiment plus à Belgrade, tout refait surface, et privé d’une équipe nationale, la Yougoslavie étant bannie entre mars 1992 et décembre 1994, Dragan Stojković n’est plus la pépite que toute l’Europe s’arrachait mais un vulgaire joueur passé, tout juste bon à être trimballé vers une Hellas Vérone aux problèmes financiers certains.
Même le destin semble se moquer de lui, quand l’OM arrive en finale de Coupe des clubs champions, car quel est l’adversaire ? L’Étoile Rouge de Belgrade. Dans une finale où il ne joue que dix minutes, il refuse de tirer un tir au but, ne voulant sceller le destin de son ancien club, alors que le pays est déjà en guerre contre lui-même. Ses anciens coéquipiers sont champions d’Europe sans lui, le dernier pouls de vie de la Yougoslavie du football se sera fait contre Piksi, son plus beau représentant. Quand l’OM atteint enfin le sommet du football européen, il est blessé et ne joue pas la moindre minute, Piksi n’aura donc jamais remporté la Ligue des Champions. Le César fringuant de 1990 ne deviendra jamais l’Empereur qui allait porter au sommet la Yougoslavie en 1992 et 1994.
Son aventure s’arrête à Nagoya, au Japon, où il renaît, joue enfin plus régulièrement et marque la J-League naissante de son talent. Il devient le premier capitaine de la Yougoslavie de Slobodan Milošević, brassard qu’il gardera jusqu’à sa retraite internationale, le 4 juillet 2001 face au Japon, comme un symbole. Celui d’un joueur qui sera passé à côté d’une carrière encore plus belle.
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