Nuits magiques avec Ilona

Europe Portrait

En voyant la scène d’émeute qui se joue à proximité de l’Olimpico le 30 juin 1990 en fin d’après-midi, comment ne pas adopter le regard d’Ugo Tognazzi dans Au nom du peuple italien[1], une comédie amère réalisée par Dino Risi au début des années 1970 ? Dans les derniers plans du film, la conscience et la probité du juge qu’incarne Tognazzi s’effritent en observant ses compatriotes muer en tifosi grossiers et agressifs, incapables de réfréner des pulsions primitives après le sacre mondial de la Nazionale.

A la différence de la fiction, à la fin du mois de juin 1990, l’Italie n’a encore rien gagné et se prépare à affronter l’Eire en quart de finale de son Mondiale. Si ses supporters bouillonnent et se comportent en rustres, c’est parce qu’ils ne peuvent contenir leurs instincts libidineux à la vue de deux femmes légèrement vêtues agitant de faux exemplaires de La Repubblica sur lesquels on peut lire un titre incantatoire « L’Italie championne du monde ». Des hommes aux visages rubiconds les assaillent et arrachent des morceaux d’étoffe comme s’il s’agissait de vénérables lambeaux destinés à un reliquaire. L’intervention des unités mobiles de la police soustrait une donzelle aux assauts de ses admirateurs en chaleur alors que l’autre parvient à se réfugier dans un bar, dépenaillée mais sauve. La première se nomme Moana Pozzi, la seconde Elena Anna Staller, dite Ilona Staller ou Elena Mercuri mais on la connaît en tant que Cicciolina. Omniprésentes dans l’espace médiatique durant le Mondiale, elles assurent la promotion de leur film, Cicciolina e Moana Mondiali (Sexy Mundial ’90 en VF, que vous trouverez aisément sur vos sites favoris) opportunément sorti en salle quelques jours plus tôt.

Ugo Tognazzi cerné par des tifosi en furie dans Au nom du peuple italien.

Naissance d’une star

Née hongroise en 1951, la jeune Staller aurait selon ses dires perfectionné ses talents balbutiants au contact d’étrangers fréquentant un hôtel de Budapest, sous l’étroite surveillance de la police secrète. Une mission qui rappelle celle de la call-girl dans Les Patriotes[2], un rôle dévolu à Sandrine Kiberlain, un modèle de volupté en comparaison de la maigrichonne Magyare. Si le tapinage paraît crédible, l’activité d’espionnage l’est-elle ? Qu’importe, l’autoproclamée agente Katicabogár (Coccinelle en français) suit un client italien et l’épouse à Rome au tournant des seventies. L’expérience maritale ne connaît pas de prolongement, fragilisée par un début de notoriété quand son nom apparaît au générique de plusieurs films traditionnels. En parallèle, Ilona Staller anime une émission radio coquine intitulée Voulez-vous coucher avec moi ?  Elle croise alors le chemin de Riccardo Schicchi. Ce dernier, photojournaliste et globetrotter pour des revues comme Epoca, l’équivalent de Life ou Paris Match en Italie, constate que les portraits d’Ilona se vendent bien mieux que ses clichés du bout du monde et décide de donner un autre sens à sa vie.

Au contact de Schicchi, Ilona bifurque vers la commedia sexy all’italiana, un sous-genre où sa présence ne se justifie que par son aisance à se dévêtir. Actrice, présentatrice radio, mais également chanteuse et danseuse sur les plateaux de la télévision où elle fait sensation, à peine couverte par un python et des voiles transparents qui deviennent évanescents quand elle monnaye ses talents dans les boîtes de striptease. Schicchi vient de créer le personnage de Cicciolina, une sorte de déesse de l’amour souriante dont l’exhibitionnisme ne serait que poésie, ce que tout le monde ne comprend malheureusement pas dans cette Italie pleine de ferveur catholique. Faut-il être rétrograde pour s’offusquer de la nudité et pour voir en cette douce jeune femme blonde à la bouche démesurée et aux sourcils touffus une créature du malin !

A son arrivée en Italie, en 1969.
Pendant une émission sur Radio Luna, vers 1975.

Elle franchit une étape supplémentaire à l’aube des années 1980 quand Schicchi s’attaque au marché du cinéma porno italien, cruellement dépourvu de stars. La seule actrice véritablement connue dans la péninsule est la suédoise Marina Lothar dont on peut dire qu’elle commence à être confite… Une MILF, quoi ! Avec la Cicciolina, le python et Moana Pozzi, les têtes d’affiche de son agence Diva Futura, Schicchi apporte de nouvelles plantes bourgeonnantes car « le porno, c’est comme le marché aux fleurs : on ne peut pas vendre des fleurs fanées. » Aux films s’ajoutent des sexyshows itinérants, des spectacles païens selon le producteur, des étalages blasphématoires qu’il convient d’interdire pour ceux qui peinent à identifier la démarche artistique sous-jacente. La plupart du temps, ces représentations se greffent sans autorisation préalable à des festivals, des fêtes locales ou des événements sportifs prisés par un large public masculin. Les amateurs de cyclisme sur piste peuvent par exemple l’admirer en marge des Six jours de Milan 1985 organisés au Vigorelli. Le dernier week-end de mars 1987, le chapiteau de la Cicciolina et de Moana se trouve à Fuorigrotta, à proximité du stade San Paolo où les deux jeunes femmes proposent un semi porno live show, un excellent remède à la fébrilité des tifosi impatients d’assister à la rencontre au sommet entre le Napoli et la Juventus.

Deux mois plus tard, alors que Diego Maradona offre le scudetto au Napoli, le premier de l’histoire, on apprend qu’Ilona Staller envisage de se présenter aux élections législatives sous les couleurs du Partito radicale, un mouvement de centre gauche déclinant caractérisé par son anticléricalisme et sa promotion du libéralisme sous toutes ses formes, économique, social mais aussi sexuel, un créneau sur lequel l’actrice est imbattable. Profondément divisés sur la démarche d’Ilona, les dirigeants radicaux se résolvent à accueillir la pornstar dans leurs rangs, un moyen comme un autre de lutter contre l’invisibilisation. Ce qu’ils n’imaginent pas, c’est qu’elle puisse être élue. C’est pourtant ce qui se produit par la magie d’un système proportionnel complexe au sein duquel les votants sont appelés à exprimer leur préférence parmi les listes de candidats du parti qu’ils ont choisi. Elle effectue son entrée à la Chambre des députés en juillet 1987, épiée par des photographes en quête de sensationnalisme. Impressionnée et dépassée, elle se montre étonnamment sobre, pas un sein ne s’échappe de sa robe sombre. Dans les salons du palais Montecitorio, elle reconnaît le démocrate-chrétien Gianni Rivera, néodéputé lui aussi. L’ancienne diva de l’AC Milan la salue timidement, ce que ne font pas de nombreux parlementaires, y compris ceux de son propre camp à la notable exception de la féministe Adele Faccio.

Juin 1987, Cicciolina fête son élection à la Chambre des députés avec ses supporters.
Juillet 1987, Giulio Andreotti salue la nouvelle députée.

Jusqu’alors réservés aux Cicciolini – le nom que la star donne à ses adorateurs et qu’on peut approximativement traduire par Chéris-chéris – et à la presse spécialisée, ses shows attirent momentanément la curiosité des journaux traditionnels, pressés de relater à leurs lecteurs le spectacle d’une représentante du peuple italien se masturbant et pissant sur scène. Federico Fellini, dont l’univers se nourrit pourtant d’outrance et de grotesque, ne masque pas son incompréhension et son désarroi en constatant que l’Italie a engendré de nouveaux monstres, la réalité dépassant la fiction. « Sa sexualité est un mythe, elle n’effraie pas : celle qui mime l’accouplement avec un python ou un cheval préserve les hommes de toute crainte quant à leur propre virilité. Ces rires, ce discours mielleux et bégayant comme celui de quelqu’un s’adressant aux enfants, ce sourire figé et incompréhensible comme un hiéroglyphe, ces robes blanches de mariée donnent à Cicciolina l’impénétrabilité d’un symbole fermé. C’est un rêve, comme une radiographie de quelque chose d’indéterminé, comme une humeur sombre qui agite en elle-même des contenus profonds et alarmants (…). Toutes les discussions autour de Cicciolina sont défensives. Nous ne voulons pas prendre en compte cette chose. Nous ne voulons pas nous identifier à cela. Mais la chose est bien arrivée. »

Cicciolina incarne les confusions et les atermoiements de la société italienne des années 1980, clivée entre figures du passé et héros nouveaux, entre illusions perdues et soif de jouissance. A propos de l’actrice-députée, les codes traditionnels l’emportent rapidement. Comme le relève La Repubblica en août 1987, les électeurs « voulaient faire de la star du porno une députée mais l’Italie ne veut pas que la députée soit une star du porno. » Le retour de bâton est sévère. Les interdictions se multiplient, la RAI la bannit de ses studios, les procès pour exhibitionnisme ou outrage aux mœurs s’accumulent et ses petites affaires périclitent. Mise en cause et convoquée à paraître devant le Parquet de Venise pour s’être produite seins nus sur la place Saint-Marc, la Chambre lève son immunité parlementaire en juin 1988. Redoutant l’incarcération et lâchée par un Partito radicale déliquescent, la députée Staller délaisse l’Italie – où Moana Pozzi rayonne sous les coups de boutoir du jeune étalon Rocco Siffredi – et se tourne vers l’étranger. Elle s’éloigne également de son mentor Riccardo Schicchi, sans qui rien de tout cela ne serait survenu, pour se jeter dans les bras de l’artiste sculpteur plasticien (escroc ?) Jeff Koons, dont elle devient la muse.

Avec Moana et Schicchi.

L’Italie, championne du monde

Durant le Mondiale Italien, Cupidon fait feu de tout bois. Dès la cérémonie d’ouverture, d’élégants mannequins défilent dans des robes vertes savamment ajourées par les créateurs de mode milanais. Début juillet, à La Mirage Sporting Club, un cercle sportif romain, se tient une Coupe du monde alternative, non reconnue par la FIFA, on se demande pourquoi : un tournoi de football féminin topless. Sur un mini terrain, les joueuses se déshabillent au fur et à mesure que leurs équipes encaissent des buts. Les tifosi se réjouissent de la victoire de la Nazionale sur le Brésil 5-3, un score ayant permis de dépoitrailler toutes les protagonistes. Le chroniqueur anonyme de La Stampa s’extasie plus particulièrement sur la prestation de Mariella, 19 ans, la bomber italienne, avec un R.

L’Italie, patrie de l’érotisme, ne faillit pas à sa réputation et profite du Mondiale pour témoigner de son savoir-faire en matière de pornographie. « Nous vivons dans une société beaucoup trop permissive. Jamais encore la pornographie ne s’était étalée avec une telle impudeur. Et, en plus, les images sont floues. » Woody Allen ne pensait pas si bien dire. Génie des affaires pour les uns, écornifleur pour les autres, Riccardo Schicchi comprend que la Coupe du monde 1990 dessine de formidables perspectives pour l’agence Diva Futura. Alors il réunit à nouveau la Cicciolina et Moana autour d’un scénario inspiré par des protagonistes du Mondiale à venir et réalise, en compagnie de Jim Reynolds[3], Cicciolina e Moana Mondiali. Pour en assurer la promotion, Schicchi organise des avant-premières dans les cinémas, édite des affiches suggestives, achète des encarts publicitaires avec des slogans aussi brillants que « Moana Pozzi et Cicciolina arrivent, la paire la plus mondiale des Mondiaux qui vous mettra KO avec un hard-dribbling. » Le producteur exige de ses actrices qu’elles mouillent le maillot et attirent l’attention des médias. Alors la députée réinvestit l’espace public à partir de mai 1990.

Deux démarches artistiques inattendues soutiennent son action. Pendant que New Order produit World in motion, la chanson officielle de l’équipe d’Angleterre pour le Mondiale, le groupe P.W.E.I. – Pop Will Eat Itself – enregistre un thème alternatif titré Touched by the Hand of Cicciolina et l’accompagne d’un clip dans lequel apparaît fugitivement la pornstar[4]. En parallèle s’ouvre la Biennale de Venise où l’exposition Made in Heaven de Jeff Koons fait sensation. Parmi les œuvres offertes au regard des amateurs d’art, des sculptures et des photographies représentent les ébats de Jeff Koons et sa compagne Cicciolina. Sceptique à propos de la pertinence de la démarche et déchirée quant à l’éthique de la marchandisation du corps de la femme, la critique crie au génie ou au mystificateur mais l’essentiel se trouve ailleurs : la renommée du plasticien grimpe en flèche et Cicciolina retrouve la lumière juste avant que ne débute le Mondiale et ne sorte en salle le film de Schicchi.

La chaise est très réussie.

Parlons-en de ce film ! Les premiers plans mettent en avant un approximatif sosie de Luca Di Montezemolo, le responsable de l’organisation d’Italia 90. Celui-ci imagine un stratagème pour favoriser les desseins de la sélection nationale italienne : épuiser les cracks des équipes se dressant (s’érigeant ?) sur le chemin de la Nazionale. Avant de se lancer dans leur mission, Moana et Cicciolina se soumettent avec succès à ce qu’on pourrait appeler un examen pratique. Ces préliminaires très consistants achevés, le projet de Di Montezemolo se met en place et se déroule à merveille. Les scènes explicites se suivent à un rythme soutenu, à peine entrecoupées d’extraits de matchs et de clins d’œil humoristiques. Apparaissent ainsi des doubles de Maria Teresa Ruta, présentatrice en vogue sur la RAI, et d’Aldo Biscardi, le créateur d’Il Processo del lunedi dont l’émission est finement rebaptisée ProSesso (ProSexe)[5]. Les dialogues tangentent le niveau zéro du langage, les costumes proviennent probablement des pires friperies romaines, la photographie et la musique originale ne peuvent qu’être le produit d’un acte de sabotage et les rushs du Mundial 1986 paraissent avoir été visionnés des millions de fois tant les couleurs sont passées. Et que dire des athlètes aux prises avec Moana et Cicciolina ? Le premier à succomber s’appelle Kataklinsmann. Appairer les traits de l’avant-centre de la RFA à ceux de l’acteur nécessite un gros effort. Heureusement, le cadreur ne s’éternise pas sur le visage du pseudo footballeur. Le pitch ? Moana s’introduit dans l’hôtel de Kataklinsmann, Kataklinsmann s’introduit dans Moana et y met tant de cœur que ses réserves énergétiques se tarissent. Sur les images, Moana s’ennuie, réalisant mécaniquement les gestes d’une ouvrière du sexe. La misérable Moana pense-t-elle à Marco Tardelli en attendant que le Teuton de pacotille achève sa besogne ? A la veille d’un match de l’Italie, le champion du monde 1982 s’était éclipsé de la chambre qu’il partageait avec Gaetano Scirea pour s’engouffrer dans celle de la plantureuse blonde[6]. Une histoire d’amour pour Moana, un adultère sans perspectives pour Marco…

Diego s’échauffe.
(l’acteur Ron Jeremy avait la particularité d’être autosuffisant en matière de fellation. Moins drôle, il est inculpé en 2020 pour viols et agressions sexuelles mais ne sera jamais jugé en raison d’un état de démence avancé)
Ne comptez pas sur moi pour vous dire ce qu’il va advenir. Ce qui se passe dans le vestiaire reste dans le vestiaire.

L’Allemagne écartée, le défi suivant est immense : l’Argentine et Diego Maradona. Un tel talent impose que Moana et Cicciolina associent leurs efforts. Ron Jeremy interprète Diego, boudiné dans le maillot albiceleste. En le voyant, on ne peut s’empêcher de penser à Maradona au crépuscule de sa carrière, ventripotent et vulgaire. Exsangue après avoir tout donné, le faux Maradona ne met pas un pied devant l’autre et favorise la qualification de la Nazionale pour une finale contre le champion d’Europe 1988, les Pays-Bas. Il s’agit désormais de stopper l’acteur dont les dreadlocks rappellent Ruud Gullit, le fuoriclasse surpuissant de l’AC Milan. Se faisant passer pour une journaliste, Cicciolina réalise une interview de Ruud que l’on peut qualifier de courageuse. Beaucoup auraient lâché le micro au regard de ses dimensions. Ce n’est pas le cas de Cicciolina, dont la généreuse cavité buccale présente un réel intérêt dans une telle situation. Hélas, plein de sève, le Batave demeure gaillard et inscrit deux buts au cours de la première période de la finale. A la pause, Cicciolina et Moana se rendent dans le vestiaire des Oranje, redoublent d’ardeur et viennent à bout de la saisissante vigueur du Ballon d’or 1987. Débarrassée du principal danger, l’Italie remonte son handicap, prend l’avantage et conquiert la Coupe du monde, ce qui légitime de conclure la production par des célébrations au cours desquelles tout est permis.

Le scénario fantasmé par Schicchi se heurte à la glorieuse incertitude du sport, selon l’expression consacrée. Tout s’effondre le 4 juillet à Naples, quand le véritable Maradona tient la distance. L’Argentine et la malchance rompent le bel ordonnancement des événements du film et plongent l’Italie dans une profonde détresse. Dans les pages de La Stampa, Giampaolo Ormezzano effectue une large revue de ceux qui ont trahi la confiance des Italiens. Au même rang que les joueurs figurent les actrices de Diva Futura : « les prêtresses des instincts les plus bas (…) ont fait une erreur dans leur prédiction sur l’issue du championnat du monde ». A force de lire et d’entendre « Italia campione del mondo » à chaque apparition publique de Moana et Cicciolina, conforté par les prestations des Azzurri, le peuple avait fini par se convaincre que la Nazionale aurait de la chatte (du cul ?) jusqu’au sacre final.

Moana Pozzi est génoise de naissance et le stade Luigi-Ferraris s’en rappelle. En 1993, le Genoa fête ses 100 ans d’existence. Des tifosi en profitent pour marquer leur territoire vis-à-vis des blucerchiati de la Sampdoria via une banderole : « Si la rue Isonzo est blucerchiata alors Moana Pozzi est immaculée ».

36 ans ont passé depuis la sortie de la fiction. Moana Pozzi est décédée en 1994, Riccardo Schicchi en 2012 et Ilona Staller, 74 ans, vit de sa retraite de députée de la République italienne. Moana et Cicciolina Mondiali, production minable comme il en existe tant dans l’industrie pornographique, est désormais considéré comme un film culte par les amateurs du genre. Certains qualifient même l’œuvre de prophétique. Elle préfigurerait l’apparition de dirigeants sans scrupule[7], l’apprentissage du vice de la part de joueurs pensant avec leur sexe et plus généralement la folie des hommes quand il s’agit de calcio. Comme si, en 1990, le football italien était encore un locus amoenus préservé des dérives sociétales. Non, les raisons pour lesquelles ce film défie le temps se trouvent ailleurs. Indissociable d’Italia 90, il n’est que l’expression d’une nostalgie, le désir de revivre les Notti magiche romaines d’un début d’été que Moana et Cicciolina avaient rendues incandescentes.


[1] In nome del popolo italiano en VO, 1971.

[2] Les Patriotes, réalisé par Eric Rochant, 1994.

[3] Pseudonyme de Mario Bianchi, auteur de polizieschi dans les années 1970 avant qu’il ne bifurque vers les productions olé-olé aux titres prometteurs comme « Appelez 6969 : taxi pour dame » et les films d’horreur dont l’intrigant « N’ayez pas peur de la tante Marta ».

[4] Le titre connaît un relatif succès en Angleterre en atteignant la 28e place dans les charts du UK durant Italia 90.

[5] Il Processo del lunedi, le Procès du lundi, en français, est un talk-show sur le calcio très suivi durant des années.

[6] Moana Pozzi a eu d’innombrables amants célèbres. Parmi les footballeurs figurent Marco Tardelli (il a confirmé l’idylle dans son autobiographie) et Roberto Falcão.

[7] Riccardo Schicchi assurait de son vivant qu’il existait une sextape tournée en Grèce au début des années 1980 impliquant la Cicciolina et Silvio Berlusconi.

24 commentaires pour "Nuits magiques avec Ilona"

  1. Guybrush Threepwood dit :

    Prima. Du grand journalisme gonzo!

    Encore plus délicieux lorsqu’on lit l’article en écoutant du Alessandra Mussolini.

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    1. Verano82 dit :

      Merci, un papier pour les hommes et les femmes de goût 😉
      Un de ceux dont je suis le plus satisfait mais qui va difficilement trouver son public (il n’y a qu’à lire le post du Khia, totalement déconcerté eh eh)…

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      1. Khiadiatoulin dit :

        Je suis déconcerté…hehe

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  2. Khiadiatoulin dit :

    Pas non plus fan de l’œuvre de Jeff Koons. Par contre, j’aime beaucoup la réalisation de Frank Gehry à Bilbao.

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  3. Khiadiatoulin dit :

    Sujet surprenant… Merci Verano. Bien que trop jeune pour m’intéresser à sa production cinématographique, me souviens bien de la notoriété de la Cicciolina. Et de l’hystérie que sa présence créeait. Sorte de procession en Semana Santa, sans encapuchados. Quoi qu’ils ont du y penser…

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  4. Verano82 dit :

    S’il y a un film à voir parmi les deux évoqués dans l’article, c’est Au nom du peuple italien, un bijou des années 1970, avec Tognazzi et Gassmann grandioses. Si vous trouvez que ça manque de fesses, rabattez-vous sur Sexy Mundial.

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  5. modrobily dit :

    Les films sont dispos sur Netflix? Je demande pour un ami qui est fan de cinéma italien, cela va sans dire.

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  6. bobbyschanno dit :

    J’aime beaucoup les photos…

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    1. Khiadiatoulin dit :

      Perso, j’aurais préféré Nuit magique avec Catherine Lara. Mais chacun ses goûts. Hehe

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  7. bobbyschanno dit :

    On comprend mieux, à la lecture de cet article, la passion de l’auteur pour le Genoa…

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  8. bobbyschanno dit :

    Magnifique article, une lecture fort plaisante.
    Merci !

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  9. Rui Costa dit :

    Ahah mais quel article! Verano sur ce coup on sent que tu t’es davantage investi dans la recherche!
    Au-delà du côté improbable d’avoir un article sur une actrice porno ici c’est une vraie figure de l’Italie des 80’s. On connaît tous de nom la ciccolina si on a plus de 40 ans.
    Par ses sourcils c’est problématique , on croirait Emmanuel Chain! Et pourtant au Portugal il y en a du sourcil! C’est fou qu’elle ait été une icône sexuelle avec cette tête 🙂

    Moana était plus jolie, j’ai vu qu’elle était morte à Lyon à 33 ans… Cancer du foie mais sa mort est pas mal entouré de théorie du complot. Tu as vu ça ? Tu as des détails?

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    1. Verano82 dit :

      Non, je ne sais pas grand chose de la vie de Moana. Elle vivait apparemment à Lyon, sans doute pour échapper au regard des Italiens.
      Alex avait trouvé une itw qui doit dater de ce Mondiale dans laquelle est semble absente. Il émane de ses réponses une forme de fatalisme et de tristesse.

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      1. bobbyschanno dit :

        Tu devrais approfondir le sujet. Dommage qu’elle soit décédée…

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      2. Verano82 dit :

        Je compte sur Alex, il s’était documenté avant que je ne lui pique ce sujet.

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      3. Alexandre dit :

        ..et tu as bien fait de me le piquer – pas encore relu, mais j’en avais particulièrement apprécié la première lecture.

        Morte à Lyon? Je me rappelle que c’est là qu’elle avait entrepris sa carrière dans le show-business, avant de percer en Italie ==> Sans doute y avait-elle ses aises.

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  10. belo_dedici dit :

    Chouette portrait ! Intéressant, vraiment !
    Je garde un souvenir ému de la cérémonie d’ouverture….C’était plus excitant que ce qu’on a vu ensuite sur les pelouses…
    A l’image des parcours de la Cicciolina et Siffredi (il s’est essayé au ciné d’auteur) le porno mène à tout. En France, on a Lahaie, Ringer, Ovidie et Despentes (V.Subutex se lit très bien…). Des reconversions bien plus difficiles à mener que celles de nos footeux…

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    1. Verano82 dit :

      J’ai bien aimé les deux premières parties de Vernon Subutex mais ça tourne en rond, je ne sais même plus si je suis allé au terme du troisième.

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  11. belo_dedici dit :

    Dans World in motion, John Barnes est très à l’aise.

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  12. Alexandre dit :

    Je connais vraiment mal ladite « commedia sexy all’italiana ». Mais ça me fait penser aux productions gore du cinéma italien des années 70-80, où y avait toujours des seins à l’air et même des viols bien glauques et explicites. Tu le pointes : dans un pays si profondément catholique, ce n’est pas anodin.

    Sinon que dire? C’est excellent, bravo.

    Tu n’as pas mis une photo de Kataklinsmann?? Je vais chercher dans mes vieilles notes.

    Peu dire que la Cicciolina faisait hurler dans ma famille, pourtant peu portée sur la religion, alors en Italie?? Aujourd’hui encore, même sans ce poids familial, je trouve son sourire assez flippant. Certaine décadence avait trouvé sa Joconde peut-être.

    Quelles illusions (Cf. ton texte) l’Italie avait-elle perdues dans les 70’s?

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    1. Verano82 dit :

      « clivée entre figures du passé et héros nouveaux, entre illusions perdues et soif de jouissance ». Bon c’est une formule sans idée précise mais on peut citer Il Divo pour le passé, Il Caimano pour la nouveauté, à un moment où ne sait pas encore qui va l’emporter, l’opération Mains propres n’a pas encore débuté. Illusions perdues quant à un changement de société. Aux portes du pouvoir dans les 70es, le PCI régresse et la politique sombre dans le spectacle de bas niveau/caniveau. Il y a Cicciolina députée mais d’autres personnalités sont élues en 1987 comme le chanteur Domenico Modugno, Gianni Rivera, Giorgio Strehler, le populisme se développe. Les médias et leurs émissions abêtissantes prolifèrent alors que l’exigeant cinéma italien connaît une crise sans précédent qui touche tous les genres hormis le cinéma hardcore, d’où cette notion de « soif de jouissance ».

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      1. bobbyschanno dit :

        Beau résumé.

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  13. Telmo dit :

    Simple coïncidence sans doute, mais un ouvrage de référence sur une camarade de la Cicciolina, la regrettée Moana Pozzi sort sous peu en français :
    https://fr.ulule.com/moanapozzi/news/

    La souscription est déjà réussie, donc un peu de patience.

    https://img-cache.ulule.com/display/e34766f55c375945cdcdea9345baa431e6442b66/thumbnail/1280×720/presales/9/6/8/2/2/2/222869/campagne.f5Cw9pn9jm.jpg?q=60

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    1. Khiadiatoulin dit :

      Ah Telmo ! Viens nous partager ton avis sur les deux premières parties du Top 50 portugais !

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