Le Footy : l’autre football de l’Australie

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La Coupe du Monde de football vient d’entrer dans phase à élimination directe, la planète entière vibre pour elle malgré les polémiques. Et l’Australie, dont la sélection nationale s’apprête à jouer un 16e de finale historique contre l’Egypte, ne fait pas exception. Cependant, alors qu’on entre dans l’hiver austral, l’ile continent est depuis quelques semaines déjà en train de se passionner pour un autre sport, un jeu unique et propre à ce territoire : le football australien.

Le football australien peut décontenancer facilement les non initiés tant il ne ressemble à aucun autre sport occidental. Nébuleux dans le reste du monde, ce jeu est pourtant de loin le plus populaire en Australie. Le seul championnat professionnel, la Australian Football League (AFL), se distingue par le fait remarquable de figurer régulièrement dans les tops 5 mondiaux des classements d’affluence au stade, tout sport confondus. Plongeons aujourd’hui dans ce qui s’apparente à une cuiseuse variante de rugby sous stéroïde se jouant sur un terrain de cricket et qui sert de moteur culturel majeur à des millions d’Australiens.

I – Les bases du jeu – Un sport unique au monde

Bien que « football australien » soit la manière la plus courante de désigner le jeu en dehors du pays, en Australie, le vrai nom du jeu est… « football ». Notre sport au ballon rond y étant désigné, comme aux États-Unis, par le terme « soccer ». Mais en général, les Australiens eux-mêmes parlent de « Aussie rules » (= les règles australiennes du football), ou plus communément de « Footy ».

Footy étant un terme propre à l’Australie, il commence à se démocratiser à l’international pour désigner ce jeu joué quasi exclusivement au pays Down Under. Nous parlerons donc principalement de ce jeu sous ce terme dans cet article.

Abordons les bases avec une présentation non exhaustive des principes fondamentaux du jeu.

Le terrain, les joueurs et la durée

Le footy se joue avec un ballon ovale et oppose deux équipes de 18 joueurs chacune. Un nombre très élevé qui s’explique par l’immense taille du terrain de jeu. Il se joue sur un terrain ovale, souvent un terrain de cricket, aux dimensions variables selon les stades, généralement autour de 150 à 170 mètres de long et 120 à 140 mètres de large.

La durée d’un match est de 4 quart-temps de 20 minutes chacun. Le chronomètre s’arrête dans certains cas — points marqués, fautes, sortie du ballon, etc. — afin de garantir un temps de jeu effectif. D’une manière générale, un match de footy, hors pauses mais en comptant les arrêts de jeu, dure environ deux heures.

À chaque extrémité du terrain se trouvent 4 poteaux. Les poteaux centraux mesurent 6 mètres de haut, tandis que les poteaux latéraux mesurent 3 mètres.

Un terrain de footy aura toujours une forme ovale

Comment marquer des points

Le but du jeu est d’inscrire plus de points que son adversaire (logique). Pour cela, il existe deux possibilités : le Goal et le Behind.

Botter le ballon entre les deux poteaux centraux permet d’inscrire un Goal. C’est le graal du footy, le moment où le public se lève et les joueurs célèbrent. Il rapporte 6 points. Pour que le Goal soit valable, le ballon doit impérativement être botté entre les deux poteaux centraux. Il peut passer entre les poteaux directement ou grâce à des rebonds, peu importe la hauteur. Après un Goal, le ballon revient au centre, avec une remise en jeu disputée par les deux équipes, un peu comme un entre-deux au basket.

Si le ballon passe « à côté », donc entre un grand poteau central et un petit poteau latéral, on marque un Behind, qui rapporte seulement 1 point. Si le ballon passe entre les grands poteaux centraux en étant dévié par un autre joueur, ou si le ballon touche un poteau central, même si c’est rentrant, c’est aussi un Behind. Cela renforce donc davantage la valeur d’un Goal. Après un Behind, l’équipe qui a encaissé le point remet le ballon en jeu depuis sa zone défensive. C’est important parce qu’un Behind n’est pas juste « un petit point » : il rend aussi immédiatement le ballon à l’adversaire.

Le score d’un match de footy est généralement noté comme dans cet exemple :

Sydney 104 (15.14) / Brisbane 60 (8.12)

Cela signifie que Sydney a inscrit 15 Goals et 14 Behinds : 104 = (6 × 15) + (1 × 14).

Lorsqu’un Goal est validé, l’arbitre effectue ce geste caractéristique des deux indexes vers l’avant. Signe qu’il est temps pour les supporters d’exulter.

Comment faire progresser le ballon

Marquer des Goals est donc l’objectif prioritaire d’une équipe de footy. Or, vu la taille du terrain, on ne peut pas seulement se contenter de shooter de n’importe où pour espérer marquer. Il faut parvenir à se rapprocher des poteaux. Pour cela, il existe plusieurs moyens de faire progresser le ballon sur le terrain.

La première possibilité est la course. Il est tout à fait possible de courir ballon en main, à condition de le faire rebondir tous les 15 mètres environ. Celui-ci étant ovale, le rebond demande une vraie maîtrise technique. Les joueurs ne s’y risquent généralement que lorsqu’ils ont suffisamment d’espace devant eux.

La deuxième possibilité est la passe à la main, ou Handpass. C’est une caractéristique unique du footy : pour faire une passe, il faut frapper le ballon avec le poing. Il est strictement interdit de lancer le ballon. Les passes à deux mains comme au rugby ou à une main comme au handball sont donc prohibées et immédiatement sanctionnées. En revanche, le ballon peut être passé dans toutes les directions. Il n’y a pas d’interdiction de faire une « passe vers l’avant » comme au rugby.

Darcy Moore, défenseur et capitaine des Collingwood Magpies, effectue une handpass: Le ballon est frappé avec le poing.

Enfin, botter le ballon au pied permet de gagner beaucoup de mètres en une fois et amène à LA grande règle du footy : le Mark. Si un joueur réceptionne directement à la volée un ballon frappé au pied et ayant parcouru au moins 15 mètres, le jeu s’arrête brièvement autour de lui. Il obtient alors un court temps protégé pour choisir sa relance. Il peut repartir en courant, effectuer une Handpass, chercher un équipier au pied pour provoquer un nouveau Mark, ou tenter directement un Goal s’il est assez proche des poteaux. Dans ce dernier cas, lorsqu’il est en position de tir, l’arbitre lui accorde généralement davantage de temps pour préparer sa frappe.

De fait, bien que les équipes professionnelles adoptent un mix des deux plus ou moins marqué, on peut aisément diviser les styles de jeu en deux grandes catégories : celles qui vont progresser par des successions de petites Handpasses afin de mettre du rythme, et celles qui vont chercher à réaliser de grands coups de pied pour obtenir un Mark à un endroit stratégique du terrain.

Un joueur amateur tentant sa chance pour marquer un goal après avoir obtenu un mark.

Les remises en jeu et l’absence de hors-jeu

Quand le ballon sort en touche, il n’y a pas forcément possession pour une équipe comme au football. Très souvent, un arbitre de touche remet le ballon en jeu par un lancer vers l’intérieur du terrain, et les deux équipes se le disputent.

Il est important de noter également qu’il n’y a pas de hors-jeu au footy. Chaque joueur peut se déplacer et camper librement à n’importe quel endroit du terrain. Il en résulte que chaque équipe est globalement divisée en trois blocs, avec les attaquants, les milieux et les défenseurs.

On attend généralement d’un défenseur un bon sens de l’anticipation et une belle détente pour intercepter les ballons. On attend des attaquants aussi bien une puissance physique hors norme qu’une précision chirurgicale au pied. Quant aux milieux, on attend d’eux une grande endurance, une importante capacité de course ainsi qu’une bonne lecture du jeu pour faire le lien entre la défense et l’attaque.

Duels et contacts

L’organisation défensive des équipes repose beaucoup sur les duels directs. La lutte pour obtenir un Mark, défensif comme offensif, est féroce et donne souvent lieu à ces fameuses prises de balle spectaculaires caractéristiques de ce sport. Bien que cela semble contre-intuitif, il est tout à fait possible d’utiliser le dos de son adversaire comme tremplin pour se projeter dans les airs.

Charlie Comben, pour North Melbourne, prend appui sur son adversaire pour s’élever dans les airs et réaliser un mark spectaculaire : un « Specky »

C’est probablement à cause de ces images que le footy a la réputation d’être un sport ultra-violent où tous les coups sont permis. Cependant, c’est une idée reçue : il existe un grand nombre de fautes possibles, les principales portant sur la façon de plaquer un adversaire.

Le plaquage est en effet le geste défensif de base. Mais il doit se faire uniquement entre les épaules et le bassin. Pas de cuillère possible comme au rugby. Un plaquage trop haut est sanctionné d’un coup franc. Une pénalité de 50 mètres peut ensuite s’ajouter si l’équipe fautive retarde la reprise ou gêne le joueur qui bénéficie du coup franc.

Lorsqu’un joueur est plaqué, le porteur du ballon doit immédiatement lâcher le ballon. S’il ne le fait pas, le jeu est arrêté et l’arbitre prend l’une des décisions suivantes selon son interprétation : s’il estime que le joueur avait la possibilité de passer le ballon avant d’être plaqué, c’est un coup franc pour l’adversaire. Ce serait l’équivalent d’un plaquage du quarterback au football américain, un geste célébré comme un Goal dans le stade. S’il estime que le joueur n’avait pas le temps, alors le jeu reprend par un entre-deux, comme au basket. L’idée de cette règle est de favoriser la fluidité du jeu et de toujours garder le ballon en mouvement.

Enfin, il n’existe pas de cartons jaunes ou rouges comme au football. Un joueur n’est donc pas forcément exclu immédiatement après un geste violent. En revanche, les sanctions disciplinaires après match peuvent être lourdes : suspensions, amendes, voire longues mises à l’écart. Cette sévérité a largement contribué à assagir un sport qui a longtemps pu donner lieu à des rencontres très rugueuses.

Le plaquage est dans les règles. Brad Close (Geelong Cats) doit lâcher le ballon ou son adversaire bénéficiera d’un coup franc.

Un sport plus lisible qu’il n’y paraît

Le footy peut sembler déroutant à première vue, non pas parce que ses principes de base sont particulièrement compliqués, mais parce qu’il ne ressemble à aucun sport familier pour un public européen. Cependant, une fois compris le système de points, le rôle central du Mark, les façons de faire avancer le ballon et la logique du plaquage, le jeu devient étonnamment lisible.

Comme souvent, les détails réglementaires sont nombreux, mais ils ne sont pas indispensables pour profiter d’un premier match. Avec ces quelques repères en tête, un néophyte peut déjà regarder une rencontre au stade ou à la télévision et comprendre l’essentiel de ce qu’il se passe.

II – Un sport profondément australien

Des origines victoriennes

Il est admis que le footy a été inventé à la fin des années 1850 par un certain Tom Wills, un natif de la région de Melbourne qui, après ses études en Angleterre, a ramené sur sa terre natale le football, un sport alors en plein essor en Grande-Bretagne.

À cette époque, la distinction entre nos actuels football et rugby n’était pas encore très claire. Wills ayant étudié à la Rugby School, il pratique alors ce sport selon la mentalité et les règles de cette école. Ainsi, quand il rentre en Australie, c’est sous une version très « ballon ovale » qu’il conçoit le football.

Auparavant, le cricket avait déjà été introduit en Australie et des compétitions y étaient déjà organisées. Mais celles-ci se déroulaient seulement pendant l’été. Wills proposa donc la création de clubs de football dans la région de Melbourne afin que les joueurs de cricket puissent rester en forme durant l’hiver.

Bien qu’ayant joué à la forme de rugby pratiquée à la Rugby School (et même, selon les témoignages, été un très bon joueur, capitaine de son équipe ) Wills choisit de ne pas reprendre exactement le code du football de son ancienne école. Il semble qu’il estimait que les règles étaient trop violentes et inadaptées au climat sec du sud de l’Australie.

Tom Wills, le père du football australien

L’élaboration finale des règles prit quelques années, et plusieurs hypothèses sont envisagées, évoquant aussi bien l’influence du football gaélique que celle de jeux aborigènes. Wills a grandi au contact de tribus de l’ouest de l’État du Victoria, et parlait même couramment leur langue. Le Melbourne Football Club est fondé en 1858. Il sera rejoint l’année d’après par le club de Geelong, une ville à 60 kilomètres de Melbourne. Ces deux équipes sont encore en activité aujourd’hui.

Au fil des années, les différentes variations du jeu créé autour de Melbourne s’uniformisent. En 1877 est fondée la Victorian Football Association, un championnat de football qui, contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom, n’est pas basé sur les règles de notre football actuel, mais sur les Victorian Rules : le code du football pratiqué dans l’État du Victoria, dont Melbourne est la capitale.

Plusieurs clubs de quartiers et de banlieue de Melbourne sont créés et rejoignent progressivement la compétition : Essendon, Richmond, Collingwood, St Kilda, North Melbourne, Carlton… Tous adhèrent aux Victorian Rules, que l’on peut traduire par « règles du Victoria », et cette dénomination est capitale.

Melbourne, Sydney et la Barassi Line

Car au même moment, plus au nord de l’île-continent, dans l’autre grande ville du pays, à Sydney, le rugby-football a aussi été importé d’Angleterre. Sauf que contrairement à Melbourne, les sportifs de Sydney vont bien plus embrasser la version de la ville de Rugby que ne le fit Wills à Melbourne.

Lorsque le rugby à XIII est importé à Sydney au début du XXe siècle, quelques années après sa création, les habitants de la classe ouvrière adoptent immédiatement ce nouveau jeu et en font leur passe-temps favori, là où la classe bourgeoise reste sur la forme plus classique du rugby à XV. Il est d’ailleurs bon de préciser qu’en Australie, contrairement au voisin néo-zélandais, la forme de rugby la plus populaire est de loin celle à XIII.

Néanmoins, si à Melbourne, les Victorian Rules ont très rapidement obtenu le monopole de la popularité, à Sydney, c’est le rugby à XIII qui a fini par avoir le dessus sur le reste. Le sport originaire de Melbourne n’a jamais eu l’occasion de s’implanter vraiment plus au nord. Un fait qui constitue une autre face de la dualité entre les deux principales villes du pays, et qui aboutit à une situation presque unique au monde : la Barassi Line.

La Barassi Line est une ligne imaginaire tracée sur la carte de l’Australie entre Melbourne et Sydney, en passant par la capitale fédérale Canberra et remontant jusqu’aux Territoires du Nord. Le concept est assez simple :

  • tout ce qui est à l’est de la ligne est un territoire de rugby à XIII. Cela correspond à Sydney, Gold Coast, Brisbane… ;
  • tout ce qui est à l’ouest de la ligne est un territoire de football australien, ou de Victorian Rules. Cela correspond à Melbourne, Adelaide, Perth, l’île de Tasmanie, etc.
La ligne Barassi : la frontière invisible du sport australien

Le terme de « Ligne Barassi » fut utilisé pour la première fois en 1979 en hommage à Ron Barassi, un ancien joueur de Victorian Rules des années 50 militant pour une expansion de son sport vers le nord. Mais le concept existait dans la tête de beaucoup avant même son invention.

Car en Australie, on avait rapidement fini par se rendre compte que le sport le plus populaire à Sydney et Brisbane n’était pas le même qu’à Melbourne ou Perth. Que l’attention médiatique ne portait que sur l’un ou l’autre. Que les habitants locaux n’avaient généralement jamais entendu parler de l’autre sport. Et même pire : que de part et d’autre de la ligne, chaque Australien appelait son sport le « footy ».

On imagine facilement les malheureux quiproquos quand un habitant de Melbourne se rend à Sydney, discute avec un local, se rend compte qu’ils adorent tous les deux le « footy »… avant de découvrir qu’ils ne parlent pas du même sport.

En sachant tout cela, bien qu’on dise souvent aujourd’hui que le footy est le sport numéro 1 en Australie, on comprend qu’il s’agit d’une réalité relativement récente. Une réalité que le championnat national de footy, l’Australian Football League, révèle très bien au travers de son histoire et de son fonctionnement actuel.

III – De la VFL à l’AFL moderne

La naissance de la Victorian Football League

À la fin du XIXe siècle, ce que l’on connaît comme le football australien se joue essentiellement dans l’État du Victoria, mais y est déjà extrêmement populaire. Au point que certains clubs sont en passe de se professionnaliser et finissent par faire sécession de la Victorian Football Association pour créer la Victorian Football League, la VFL. C’est le véritable ancêtre de l’AFL actuelle, et là où le footy tel qu’on le connaît aujourd’hui va vraiment prendre forme.

La VFL est une ligue fermée concentrant les huit plus gros clubs de l’État. Elle s’impose rapidement comme la principale compétition du football australien dans le Victoria. Autour d’elle se construit toute la culture populaire du footy melbournien : clubs de quartiers, rivalités féroces, stades pleins et Grand Final comme grand rendez-vous annuel.

La VFL est puissante, rentable et prestigieuse. Mais pendant longtemps, en raison notamment de l’immense taille de l’Australie, elle se cantonne à l’État du Victoria. Pendant ce temps, le footy a pris racine dans les États du South Australia et du Western Australia, chacun ayant sa propre ligue et ses clubs phares.

Ce n’est qu’à partir des années 1970-1980 que la VFL comprend qu’elle peut devenir plus qu’un championnat victorien. La télévision, les sponsors, les coûts croissants et la professionnalisation poussent vers un modèle national.

L’expansion nationale

La première grande bascule arrive en 1982, quand le club de South Melbourne déménage à Sydney et devient les Sydney Swans. C’est un symbole énorme : un vieux club victorien part s’installer de l’autre côté de la Barassi Line, en territoire du rugby à XIII. C’est le premier vrai pas de la VFL vers une ambition nationale.

Puis, en 1987, deux clubs non victoriens sont créés et rejoignent la compétition : les West Coast Eagles, basés à Perth, et les Brisbane Bears, dans le Queensland. À ce moment, la VFL n’est déjà plus vraiment « Victorian », bien qu’elle en garde encore le nom.

Finalement, la ligue décide de concrétiser son ambition de devenir un championnat national et se renomme en 1990 Australian Football League, AFL. L’année suivante, le club des Adelaide Crows est créé et intègre la ligue à son tour. Tous les grands bassins de population australiens ont désormais un club de footy.

Puis, dans une optique d’étendre ses parts de marché, l’AFL intègre en son sein deux clubs historiques qui étaient jusque-là restés dans les ligues d’États : les Fremantle Dockers en 1995, un club dans la banlieue de Perth, et les Port Adelaide Power en 1997. En 2012, un nouveau club est créé dans la région de Sydney, les Greater Western Sydney Giants. Et enfin, pour la saison 2028, le club des Tasmanian Devils intégrera la ligue pour représenter l’île de Tasmanie.

Le nombre de clubs composant l’AFL sera donc de 19 à partir de l’arrivée de la Tasmanie :

  • 10 pour l’État du Victoria, Melbourne et sa banlieue ;
  • 2 pour la Nouvelle-Galles du Sud, autour de Sydney ;
  • 2 pour le Western Australia, autour de Perth ;
  • 2 pour le South Australia, autour d’Adelaide ;
  • 2 pour le Queensland, avec Brisbane et Gold Coast ;
  • 1 pour la Tasmanie.

Bien qu’aucune annonce n’ait encore été faite, le projet d’arriver à 20 équipes est un secret de polichinelle au sein de l’AFL. La question porte donc sur la localisation en fonction des parts de marché disponibles et de la rentabilité potentielle : est-ce possible de fonder un nouveau club à Darwin, dans les Territoires du Nord, seule région du pays à ne pas avoir de club ? À Canberra, la capitale fédérale ? À Sydney pour ramener un équilibre avec Melbourne ? À Perth où la demande est réelle ? Ce genre de question n’est pas à prendre à la légère au vu du fonctionnement de la ligue.

Les 18 Clubs de l’AFL pour la saison 2026

Une ligue fermée, mais une culture de clubs

L’AFL est donc une ligue fermée, au sein de laquelle on ne peut entrer que sur dossier et approbation de la ligue. Néanmoins, on ne parle pas de franchises pour désigner les équipes, mais bien de clubs. Et pour cause : contrairement au système que l’on peut voir en Amérique du Nord, les clubs d’AFL ne sont généralement pas détenus par de richissimes propriétaires privés. Les clubs fonctionnent selon des systèmes variés, mais gardent une logique de membres, même si toutes les équipes ne sont pas directement détenues par leurs supporters.

Chaque année, il est possible d’adhérer à un club en tant que supporter et de faire partie de son Membership. Il existe plusieurs formules, variables selon les clubs et les prix. L’adhésion à certaines formules offre différents avantages : accès à un ou plusieurs matchs dans l’année, priorité pour acheter des billets lors des phases finales, goodies exclusifs, événements réservés aux membres, etc.

Ce système existe depuis longtemps, mais il a réellement explosé dans les années 2010, où le nombre d’adhésions aux clubs n’a cessé d’augmenter, passant de quelques milliers ou dizaines de milliers à des masses considérables de supporters encartés. Certains clubs comme les Collingwood Magpies, les Carlton Blues, les Richmond Tigers ou les West Coast Eagles ont même franchi la barre des 100 000 membres en une année.

Si le club avec le plus de membres change régulièrement selon les années, il est généralement admis que le club bénéficiant du plus grand soutien est celui des Collingwood Magpies, un club d’un ancien quartier ouvrier de Melbourne. Les noir et blanc sont de loin le club qui attire le plus la lumière médiatique, au point de susciter rancœur et jalousie chez les autres supporters. Une blague particulièrement répandue consiste à dire : « Je soutiens équipe… et n’importe qui jouant contre Collingwood ! »

En 2025, le nombre total de memberships de tous les clubs AFL atteignait 1 363 437, un record historique. Rapporté à la population australienne, cela représente près de 5 % du pays, soit environ un Australien sur vingt membre d’un club AFL. En observant ce genre de statistiques, on comprend pourquoi l’AFL figure régulièrement parmi les toutes premières compétitions sportives mondiales en matière d’affluence moyenne.

La saison 2025 fut une année record pour les Membership de l’AFL

Il faut dire que les matches d’AFL se jouent dans des stades immenses, avec une particularité : un stade n’est pas réservé à une seule équipe.

Avec presque dix équipes dans la région de Melbourne, on peut se douter qu’il n’y a pas dix stades de 60 000 places dans la ville. En réalité, deux grands stades concentrent l’essentiel des matches AFL à Melbourne : le Marvel Stadium, propriété de l’AFL, qui compte environ 50 000 places, et le fameux Melbourne Cricket Ground, le MCG, qui peut accueillir autour de 100 000 spectateurs.

Le calendrier de la saison est organisé de sorte qu’il y ait presque toujours un ou deux matches dans le week-end au Marvel Stadium ou au MCG. De même, les deux équipes de Perth et les deux équipes d’Adelaide partagent chacune le même grand stade. L’AFL s’assure ainsi de pouvoir jouer dans un nombre restreint d’enceintes majeures, tout en se garantissant des affluences élevées.

Le mythique Melbourne Cricket Ground et ses 100 000 places est souvent rempli à l’occasion des rencontres entre les clubs de Melbourne.

La saison AFL : rivalités, finals et Grand Final

Concrètement, une saison d’AFL s’organise autour d’une saison régulière de 24 journées, au terme de laquelle les huit meilleures équipes se qualifient pour les phases finales. Comme dans les grandes ligues nord-américaines, le calendrier n’est pas parfaitement symétrique : toutes les équipes ne s’affrontent pas le même nombre de fois.

Certaines affiches sont volontairement programmées deux fois afin d’entretenir les grandes rivalités historiques et régionales du championnat : Richmond contre Carlton, Essendon contre Hawthorn, Port Adelaide contre Adelaide dans le Showdown, West Coast contre Fremantle dans le Western Derby de Perth, ou encore les autres grands chocs entre clubs de Melbourne.

Une fois la saison régulière terminée, place aux finals, les playoffs du footy, qui culminent avec le grand rendez-vous de l’année : l’AFL Grand Final. Disputée chaque année au Melbourne Cricket Ground, devant près de 100 000 spectateurs, elle constitue l’un des plus grands événements sportifs annuels du pays. C’est là que se joue le Premiership, le titre suprême du football australien.

Chose impressionnante : le palmarès de l’AFL est particulièrement équilibré. En plus de 130 éditions du championnat, le record de premierships remportés n’est établi qu’à 16 titres, un record partagé par trois équipes : Collingwood, Essendon et Carlton. Trois équipes de Melbourne, évidemment, au vu de l’histoire de la ligue.

Mais les équipes d’autres villes commencent petit à petit à se faire une place dans le palmarès : Brisbane est double champion en titre, Sydney atteint régulièrement la Grand Final, les West Coast Eagles, basés à Perth, ont remporté quatre fois le championnat, tandis que Fremantle semble être l’équipe dominante de la saison en cours. Plus que jamais, l’AFL s’affirme comme la compétition sportive majeure de toute l’Australie.

Enfin, n’oublions pas de mentionner que, comme toute grande ligue sportive, l’AFL possède aussi ses figures majeures et ses légendes. Parmi les visages les plus connus du championnat actuel, on peut citer Marcus Bontempelli, capitaine des Western Bulldogs, basés à Melbourne, et milieu complet par excellence ; Nick Daicos, jeune superstar de Collingwood et déjà l’un des joueurs les plus médiatiques du pays ; Will Ashcroft, jeune étoile montante de Brisbane ; Bailey Smith, aussi connu pour son impact sportif que pour son image très populaire auprès du grand public ; Isaac Heeney, joueur spectaculaire des Sydney Swans ; ou encore Nick Watson, petit gabarit mais magicien de Hawthorn.

Autant de noms qui permettent de rappeler que le footy n’est pas seulement une affaire de clubs et de traditions locales : c’est aussi une ligue de stars, de récits individuels, de rivalités personnelles et de héros populaires.

Une porte d’entrée vers la culture australienne

Il y aurait encore tellement de choses à dire. Le footy est un sport vieux de plus de 150 ans, traversé par des traditions, des mythes et des histoires fascinantes : la rivalité presque sanglante entre Essendon et Hawthorn, la malédiction éternelle des St Kilda Saints, l’atmosphère très australienne des stades, faite de chambrage permanent mais aussi de camaraderie, sans la violence que l’on associe parfois aux tribunes européennes, la solennité du match de l’ANZAC Day, ou encore la célébration de la culture aborigène lors du Dreamtime at the ’G, au Melbourne Cricket Ground.

Mais il faut bien s’arrêter quelque part. Nous espérons donc que cette introduction à un véritable pan de la culture aussie vous aura permis de mieux comprendre ce sport unique, longtemps resté mystérieux hors de son île-continent.

Et si vous avez un jour la chance de vous rendre au pays des kangourous, prenez le temps d’aller voir un match de football australien. Que ce soit au MCG, dans le vacarme d’un derby local ou devant une simple rencontre de saison régulière, vous y découvrirez peut-être l’une des façons les plus authentiques de comprendre l’Australie : un ballon ovale, des poteaux étranges, des supporters passionnés, et cette impression merveilleuse d’assister à un chaos qui, contre toute attente, finit toujours par avoir du sens.

Les Brisbane Lions parviendront-ils à remporter la Grand Final une troisième fois d’affilé ? Réponse le 26 septembre.

10 commentaires pour "Le Footy : l’autre football de l’Australie"

  1. ajde59 dit :

    Y’a un air de football gaélique là dedans, un peu beaucoup même. Pour en avoir vu à la TV en Irlande, je vois beaucoup de ressemblances avec ce que tu expliques.
    Australie, Canada, USA, chacun y est allé de son football au final…
    La séparation Melbourne-Sydney entre footy et rugby à 13, je trouve ça assez unique. DLes deux sports les plus populaires au sein d’un pays, chaque grande ville qui a son foyer, mais quasiment confidentiel à l’international (le foot australien c’est même limité à la seule Australie, le rugby à 13, à part en Angleterre – et encore: Leeds, Manchester: le Nord -, y’a pas non plus une forte densité internationale.

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    1. AlphaBet17 dit :

      Y’a Perpignan aussi, unique bastion de XIII dans l’Hexagone, obligés de jouer avec les Anglais…

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    2. Xixon dit :

      En effet, je ne l’ai pas vraiment mentionner car le texte faisait déjà 1000 km ^^
      Mais y’a une ressemblance réelle entre le Footy et le football gaélique. Elle tellement grande qu’on a quasiment chaque année un match entre une sélection irlandaise et une sélection AFL ou on mélange les deux sport !
      Et d’ailleurs, comme le football gaélique est exclusivement amateur (sauf erreur de ma part), certains joueurs tentent leur chance en Australie. Il y a actuellement une douzaine de joueurs irlandais en AFL.
      Donc les liens sont réels

      Dans un autre style, on a l’histoire folle de Mason Cox, un ancien joueur de basket universitaire américain qui a pas réussi à percer, mais qui a tenté sa change dans un try out de l’AFL (alors qu’il avait jamais entendu parler de ce sport). Et comme il s’est révélé être doué, il a été recruté par les Collingwood Magpies. C’est aujourd’hui l’un des meilleurs défenseur de la ligue

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  2. Khiadiatoulin dit :

    L’affluence est impressionnante parce que les stades de rugby en Australie ou Nouvelle-Zélande sonnent creux généralement pour les franchises.

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    1. Khiadiatoulin dit :

      C’est la Pierre-Louis Barassi line !

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  3. Khiadiatoulin dit :

    C’était quoi les jeux aborigènes ?

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  4. Khiadiatoulin dit :

    Le Rugby à XIII, trop haché pour moi. Il manque trop d’aspect du Rugby à XV.

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    1. Alfredo Puskás dit :

      Pareil pour moi.

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  5. Khiadiatoulin dit :

    Super article. Merci le Guaje.

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  6. Alfredo Puskás dit :

    Très intéressant.
    Les rares fois où j’en ai vu, j’ai pas du tout accroché.
    Leurs infâmes débardeurs y sont pour beaucoup.

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