« Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître »
Charles Aznavour, La Bohème, 1965
Les plus jeunes l’ignorent peut-être, mais le Football Club des Girondins de Bordeaux n’a pas toujours évolué dans les divisions inférieures du championnat de France. Il fut un temps où Bordeaux remportait la Ligue 1 et disputait la Ligue des champions : c’était il y a 17 ans. Les moins de vingt ans, chantés par Aznavour, seront donc excusés s’ils n’en gardent aucun souvenir. Et c’est avec profit qu’ils liront donc le livre que Pierre Parsat a consacré à cette époque.
Ni écrivain professionnel, ni journaliste, Pierre Parsat est un passionné : de football, en particulier des Girondins de Bordeaux, et de rock, en particulier d’AC/DC. Il a donc mis beaucoup de ses deux passions dans ce roman qui retrace les matchs mémorables de l’année civile 2009, alors que « les Girondins de Bordeaux écrasent la Ligue 1 et l’Europe » – avant une année 2010 qui les verra dégringoler ! On revivra donc les chocs contre le PSG, Galatasaray, Toulouse, Lyon, Rennes, Caen, la Juventus, le Bayern…
C’est distrayant, facile à lire, pittoresque par endroits, mais l’ensemble souffre quand même d’un manque de rebondissements et de personnages caricaturaux. Incidemment, l’auteur remarque lui-même la banalité de son texte et semble s’en étonner. Néanmoins, le produit final a bénéficié d’une relecture si attentive qu’on peine à relever des coquilles et des erreurs : c’est un indéniable mérite.
Plus folklorique et inattendu est le deuxième récit de Pierre Parsat, toujours centré sur les Girondins de Bordeaux. L’auteur a imaginé un récit contre-factuel de la saison 2003-2004, qui voit son club fétiche réaliser un recrutement ambitieux dont la pierre angulaire est l’embauche de l’Argentin Ariel Ortega.
Délire de fan ? Novellisation d’une partie de Football Manager ? L’ensemble ne manque pas d’étonner et se lit sans déplaisir, rapidement. Evidemment, le finale est classique : après avoir surmonté bien des épreuves, Ortega conduit son nouveau club vers la victoire dans le championnat de France et en Coupe de l’UEFA ! En prime, il remporte le trophée de meilleur joueur de la saison, personnifiant l’adage qui affirme que « les grands joueurs ne meurent jamais. »
Note : 3/5

Avec ce livre, Frédérik Legat donne le coup d’envoi d’un projet ambitieux : une géopolitique du football, d’emblée conçue en cinq tomes, des débuts du XXe siècle à nos jours. C’est donc avec une certaine impatience et un peu de frénésie que le lecteur tourne les premières pages de l’ouvrage, espérant en apprendre toujours plus sur les liens intimes entre le football et la politique.
Mais alors, une déception précoce se fait jour : une fois passée la maigre préface (3 pages) de Pascal Boniface, le chapitre consacré aux années 1860-1914 est expédié en… 14 pages ! La déconvenue est à la hauteur des attentes soulevées. Pourquoi si peu de développements sur une période pourtant d’une si grande richesse et sur laquelle, précisément, les études sont si peu nombreuses ? La réponse se trouve dans les pages suivantes.
Au fur et à mesure que la lecture avance, nous découvrons en effet que le travail de Frédérik Legat – qui prétend pourtant faire œuvre novatrice (« Démonter des mythes et des idées reçues, quel bonheur pour un historien ! », affirme-t-il) – est avant tout un travail de seconde main : il synthétise des recherches anciennes et écrit en réalité une énième histoire politique du football. C’est intéressant, et c’est plutôt facile et rapide à lire, mais cela manque d’approfondissements : les néophytes y trouveront assurément leur compte et de nombreuses pistes et idées à explorer s’ouvriront à eux, mais les lecteurs plus aguerris et plus connaisseurs de l’histoire du football en seront globalement pour leurs frais…
L’historien est certes guidé par sa documentation mais, contrairement à ce qu’on pourrait penser, elle ne manque pas pour la période d’avant la Première Guerre mondiale. Encore faut-il s’y intéresser, chercher et fouiller. De la même façon que le cadre chronologique est trompeur, le cadre géographique est trop restreint : les 300 pages du livre se concentrent sur l’Amérique du Sud, l’Europe et l’Afrique du Nord. Les études sur le Congo ou l’Inde sont pourtant nombreuses, et les liens entre le football et la colonisation dans ces espaces ont été largement étudiés.
Bref, tout cela est extrêmement frustrant. A ce manque d’ambition s’ajoute un manque de rigueur : les sources sont trop rarement citées. Quand elles le sont, il s’agit principalement de sources secondaires et on devine sans difficulté que l’auteur a souvent consulté les (excellents) sites internet de l’IFFHS et de Footballski, qu’il recopie parfois en toute simplicité. Dépourvu d’annexes, le livre ne mentionne donc aucune bibliographie, pas plus qu’un répertoire des sources ou un index…
Ce dernier point est certainement la conséquence d’un choix éditorial, la publication se destinant à un large public et non à des spécialistes. Néanmoins, la relecture paresseuse n’a pas permis d’évincer toutes les coquilles – loin de là ! – et le style de l’auteur, pas toujours limpide, ne s’en trouve pas amélioré.
En somme, n’apportant certes pas grand-chose de neuf, le livre de Frédérk Legat offre tout de même un agréable récit historique consacré au football régulièrement mis en regard avec le récit historique général : le contexte politique et social éclaire ainsi les événements footballistiques et leur donne un sens. C’est un mérite. Est-il suffisant ?
Note : 3/5
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Merci Bobby. J’avoue que j’ai très rarement puisé avant les années 30 dans mes différents recherches. La Coupe du Monde et la professionnalisation qui se développe dans des pays à la pointe sont mes entrées en matière et j’ai du mal à m’intéresser aux époques précédentes. C’est un gap psychologique que je n’ai jamais vraiment passé.
En 2004, j’ai vu mon premier match européen, justement à Lescure, où des copains fans de Girondins nous avaient invités. Un quart de Coupe UEFA face à Valence qui allait gagner la Liga et la C3 face à l’OM.