O Mais Querido, le club le plus populaire et supporté du Brésil. Si ces dernières saisons, c’est la moisson de titres, cela n’a pas toujours été le cas dans l’histoire du Mengão. La section football a été fondé en 1911, mais la naissance du club est antérieure, une histoire liée à l’aviron comme toute celle du football carioca. Place donc à un top 10 du Clube de Regatas do Flamengo, un exercice toujours subjectif et assumé comme tel à P2F !
Photo d’en tête: Flamengo-Cobreloa, finale Copa Libertadores 1981, 3e match à Montevideo. Debouts, de gauche à droite : Mozer, Raul Plassmann, Marinho, Nei Dias, Andrade, Júnior. Accroupis, de gauche à droite : Tita, Leandro, Nunes, Zico, Adílio
10. Bebeto

On commence ce top 10 par le choix le plus polémique. Car, si Bebeto fut considéré comme une idole, il finira par être vu comme le traître. Passé de grand espoir à héritier de Zico, son transfert chez le rival de Vasco da Gama fut l’un des plus controversés de l’histoire du football brésilien et a bien écorné son image au sein du Mengão. Encore aujourd’hui, son cas divise la torcida.
Bebeto a débuté professionnellement à Vitória, l’un des clubs de sa ville natale de Salvador de Bahia. Espoir du football brésilien, il est recruté par Flamengo pour la saison 1983. Aymoré Moreira, le sélectionneur de l’équipe nationale brésilienne championne du monde en 1962, déclara d’un ton prophétique : « Flamengo a réalisé le plus gros coup de la décennie. Ils viennent d’acquérir le Dida ou le Zico de demain. » Bebeto était un attaquant maigrichon et pétri de qualités malgré sa fragilité physique apparente. Il mit un peu de temps à se faire une place de titulaire, effectuant des aller-retours entre la réserve et l’équipe première. Il se montrait aussi impatient et son caractère rebelle générait par moment des disputes avec les entraîneurs. C’est Zagallo qui se montra le plus patient avec le jeune prodige et fit de Bebeto un titulaire au cours de la seconde moitié de la saison 1984. Sa précision technique, ses slaloms entre les défenseurs, sa vitesse, son jeu rapide en une touche de balle et un sens du but aiguisé ont vite conquis les supporteurs qui voyaient en lui le futur du club. La presse le considéra très vite comme le successeur de Zico.
Devenu indispensable à son équipe, Bebeto devient peu à peu l’un des joueurs phares du Brésil. Il est le buteur numéro un du club Rubro Negro pendant cinq saisons consécutives de 1985 à 1989. En 1986, Bebeto participe activement à ce que Flamengo remette la main sur le Championnat de Rio. Il prend ses responsabilités dans une équipe privée en grande majorité de ses cadres (Zico, Sócrates, Leandro ou Mozer) durant le tournoi en raison des convocations en équipe nationale ou des blessures de certains. Le milieu rêvé sur le papier – Andrade, Adílio, Sócrates et Zico – ne put jamais jouer ensemble en l’absence des deux stars brésiliennes. Auteur de 16 buts en 23 matchs, Bebeto est le fer de lance de l’équipe entraîné par Sebastião Lazaroni. Ce dernier s’occupait des jeunes du club auparavant et a lancé ses espoirs et jeunes recrues avec réussite : Aldair, Jorginho et Adalberto en défense, Aílton au milieu ou Chiquinho Carlos qui a bien aidé Bebeto offensivement, mais qui est parti à l’été pour Benfica. Flamengo s’adjuge le titre contre son éternel rival Vasco à l’issue du troisième match de la finale. Après deux 0-0, où la défense Rouge et Noire a contenu l’armada offensive de son adversaire emmené par son duo d’attaque Roberto Dinamite et Romário, Bebeto perce les filets adverses à la conclusion d’un mouvement collectif et ouvre le score. Une victoire finale 2-0 qui offre le titre à Flamengo.
La saison suivante, Flamengo remporte la Copa União – officieusement le Championnat du Brésil – mais un titre que la Fédération ne reconnaît pas. Suite à des problèmes financiers de la CBF et le mécontentement des gros clubs brésiliens qui critiquaient la formule du championnat national, trop peu attractive et peu rémunératrice, les 13 clubs les plus importants se regroupent pour organiser leur championnat avec 3 équipes supplémentaires invitées. Après des pressions des équipes lésées, la CBF impose un groupe final à quatre en croisant avec la compétition qui regroupe les autres clubs. Flamengo et Internacional les deux finalistes du tournoi du Clube dos 13 refusèrent de participer au groupe final. C’est ainsi que Recife, vainqueur de l’autre tournoi, est le champion national 1987 pour la Fédération, bien que Flamengo célèbre cette Copa comme un titre national et l’inscrit comme tel dans son palmarès. Pour revenir au terrain, les Rubro Negros s’étaient qualifiés pour les demi-finales in extremis. Bebeto connut une méforme sur une large partie de la saison. Mais il se montra décisif dans la phase finale, buteur lors des deux matchs contre l’Atlético Mineiro en demi-finale, de même que lors des finales contre l’Internacional. Flamengo avait pu compter sur le retour de Zico et le recrutement phare de Renato Gaúcho pour accompagner Bebeto en attaque. Edinho avait été également recruté pour renforcer la défense après le départ de Mozer au Benfica. Les jeunes formés au club, Leonardo en arrière gauche et Zinho en milieu offensif, qui prit la suite d’Adílio, avaient répondu présents également.
Devenu international et un attaquant de classe mondiale, Bebeto continuera sa progression. Il fut le meilleur buteur du Championnat Carioca en 1988 et 1989 avec respectivement 17 et 18 buts. En 1989, son aventure à Flamengo touche à sa fin d’une manière qu’aucun supporter du club n’aurait pu imaginer. Son transfert fera scandale, car la rivalité Flamengo-Vasco était à son sommet. Pour plusieurs suiveurs du club et journalistes, elle est même plus intense que celle avec Fluminense. Bebeto était issu d’une famille qui supportait Flamengo, mais il révéla plus tard qu’il supportait Vasco étant gamin. Il poursuivra sa carrière avec succès sous les couleurs du Cruzmaltino, puis en Europe à La Corogne et avec la sélection brésilienne où il forma un duo iconique avec Romario lors des succès en Copa América 1989, et surtout lors de la Coupe du Monde 1994. Bebeto reviendra à Flamengo en 1996, un coup de poker pour reformer son duo avec Romario, mais son compère se barre à peine son collègue arrivé. Son retour éphémère, à peine quelques mois, sera un échec. Le temps fera son œuvre et Flamengo pardonnera un peu à Bebeto qui reste l’un des plus grands buteurs de l’histoire du club, 151 buts en 307 matchs.
9. Dequinha

Au milieu des années 1950, Flamengo réalise un nouveau triplé au Championnat d’État de Rio. Trois titres consécutifs en 1953, 1954 et 1955. L’une de ses figures majeures est le médio-volante Dequinha. De son état civil José Mendonça dos Santos, il est né à Mossoró, dans l’État du Rio Grande do Norte. Il commence sa carrière dans le Nordeste, à ABC Natal puis América Recife. Il rejoint Rio de Janeiro en 1950, après s’être distingué au Championnat brésilien des sélections, avec l’État du Pernambuco. Milieu défensif « au jeu technique et discipliné », il attire l’attention de Flamengo. Cette année-là, le club connut l’une de ses pires saisons finissant 7e du Championnat de l’État de Rio. Le club était en chute libre depuis son dernier titre de 1944, la vente de son idole Zizinho à Bangu, des joueurs qui allaient et venaient constamment sans impact sur les résultats, et des changements permanents d’entraîneurs. La saison suivante, Flamengo entame sa reconstruction avec le retour de son glorieux technicien Flávio Costa.
Le tournant décisif survient en 1953, avec l’arrivée de l’entraîneur paraguayen Manuel Fleitas Solich, qui venait de mener le Paraguay à sa première victoire au Sudamericano, en battant le Brésil à deux reprises. S’appuyant sur les bases posées par Flávio Costa précédemment, Solich entreprit un tournant tactique et fut l’un des précurseurs du 4-2-4 dans le football brésilien, cinq ans avant que la Seleção soit championne du Monde dans ce schéma tactique. Dequinha joue un rôle fondamental, assurant avec une grande efficacité la liaison entre la défense et l’attaque. En plus de se replier et venir aider à protéger ses bases arrières, il initie les phases offensives, avec ses longues enjambées pour remonter la balle et déclenche les contre-attaques. Il était réputé pour sa technique, son endurance physique et la propreté de son jeu, y compris dans ses interventions toujours propres. Dequinha règne sur ce milieu et son adversaire direct Didi, qui se le coltinait dans les derbys cariocas, l’a même cité à plusieurs reprises « comme son meilleur adversaire direct ».
Dequinha formait un duo magistral avec Rubens, son acolyte du milieu de terrain qui avait un rôle plus offensif et créateur. Ce dernier était aussi doté d’une technique exquise, réputé pour la grande qualité de ses passes et de ses dribbles, ainsi que le maître des coups francs. Défensivement, Flamengo s’appuyait sur le gardien paraguayen Sinforiano García, les centraux Jadir et Pavão, Jordan l’arrière gauche que Garrincha craignait, et Tomires en arrière droit. Passeur très habile, Dequinha distribuait le ballon avec précision et combinait avec ses attaquants, notamment l’ailier droit Joel avec lequel il s’entendait parfaitement, ou avec son avant-centre Índio. L’attaque se composait également d’Evaristo ou du Paraguayen Jorge Benítez ; l’aile gauche était occupée par Esquerdinha puis Zagallo. Puis vint plus tard, l’éclosion de Dida, dont Dequinha en assura la protection, toujours « avec raffinement ».
L’équipe de Flamengo a marqué les esprits lors de ce triplé. Lors des deux premiers titres, les plus notables en termes de jeu produit, sur les 54 matchs disputés, Flamengo a obtenu 41 victoires, 9 nuls et seulement 4 défaites, avec une série de 34 matchs invaincus sur les deux tournois. Dequinha, devenu capitaine, était un leader sur le terrain, « sans crier, guidant davantage par ses gestes et l’exemplarité que par les mots ». Son autre exploit, est d’avoir été le seul joueur à disputer l’intégralité des 84 matchs du Tri-Campeão. Enfin, c’était aussi le symbole des nombreux joueurs venus du Nordeste ou qui en sont originaires, à l’instar de ses coéquipiers Índio, Dida, Zagallo ou Tomires, qui ont porté le maillot du Mengão à la même époque, participant à ce que le club devienne littéralement O Mais Querido dans toute la partie septentrionale du pays.
Dequinha a connu la sélection brésilienne, appelé lors de la Coupe du monde 1954 en Suisse, en tant que remplaçant de José Carlos Bauer. Comme une partie de ses coéquipiers, il passait derrière les stars de Santos et Botafogo à l’époque. En 1958, Dequinha commença déjà à décliner et une grave blessure l’éloigna pour toujours du niveau qui avait été le sien. Il quitte Flamengo en 1961, après 374 matchs et 8 buts. Il était une référence en matière de style à son poste, inspirant des joueurs tels que Carlinhos et Andrade qui furent ses dignes successeurs au sein du club.
8. Giorgian de Arrascaeta

Flamengo vient de conclure une année 2025 à nouveau en feu avec un triplé Copa Libertadores, Brasileiro et championnat Carioca. L’un des grands artisans de cette triple couronne est son génial numéro 10 uruguayen, Giorgian de Arrascaeta. Le meneur de jeu a survolé la saison par son talent et a su être décisif, auteur de 25 buts et 20 passes décisives. Il a été couvert de récompenses individuelles, dont les prestigieux Bola de Ouro et Rey de América, respectivement meilleur joueur du Brasileiro et meilleur joueur sudaméricain de l’année. De Arrascaeta est sûrement l’un des meilleurs joueurs sudaméricains depuis quelques années, formidable offensif qui a participé activement au retour au premier plan de Flamengo. Depuis son arrivée, le club a raflé 3 Copa Libertadores, 3 championnats brésiliens et 5 Championnats d’État en sept saisons. Tout a commencé en 2019, une saison exceptionnelle pour le club, qui a coïncidé avec son arrivée.
L’Uruguayen de 31 ans évolue depuis 2015 au Brésil. Révélation de la Copa Libertadores 2014 avec son club formateur du Defensor Sporting, qui avait atteint les demi-finales sur cette édition, il signe à Cruzeiro pour la saison 2015. Il se montre rapidement à son avantage et devient l’un des joueurs les plus talentueux au Brésil et sur le Continent. Flamengo le signe au début de l’année 2019, ce qui consiste à l’époque le plus gros transfert du football brésilien. Une nouvelle pierre à la construction d’une équipe compétitive à coups de transferts onéreux permis par une situation financière à nouveau saine. Car, au début des années 2010, le club est extrêmement endetté et dans une situation délicate. Une nouvelle direction assainit les finances du club et augmente les ressources économiques. D’un côté, le club réalise de grosses ventes de ses futures stars ; de l’autre, le football brésilien entre dans une nouvelle ère économique à son avantage, devenu hégémonique en Amérique du Sud, et le seul capable de rivaliser avec les salaires et transferts au niveau mondial. Flamengo est donc devenu une puissance financière et sportive. En trois ans, c’est Diego Ribas, Diego Alves, Éverton Ribeiro, Vitinho qui arrivent, avant le marché 2019 record, avec les transferts de Arrascaeta, Bruno Henrique, Rodrigo Caio, Gérson, le prêt de Gabriel Barbosa et la signature des deux latéraux expérimentés et libres du football européen, Rafinha et Filipe Luís. Flamengo c’est ainsi construit une équipe de haut niveau.
Pour revenir à notre Giorgian, il confirmera toutes les promesses et son haut niveau de jeu pour sa première saison, 18 buts en 52 matchs, mais surtout une qualité technique dans son jeu et de nombreuses passes décisives pour ses deux attaquants, Gabriel Barbosa et Bruno Henrique. Flamengo réalise une saison impressionnante avec son armada offensive, qui terrasse ses adversaires dans le championnat brésilien qu’il remporte haut la main en signant de nombreux records collectifs : meilleur total de points (90), meilleure attaque (86 buts avec les deux meilleurs buteurs du championnat dans ses rangs : Gabigol, 25 buts, et Bruno Henrique, 21 buts), plus grand nombre de victoires (28 victoires) et plus longue série d’invincibilité (24 matchs).
Flamengo impressionne tout au long de la saison par son niveau de jeu élevé : un bloc équipe compact qui use du marquage en zone et réalise un pressing constant, des attaques rapides et bien construites en 3 ou 4 passes, permises par des permutations et mouvements constants de ses joueurs. En finale de Copa Libertadores, même si Flamengo a dominé son adversaire, il a longtemps buté sur la défense de River Plate. Le club brésilien a longtemps cherché la solution tout au long du match sans abdiquer face au tenant du titre. C’est finalement dans les toutes dernières minutes de jeu qu’un doublé inespéré (avec passe décisive de Arrasceta sur le premier) de Gabriel Gabigol Barbosa permet d’arracher la victoire. Et depuis Flamengo continue de récolter les fruits d’une politique sportive et financière qui ne varie pas. Entre ses deux saisons exceptionnelles, de 2019 et 2025, Flamengo a de nouveau remporté la Libertadores en 2022 contre l’Athlético Paranaense, après s’être incliné contre Palmeiras en finale en 2021 ; a réalisé le doublé en championnat national en 2020 et le triplé en championnat carioca en 2021. De Arrascaeta est devenu un élément majeur de ses titres et du jeu du Mengão. Son toucher de balle, sa technique exquise, sa vision du jeu déséquilibrent les défenses adverses autant que ses déplacements. Car, le maître à jouer se faufile régulièrement entre les lignes adverses et navigue aussi bien de l’entre-jeu aux ailes, s’infiltre dans la surface de réparation pour se rapprocher de l’attaquant, entre 10 et 9, là où il peut être le plus létal, que ce soit pour une passe décisive ou pour conclure une action en gol.
Depuis plusieurs saisons, les éloges pleuvent sur l’international uruguayen, qui préfère être une star au Brésil et dans un club compétitif et légendaire comme Flamengo, qu’un énième joueur empilé dans un club de milieu tableau de Premier League ou de vedette dans le désert saoudien. Au Brésil, où il jouit d’une immense popularité, plusieurs gloires brésiliennes du passé en viennent à regretter qu’il ne soit pas un de leurs compatriotes, soulignant qu’un tel joueur avec de telles caractéristiques techniques n’est pas disponible dans la Seleção actuelle et qu’il y ferait le plus grand bien.
7. Adílio

617 matchs à régner sur le milieu de terrain (3ème de l’histoire du club en termes de matchs joués), titulaire indiscutable de l’équipe première de 1977 à 1986 durant l’ère dorée du Mengão. Fidèle bras droit de Zico et orchestrant l’équipe avec son camarade, en y apportant aussi sa créativité, bien aidé par son porte-flingue Andrade en milieu défensif qui avait grandi dans les équipes de jeunes avec lui. Adílio c’est le numéro 8 de l’âge d’or du Flamengo, pièce-maîtresse de son club avec lequel il a tout gagné : cinq championnats de l’État de Rio, trois Championnats du Brésil et le doublé Copa Libertadores-Intercontinentale en 1981.
Joueur exemplaire, Adílio n’a jamais reçu de carton rouge tout au long de sa carrière et une quantité infime de cartons jaunes. Un joueur élégant, propre, mais aussi très talentueux. Il enchaînait ses passes avec précision et ses dribbles avec aisance, doté d’un contrôle de balle exceptionnel et d’une technique soyeuse, tout en mouvement et en vitesse. Parfait complément de Zico, en second créateur et meneur de jeu, lui qui avait été numéro 10 en équipe de jeunes, il rythmait le jeu de l’équipe et l’impulsait toujours vers l’avant. Il pouvait aussi se déporter sur un côté, souvent le gauche, même s’il n’aimait pas trop évoluer sur l’aile, un poste qu’on essaya de lui refiler, notamment durant l’année 1981. Justement, l’année de tous les succès, ne fut pas un long fleuve tranquille pour le club qui a traversé la saison par des moments difficiles.
En 1981 donc, Adílio fut même un temps écarté au milieu de saison après s’être disputé avec Dino Sani. L’entraîneur autoritaire avait été choisi pour remettre de l’ordre. D’abord, Cláudio Coutinho en désaccord avec la nouvelle présidence élue, quitta son poste à l’aube de la nouvelle saison. L’ancien joueur et gloire du club, le Paraguayen Modesto Bria fut nommé entraîneur. Il ne reste que trois mois à cause de résultats moyens et des problèmes de santé, il fut remplacé par Sani. Ce dernier a tenté de modifier le style de jeu de l’équipe. Son caractère autoritaire n’a pas fonctionné et il s’est mis à dos plusieurs joueurs. En juillet 1981, nouveau changement d’entraîneur. Cette fois-ci, c’est Paulo César Carpegiani, récemment retraité et qui avait été capitaine de l’équipe il y a quelques mois encore.
Carpegiani qui connaît bien ses anciens coéquipiers ajuste l’équipe : il convainc Tita de jouer sur l’aille droite, remet Adílio à sa place au côté de Zico, et avec Andrade en milieu défensif pour les protéger. Lico qui avait peu joué jusque-là prit l’aile gauche. Ce 4-3-3 qui est resté dans les mémoires fut seulement utilisée sur les derniers mois de la saison. Flamengo atteint son apogée en fin d’année, « quarante jours de rêve », allant de leur victoire 6-0 contre Botafogo le 8 novembre au sacre intercontinental à Tokyo le 13 décembe. Avec évidemment la victoire en Copa Libertadores contre les Chiliens de Cobreloa au troisième match (le 23 novembre), le titre carioca contre Vasco da Gama, également au troisième match (6 décembre). Durant ces semaines où Flamengo semble voler – mais pas à tous les matchs, trois titres en trois semaines, mais ce ne fut pas une démonstration à chaque rencontre, les Rubro-Negros durent aussi batailler. Adílio s’est montré décisif et souvent, si ce n’est toujours, il fut au rendez-vous dans les matchs importants, y allant lui aussi de son but (il en marqua 7 sur les 11 matchs de cet état de grâce de 40 jours, dont le troisième contre Liverpool – pour un total de 129 buts avec le maillot rouge et noir).
Issu d’une favela de Rio, Cruzada São Sebastião, enclavée dans l’un des quartiers les plus riches de la ville et non loin du siège de Flamengo et de son terrain de Gávea, dans la zone sud de Rio de Janeiro, Adílio a accompli son destin dans le football et fut consacré dans le plus grand club de sa ville et de son pays. Au niveau national, il ne fut presque jamais sélectionné, seulement deux matchs avec la Seleção. Victime aussi d’une concurrence phénoménale au Brésil pour les postes au milieu de terrain, même si un strapontin dans une liste de 22 n’aurait pas fait tache pour le Mondial 1982, où il est écarté au dernier moment. Adílio a quitté en Flamengo en 1987. Décédé en 2024, il restera l’un des plus grands numéros 8 de l’histoire du club.
6. Leandro

Le meilleur latéral droit de l’histoire de Flamengo et parmi la crème du football brésilien à ce poste. À son zénith, au début des années 1980, Leandro pouvait être dans les prétendants au titre de meilleur arrière droit du monde. Avec Júnior d’un côté, Leandro de l’autre, c’était, pour ses adversaires, les ailes de l’enfer du Malvadão. Des latéraux-ailiers techniques qui enchaînaient les montées offensives, qui pouvaient dribbler, être passeurs décisifs, et même buteurs. Sans oublier leur capacité à se replier rapidement et défendre leur côté, où Leandro brillait par son placement précis et ses relances.
Fervent supporter du Flamengo depuis son enfance, il débute sous les ordres de Cláudio Coutinho qui a repris les rênes de l’équipe en août 1978. Quelque temps après, il passe professionnel et est intégré définitivement à l’équipe première. Peu à peu, il devint un titulaire régulier. Après le départ de Toninho Baiano, le titulaire des titres cariocas de 1978 et 1979 ainsi que celui du championnat brésilien 1980, on pensait que Leandro allait émerger et gagner sa place dans l’équipe naturellement pour de longues années. Car ses qualités étaient évidentes et il était au-dessus du lot à son poste, mais une blessure – le point noir de sa carrière semé d’embûches au niveau physique – vint ralentir sa progression. C’est le dénommé Carlos Alberto qui assure au poste de numéro 2 lors de la seconde partie de la saison 1980. Il a traîné ce handicap au genou tout au long de sa carrière, une blessure qui n’a pas été totalement guérie, aggravée par une malformation congénitale (ses jambes arquées exerçaient une forte pression sur ses articulations). De retour, Leandro gagna sa place au début de la saison 1981. Mais une fois de plus, il est éloigné des terrains, victime d’un accident de voiture à Cabo Frio, chez lui, un soir de Carnaval. De nouveau, Leandro reprend sa place pour la seconde partie de la saison, là où Flamengo va rafler les titres avec son arrière droit à un excellent niveau et qui atteint sa consécration.
Impérial lors de ces semaines de gloire à Flamengo, Leandro se signale également pour sa polyvalence précieuse. En effet, lors de la belle décisive à Montevideo en Copa Libertadores contre Cobreloa, il joue un rôle crucial repositionné dans l’entrejeu. L’entraîneur Paulo César Carpegiani l’avait placé au milieu de terrain, formant un double pivot avec Andrade. À la suite de l’expulsion d’Andrade, Leandro travailla sans relâche pour couvrir la défense et participer aux attaques durant toute la seconde période. Deux semaines plus tard, Leandro était de nouveau aligné au milieu de terrain – cette fois-ci comme milieu droit – lors de la finale du championnat de Rio remporté contre Vasco. Puis, il termina l’année en beauté en remportant la Coupe Intercontinentale contre Liverpool, à son poste de prédilection d’arrière droit et en ayant parfaitement contenu les offensives des Reds.
L’année suivante, Flamengo poursuit sur sa lancée et remporte le championnat brésilien sur la première partie de saison au détriment du champion en titre, Grêmio. Au milieu de la saison, Leandro disputa la Coupe du Monde 1982 titulaire dans cette Seleçao qui marquera les esprits. Pour leur sélectionneur Telê Santana, il fut le meilleur latéral droit qu’il ait vu jouer. Au retour du Mondial, la dynamique s’inverse pour Flamengo. La fin d’année fut décevante, l’équipe est en bout de course et épuisée physiquement. Dans la compétition continentale, les rêves de doublé s’envolent. Le vainqueur en titre, qui entrait directement dans les demi-finales composées de deux groupes de trois, perdit contre Peñarol lors de l’ultime match qui était décisif pour la place en finale. Une désillusion pour Flamengo battu à domicile 0-1. La saison s’achève sur une nouvelle défaite en finale du championnat d’État, Flamengo lâche son titre carioca au détriment de Vasco.
Indéboulonnable sur son côté droit, Leandro va pourtant glisser en défense centrale à partir de la saison 1983. Une mutation du fait de la réorganisation défensive du club et de ses pépins physiques. D’abord, son compère de l’aile gauche Júnior est transféré au Torino. Le club recrute le jeune espoir Jorginho, en provenance d’América, pour pallier à ce départ. Cependant, l’entraîneur Zagallo, de retour à Gávea, vit en Adalberto, issu du centre de formation, un titulaire au poste d’arrière gauche. Il décida donc de le titulariser et de positionner à l’opposée Jorginho. Ainsi, Leandro fut positionné en défense centrale aux côtés de Mozer. Ce changement visait également à préserver la condition physique de Leandro, ses problèmes de genoux étaient toujours là et supportaient de moins en moins les allers-retours incessants sur son côté droit. À son nouveau poste, il a continué de faire étalage de sa polyvalence et de son talent : anticipation, prise de balle, relance, jeu aérien. Il reçut une nouvelle fois le trophée Bola de Prata en 1985 qui distingue les meilleurs joueurs du championnat brésilien et décerné par le magazine Placar. Après l’avoir eu en qualité d’arrière droit en 1982, il fut récompensé cette fois-ci en tant que défenseur central.
Homme de base de Santana, qui l’utilisa lui aussi en défenseur central, il renonça à sa sélection pour le Mondial 1986 après une polémique lors de la préparation suite à une sortie nocturne non autorisée et une dispute avec son sélectionneur. A Flamengo son déclin commence, même s’il remporte deux derniers titres en tant que capitaine et pilier de la défense. Le championnat carioca 1986 avec Aldair en défense centrale; et l’année suivante, la dernière où il put jouer régulièrement, la Copa União, l’officieux championnat national, où il forme une charnière centrale expérimentée avec Edinho, rapatrié d’Udinese. Sa carrière touche à sa fin avec ses problèmes récurrents au genou qui lui causent d’intenses douleurs et nécessitent des soins après chaque match. Le classieux arrière droit range ses crampons en 1990 à 31 ans en n’ayant connu que le seul maillot rouge et noir.
Bonus musical du plus célèbre supporteur de Flamengo
