Les dernières années de la Sportive Thionvilloise (1979-1981)

La Sportive Thionvilloise, championne d'automne en D2 en 1980, a failli accéder à l'élite. Retour sur deux saisons entre espoirs, dettes et naufrage d'un club mosellan oublié.

Europe Rétrospective

Ce soir, 19h30, l’US Thionville Lusitanos reçoit le Stade athlétique spinalien au stade de Guentrange. L’occasion pour les Mosellans de continuer leur course en tête du groupe B de National 2, et ainsi de conforter leur avance en vue de possiblement accéder à la future Ligue 3. La saison prochaine verra-t-elle donc le football thionvillois renouer avec les heures les plus glorieuses – et les plus tragiques – de son histoire ?

Promue de division 3 en division 2 au terme de l’exercice 1978-1979, la Sportive Thionvilloise se dotait alors d’un nouveau président en la personne de Roger Hoffmann, du statut professionnel et d’un budget légèrement inférieur au million de francs (le plus petit budget de D2). Au niveau du recrutement, le club mosellan alla piocher dans les centres de formation des environs : Strasbourg, Nancy, Metz, Besançon. De ces jeunes joueurs, le plus emblématique fut José Souto. Des amateurs de grande valeur débarquèrent aussi comme Lucien Bellavia, en provenance de l’ASPTT Metz (il finit meilleur buteur de la Sportive la saison suivante avec 15 buts). Robert Szepaniak, ancien international français, est chargé de coordonner le travail de tout ce beau monde.

Installée dans le groupe B de la division 2 (à l’époque, la division 2 comptait deux groupes), la Sportive commença la saison par une belle victoire 3 buts à 1 contre Alès au stade de Guentrange. Mais, lors de la onzième journée, l’équipe sombra à Gueugnon, encaissant un cinglant revers (1-7). L’entraîneur, avec l’appui de la direction, décida désormais de se passer du défenseur Jacky Pérignon, ancien joueur du FC Metz. A la trêve, estimant que la sanction contre le joueur avait assez duré, la direction du club voulut le réintégrer. Szepaniak, qui n’était pas d’accord, préféra retourner entraîner Merlebach.

Pierre Flamion, ex-entraîneur de Reims et de Troyes, prit donc les rênes de l’équipe. Le maintien fut assuré lors de la pénultième journée et l’aventure en Coupe de France prit fin contre Sochaux, à Metz (1-2), le 10 février 1980 en trente-deuxièmes de finale.

Avec une moyenne de plus de 2 400 spectateurs sur la saison et le soutien affirmé de la municipalité, la Sportive se prépara pour une saison 1980-1981 exaltante. Elle le fut, pour le meilleur comme pour le pire…

L’envol puis l’échec

L’intersaison fut marquée par le départ de plusieurs joueurs, dont José Souto qui retourna à Metz (il revint à Thionville entraîner l’équipe première dans les années 1990). Pour pallier ces départs, arrivèrent entre autres l’attaquant international luxembourgeois, ancien joueur de Schalke 04, Metz et Charleroi, Nico Braun, et l’Anglais Bobby Brown, qui avait notamment joué à Chelsea et Sheffield. Au poste de gardien de but, la blessure de Patrick Barth poussa le club thionvillois à recruter l’international juniors du FC Metz Stéphane d’Angelo (qui joua plus tard pour Toulouse, Nancy, Montpellier…).

Causerie d’avant-match de Pierre Flamion.

Le début de saison fut tonitruant. A nouveau dans le groupe B, Thionville démarra avec une victoire 3-0 à Dunkerque et resta invaincu pendant 11 journées. Le 29 novembre, lors de la dix-septième journée, sous des averses de neige et devant seulement 2 198 spectateurs, les « bleu et or » décrochèrent le titre honorifique de champion d’automne. S’ils continuaient ainsi, ils joueraient la saison 1981-1982 en division 1.

Mais, alors que Roger Hoffmann avait tablé sur 3 500 spectateurs de moyenne pour assurer l’équilibre des finances à une époque où il n’existait pas de droits TV, la Sportive se trouva dans le rouge. « Je le dis, haut et fort », prévint le président du club, « si le bilan financier est négatif, il faudra adopter une autre politique, c’est-à-dire transférer nos professionnels et repartir avec des amateurs. Si, malheureusement, telle devrait être la solution, elle marquerait la fin du football de haut niveau à Thionville. »

Débiteur de près d’un demi-million de francs à la mi-saison, désormais privé des subventions de la municipalité qui refusa de couvrir le déficit, avec une moyenne de spectateurs en baisse par rapport à la saison précédente, le club dut se résoudre à vendre ou résilier les contrats de ses pros. Brown repartit en Angleterre, Braun au Luxembourg…

En Coupe de France, l’aventure s’arrêta cette fois en huitièmes de finale. Contre Martigues, pensionnaire de division 2, la Sportive ne put faire mieux que match nul à domicile (2-2) avant de s’incliner au retour (0-3). Jacques Thibert, dans L’année du football 1981, a la bonne idée de donner le nombre de spectateurs et les recettes au guichet pour les deux matchs, ce qui nous donne une idée du différentiel budgétaire qui existait alors entre deux clubs et deux villes d’importance à peu près égale. A l’aller, à Thionville, 1 709 spectateurs payèrent leur place pour une recette finale de 52 131 francs. Au retour, à Martigues, 4 150 spectateurs payèrent leur place pour une recette finale de 151 863 francs.

L’élimination en coupe, le 11 avril 1981, précipita la fin de la Sportive Thionvilloise. Les derniers pros furent licenciés ou transférés et ne jouèrent plus avant de rejoindre leurs nouveaux clubs. L’équipe termina la saison à une courageuse sixième place, douze points derrière le promu Brest et sept points derrière le barragiste Nœux-les-Mines, d’un certain Gérard Houllier.

Au terme de la saison, la Sportive fut placée en liquidation. Un nouveau club prit la relève, le Thionville Football Club. Il démarra la saison 1981-1982 en division 4.

31 commentaires pour "Les dernières années de la Sportive Thionvilloise (1979-1981)"

  1. Khiadiatoulin dit :

    Stéphane d’Angelo… Le gardien du Tef lors de la remontée en 82.

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  2. Verano82 dit :

    Thionville… faut y être né pour être sensible à son charme, non ?

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    1. bobbyschanno dit :

      Même en y étant né… C’est objectivement dégueulasse.

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      1. Khiadiatoulin dit :

        Y a match avec Nœux-les-Mines, non ? Je disais ça, je ne connais ni l’un ni l’autre…

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      2. Khiadiatoulin dit :

        Je découvre qu’ils ont utilisé les terrils pour en faire des pistes de ski artificielles.

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      3. bobbyschanno dit :

        A Amnéville, ils avaient fait ça aussi, non ?

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      4. bobbyschanno dit :

        Oui, à Amnéville : https://www.snowworld.com/fr/amneville

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      5. ajde59 dit :

        Nouex les mines, c’est une petite ville (anciennement) minière hein, un peu plus de 10 000 habitants, mais pas beaucoup plus, mais évidemment située dans l’aire urbaine de Béthune-Bruay ça brasse 20-30 fois plus d’habitants. Et oui, y’a Loisinord, la fameuse piste de ski fait sur un terril, mais c’est tout un complexe d’activités maintenant. J’y suis déjà allé, bon…

        Et Noeux en football, c’est quand même Kopa qui y est né et l’aventure Houllier en D2, propulsé financièrement par Leroy Merlin qui était l’entreprise du coin, avant de devenir la multinationale connue…

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  3. Khiadiatoulin dit :

    Nico Braun, un des meilleurs luxembourgeois de l’histoire. Immense duo à Metz avec Curioni.

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    1. bobbyschanno dit :

      Oui, gros joueur. Alors sur la fin de sa carrière.

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  4. bobbyschanno dit :

    Thionville profita donc de la D2 à 36 clubs pour accéder au deuxième échelon national.

    Quand j’étais môme, au début des années 90, on racontait encore que la Sportive était passée toute proche de la D1…

    C’était trop vite, trop tôt, et à l’image du Brest Armorique, le club se brûla les ailes.

    Aujourd’hui, le club a une belle avance et doit pouvoir intégrer la Ligue 3 l’année prochaine. Avec un statut professionnel, à nouveau ?

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  5. goozigooze dit :

    Quel charme cet article.
    J ai envie de manger des mirabelles.

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    1. bobbyschanno dit :

      Je compte sur toi pour y faire un crochet la prochaine fois que tu vas dans les Vosges.

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  6. Alexandre dit :

    C’est très certainement la ville par où je suis le plus souvent passé, une bonne centaine de fois au bas mot, sans jamais m’y être arrêté. Pas par a priori, juste parce que j’étais toujours pressé d’arriver à destination. Je n’en connais donc que cette jolie mais pauvre église livrée aux COx et SOx des pots d’échappement de l’autoroute Lux-Nancy, autant dire que ce club? Ces joueurs? Braun bien sûr, mais c’est bien tout.

    Une question s’impose : pourquoi si peu d’affluence au regard de ce que Martigues parvenait à drainer?

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    1. bobbyschanno dit :

      Bonne question.
      Concurrence des autres clubs du secteur ?

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      1. Verano82 dit :

        On l’a oublié mais les stades français sonnaient creux à l’époque et en D2, c’était dramatique. Les affluences que tu évoques pour Thionville étaient loin d’être ridicules.
        Tiens j’ai trouvé un site qui donne des infos, par exemple en 1979-80 ici.
        https://www.stades-spectateurs.com/affluences,France,1980.html

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      2. Khiadiatoulin dit :

        9000 à Lescure, même si c’était pas encore la grosse armada, ça pique…. Aucune idée des moyennes dans les autres championnats européens.

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      3. Khiadiatoulin dit :

        3000 à Bastia. C’était convivial au moins, tu retrouvais des personnes que t’aimais bien. Ou pas…

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    2. Khiadiatoulin dit :

      Lucé en d2 ? Je sais pas où ça se trouve…

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      1. bobbyschanno dit :

        Je connais le Clos Lucé. Et Luçon…

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      2. Verano82 dit :

        Banlieue de Chartres.

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      3. bobbyschanno dit :

        Bel exemple d’antiphrase.

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      4. bobbyschanno dit :

        Ou oxymore, tout simplement.

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      5. Khiadiatoulin dit :

        Me demande combien gagnaient ces mecs de d2 anonymes pour la plupart.

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      6. bobbyschanno dit :

        Quelques milliers de francs par mois, guère plus.
        Thionville, donc, un million de francs de budget pour la saison…
        100 000 balles par mois, avec les déplacements à payer, le personnel et le matos. S’il restait 5000 balles par mois pour chaque joueur, je pense que c’est bien.
        Bon, c’était le plus petit budget de la D2…

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  7. bobbyschanno dit :

    Suis à la médiathèque et je vois le Nicolas Mathieu qui a eu le Goncourt, « Leurs enfants après eux ». Une jeunesse dans la vallée de la Fensch, très bon, très rythmé.

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  8. belo_dedici dit :

    Bon souvenir de lecture ! Je le trouve aussi juste pour décrire la classe populaire que pour nous plonger dans une scène de sexe. Il met le curseur au bon endroit sans en faire des caisses. Mais ça doit pas être simple de chopper le Goncourt aussi tôt.
    La vallée de la Fensch ça me fait penser à une chanson de Lavilliers.

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    1. bobbyschanno dit :

      Fensch vallée, bien entendu. Mais, personnellement, j’ai une préférence pour Les mains d’or.

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  9. bobbyschanno dit :

    Au fait, le résultat du match Thionville-Epinal : 2-2.

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  10. g-g-g dit :

    Il me semblait bien me souvenir qu’il y avait eu une suite judiciaire à cette affaire. En raison de malversations financières, Roger Hoffmann fut condamné le 18 mai 1984 par le TGI de Thionville à 3 mois de prison ferme, 21 mois avec sursis, 20 000 F d’amende (plus de la moitié du prix d’une petite voiture neuve à l’époque), et une interdiction d’exercer toute activité professionnelle commerciale et industrielle pendant cinq ans. Quand on y pense, tout de même, l’amateurisme de prétendus « dirigeants » de cette sorte fait peine à voir. Comment imaginer un troisième club pro derrière Nancy et Metz en Lorraine, région relativement peu peuplée et ravagée à l’époque par la crise de la sidérurgie ? Et c’était pareil à Besançon, à Mulhouse, à Toulon, ou à Martigues…

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