
« Le Celtic n’a pas perdu
Contre Feyenoord.
J’ai perdu contre Happel. »
(Jock Stein, 06/05/1970, Milan)
Tandis qu’à Ajax Michels poursuivait l’impitoyable liquidation du vieux logiciel technique et subversif, jugé par trop « bohème » et indépendant, et qu’y allait grandissant l’influence d’un mortifère médecin du sport, c’est à une bien étrange passation de pouvoir que, soixante kilomètres plus bas, s’était patiemment attelé un génial manager rotterdamois…
Cruellement éventé par le quotidien De Tijd le 29 mars 1969, à l’heure même où seul le FC Twente parvenait encore à suivre le rythme impulsé au Feyenoord par sa tiède créature Ben Peeters, c’est en fait vingt jours plus tôt qu’avait pris forme le projet fou de Guus Brox, quand fraîchement éliminé de la Coupe, et critiqué par voie de presse par le Président d’ADO pour une excentricité de plus, l’entraîneur à succès Ernst Happel avait aussitôt rendu sa démission.

L’Autrichien, à dire vrai, avait déjà été le premier choix de Guus Brox en 1967, quand s’était agi de trouver un successeur à l’indélicat et indésirable Kment, mais il avait alors été impossible de convaincre ADO de renoncer aux services de ce curieux bonhomme, qui en une poignée d’années avait transformé ce club moribond et fauché en un habitué des finales de Coupe, non moins qu’en un candidat sérieux aux sésames européens. Sauf que cette fois, c’était le club de La Haye, lassé de ses excès (et manifestement porté à bout par ses dernières provocations), qui offrait son génial Autrichien sur un plateau d’argent… L’ADO avait-il eu le choix? A la trêve hivernale, attablé devant son café à Vienne, le facétieux Autrichien avait écrit à Guus Brox : « L’avenir : Feyenoord ? Cordialement, Ernst Happel. »
Le bloc

Si ingérable fût-il, et quand bien même le football néerlandais mettrait du temps encore à comprendre ses vues footballistiques, Happel était un homme charismatique, et que les joueurs respectaient. Soit très précisément ces vertus même dont la nature avait dramatiquement omis de doter l’efficace mais effacé Ben Peeters, qu’à la stupéfaction de tous Brox avait arraché deux ans plus tôt à l’académie des jeunes. Une promotion stupéfiante, faute à l’époque d’avoir pu signer Happel. Mais bien que le succès avait été au rendez-vous, et que Peeters fût particulièrement aimé et estimé de ses joueurs, ceux-ci ne parvenaient décidément pas à voir en lui l’étoffe d’un grand leader, au regard de ses difficultés chroniques à prendre des décisions fermes voire douloureuses lorsque la situation l’exigeait.
Pour autant, quand Peeters et ses hommes eurent appris ces détails par voie de presse, la veille de la réception des redoutables poils à gratter du Go Ahead, et alors même que leur Feyenoord luttait encore sur les deux fronts domestiques, le brave homme comprit fort heureusement que la relation construite avec ses joueurs était devenue si forte, qu’ils y trouveraient une motivation de plus pour lui dire adieu sur une note positive – c’est-à-dire avec un titre et, si possible, en y ajoutant le gain de la Coupe. Et de fait, premier acte de ce qui seraient les plus beaux adieux de l’Histoire du football néerlandais : c’est grevés d’un 4-0 qui pût être plus encore salé, que les Eagles de Deventer rejoindraient le lendemain leur lointaine cambrousse…
Tandis que les joueurs de Feyenoord s’employaient à soigner la sortie de leur entraîneur, nimbé bientôt d’un sensationnel doublé coupe-championnat, Happel occupait pour sa part les trois mois le séparant de sa prise de pouvoir en examinant ce qui pouvait encore être amélioré, de ce groupe solidaire et talentueux construit par Peeters, et de ce logiciel très parcellairement inspiré de ce qu’il avait abouti à La Haye.
Moins préoccupé de muscle et d’agressivité, qu’il ne l’était de justesse et d’intelligence tactique, et troublé déjà par le jeu statique des fiables mais frigides internationaux Veldhoen et Haak, c’est avec gourmandise que l’Autrichien avait suivi les déboires à Ajax du trop bavard van Duivenbode, désormais placé sur une voie de garage… Si bien que le paria ajacide d’être, dès le 7 juin et avant même le médian autrichien Franz Hasil (qu’Ernst Happel avait repéré parmi les équipes de jeunes du Rapid, et qu’il ferait bientôt venir de Schalke pour une bouchée de pain), le principal et premier transfert, acquis pour le tiers de sa valeur, d’un Feyenoord progressivement déterminé à faire mieux qu’Ajax sur la scène continentale.

Et cependant, plus que l’éprouvé van Duivenbode, c’est bel et bien Hasil qui serait la pièce manquante du puzzle. Perçu par Happel comme une version méliorée de son meneur haguois Lex Schoenmaker (qui bientôt rejoindrait, lui aussi, Feyenoord pour le challenger), il serait prestement entraîné par son compatriote à multiplier les permutations avec l’avant-centre Kindvall, comme lui vif et tonique, et désormais libéré du système compartimenté de Ben Peeters.
Compensant ses montées, ou celles plus bas d’Israel et de Romeijn, l’ultra-complet et très dévoué Wim Jansen, fils spirituel de Ben Peeters et homme à tout faire de l’équipe, apportait pour sa part une contribution défensive exceptionnelle au milieu du terrain, tandis que van Hanegem, fort toujours de son activité mais déchargé soudain de ses tâches offensives au profit de Hasil, couvrait à gauche les montées de van Duivenbode tout en restant en permanence menaçant par la qualité de son jeu long.

Sur les ailes, mais bien moins excentrés que ne l’étaient à Ajax Swart et Keizer, ou que ne l’avaient été Aarts et Heijnen à l’ADO, figuraient le très efficace dribbleur et centreur Henk Wery et l’icône locale Coen Moulijn, considéré à juste titre comme l’un des plus grands joueurs de l’Histoire du football néerlandais, et qui, quoique connu surtout pour sa vitesse et ses rares capacités d’élimination, était plus encore redouté pour la qualité de ses feintes et sa propension léthale à rentrer dans le jeu.
La défense enfin, grâce à la pratique non plus seulement de la ligne, mais désormais aussi du piège du hors-jeu (Cf. en rouge), évoluerait quant à elle de dix à vingt mètres plus haut que celle d’Ajax – ce qui, couplé au repositionnement plus bas et même aux décrochages de Kindvall, non moins qu’au jeu moins excentré de Moulijn et de Wery, renforçait la cohésion et la compacité d’une équipe qui, défensivement comme offensivement, évoluerait verticalement sur l’échiquier comme un bloc monolithique de 40 mètres maximum de profondeur, qui montait ou descendait au gré des circonstances (Cf. en bleu). L’un dans l’autre, et finalisant un processus qu’avait peut-être entrepris Helenio Herrera : la notion de bloc-équipe était née.
(à suivre…)

Twente, c’est plutôt pas mal dans les années 70. Une finale d’UEFA. Avec Théo Pahlplatz. Lui, je l’aime bien alors que je ne connais quasiment rien de sa carrière. Haha
Sans conteste l’un des 5 grands clubs NL des 70’s, mais à quel prix sanitaire, ça.. S’il y eut un club NL plus hardcore qu’Ajax dans ces années-là, en matière de doping : Twente.
Ah oui ? Je pensais que les frangins van de Kerkhof étaient de la finale 75 mais ils s’étaient déjà barrés au PSV.
Premiers noms qui me passent par la tête : Notten, Drost, Bruggink………. Tous rattrapés (très) prématurément par des problèmes cardio-vasculaires, tous de mémoire y-succombés, certains particulièrement tôt, Notten et Drost n’avaient pas 50 ans et passent aux Pays-Bas pour cas d’école du dopage footballistico-léthal NL des 70’s, et pour cause : c’est plus facile d’évoquer des figures d’un club périphérique, et d’en épingler les pratiques, plutôt que le copié-collé ajacide.
A noter que le Docteur Mabuse du sport fédéral NL et d’Ajax, John Rolink, était lui-même originaire de la région du Twente Enschede, et y garda toujours des contacts.
Mouljin, la première fois que j’ai lu ce nom, c’était sur un bouquin anglais, édité en français, qui recensait les plus gros cracks. J’avais jamais rien sur lui en France mais les Anglais le tenaient apparemment en haute estime.
Ah j’adore, le genre de joueurs que, personnellement, je rêverais d’avoir dans mon équipe : joueur-frisson comme disent les jeunes, battant, toujours présent dans les gros matchs..et il se débrouillait pas mal du tout comme wing-back!
Il est systématiquement oublié quand d’aucuns ne peuvent s’empêcher de répéter encore et toujours les mêmes tops-tchic-tchac-tchouc, alors que.. Un grand!
Je parle de Haak, « frigide ».. De fait, il se portait très peu vers l’avant. Par contre : le joueur était particulièrement doué, ambidextre.., techniquement c’était très accompli.
Je reparlerai certainement en détails de lui, l’an prochain probablement. Mais pas pour ses années rotterdamoises.
Mansveld, je ne sais plus si j’en ai mis des vidéos : super joueur!!
Pas les occasions de signer ailleurs qui manquèrent, euphémisme..mais il préféra rester à La Haye, sans quoi on parlerait certainement beaucoup plus de lui à l’international aujourd’hui.
J’invite dès à présent à comparer d’une part les blocs-équipes respectifs de l’ADO (encore fort compartimenté) en 68 puis de Feyenoord (infiniment plus fluide et protéiforme!) dès la fin de l’été 69……….et de l’autre le 4-2-4 tout pété et sans consistance de Michels en finale de C1 69 (c’était dans la partie précédente, je crois??) – auquel d’ailleurs il s’agrippa encore à l’hiver 70!!!
A ce propos, Haak…………. Ah ben voilà un super exemple!
Sur l’article consacré à Argentino Juniors, « Sacha-Modolo-et-Matteo-Trentin » (pourquoi faire simple 😉 ) se demandait quel autre club avait connu son âge d’or dans la foulée et grâce à la vente de son joyau………
Ben l’ADO La Haye post-Haak : c’est ça! Star incontestable du club, vendu pour une somme énorme à Feyenoord……………..grâce à quoi Happel put, en mobilisant bonne moitié de cet argent, apporter à l’équipe les apports et retouches qui, en sus de ses vues tactiques avant-gardistes, feraient durablement franchir à ce club de 1 à 2 échelons.
Parmi ces transferts décisifs : l’ailier..gauche! Kees Aarts, qui venait de malmener l’ADO la saison précédente, et qui fut le grand transfert de Happel à La Haye dans ces années-là.
A la revoyure, désolé mais j’ai fait ça à la bourre (compliqué de concilier vie pro, privée..et écriture), je relève des interversions dans le schéma de jeu de l’ADO, mea culpa :
1) Heijnen devrait porter le 7 (il le porte d’ailleurs sur la première photo) et jouer à droite..
2) Aarts positionné à gauche..
3) Le porteur du 6 doit être De Zoete.
La dynamique par contre est correcte. Avec un Schoenmaker plupart du temps repositionné milieu-droit à la perte du cuir, ce qui lui permettait de rentrer plus aisément dans le jeu à sa récupération.
Et j’oubliais de préciser que cela fait donc aujourd’hui 100 ans que naissait ce géant du foot.
A mesure que cette date se précisait, j’ai lu ces derniers jours pas mal de NL convenir que Michels n’avait été qu’un nain par rapport à Happel, à mon grand étonnement ils semblent même fortement majoritaires dans ce débat. Et à dire vrai, hormis des sympathisants ajacides (lesquels se prennent littéralement pour des « fils des dieux », no more comment) : aucun de leurs contemporains n’y place Michels devant l’Autrichien.
Il leur reste toutefois plus compliqué de concéder, aussi, que Michels ne fut pas pour grand-chose dans la genèse de leur foot total.. A force de matraquage, c’est devenu l’élément fondamental (pour ne pas dire fondateur) de leur narrative footballistique nationale.. Alors oui, Feyenoord a précédé Ajax sur tous les plans (sauf deux : le dopage et la technocratie), ils le savent bien, ça…………………mais c’est plus compliqué de rétropédaler là-dessus..
Curieux de voir combien de publications francophones penseront à honorer la mémoire de Happel?? Quand je vois tous les ramdams faits pour Michels ou Cruyff.. Je viens de faire un tour sur Sofoot, y a rien..
Pas illogique en soit. Que les Néerlandais s’intéressent à leur histoire et s’affranchissent des diktats médiatiques alors que les intéressés et leurs suppôts sont morts, c’est dans l’ordre des choses, ça devait arriver. Qu’en France ou ailleurs cela mette plus de temps à s’installer n’est que logique. Et pour tout dire, un personnage comme Happel ne peut attirer la sympathie a priori, à l’inverse du flamboyant Michels. En France, Happel, quand tu le connais, tu l’associes à Magath. Michels, à Cruyff. C’est comme si tu devais choisir entre un personnage de Simenon et un héros de Hunger games.
..alors que Michels goûtait bien peu Cruyff, éh.. Autant Cruyff se projeta en Michels, père de substitution qu’il crut trouver aussi dans la figure mafieuse de Coster..et autant Michels ne pouvait pas blairer ce petit con.
Mais la narrative est celle-là, oui..
Perso, j’associe surtout Happel à ceux-là avec lesquels il s’est le plus pris la tête : Birger Jensen à Bruges, et le phénoménal (quel joueur) van Hanegem à Rotterdam. Des relations amour-haine splendides.
Michels, son kif c’était un joueur comme Neeskens. Un joueur hyperactif, de devoir, avec du coffre et beaucoup d’agressivité voire de méchanceté.
Pour les Pays-Bas, attention : je relaie les vues des contemporains des Happel & Co.
Leur jeunesse : elle est archi-foutue là-dessus ; cruyffisés (et donc michelsisés) au dernier degré. En première ligne du matraquage depuis un demi-siècle, et leur ego national est en jeu (pas une mince affaire aux Pays-Bas, c’est pas des Belges), éh..
Merci Alex. Tu parles des provocations de Happel à La Haye, avec ADO. De quoi s’agit il concrètement ?
D’un manque de respect, parfois débordant sur la place publique, qui alla s’accentuant à l’encontre de ses dirigeants à compter de l’hiver 68-69..c’est-à-dire à compter de la reprise des contacts avec le manager de Feyenoord Guus Brox, bon.. 😉 Happel n’était certainement pas un saint, ce n’est d’ailleurs pas chez moi (ni chez Polster, m’avait-il semblé) que vous lirez cela.
Combien de temps a-t-il passé à La Haye, en définitive? 6 ou 7 ans, je ne sais plus.. C’est pas mal à sa décharge, ça faisait longtemps que Brox lui tournait autour..alors il précipita un peu les événements, força le destin en crachant de plus en plus son fiel.
Le Happel était du genre sale gosse. Probable que le foot et le Rapid l’ont empêché de faire trop de bêtises. M’enfin, il a failli finir sur le front russe et à été impliqué dans des bagarres, il me semble.
Très intelligent, conscient de sa valeur aussi, avec un don pour « manier » les joueurs. Voir van Hanegem (et d’autres) pleurer en évoquant le souvenir du Ernstl en dit long, je pense. Malgré son côté grincheux, il était apprécié pour ses qualités humaines. Et puis, comme joueur ou entraîneur, il y a un paquets d’anecdotes amusantes à son sujet.
J’allais te demander si l’Autriche au moins le célébrait – Dieu merci, je viens de voir que c’était le cas, la sphère germanique à dire vrai (car les Allemands aussi).
Ailleurs : RAS, c’est incroyable.. Les Belges, peut-être? Je me rappelle qu’ils n’avaient pas oublié d’évoquer les 30 ans de sa disparition. Mais pour le reste, je crois que ça dit long du niveau de la médiasphère-foot, désormais ramenée au ras des égos et des pâquerettes : à la rigueur les gens citeront peut-être Happel 10ème d’un top à la con, pour se donner un genre et sans avoir la moindre idée de ce qu’il a apporté, c’est désormais comme ça que ça marche.
Et en définitive : les événements se précipitent en mars 69 après une élimination en Coupe, le ton monta entre la direction et lui.. ==> Il en prétexta pour rendre sa démission.
Dans les archives d’époque, on lit souvent que personne ne connaissait ses plans pour l’avenir, il arriva aussi qu’on mît sa démission sur le compte d’un mal de santé chronique, qui lui pourrissait la vie (je ne sais plus lequel, le ventre??)……..mais l’on apprit bien plus tard qu’il échangeait avec Brox depuis certain temps déjà, éhéh..
Happel ne faisait pas grand mystère de ses ambitions, loin de l’image faussement extravagante qu’il a parfois renvoyée, c’était quelqu’un qui anticipait et prévoyait absolument tout, tout, tout – ce qu’il subsiste de ses carnets en témoigne : tout, absolument tout était pensé à l’avance………jusqu’aux moindres mots avec lesquels il allait encourager ses hommes, accueillir un nouveau, en casser un autre.. C’est très impressionnant, rien n’était laissé au hasard et il voyait (très) loin.
Pour La Haye, où son contrat courait jusqu’en 71, il avait de grandes ambitions………mais le board avait des vues plus « comptables », mesquines..aussi, comprenant (il avait raison) qu’il y perdrait son temps : il provoqua les événements, une sortie conflictuelle.
Sur la forme, son départ du FC Bruges fut du même acabit. Quant aux motivations, je crois surtout qu’il était épuisé, vidé.
En France, les seules fois que j’entendait le nom d’Happel, c’était quand il s’agissait de lister le seul entraîneur qui a gagné la C1 avec au moins deux clubs différents. Happel était cité sans jamais rien d’autre, pas d’explication supplémentaire ni tactique. Alors que c’était le 1er à l’avoir fait. Par contre, ses collègues qui l’ont fait après lui, les commentateurs étaient plus bavards à leur sujet.
La compréhension du cas Happel n’allait pas beaucoup plus loin en Belgique ou aux Pays-Bas, sais-tu ; aujourd’hui encore, qu’est-ce qui tend à y revenir en boucle, en sus de ces considérations limitées au palmarès (autant dire : à rien ; les palmarès ne disent rien, et sont même bien souvent des miroirs aux alouettes – ce qu’ils traduisent 90 fois sur 100 : non pas de la compétence ou du mérite, mais des rapports de force!)?
Mais bref, de quoi est traditionnellement significatif Happel aux plats-pays?
1) Foot audacieux, porté vers l’offensive (bien plus que celui du comptable Michels!!!) voire l’expérience la plus « déraisonnable » (il fit çà et là jouer le Standard avec..deux défenseurs!!!)… C’est le fameux « Sturm und Drang », comme on dit en Belgique du style impétueux instigué à Bruges.
Et, 2), un jeu dont l’esthétique faisait penser à « des vagues », ça c’est un truc que j’ai très, très souvent entendu de gens (dont mon père) qui firent visuellement et live l’expérience de son football dans les 70’s. Et cette esthétique particulière, c’est tant à Feyenoord qu’à Bruges qu’elle se manifesta, je vais y revenir.
Mais la tactique?? Personne n’a jamais trop su expliquer son logiciel : 4-3-3 oui, mouvement oui, zone, piège du hors-jeu………. Ca oui. Mais tous pris isolément, comme des symptômes mais sans jamais interroger ce qu’il avait expérimenté et abouti à La Haye..ni surtout sans jamais réaliser que le tout mis ensemble aboutissait à ce fameux bloc solidaire qui glissait selon les circonstances dans la profondeur du terrain.
A une époque où tous les Pays-Bas (et quasi toute l’Europe) jouaient encore avec deux médians, dans des schémas coupés en deux : lui joue sur l’espace (pressing couplé au hors-jeu) pour réduire l’espace, les courses………..et aboutir à ce bloc qui resta injouable tant que personne ne fut en mesure de l’imiter………..voire de le surpasser en allant encore plus loin que lui dans les domaines de l’agressivité et de l’intensité.
Ce sera en NL, éh……….mais ce documentaire de 25 minutes donne bonne idée du climat dans lequel Happel transforma l’ADO Den Haag :
https://youtu.be/h1PC4mndrEQ?t=296
Je fais débuter ce lien à ses trois buts historiques face au Real, le 1er semble assez formidable..
Excellente démonstration encore une fois qui se poursuit, article et série top.
(La note tactique qui fait un paragraphe hehe 🙂
Ce ne sera pas du luxe, sur la fin, de synthétiser tout cela par des scéhlas tactiques ; voir l’évolution du bazar.. C’est prévu!, et j’en profiterai pour remettre les ailiers d’ADO à leur place (j’ai dû faire ça à 03h00 du mat’, je n’avais probablement plus les yeux en face des trous)
C’est en tout cas assez choquant, parlant, de mettre côté à côté le 4-2-4 typique et coupé en deux de Michels, auquel il s’arcboute encore à l’hiver et même printemps 1970……….et d’autre part le bloc-équipe en 4-3-3 et compartimenté qui fait déjà des merveilles en 67-68 à La Haye, ou que dire alors de ce qui va suivre : le bloc-équipe fluide et mutable de Feyenoord à compter de l’automne 69!!! Ces systèmes sont contemporains, et cependant, en termes de vision tactique : c’est comme s’il y avait 15-20 ans d’écart entre les deux……………..
J’en profite.. Le jeu moderne, celui qui a globalement cours depuis un demi-siècle, ces « blocs-équipes » dont les journalistes sur plateau abreuvent 24h sur 24 : ben c’est donc à Happel que vous le devez, hein.. (NB : j’en retrouve toutefois, parfois, des éléments dans ce qu’avait abouti Helenio Herrera)
Quand je pense à toutes les publications absurdes qui ont brodé sur la généalogie du foot-total, avec des théories toutes plus fumeuses les unes que les autres (mention spéciale au très populaire David Winner!).. ==> Tous ces auteurs sont passés à côté de ça ; ont-ils vu le moindre match de Feyenoord à l’époque??
Oui, je ne savais pas trop comment agencer ça? C’est compliqué car neuf pour bcp de monde, en France je n’ai par exemple jamais entendu parler de Mansveld, Schoenmaker, van Duivenbode (et je ne parle ici que de noms, alors : imagine les dynamiques entre ces noms…………)……….et même les NL avaient oublié l’existence de Ben Peeters, bref : j’ai donc pris ce parti, un fil conducteur en texte principal, pour poser les protagonistes, les présenter……….et des commentaires abondants pour détailler les approches/évolutions tactiques. Au risque sinon, c’est ce que je me suis dit en tout cas, de perdre les gens au passage ; toujours compliqué quand il y a beaucoup de neuf à digérer d’un coup.
D’ailleurs j’éprouve ces difficultés avec vos foots d’Amérique du Sud! Dès que vous sortez des sobriquets genre « Bicho » et compagnie : je dois rétropédaler pour comprendre de quoi vous (pas seulement toi, mais aussi Verano, Khiadia..) parlez et où vous voulez en venir 😉 ; c’est vraiment perturbant pour moi dont les oreilles ne sont pas familiarisées à cela.
Autant dire que des « van xy » à gogo, pour vous..?? 🙂
Pour moi, les « Van » et compagnie c’est aussi mon coin, donc la sonorité et les mots néerlando-flamand c’est familier, aucun soucis haha
Pas peu de dire que j’ai amélioré mes connaissances en foot néerlandais et belge depuis que je te connais. Même si tu n’aimes pas Enzo Scifo. Hihi
Ne l’écoute pas Enzo, il est jaloux de tes dons de chanteur.
J’ai mis mes chaussures italiennes
Même sous la pluie je me promène
Ca peut tomber je le sens à peine
Je m’réchauffe avec cette rengaine
Que je fredonne à perdre haleine
Je suis peut être pas né les mains pleines
Mais j’ai le sourire et la dégaine
Et sans doute une bonne fée pour marraine…
Haha.
PS : Ceci était un message du COSVS, le Comité occitan de soutien à Vincenzo Scifo.
Pas pris le soin d’expliquer « Bicho » c’est vrai. Mais c’est vrai que le foot sudaméricain c’est aussi beaucoup de surnoms pour les équipes, les joueurs, les entraîneurs, un but en particulier, un match précis, une saison marquante, on peut s’y perdu vu d’extérieur dans tous ces appellations.
ajde, y a pas de mal hein, pas l’ombre d’une doléance et ça oblige à une lecture soutenue, ce qui a ses vertus!! Mais faut s’accrocher, crénom.. Pourquoi faire simple chez les Sudams, quel bazar..
Ah non, j’aime bien Enzo. Et l’homme, et le footballeur.
C’est juste qu’il n’appartient pas à notre cercle le plus étroit de grands joueurs, et puis sur pelouse il avait des accents agaçants, sa propension à porter le cuir et à ralentir le jeu, pouillouille………. : c’était et contre-intuitif, et contre-productif pour notre football. Par contre quand il jouait simple, en une touche : formidable.
Après, hormis cela : j’admire qu’il fût capable de se remettre en question, sa WC90 est du plus haut niveau, et j’ai toujours trouvé lamentables et mesquines certaines attaques qu’il dut essuyer (..et n’avait ceci dit pas toujours volées).
Scifo, pas dans le gotha belge. Mon cœur saigne…
Beaucoup l’y mettent, grand-public 80’s-90’s en gros. Dans le genre de sondages qui privilégient la culture de l’instant, tu le retrouveras quasi-systématiquement.
Mais chacun dans son style, des Van Moer ou Coeck lui étaient supérieurs. Ou même Lozano – déjà dit mais, quand il revient du Real avec ses polytraumatismes, et compose dans le milieu anderlechtois avec un Scifo en pleine bourre : c’est Lozano le patron, y a vraiment pas photo.
Sa place dans notre Histoire, c’est l’équipe B voire C. Et je dis ça avec affection ; un Goethals était bien plus méprisant, lui.
Passer derrière des Van Moer ou Coeck, ça n’a rien de rien de déshonorant, c’était tous deux des cracks d’envergure mondiale, il y a eu un peu partout des paquets de joueurs multi-encensés qui n’arrivèrent pas à la cheville de ces deux-là. De grands joueurs.
Sur les 40 dernières années, il n’y a que De Bruyne qui se soit hissé à leur niveau en matière de médians axiaux belges ; c’est ce niveau-là.
Van Moer, il faudra m’apprendre à faire des montages Youtube?? Le N°1 absolu de notre ligne médiane : c’est lui.
Mais Coeck, on trouve tout de même assez facilement 2-3 trucs…….et je vous prie de croire qu’il était capable de plus encore que cela, défensivement (il lui arriva très souvent de jouer demi-défensif..voire libéro) et dans les petits espaces c’était un tueur en sus des qualités exprimées ici :
https://www.youtube.com/watch?v=py1OOngehNs
Oui, Coeck, j’aime beaucoup. Vraiment complet. Grosse frappe et abattage. Belle technique de gaucher. Et un super look.
Typiquement le genre de joueur belge que j’ai appris à réévaluer….et c’est à l’un de vos compatriotes que je le dois!
Les complexes belges ne sont pas un vain mot : petit pays, peuple identitairement confus et conséquemment peu sûr de lui-même, de surcroît fort peu porté au chauvinisme, qui tient la cocarde et la guerre (on connaît trop, merci) en horreur……… ==> On s’imagine toujours l’herbe footballistique plus verte ailleurs, pour ma part ça s’est soigné en me familiarisant avec les footballs de mes voisins, un Coeck par exemple…….ben lui c’était vraiment la classe mondiale ; dans les 70’s la France, l’Espagne, l’Angleterre ou l’Italie n’ont pas eu d’équivalent à ce joueur-là, et contrairement à Scifo ce sont les blessures (je pense qu’il arriva blessé?? – à l’époque il valait mieux se méfier d’Anderlecht quand ils daignaient lâcher un joueur) qui eurent sa peau dans le Calcio, il avait absolument tout ce qu’il fallait pour y briller….et avait de toute façon brillé à foison en coupes d’Europe ; dans l’hypothèse d’un top P2F consacré aux médians, il aurait possiblement l’un ou l’autre bons points avec moi, ce ne serait pas usurpé.
C’est drôle, j’ai joué 2 ou 3 saisons avec un de ses homonymes étant jeune et sans connaitre, le vrai « Ludo Coeck ». Je ne sais pas si son paternel était fan des diables, mais le gamin avec lequel j’ai joué était capable de marquer du gauche sur coup franc à la 90ème.
Le « vrai » Coeck a une histoire tragique. Cela a dû vous marquer.
Sa mort a marqué pas mal de Belges..mais moi pas, je n’avais d’yeux à l’époque que pour le foot anglais. Et c’est en m’intéressant d’abord aux autres footballs, que j’ai appris à apprécier à une plus juste mesure le foot belge – que nous tendons pour beaucoup (moi compris) à dédaigner spontanément.
A dire vrai, Coeck était déjà archi-fini pour le foot de haut-niveau quand il se tue en bagnole, et possiblement même compromis en arrivant dans le Calcio. Reste la disparition au civil de l’homme, d’autant plus regrettable qu’il avait tout pour lui, individu solaire, hautement sociable. Mais pour les choses du foot, il était déjà mort.