Un siècle de portiers : les années 2010 (première partie)

Après le succès international du top des défenseurs, P2F s’est lancé dans un top des… gardiens de but ! Toutes les deux semaines, vous retrouverez les portraits des plus fameux derniers remparts classés des années 1920 aux années 2010. Une façon de mettre en lumière un poste trop souvent mal-aimé, trop souvent ringardisé dans les cours de récré. Bonne lecture !

Numéro 10 : Claudio Bravo

Claudio Bravo était aux premières loges lorsque le Panda Iglesias offrit sa troisième Copa au Betis en 2022. Une ligne presque anecdotique dans le palmarès du Chilien mais qui symbolise son passage en Europe. Choyé dans des clubs plus familiaux, chahuté chez les mastodontes bodybuildés. Bravo n’a que 11 ans quand il intègre l’académie de Colo-Colo malgré une taille jugée rédhibitoire à l’époque. Grand admirateur du Rambo Ramírez, il n’a rien d’un cador et évite la guillotine à quelques reprises, avant de faire ses débuts à 20 ans, au sein d’un Cacique complètement ruiné. Colo-Colo de la perle Matí Fernández remonte progressivement la pente, Bravo obtient le titre en 2006 et une porte de sortie vers le Vieux Continent. Pendant huit longues saisons, son existence est rythmée par la quiétude des marées de Donostia. Enfin quiétude n’est pas vraiment appropriée puisque l’institution basque passe trois ans à l’étage inférieur. Loin des spotlights de Liga, Bravo parfait son arsenal, mélange de fiabilité, de relances précises au pied et de sang-froid à toute épreuve. Nanti d’un trophée Zamora et d’un but sur coup franc face à Tarragone, le Chilien permet aux Txuri-Urdin de retrouver l’élite et l’Europe et s’offre une soirée mémorable à Gerland, où le duo infernal Vela-Griezmann nettoie de fond en comble les écuries d’Aulas.

A 31 ans, Bravo fait le grand saut et signe au Barça en 2014. Il a pour mission de remplacer Victor Valdés mais la direction catalane lui colle dans les pattes l’allemand Marc-André ter Stegen. Si Bravo, soutenu par la diaspora sud-américaine du club, performe en championnat, établissant un record d’invincibilité et remportant un nouveau Zamora, c’est bien Stegen qui est sur la pelouse lors du sacre en Ligue des Champions face à la Juventus. Lassé par ce jeu de dupes, cette concurrence qu’il a néanmoins toujours considérée loyale, il signe à City deux ans plus tard. Guardiola est persuadé d’avoir trouvé sa rampe de lancement, un caractère suffisamment fort pour prendre la relève de Joe Hart et supporter la pression des tabloïds. La suite lui donnera tort… Fautif sur une frappe d’Ibrahimović lors d’un derby houleux, ces derniers ne le lâchent plus. Bravo sombre pour la première fois, multiplie les prestations insipides avant de disparaître derrière la carcasse crasseuse d’Ederson. Trois saisons à cirer le banc avant que son compatriote Manuel Pellegrini ne l’exfiltre du côté de Séville.

Mais si Bravo candidate à une mention dans ce top 2010, c’est à sa carrière en sélection qu’il le doit. Convoqué dès 2004, Marcelo Bielsa en fait son relais sur le terrain, le phare que la plus belle génération chilienne de l’histoire va suivre aveuglément. Homme de peu de mots, il est décisif lors de la revanche face à l’Espagne en 2014, détourne un penalty de Hulk quelques jours plus tard mais cède, comme quatre ans auparavant en Afrique du Sud, face une Seleção chanceuse. Ce n’est que partie remise. Lors des sacres continentaux de 2015 et 2016, les premiers du pays allongé, Bravo est élu unanimement gardien de la compétition. Deux triomphes qu’il est allé chercher à la force du poignet, du point de penalty. Ses victimes Ever Banega et Lucas Biglia peuvent se morfondre, sa place est désormais bien au chaud au Panthéon des gardiens latinos. Une consécration en Copa America si désirée que ses homologues Sergio Livingstone ou Roberto Rojas, certainement plus doués, n’eurent jamais l’occasion de vivre.

Numéro 10 : Samir Handanovič

Samir Handanovič se compara un jour à l’irrévérencieux Charles Bukowski. S’il n’était pas aussi dépravé que l’auteur du Journal d’un vieux dégueulasse, il partageait avec l’écrivain l’absence de filtre. Il disait ce qu’il pensait, sans se soucier des conséquences. Paradoxal quand la majorité de vos partenaires vous décrivent comme étant calme et plutôt réservé… Gamin de Ljubljana, Samir arrive sur la pointe des pieds à Udine en 2004 et subit la concurrence de Morgan De Sanctis. Ayant vadrouillé en prêt à Trévise, Rome et Rimini, il revient dans le Frioul en 2007 pour ne plus jamais lâcher la place de numéro 1. La caractère d’Handanovič se marie totalement avec celui de sa région d’adoption. Travailleur, méticuleux, gardien privilégiant l’efficacité au glamour, Samir se fait une réputation de tueur de penalty, 6 sur 8 tentatives en 2011, et accompagne l’ascension de son club qui vit son âge d’or. Mené par les irrésistibles Antonio Di Natale et Alexis Sánchez, Udinese lorgne désormais sur la Coupe aux Grandes Oreilles sans néanmoins passer le cut des barrages. Une déception pour Samir qui gardera en travers de la gorge l’élimination cruelle face à Arsenal.

A l’exception del arquero de los nervios de acero, Mirko Blazina, gloire de San Lorenzo, la Slovénie n’a jamais fourni de grands portiers. Samir va changer la donne… Capé en 2004, il porte le brassard lors la superbe qualification pour le Mondial 2010 où sa sélection se défait héroïquement de la Russie en barrages. Si l’Angleterre est favorite au premier tour, la Slovénie surprend l’Algérie sur un clean sheet d’Handanovič, avant de mener 2 à 0 à la mi-temps face à la troupe de Landon Donovan. C’est le tournant de la compétition. Si proches d’une qualification inattendue, ses coéquipiers se liquéfient, les Américains égalisent et il faut toute la maestria de Samir pour sauver le nul sur une frappe de Jozy Altidore en fin de rencontre. La Slovénie a laissé passer sa chance mais sa performance face à l’Angleterre atteste de son entrée dans le gotha de la profession. C’est chose faite lorsqu’il signe à l’Inter en 2012, en lieu et place de l’imposant Julio César.

Handanovič va demeurer onze ans à Milan, onze ans à partager les souffrances d’un peuple nerazzurro sevré de titres, onze ans à garder ses cages inviolées plus d’un match sur trois. Adoubé par la grande confrérie des gardiens interistes, les Zenga, Toldo ou autre Giuliano Sarti, qui considère qu’il n’y a que Buffon au-dessus, Samir multiplie les prestations de classe et s’empare du record de penaltys arrêtés de Gianluca Pagliuca. Un record qu’il porte à 26. Portier le plus régulier d’une Serie A en chute libre, il incarne une espèce en voie d’extinction. Celle qui choisit la fidélité à la gloire facile, le Barça peut en témoigner, celle qui savoure chaque seconde d’une consécration qui se refusait obstinément à lui. En 2021, à 37 ans, il est enfin champion d’Italie. Surgissent pêle-mêle le souvenir du souffle guerrier insufflé par Antonio Conte et ce duel remporté face à Chiesa qui scella la fin de la traversée du désert. Etranger ayant le plus porté la tunique bleu et noir, après un certain Javier Zanetti, à qui il succéda en tant que capitaine, Handanovič sut prendre avec brio la révèle des glorieux anciens. Car si vous cherchez une pointure dans les cages du côté de Milan, c’est généralement chez les Interistes que vous la trouverez…

Numéro 9 : Guillermo Ochoa

Sur 90 minutes, capable d’être le meilleur gardien du Monde… Pour les historiens de ce sport, la carrière de Memo Ochoa suscite autant de mystères que la pyramide Kukulcán de Chichén Itzá. Comment un gardien de cette trempe a pu garder les filets des modestes Ajaccio et Grenade ou se retrouver chez un souffreteux Standard ? Originaire de Guadalajara, la famille d’Ochoa s’installe à Mexico DF en 1995, où le petit Memo aide à la confection de tortas dans la gargote de son père. Suivant les sillons paternels, Ochoa est gardien et fait des débuts à l’America à 18 ans, après avoir tapé dans l’oeil de Leo Beenhakker. Son agilité, ses réflexes fulgurants et son leadership naturel le rendent immédiatement indispensable, les fans des Cremas lui vouent un véritable culte et les titres s’enchaînent. Ochoa, remplaçant d’Oswaldo Sánchez, est du voyage en 2006 en Allemagne. La première de ses cinq participations au Mondial.

Plusieurs fois couronnés en CONCACAF, Memo débarque à Ajaccio en 2011. Un transfert étonnant, souhaité en coulisses par le mastodonte Televisa, propriétaire de l’America, qui vient d’acquérir les droits de la Ligue 1 mais également une occasion de filer à l’anglaise pour Memo, contrôlé positif au Clenbutérol, comme six de ses partenaires de sélection. Une affaire classée sans suite quelques mois plus tard. Abandonné par sa défense, Ochoa épate la galerie. Tout y passe. Sorties kamikazes, réflexes dingues sur sa ligne et ce look d’éternel adolescent qui en font l’idole de François Coty. Ayant servi de cible vivante pendant trois saisons, Ochoa aborde le Mondial 2014 sûr de sa force, il va littéralement exploser à la face du Monde. Sa prestation face à la Seleção, à Fortaleza, est un véritable bijou. Neymar se demande encore comment il a pu sortir sa splendide tête au ras du poteau et il faut toute la filouterie de Robben pour éliminer le Tricolor au tour suivant. Une rencontre qu’il aura à nouveau marquée de son empreinte. Consacré au Brésil, Ochoa rejoint le nouveau riche fauché de Malaga. Mauvaise pioche, Javi Gracia lui préfère Carlos Kameni, Ochoa part en prêt à Grenade, avant de se refaire la cerise du côté de Liège où il fait honneur à la grande tradition de portiers du Standard.

Quatre ans après ses succès au Brésil, Ochoa calme les ardeurs allemandes en Russie, réalisant neuf arrêts phénoménaux, accélérant ainsi la chute du tenant du titre. Considéré comme le meilleur gardien au Mondial 2018 et revenu à ses premiers amours un an plus tard, il s’inscrit définitivement dans l’histoire des Águilas, en dépassant la marque symbolique des 130 rencontres sans avoir encaissé de pions. Mais plus que ses six Gold Cup victorieuses, ses sélections en pagaille ou son éventuel sixième Mondial à domicile, Ochoa est pour tout fan du Mexique, dont je fais parti, l’assurance de parades géniales, de moments d’anthologie que seule peut procurer la plus belle des compétitions. Soutenir le Tri, c’est cela. Redécouvrir chaque quatre ans un foot solaire trop souvent mésestimé, s’arracher les cheveux sur une nouvelle désillusion en octavos et prendre son pied en matant la touffe d’Ochoa s’envoler dans les airs. Le gardien le plus enthousiasmant de la dernière décennie, sans aucun doute…

Numéro 8 : Rui Patricio

Si il n’a pas le talent d’un Manuel Bento ou celui des deux Vitor, Damas et Baia, la carrière de Rui Patricio mérite bien quelques lignes. Décisif en plusieurs occasions lors de la finale de l’Euro 2016, l’ancien portier du Sporting, à la routine immuable avant chaque rencontre, débute sa carrière à 18 ans, en remplaçant au pied levé le titulaire Ricardo. Taiseux et sobre dans le style, il devient incontournable aux yeux de Paulo Bento et chasse pendant 12 ans un sacre en Liga Nos qui ne viendra jamais. Expert en penaltys détournés, fiable sur sa ligne, un profond respect se noue entre les fans sportinguistas et Patricio jusqu’au funeste 15 mai 2018. A l’issue d’un entraînement, cinquante énergumènes mécontents viennent agresser physiquement certains joueurs du Sporting, dont Rui Patricio. Dépité par le manque de soutien de son président, Bruno de Carvalho, il résilie unilatéralement son contrat. Triste fin pour celui qui aura le plus porté le maillot vert et blanc après l’immense Hilarío…

C’est en sélection que le natif de Leira laissera son empreinte sur ce sport. Si sa prestation en finale de l’Euro 2016 est un aboutissement personnel et un soulagement national, Rui Patricio préfère se remémorer son arrêt sur le penalty de Jakub Błaszczykowski en quart ou cette parade plus lointaine face à la Suède, lors des qualifications pour le Mondial brésilien. Un geste technique parfait selon lui. Personnalité plus à l’aise au sein d’un collectif que sous les spotlights, Fernando Santos n’avait de cesse de souligner son rôle primordial car « on peut être certain que Rui Patricio nous sauvera la mise au minimum une fois par rencontre.” Rui n’apparaît pas comme une évidence lors ses premiers rendez-vous internationaux. Mis en concurrence avec Eduardo, il sort ragaillardi de l’Euro 2012, où il fait passer des sueurs froides aux voisins espagnols en stoppant la tentative de Xabí Alonso, et se promet de servir de mentor aux futures générations, Diogo Costa en particulier. Perfectionniste jusqu’au bout, pendant que ses partenaires décuvent, il visualise sa prestation face à la France lors du retour victorieux en avion, plutôt que de dormir du sommeil du juste.

Happé en 2018 par la succursale Mendes de Wolverhampton, Rui Patricio apprécie la quiétude de Molineux et sert d’interprète pour ses nombreux compatriotes. Totem silencieux des Wolves et constant dans ses humeurs, Adama Traoré dira de lui que « si Rui crie un jour à l’entraînement, c’est que la fin du monde est proche.” Recruté en 2021 par l’AS Roma, il va guider les louveteaux vers un sacre européen qui les fuyait depuis les années 1960. Mourinho ne tarit pas d’éloges sur son professionnalisme, son gardien est décisif lors de la demi-finale de Ligue Europa Conférence face à Leicester et le but de Zaniolo face à Feyenoord en finale permet à la Roma d’inaugurer le palmarès de la compétition. Une deuxième consécration continentale pour Rui Patricio, certes pas un cador mais qui sut triompher chez deux poissards de compétition, le Portugal et la Roma. Pas le moindre des exploits…

Numéro 7 : Marc-André ter Stegen

Né à la mauvaise époque. S’il n’avait eu à partager la couverture avec l’encombrant Manuel Neuer, quelle aurait été l’empreinte de Stegen dans le foot allemand ? Gardien complet, doté d’excellents réflexes, à l’aise en un contre un et pas maladroit de ses pieds, Marc-André, 18 ans est mis en selle par Lucien Favre. Il permet aux Folhen de sauver leur tête en élite, en multipliant les prouesses lors des dernières rencontres de la saison 2011. Enfant du club depuis ses quatre ans et viscéralement attaché à ses couleurs, il s’impose auprès des observateurs comme le pendant défensif des artistes Marco Reus et Juan Arango, Gladbach finit au pied du podium en 2012, un rang plus en adéquation avec sa prestigieuse histoire. Ayant raté dans les grandes largeurs sa première convocation en sélection, cinq buts encaissés face à la Suisse, Stegen n’est pas convié à participer à l’Euro en Pologne et en Ukraine. Un coup de massue que les résultats poussifs en championnat n’aident pas à digérer. Trop talentueux pour demeurer en Rhénanie-Westphalie, les rumeurs d’une fuite en Catalogne s’intensifient. ter Stegen nie en bloc, avant de céder le pas en 2014.

La direction du Barça a des idées mais aussi d’innombrables incertitudes. Qui remplacera Victor Valdés en tant que titulaire dans les cages ? Le coach Luis Enrique décide de botter en touche, Stegen se voit confié le courrier international… Il est décisif lors de la demi-finale face au Bayern de son rival intime Neuer, idem lors de la finale de Copa face à l’Athletic et s’octroie un fabuleux doublé 2015 sans avoir sué une seule minute sur les pelouses de Liga ! Ayant vécu une situation similaire en 2016, Stegen met ses dirigeants face à leurs responsabilités : « À long terme, ces 25 matchs par saison ne me suffisent pas. La décision revient à l’entraîneur. J’espère que la qualité que j’ai montrée récemment sera récompensée. » Il a gain de cause, plus personne ne viendra lui faire de l’ombre au Nou Camp. Stegen devient une figure du vestiaire, les titres nationaux s’accumulent, les fans louent sa fiabilité mais l’Europe fuit désormais les Catalans. Pont entre la génération Messi et celle de Lamal et Pedri, Stegen, bien qu’amoindri physiquement, est indéboulonnable jusqu’au commencement de la saison actuelle où il est démis de son rôle de capitaine, pour avoir refusé de communiquer ses données médicales. Son compatriote Hansi Flick ayant apparemment décidé de clore le passage de celui qui peut raisonnablement s’asseoir à la table des Plattko et Ramallets sans avoir à rougir de la comparaison.

Si Stegen ne peut viser plus haut dans ce top, c’est à sa carrière frustrante en sélection qu’il le doit. Bien qu’il ait détourné un penalty de son futur coéquipier Messi lors de sa deuxième cape, les suivantes sont très décevantes. Pas le meilleur moyen de se faire remarquer quand les occasions sont si rares… Et lorsqu’il n’est pas à nouveau oublié des listes, comme lors du Mondial victorieux en 2014, ou blessé pour l’Euro 2021, c’est du banc qu’il voit ses coéquipiers perdre leurs illusions. Invisible dans les grandes compétitions, écrasé sportivement et médiatiquement par le phénomène Neuer, Marc-André n’a que rarement fait office d’alternative crédible. L’ombre du dernier rempart du Bayern, sur la touche ou en méforme, ne l’a jamais laissé respirer… Un parcours à la Steve Mandanda, aussi respectable soit-il, dont ne subsiste que la victoire en Coupe des Confédérations 2017. Pas de quoi chambouler la prestigieuse hiérarchie des portiers allemands.

Numéro 6 : Hugo Lloris

Recordman de sélections, capitaine ayant soulevé la deuxième Coupe du Monde, Hugo Lloris aura marqué l’histoire des Bleus. Mais a-t-il été apprécié à sa juste valeur ? Sa personnalité plutôt tiède face aux médias, son pied gauche parfois farceur, son inefficacité réelle ou romancée lors des séances de penalty, l’ancien gamin de l’OGC Nice en aura entendu des vertes et des pas mûres. Mais au sein d’une nation qui n’a jamais eu de cador ayant dominé sa décennie, se demander si Lloris n’est pas le numéro 1 français toutes catégories n’a rien d’incongru. A l’instar de Barthez lors de son unique saison toulousaine, on a rapidement compris que l’on avait affaire à un talent prometteur. Calme, bien placé, capable de réflexes étonnants sur sa ligne, le jeune Lloris a la confiance totale d’Antonetti et joue la finale de Coupe de la Ligue quelques semaines plus tard, face à Nancy. Pilier de la génération Vahirua, Koné, Balmont et Ederson, Hugo s’impose comme le gardien du futur et ne doit son absence de l’Euro 2008 qu’à une blessure contractée face à son prochain employeur, l’OL. Il ne ratera plus jamais une compétition internationale…

S’installer vers Gerland lui permet de tâter au haut niveau, il est du dernier carré en Ligue des Champions 2010, mais sa première compétition en sélection est un naufrage. Lloris se noie dans la baie de Knysna, comme l’ensemble d’un groupe malade et paranoïaque, et ne peut rien face à l’Invincible Armada espagnole lors de l’Euro 2012. Considéré sans égal en Ligue 1 mais meurtri par le fiasco de Nicosie, Lloris, le capitaine des Bleus, rallie Londres et Tottenham. Le début de sa liaison avec les Spurs est tumultueuse. Malmené par le G.I Brad Friedel, Lloris peine à convaincre. Par forcément à l’aise dans le combat aérien, il est pour beaucoup bien trop soft pour l’intensité de la Premier League. Néanmoins, preuve d’une force de caractère qui ne saute pas immédiatement aux yeux, le navire Lloris ne chavire pas. 11 ans et quelques souvenirs, à défaut de palmarès. La fin de White Hart Lane, l’éclosion des Gareth Bale, Luka Modrić ou Harry Kane et cette finale inespérée de Ligue des Champions 2019. Et entre nous, qui peut véritablement, mise à part Ray Clemence, le concurrencer en tant que gardien historique des Éperons ?

Personne n’a porté plus souvent le brassard des Bleus que Lloris. Et il est primordial dans cette belle renaissance que le foot français a connue. Alors oui, il n’a pas une personnalité déjantée et on peut lui reprocher son manque d’attention sur la frappe d’Eder ou de poids lors de son duel face à Emiliano Martínez, six ans plus tard. Mais ce serait oublier sa splendide partition face à la Belgique en 2018, la puissance de l’air brassé lors du penalty raté de son compère Kane en 2022, sa présence rassurante face à l’Allemagne en 2016 lorsque sa défense était aux abois. Lui préfère mettre en avant le barrage face à l’Ukraine en 2013, façon élégante de ne pas tirer la couverture à lui. Et si on est sérieux deux minutes, au sein de la défense des champions du Monde, qui intègrerait ne serait-ce qu’un top 100 historique français ? Lloris et Varane sans l’ombre d’un doute, certainement pas Hernandez, Pavard ou Umtiti… Cette deuxième étoile, conquise grâce à une défense limitée mais solidaire, vaut bien quelques louanges. Et c’est un mec plutôt hermétique à la symphonie des Bleus ou celle de Lloris qui le dit…

Une réflexion sur « Un siècle de portiers : les années 2010 (première partie) »

  1. A Tottenham, je crois bien que..Pat Jennings est intouchable. Pour longtemps.

    Je n’imaginais pas entendre parler de Bukowski 🙂

    Rui Patricio : toujours vu bon, je crois lui avoir mis pas mal de points.

    Ochoa, dernier gardien d’envergure internationale vu au Standard. Et il y a laissé un excellent souvenir, épatant.

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