Espanyol – FC Barcelone : traquenard à Cornellà ?

Ce week-end, Pinte2foot colle à l’actualité et s’intéresse au 307e derby barcelonais programmé ce soir au RCDE Stadium[1]. Le premier de Liga se rend chez l’étonnant cinquième, un choc catalan de haut de tableau pour lancer l’année 2026. Ayant nourri durant des décennies leurs antagonismes sur des positionnements très contrastés – en résumé, nationalisme catalan vs nationalisme espagnol – le Barça et l’Espanyol partagent désormais de nombreux points communs et les dernières évolutions de gouvernance des Pericos visent à rapprocher plus encore leur club du modèle blaugrana, toutes proportions gardées. Moins colorés politiquement que par le passé malgré les caricatures s’escrimant à réduire le supporterisme periquito à une frange d’extrême droite nostalgique du franquisme et l’afición culé à des indépendantistes enragés, les derbys contemporains ressemblent avant tout à une opposition entre un monstre dominant et un lilliputien de plus en plus insignifiant. Financièrement et sportivement, le gouffre séparant le Barça de l’Espanyol ne cesse de se creuser et tout présage un match encore une fois dramatiquement déséquilibré. Pourtant, nous sommes en mesure de vous révéler que ce ne sera pas le cas. Ce soir, installez-vous dans un confortable fauteuil, servez vous un verre d’anís del Mono dulce, accompagnez-le de buñuelos et savourez la victoire de l’Espanyol sur le FC Barcelone, la première en Liga depuis 2007[2].

En mars 1999, en amont du derby, TV3 avait réuni sur son plateau Joan Gaspart et Josep Creueres, vice-présidents du Barça et de l’Espanyol. Le nuñismo battait son plein, les stars étrangères se succédaient sous le maillot blaugrana alors que l’Espanyol se remettait péniblement d’une déroute financière. Depuis la destruction des gradins de Sarrià, les Pericos louaient le stade olympique de Montjuïc et misaient sur la formation de joueurs du cru comme Tamudo ou Sergio pour remonter la pente et crédibiliser leur récente conversion au catalanisme : le Real Club Deportivo Español, sans référence à Barcelone, était devenu en 1995 le Reial Club Deportiu Espanyol de Barcelona. Pour Gaspart, l’exploitation de la fibre régionale relevait de la démagogie, un attrape-couillon qui ne pouvait faire d’ombre à la suprématie du FC Barcelone, une des perles du patrimoine footballistique mondial. Il avait ajouté « on ne peut pas comparer une équipe qui aspire à tout gagner avec une autre qui lutte pour ne pas descendre en seconde division. » Pour enfoncer le clou, il s’était adressé à son homologue et lui avait demandé « Combien de championnats avez-vous gagné ces 100 dernières années ? Aucun ? Si vous n’avez pas gagné un seul championnat en 100 ans, mon ami… ».

Banlieue vs centre-ville

Un quart de siècle plus tard, la condescendance demeure d’actualité. Que pèsent les quatre Copas del Rey des Blanquiazules face au palmarès XXL que se sont constitués les Blaugranas, notamment au XXIe siècle ? L’Espanyol dispose certes dorénavant d’un toit – le RCDE Stadium – mais il s’est exilé à Cornellà, en banlieue, comme tant de personnes précaires éjectées et invisibilisées du centre de Barcelone par le phénomène de gentrification et d’« airbnbisation ». D’ailleurs, est-il encore un club barcelonais s’interrogeait ce Culé de Gerard Piqué en parlant de l’Espanyol de Cornellà ? Certains vont plus loin : l’Espanyol est-il sincèrement catalan, faisant fi du nombre important de joueurs formés par la Ciutat Esportiva Dani Jarque.

« Diriger un club catalan qui porte le nom d’Español, cela mérite l’admiration » prétendait Santiago Bernabéu autrefois. Cela reste d’actualité tant l’historique hégémonie blaugrana tourne à la tyrannie, quelques-unes des rares célébrités espanyolistas n’assumant même plus leurs affinités. C’est le cas des frères Gasol. En 2006, Pau s’était réjoui de la victoire des Pericos en Copa del Rey, une déclaration courageuse et abondamment commentée compte tenu de son passé au sein de la section basket du Barça. Aujourd’hui, il se renie et se prétend victime du mauvais goût de son grand-père qui le trainait autrefois à Sarrià.

Aimable composante du folklore régional durant des décennies, le Barça colore désormais d’une touche de catalanisme politique la plupart de ses initiatives. Quel dirigeant culé, soumis au vote des socios[3], oserait rire d’un projet sportif privilégiant l’identité catalane ? Núñez et Gaspart avaient protégé le Barça de l’entrisme des indépendantistes tout en les caressant dans le sens du poil. Joan Laporta – ami de Carles Puigdemont – leur a ouvert les portes en grand et s’est attaché à alimenter l’image d’un club nationaliste, cosmopolite et mondialisé. Un instrument marketing destiné à la multitude tout en servant la cause des séparatistes, vous suivez le concept ? En se nourrissant majoritairement de joueurs façonnés à la chaîne par les éducateurs de la Masia comme s’il s’agissait de bunyols de Quaresma à consommer bien chauds, le Barça flatte la fibre nationaliste sur l’étroit marché local. Cela participe en outre à l’identité de la marque FC Barcelone et son indispensable promotion à l’international, au même titre que la singularité des couleurs blaugranas, la majesté du Camp Nou, le slogan « mès que un club » ou l’approximatif – pour ne pas dire risible – storytelling faisant du Barça un club ayant résisté au franquisme.

Par conviction ou par opportunisme, avec mesure ou radicalité, ce sont bien deux clubs ancrés dans la Catalogne contemporaine qui s’affronteront ce soir au RCDE Stadium. Cela se traduira sur les feuilles de match par la présence de nombreux joueurs issus des centres de formation des deux clubs, dont le gardien Joan García, un Espanyolista ayant cédé aux avances des Culés comme Ricardo Zamora autrefois. Dans les tribunes, le public sera très majoritairement né en Catalogne, bien plus qu’au Spotify Camp Nou où des milliers de touristes assistent aux matchs du Barça, accueillis par un très disneyen « Visitors from all over the world, welcome to the FC Barcelona magical home ». Du côté de Cornellà, les spectateurs venus d’Asie seront rares et ne brouilleront pas l’expression de la pluralité de la population catalane matérialisée par des drapeaux espagnols, catalans et même quelques esteladas, les bannières des indépendantistes.

L’Espanyol, un petit Barça ?

Amis lecteurs, faut-il vous présenter Alan Pace ? Oui ? Il s’agit du nouveau propriétaire du RCDE qui vivra ce soir son premier derby. La révolution espanyolista a débuté le 14 juillet dernier avec l’annonce d’un accord entre l’actionnaire chinois Rastar Group (RG) et Velocity Sport Partners (VSP), la branche d’investissement de Pace dédiée au sport et qui détient déjà le FC Burnley en Premier League. Trois mois plus tard, l’opération est finalisée : contre 130 millions d’euros dont la moitié en actions de VSP, 99,66% des parts du RCDE sont passées sous pavillon américain, dix ans après la prise de pouvoir par le groupe de Chen Yansheng.

A la tête d’un club vieux de 125 ans, Alan Pace s’est présenté devant un large parterre de journalistes le 14 octobre dernier. Minuscule derrière l’immense comptoir de la salle de presse du RCDE, gilet noir, manches de chemise retroussées, il s’est préparé à une épreuve : obtenir l’adhésion de ceux qui font l’opinion à Barcelone en sachant qu’« on a qu’une seule chance de faire une bonne première impression. » Introduit par le directeur de la communication, Pace a fait l’effort de prononcer quelques mots en catalan avant de lire un texte en castillan au cours duquel il s’est attaché à remercier la terre entière. Les yeux rivés sur ses feuilles, il a poursuivi son propos en assurant qu’il ne fallait pas interpréter cette acquisition comme une transaction commerciale mais comme un projet au service des générations futures, respectueux de l’histoire, de l’identité et de la culture du club sans qu’il n’ait exposé ce qu’il entendait derrière ces termes fourre-tout et consensuels. Incidemment glissé parmi de belles paroles, le mot croissance serait presque passé inaperçu.

Puis s’est ouverte la séance de questions réponses au cours de laquelle il a charmé son auditoire en déclarant sa flamme à Barcelone. « Je suis ravi de participer à ce projet. C’est un rêve qui se réalise, et ce, depuis mon arrivée à Barcelone avec ma femme il y a 30 ans, pour y vivre et étudier. Près de 30 ans plus tard, nous vivons à nouveau une lune de miel. J’ai beaucoup d’amis ici, ils sont comme une famille pour moi. » Onctueuse et sirupeuse comme un panellet, la flatterie fait mouche auprès de journalistes qu’il avait peiné à intéresser jusqu’alors. Nous avons vérifié : il n’a pas usé du même artifice lors de l’acquisition de Burnley, une opération conclue en recourant à la dette et à un fatras de participations croisées menant jusqu’à une société domiciliée à Jersey. Dans le Nord de l’Angleterre, il n’a pas fait mystère de ses motivations en exposant un projet de trading assis sur le lancement d’une application de détection de joueurs à l’échelle mondiale.

Et pour l’Espanyol, quelles sont les ambitions ? Et bien il s’agit de développer le club sans qu’il ne soit nécessaire d’injecter des liquidités car « croître, c’est la mentalité ». Nous voilà rassurés. Dans La Vanguardia, il affirme vouloir faire de l’Espanyol une marque mondiale en changeant l’état d’esprit, son crédo : « Le potentiel est immense. Barcelone ne compte que deux clubs, c’est la ville idéale. Elle est grande et exerce une forte influence dans le monde du football (…). Par ailleurs, Barcelone attire de nombreux touristes, ce qui représente une formidable opportunité pour accroître notre notoriété. » Pour imager son propos, disons que l’Espanyol pourrait être un rémora, un poisson ventouse vivant dans le sillage des grand animaux marins et se nourrissant de leurs restes. Puisque le Barça et le Spotify Camp Nou ne peuvent satisfaire la curiosité des centaines de milliers de Chinois visitant la capitale catalane chaque année, pourquoi ne pas happer une partie de ces pérégrins et les diriger vers Cornellà où les attend une expérience – inoubliable, vraiment ? – à un prix défiant toute concurrence. En résumé, l’Espanyol pourrait être un Barça low cost pour touristes fauchés à qui l’on proposerait des xurros industriels.

Des pionniers à l’époque où Wu Lei jouait pour le RCDE.

Alan Pace se montre bien moins imaginatif à propos du domaine sportif. Son principal objectif consiste à installer durablement l’Espanyol parmi le top 6 de Liga après plusieurs saisons pénibles au cours desquelles les Pericos ont connu deux relégations[4]. L’aspiration paraît raisonnable puisque l’Espanyol s’accroche actuellement à la cinquième place du championnat mais il faut bien le reconnaître, cela s’apparente à un miracle, nous y reviendrons. Comment compte-t-il s’y prendre pour que ce ne soit pas un feu de paille ? Il reconnaît ne pas savoir et ne s’engage sur aucun changement, ni investissement. A son crédit, notons qu’il a épargné son auditoire de la sérénade habituelle des nouveaux dirigeants promettant la Champions League en trois ou cinq ans.

Le derby du jour

A l’aube du derbi, les cotes des sites de paris ne laissent que peu de place au doute : le FC Barcelone va s’imposer, comme d’habitude, et mettre un terme à la série de victoires des Pericos (cinq, du jamais vu depuis 1998-99) . Un pronostic évident pour une issue inéluctable ? Et bien nous ne le pensons pas. D’ailleurs, nous reprendrions volontiers à notre compte la formule « nos vies valent mieux que des pronostics » si elle n’appartenait pas à Manuel Valls[5], supporter des Culés, né dans le quartier de la Horta et lointain cousin germain de Manuel Valls i Gorina, le compositeur de l’hymne « El Cant del Barça » en 1974.

Leader de la Liga, le Barça se présentera à Cornellà armé jusqu’aux dents. Privé plus ou moins longtemps de Yamal, Pedri, Lewandowski et Raphinha durant la première partie de la saison, Hansi Flick dispose de ses principaux atouts offensifs auxquels il faut ajouter le retour du dépressif Ronald Araujo. Face à eux, Manolo González peut compter sur Roberto, beau bébé déniché à Braga après un échec avec l’équipe B du Barça, Pere Milla et Kike García, de vieux et infatigables routiers de la Liga, et Tyrhys Dolan, un troisième choix anglais venu de Blackburn dont le surnom Dolandinho provoque un indéfinissable embarras.

Mais celui que tout le stade va scruter s’appelle Joan García. Homme clé du maintien des Blanquiazules l’an passé, son passage à l’ennemi reste en travers de la gorge de nombreux fans des Pericos. Au cours des 50 dernières années, une trentaine de joueurs ont porté les deux maillots mais aucun transfert n’a eu un tel retentissement depuis celui du misérable Canito à la fin des années 1970. Inquiètes de ce regain de tension, les autorités ont instauré des règles de sécurité drastiques et ont interdit la présence de toute camiseta blaugrana dans l’enceinte de l’Espanyol.

Dans ce contexte survitaminé, quel sera le scénario du match ? Probablement une caricature d’attaque-défense car, disons-le sans circonlocution, si le FC Barcelone représente un modèle en termes de développement, ses principes de jeu sont aux antipodes de ceux de l’Espanyol. Faute de talents, les Pericos s’appuient avant tout sur une organisation rigoureuse où la solidarité permet de compenser les déficits individuels. Ce football restrictif peine à enthousiasmer les observateurs au-delà de Cornellà et vaut à l’Espanyol quelques remarques cassantes, comme celles de Claudio Giráldez, technicien amer du Celta après la défaite des siens en novembre dernier : « ils sont venus ici pour défendre, ils n’ont rien proposé à part sur coup de pied arrêté, où ils ont marqué le seul but de la rencontre. »

Accueil des joueurs de l’Espanyol au retour de Bilbao après la 5e victoire consécutive en Liga.

Avec un des plus modestes budgets de Liga – 20 fois inférieur à celui du Barça[6] – et un des effectifs les plus limités de son histoire, l’Espanyol n’a d’autre choix que de faire appel à ses valeurs ancestrales, celles qu’Alan Pace n’a pas su qualifier : humilité et combativité, décuplées par l’ardent désir de faire tomber Goliath. Des ressorts que des générations de Pericos ont su mobiliser pour être le poil à gratter du FC Barcelone dans le sillage du Tigre Arcas, de Rafa Marañón ou du dernier héros, Raúl Tamudo. A Roberto, Pere Milla et Kike García de leur succéder afin que le derbi retrouve un peu du piment d’antan et procure le même plaisir que la dégustation de boles de picolats épicés à souhait.


[1] 171 victoires pour le Barça, 72 pour l’Espanyol et 63 nuls.

[2] La dernière victoire de l’Espanyol a eu lieu en Copa del Rey en janvier 2018 suivie d’une élimination au retour.

[3] Le RCDE est une société anonyme sportive et la désignation de la présidence ne relève plus d’un vote des socios.

[4] Au cumul des points gagnés depuis la création de la Liga en 1929, l’Espanyol occupe le 7e rang et le Top 10 des clubs est le suivant : Real, Barça, Atlético, Athletic, Valence, Séville, Espanyol, Real Sociedad, Betis, Celta.

[5] Phrase prononcée en réponse à une question sur ses chances de succès à la primaire citoyenne organisée par le Parti socialiste en amont de l’élection présidentielle de 2017.

[6] 46 M€ pour l’Espanyol, 896 M€ pour le FC Barcelone déclarés pour 2025-26.

17 réflexions sur « Espanyol – FC Barcelone : traquenard à Cornellà ? »

      1. Je ne l’aurais jamais soupçonné pour le Celta.

        Appliqué à mon pays, je gage qu’il y aurait des résultats très surprenants. Avec des résultats (le nombre de points collectés en D1) qui pourraient être spectaculairement décorrélés avec celui de saisons de présence au plus haut niveau.

        Le Cercle, par exemple, figure dans le cercle (ahah) le plus étroit des fidèles à notre élite…………..mais quant au nombre de points grapillés, je suis plus sceptique.

        Et alors Genk, là ce serait très clairement l’inverse!

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  1. J’ai toujours été fasciné par ces nationalistes..qui entendent dissoudre ensuite et plus avant l’objet de leur combat dans le gloubi-boulga cosmopolite et mondialisé (pour reprendre deux termes que tu mobilises dans ton article). Identité et souverainisme mes couilles.

    Il y en a beaucoup de cet acabit, les indépendantistes « light » flamands par exemple, quoique : eux ne parlent plus de sortir de la coquille-Belgique, depuis que l’essentiel de sa susbtance utile est entrée sous contrôle flamand, éh..

    Un je ne sais quoi me suggère qu’il n’y a aucune souveraineté digne de ce nom à attendre de zozos pareils, et qu’ils ne sont que la promesse d’une dissolution dans le marché.

    J’eus un temps un voisin catalan, j’écoutais avec curiosité ce qu’il me rapportait..et à l’écouter il y avait même eu un Empire catalan, pourquoi pas..sauf que, quand je vérifiai plus tard : je crus comprendre que ç’avait été au mieux une principauté autonome? Une grosse principauté de Liège, en somme.. Ca m’avait fait sourire, je devrais peut-être créer un parti officialisant l’usage du « oufti », la reconquête des deux Limbourg et des Ardennes, et la consommation quotidienne du boulet sauce lapin.

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      1. Barcelone + Valence + Baléares = ça faisait Empire..pour lui, du moins..

        Ne pas trop chercher à comprendre le truc, hein : pour situer ce brave garçon, il avait épousé toutes les thèses ridiculo-grotesques propres à la narrative du FCB. Et il était homosexuel d’un registre très démonstratif, militant ; en somme : son propos entendait aussi la progressiste Barcelone Vs l’obscurantiste Madrid.

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    1. Tu peux trouver des justifications historiques ou culturelles à la quête d’une indépendance, notamment à travers des singularités comme durant la période de domination musulmane dans la péninsule à laquelle échappent la Catalogne et l’Aragon. Je ne suis pas là pour juger du bien fondé de cette revendication mais que le Barça, monstre économique dont le modèle repose sur la mondialisation, soit l’emblème du régionalisme, quelle fumisterie ! Bartomeu avait tenté de faire un pas de côté mais avec Laporta, retour à la case départ, indépendantisme à tout va. Il serait pourtant bien emmerdé économiquement sans les clásicos !

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      1. Je crois même qu’il puisse y avoir des indépendances nécessaires, comme il y a des mariages malheureux, bancals et auxquels mieux vaut mettre fin. De loin, ça ne donne quand même pas le sentiment d’une entité particulièrement opprimée, le surcroît de droits politiques dont bénéficie cette région est quasi sans égal en Europe. Mais je ne suis pas catalan.

        Le reste.. Ca ressemble fort à du théâtre, et encore faut-il voir quelle en est la cible.

        La narrative du club opprimé, spolié (lol)..a fait le tour de l’Europe et fait autorité à ses quatre coins, c’est un peu partout que les gens ont fini par y croire, et pour d’aucuns cela renforce sans doute même leur adhésion. Pour eux le Barca devient alors plus qu’une simple marque : c’est un récit ; catalans ou pas beaucoup trouvent à son contact une résonnance intérieure, de quoi communier avec ce mythe identitaire collectif – sans quoi ils ne seraient si souvent si hargneux dès qu’est touché à cette sacro-sainte institution..dont ils ne savent bien souvent que trois fois rien.

        Mais ailleurs je n’en sais rien. Ces Chinois en tribunes, ils ne sont peut-être pas au fait de ce récit, et/ou n’y adhèrent pas. Ou alors ils le connaissent, l’ont intégré..mais prendraient très mal qu’on parle d’indépendantisme tibétain, ce serait rigolo, ça. Mais je n’en sais rien, je réfléchis tout haut.

        J’aimerais savoir quand le tempo de ce récit s’accéléra, voire s’emballa. Comment et pourquoi il est devenu un discours global. Le slogan du « Mes que un club », qui me paraît n’être rien plus (ou plus rien?) qu’une formule bien creuse, c’est désormais à l’échelle mondiale qu’il est véhiculé et tapine aussi. Sait-on qui l’a fait passer dans cette autre dimension?

        J’ai vu passer Khiadia, question (pour toi ou pour autrui aussi, Verano, bien entendu) : Ils en pensent quoi, les autres Espagnols, de cette identité mondialisée qui se raconte comme une identité locale?

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      2. Quelques éléments objectifs et d’autres qui sont une interprétation…
        « Més que un club », c’est sous Franco que cela apparaît et on le doit à Montal, le président qui fait venir Cruyff mais aussi celui qui décore le Caudillo. C’est l’ère du Porciolisme dont nous avons parlé sous l’article consacré à Núñez : le catalanisme appartient au folklore. Ensuite, ce même Núñez se fait élire avec un slogan en catalan (Franco est mort). Il joue au chat et à la souris avec Jordi Pujol, le président de la région qui assume son nationalisme catalan. Il rêve de se servir du Barça mais Núñez refuse que le club soit instrumentalisé. Tout change vers 2003 quand Laporta est élu président à la suite de Gaspart. C’est lui qui lie le Barça aux indépendantistes à un moment où le PSOE (Zapatero) renforce l’autonomie de la région, en fait de facto un état dans l’état, alors que la droite s’y oppose. Quand Rajoy succède à Zapatero, le président de région Artur Más durcit ses positions nationalistes, c’est une fuite en avant. Les difficultés économiques catalanes seraient le fait de l’Espagne, des régions du Sud etc… des discours qu’on trouverait populistes partout ailleurs ! Les présidents Rosell puis Bartomeu sont bien plus mesurés que Laporta, inquiets de ce que pourrait signifier une indépendance sur le plan économique. Leur gestion désastreuse les discrédite et Laporta, l’ami de Puigdemont est réélu en 2021. Obligé financièrement de piocher dans la Masia, il réussit à concilier des visions régionalistes et mondialistes. Pas un mince exploit, accordons lui ça. De tous les présidents, c’est lui le plus engagé. Et si on devait fixer une date de rupture, je dirais à partir devait 2003 et la fin du nuñismo.
        Et pour que tout cela s’impose à un maximum de Catalans, La Vanguardia et Mundo Deportivo se convertissent complètement. L’un au service des indépendantistes, l’autre au service du Barça, instrument des indépendantistes. Je sais bien que le rapport entre supporters du Barça et de l’Espanyol est de 10 contre 1 mais désormais, le Barça a environ 8 à 10 pages quotidiennes qui lui sont consacrées et l’Espanyol 1 ou 2. Ce n’était pas le cas dans les années 1990.

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      3. Et l’Espanyol a perdu 0-2 dans les derniers instants d’un match qu’il aurait pu gagner si son ancien gardien Joan García n’avait pas changé de camp. Il a sauvé 3 ou 4 fois ses nouvelles couleurs.

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      4. En Andalousie, l’image du Barça agace la plupart du temps, souvent en raison du lien plus ou moins étroit avec la cause indépendantiste. C’est plus ce biais là qui me paraît critiqué que sa mondialisation. Le Real est également un moteur de la mondialisation. Certainement les deux clubs au monde qui en ont le plus profité. Quand tu vois que le clasico a supplanté des derbys locaux en termes d’attente et de popularité. Le Premier League est également populaire mais la gâteaux est partagé en plus de parts.

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  2. Toujours compliqué de comprendre les critères integrant ou non au sein d’une culture. J’ai commencé l’école à Barcelone. Ce sont mes premiers souvenirs. Mais à partir de quand aurais-je été considéré comme un catalan. Ma mère et mon frère nés en France, mon père et moi en Andalousie… Mes parents auraient-ils obtenu le tampon si on était resté là-bas ?

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  3. Une superbe mise en bouche! J’ai vu le resumé et comme attendu l’homme du match aura été Joan Garcia. S’il avait été dans les cages de l’Espanyol le score aurait été inversé.
    Voir le Barça gagner grâce à un produit de la formation du rival

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  4. Super cool l article.
    En plus y a de la bouffe.

    C’est quoi les petites couilles (sorry) enrobées de sucres?
    Je ne crois pas avoir lu la réponse.
    Panelet (je connaissais pas non plud) ça ressemble pas tout à fait.

    Le boles de picolats me donne super envie…

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