Alain Gerbault, portrait d’un célèbre inconnu

« Pendant la traversée, il me raconta d’une voix douce qu’adolescent, il avait joué au football avec Alain Gerbault. »

Patrick Modiano, Rue des Boutiques Obscures, 1978.

Vaitape, à Bora Bora. Face à la mer, au milieu des motos et des pick-ups, une stèle est entourée par une chaînette. Sans doute pour qu’on ne se gare pas devant, puisque personne ne la remarque. Tout le monde semble l’avoir oubliée. En s’approchant on peut y lire : « ALAIN GERBAULT 1893-1941. Seul sur le Firecrest a fait le tour du monde 25 avril 1923-26 juillet 1929. » Qui est donc Alain Gerbault ?

De Laval à Cannes : itinéraire d’un enfant gâté ?

Alain Gerbault naît le 17 novembre 1893 dans une riche famille d’industriels lavallois de tendance orléaniste. Enfant et adolescent, il fréquente des établissements d’enseignement catholique, passe les étés dans la propriété familiale de Dinard où il participe à des croisières vers les îles Chausey et Saint-Malo, joue au tennis. Inscrit à Ponts et Chaussées pour la rentrée 1914, le déclenchement du conflit pendant l’été le conduit à s’engager volontairement dans l’armée. Admis dans l’aviation, il se révèle un excellent pilote de chasse.

Le lendemain de l’armistice, il confie dans une lettre : « Je ne pourrais jamais avoir une existence sédentaire après avoir connu les émotions inoubliables de la chasse aérienne. » Il abandonne donc rapidement les études pour se consacrer au tennis. Son principal fait de gloire comme joueur de tennis est de participer à la finale du double messieurs des championnats du monde sur terre battue organisés à Saint-Cloud en 1921. Mais il sait que, au contraire de ses amis Jean Borotra et Suzanne Lenglen, il ne deviendra jamais un grand joueur de tennis car il est trop limité techniquement.

Fidèle à la pensée de Spengler, convaincu de l’échec de la civilisation occidentale, de son déclin et de sa disparition prochaine, préférant la solitude au nombre, le silence au bruit, la contemplation et la lenteur du voyage en voilier au tumulte et à la vitesse du voyage en automobile, lisant Joseph Conrad, Jack London, Herman Melville et Robert Louis Stevenson, fréquentant Ella Maillart, Gerbault rêve de voyager en mer et fait donc l’acquisition de Firecrest en 1922. Firecrest est un cotre anglais construit en 1892, long de 11 mètres et tirant 1,80 ou 1,90 mètres d’eau.

C’est avec ce navire qu’il quitte Cannes le 25 avril 1923 pour une traversée en solitaire de l’Atlantique Nord.

Arrivée d’Alain Gerbault au Havre, le 26 juillet 1929.

De Cannes à Paris : sur les traces de Magellan ?

A son arrivée à New York, 142 jours après son départ de Cannes et 101 jours après avoir quitté Gibraltar, il devient immédiatement une star, le président de la République lui décernant la Légion d’honneur. Il publie le récit de ses aventures d’abord aux Etats-Unis puis en France : c’est un important succès en librairie.

Mais Gerbault ne songe qu’à repartir seul pour fuir la civilisation occidentale : « Je pensais sans cesse à mes jours heureux sur l’océan, à peine arrivé, je ne songeais qu’à repartir. »

Ainsi, en août 1924, après des travaux de réparation de Firecrest, il quitte New York pour poursuivre son tour du monde. Il accoste d’abord aux Bermudes puis franchit le canal de Panama. Après les Galapagos, il atteint les îles de la Polynésie où il reste deux ans, de 1925 à 1927 : Mangareva, les Marquises, les Tuamotu, Tahiti, Bora Bora, les Samoa, les Wallis, les Fidji, les Nouvelles-Hébrides.

Aux Marquises, il découvre une population dans un état physique et psychologique alarmant et y apprend le surf. A Tahiti, il rencontre la reine Marau. Aux Wallis, il apprend le football aux habitants et gagne leur confiance. Dans une lettre du 1er avril 1926, il confie : « J’ai été heureux aux Marquises et aux Tuamotu comme je ne peux l’être ailleurs, et je ne peux comprendre la vie loin de la Polynésie. »

Après avoir quitté la Polynésie, il poursuit son tour du monde par la Nouvelle-Guinée, le Timor, la Réunion, Durban, Le Cap, les îles atlantiques de Sainte-Hélène, de l’Ascension, du Cap-Vert et des Açores. Il termine son périple au Havre le 26 juillet 1929, accueilli par une foule nombreuse.

Le lendemain de son arrivée, il assiste au double de la finale de la Coupe Davis entre les Etats-Unis et la France. Son arrivée provoque l’interruption du match. Les 15 000 spectateurs du stade Roland-Garros se lèvent et l’applaudissent. Henri Cochet et Jean Borotra quittent le terrain, montent en tribune pour le féliciter. La Marseillaise démarre. Quelques jours après, la croix d’officier de la Légion d’honneur lui est officiellement remise.

Mais, lassé des mondanités et de la récupération commerciale de son nom et de ses aventures, il souhaite repartir en Polynésie et fait construire un nouveau bateau. « Peut-être un jour comprendra-t-on mieux ce que fut mon évasion de la fausse civilisation européenne, mon aspiration vers une nouvelle religion nécessaire qui prêcherait le mépris des besoins et le culte de tout ce qui est beau. »

Alain Gerbault (au centre, avec le maillot de corps rayé) au Havre, le 26 juillet 1929.

De Marseille à Papeete : fuir ?

Son nouveau bateau est un cotre de 10,50 mètres et tirant 1,75 mètres d’eau. Construit sur mesure, il est parfaitement adapté aux besoins et à la morphologie d’Alain Gerbault. Le 27 septembre 1932, il quitte Marseille à destination de la Polynésie. Par la côte marocaine puis les îles du Cap-Vert, la Martinique, le canal de Panama et les Galapagos, il gagne les Marquises, les Tuamotu, Tahiti. C’est le début de sept années de pérégrinations dans les îles du Pacifique Sud.

Mais peu après son départ, l’hebdomadaire Voilà accuse Gerbault d’avoir fréquenté l’école Courbet des pupilles de la marine, à Marseille, pas uniquement pour y jouer au football avec les jeunes mais aussi parce qu’il s’y adonnait à la pédérastie. Des rumeurs analogues le poursuivent depuis trois ans qu’il est en France, mais aussi dans les îles visitées en escales prolongées lors de son tour du monde.

Le nombre d’enfants jouant dans et autour de son bateau en Polynésie comme la récurrence de leurs mentions dans les livres de Gerbault sont aussi remarquables. D’autant plus qu’on ne connaît pas de femme ayant partagé la vie du navigateur. Prudemment, Eric Vibart, dans la biographie solidement documentée qu’il a écrite sur Gerbault, note que « depuis des années, il balance entre l’asexualité et les tentations plus troubles, mal vécues, de la pédérastie. »

Défenseur des droits des indigènes, Gerbault se fait rapidement détester par la majorité des Européens présents dans les îles. Ses critiques contre « l’occidentalisation excessive » des indigènes lui valent l’indifférence ou le mépris des Français en métropole comme dans les colonies. S’il ne fut jamais anticolonialiste, il est « absolument partisan de la colonisation par et pour l’indigène. Il n’y a pas de place pour les colons dans ces îles où toute la terre appartient de plein droit aux indigènes. »

Ainsi, parallèlement à son œuvre d’ethnographe des sociétés polynésiennes, il entend « relever la race et les individus en leur rendant leur dignité, en leur donnant des responsabilités au lieu de les traiter comme des êtres incapables de se conduire et de se diriger. » Dans une optique hygiéniste, pour combattre l’alcoolisme et alors que les danses traditionnelles ont été interdites par l’administration coloniale, il cherche à répandre la pratique du football parmi les jeunes Polynésiens.

Aux Marquises, il enseigne donc les rudiments du football à des jeunes. Sur l’île de Nuku Hiva, il organise un match de football inter-îles et va lui-même chercher 11 joueurs à Hiva Oa. Il initie ainsi une tradition qui se poursuit après son départ. Avec les jeunes d’Hiva Oa, il réclame encore un terrain de football. Ils finissent par l’obtenir après un an et demi de lutte avec l’administration.

A Bora Bora, Gerbault apporte des ballons neufs achetés à Papeete. Avec les jeunes de l’île, il obtient la mise en place d’un terrain de football.

Pendant l’été 1940, Gerbault est à Papeete. Il s’associe alors au Comité des Français d’Océanie, formé d’anciens Croix-de-Feu et de membres de l’Action française. Ceux-ci sont favorables à un programme de Révolution nationale et souhaitent que Tahiti soit maintenue sous l’autorité de l’Etat français. Gerbault connaît personnellement Pétain, à qui il a vendu une de ses propriétés en 1921 et qu’il a accompagné lors de sa visite officielle de l’Exposition coloniale de 1931. Elevé dans une famille royaliste et proche des milieux maurrassiens, Gerbault est aussi en accord avec certains idéaux de la Révolution nationale et est convaincu que Pétain est l’homme qui relèvera la France. Ainsi, il dévoile sa pensée dans une lettre datée du 1er août 1940 : « J’ai bon espoir que la France se relèvera plus forte car j’ai confiance dans le nouveau gouvernement et j’espère que mes livres pourront aider au travail de réorganisation. […] J’ai espoir de voir triompher les idées que j’aime, nationalisme et diminution de la bureaucratie et des fonctionnaires par la décentralisation. Les idées exprimées dans mon troisième livre ne peuvent j’espère que plaire au nouveau gouvernement et j’espère qu’ici, un amiral, comme en Indochine et en Algérie, viendra faire aimer et respecter la France. »

Mais le résultat du référendum organisé pour savoir si Tahiti doit se rallier à de Gaulle ou Pétain est sans appel : 5 564 voix se portent sur de Gaulle, 18 (dont celle de Gerbault) vont à Pétain.

De Papeete à Vaitape : mourir ?

Dans les heures qui suivent l’annonce du résultat, Gerbault quitte Tahiti pour l’Ouest. Refoulé de Raïatea puis de Bora Bora, il relâche aux Samoa puis aux Tonga. Arrivé à Port Moresby, il y attend l’autorisation de gagner Timor : il hésite entre se rendre en Indochine ou à Madagascar. Mais à Dili la mousson bloque par deux fois son départ. Il meurt à l’hôpital de Dili d’une malaria mal soignée le 16 décembre 1941, la veille de l’entrée des soldats néerlandais et australiens dans la colonie portugaise. Enterré dans l’île, ses restes sont transférés en 1947 à Bora Bora, sur la plage de Vaitape, non loin de l’ancien terrain de football.

Conclusion

Je laisse le dernier mot à Eric Vibart, « Mourir de ne pas mourir », dans Alain Gerbault, Un paradis se meurt, Paris, Hoëbeke, 1994 : « L’activité qu’il développa pour secouer l’administration, motiver les insulaires à s’intéresser au sport, à pratiquer de nouveau les danses et les arts traditionnels, à fouiller le passé polynésien, est confondante. […] Les efforts d’Alain Gerbault furent avant tout consacrés à obtenir la reconnaissance de l’ancienne civilisation polynésienne, pour prouver en Europe que la Polynésie était autre chose qu’une anecdote tropicale. »

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58 réflexions sur « Alain Gerbault, portrait d’un célèbre inconnu »

  1. Drôlement complexe ce personnage avec beaucoup de hauts et de bas. Merci pour l’histoire. Après avoir lu cet article, on peut également se demander quels joueurs de foot sont issus des îles du pacifique. Pour Tahiti, les deux Vahirua (Pascal et Marama). Pour la Nouvelle-Calédonie, Kombouaré et Karembeu mais également pour les plus anciens Marc Kanyan, Zimako et Ihily (vainqueur de la coupe de France avec Bastia en 1981). Le recordman de buts en équipe d’Australie, Tim Cahill, a un parent des Samoa. Tim Cahill a d’ailleurs joué pour l’équipe des Samoa avant de choisir l’Australie. Qui d’autres? Ton beau voyage nous a aussi amené à Hiva Oa (où Paul Gaugin est enterré) et aux marquises (qui font bien sûr penser à https://m.youtube.com/watch?time_continue=2&v=smH_HareiVQ&feature=emb_logo ). Merci

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  2. Un ami m’a conseillé ce site et je ne cache pas ma déception. Je pensais que de véritables amoureux du football consacreraient un article pour les 30 ans de la mort de Ernst Happel, mais je vois que l’on préfère s’intéresser ici à des marins d’eau douce.

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      1. C’est quelqu’un qui aime les jeunes hommes en culottes courtes. Mais pas à la façon de ce Gerbault.

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      2. Rien à voir pas cet individu, même si je le soupçonne d’être bien coiffé et doté d’un sexe grand comme le ciel, comme a chanté le poète.

        Guybrush Treepwood est un personnage mondialement connu. Une légende.

        PS: pourquoi est-il impossible de répondre à certains messages?
        PS bis: est-ce que ce « connecté.e » est encore un de ces cauchemars inclusifs?!

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      1. J’étais devant mon écran ce lundi 14, attendant fébrilement un signe.

        Il vous reste encore le 29 pour vous rattraper.

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      2. Il y a de meilleures dates encore pour lui rendre justice. Les deux premières parties sont prêtes, reste la troisième.

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      3. Guybrush
        Regarde au 31 octobre. En plus, il y a deux éléments dont tu es la source directe. Preuve que j’écoute quand tu t’exprimes. Hehe

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      4. Je ne connaissais pas cette photo, non. Mais elle est effectivement fort petite, difficile d’en distinguer les détails.. Peux-tu éventuellement la commenter?

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      5. @Bota

        Vi, elle est plus proche du timbre poste.

        Le petit bonhomme en culotte courte, c’est notre Ersnt Happel. Et le grand gaillard costumé en militaire, qui signe un autographe, n’est autre que Franz Binder.

        Il existe aussi une touchante photo de Happel où il est en compagnie des frères Körner, probablement prise peu après leur arrivée au Rapid. Les trois ont intégré le club après une journée de détection. Faudrait que je la retrouve.

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      6. Je proposerai, je ne sais trop quand, des articles expliquant comment Happel fut spolié de la paternité de son apport au football (football total moderne donc).. mais, quant à toi : et si tu nous proposais quelque chose sur ses primes années autrichiennes? Je vois mal qui d’autre qu’une espèce de Erich von Stroheim pourrait s’y commettre?

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      7. Ahaha, je ne sais pas comment prendre la comparaison avec Stroheim!

        Je crois que j’ai déjà promis un truc sur la Mitropacup. Faudrait que je m’y mette un jour.

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      1. Ça me fait plaisir de vous retrouver aussi.

        Si on fait abstraction de Bobby bien sûr.

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      2. Avoir Bobby et toi sur ce site est super non seulement pour les connaissances que vous avez tous les deux mais également pour vos réparties mutuelles qui me font bien rigoler. Sincèrement, je pense que le niveau de P2F est exceptionnel avec tous ces articles variés et commentaires de connaisseurs.

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      1. Bande de boomers!

        Guybrush Threepwood, on ne fait pas plus cool comme pseudo.

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    1. Quel est le plus grand exploit de Ernst Happel en tant qu’entraîneur? La victoire de Feyenoord en C1 1970, atteindre la finale de la C1 avec Bruges en 78 ou la victoire de Hambourg contre la Juve des champions du monde italiens entourés de Platini et Boniek lors de la finale de C1 1983? Cette dernière pour moi.
      Maintenant une question vraiment facile: quel est le plus grand joueur que Happel ait dirigé ? Je rappelle qu’il était l’entraîneur des Pays-Bas lors de la CM 78…

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      1. Son plus grand exploit est peut-être d’avoir réussi à faire courir Franz Hasil!

        Ce sont des bonnes questions. On peut penser à ces victoires avec Feyenoord et Hamburg, mais faudrait demander à Bota ce qu’il pense de son passage à Bruges notamment.

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      2. Avoir atteint la finale de la WC78 est un énorme exploit : beaucoup d’absents, de joueurs pas vraiment en condition.. et puis voire surtout : que de trahisons et coups tordus en interne.. Il eut bien du mérite, c’était un nid de vipères!

        Sinon, avec l’ADO : c’est très fort aussi.. 2x 3ème, 2x 4ème.. 4 finales de Coupe. Historiquement, ce doit être à peu de choses près le 10-12ème club NL, mais son arrivée leur fit gagner une dizaine de rangs dans la hiérarchie du football néerlandais, c’est très fort.

        Si on met de côté l’accident industriel sévillan, auquel je ne comprends rien, c’est sans doute avec le Standard Liège que ça marcha « le moins bien » : une équipe de fous furieux, lui-même convenait qu’il était inenvisageable de ne pas être a minima champion de Belgique avec tel noyau..et au final rien qu’une victoire en Coupe, un semi-échec.

        Plusieurs joueurs du Standard se plaignirent de la piètre qualité de ses entraînements physiques, qu’il y avait du laisser-aller à ce niveau.

        Il est certain que Goethals fit, dans la foulée, beaucoup mieux que Happel avec moins de qualité.

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      3. Feyenoord et Hambourg ne sont pas les noms les plus clinquants de l’Eurofoot (quoique, Feyenoord, le Kuip.. : pour moi c’est archi-culte, marqueur très fort dans l’Histoire du foot européen – il faut se représenter l’ultra-modernité du Kuip quand il sort de terre dans les années 30!)..mais c’était tout de même, à l’époque, deux des clubs les plus riches au monde l’air de rien!

        Moins de moyens au FC Bruges (dont le bourgmestre avait toutefois fait énormément pour, d’abord, assainir les finances, puis regrouper les forces vives économiques de la région autour du projet – non-dénué d’ailleurs de relents flamingands), où ce fut toutefois plus spectaculaire : cela restait du jeu de position pur mais son football-total y fut davantage débridé, le fameux « Sturm und Drang » brugeois et ses prises de risques maximales, une sorte d’aboutissement par rapport à ce qu’il avait déjà fait à Rotterdam. Et au complet, ils auraient eu toutes leurs chances face à Liverpool en 78, malheureusement le banc était famélique.

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      4. @Bota: merci pour toutes ces infos
        @Khiadia: merci pour Bennett (que je ne connaissais pas).

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      5. Sur l’aspect athlétique, je me demande si le problème ne concernait pas peut-être la récupération. Lors des préparations, il pouvait imposer 3 séances quotidiennes à ses joueurs. Il accordait de l’importance au foncier et était connu aussi pour rechercher de nouvelles méthodes (les fameux cours d’aerobic au HSV, par exemple). Mais évidemment, les connaissances dans le domaine étaient plus limitées qu’aujourd’hui.

        Sur le jeu offensif, l’allusion de Bota au Sturm u. Drang me fait souvenir de propos de Hrubesch ou Netzer. Je ne sais plus exactement. Bref, il expliquait que parfois les attaquants du HSV étaient comme décontenancés, parce que trop de possibilités s’offraient à eux.

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      6. A Séville, outre son incapacité à s’adapter à la vie andalouse et à la langue, je rappelle qu’il avait dans l’effectif Bambino Veira venu en touriste (0 match officiel). Et puis il ne faut pas exclure que les joueurs l’aient rejeté, pleins d’a priori (pas forcément infondés) après avoir tant souffert des exigences de son compatriote Max Merkel. Quand Merkel quitte Sevilla en 1971, il est haï de tout l’effectif.
        Entre Merkel et Happel, passent quelques loustics : Vic Buckingham, démotivé après le Barça et qui passe les entrainements à discuter du Real Madrid avec Manolin Bueno, Dan Georgiadis, l’anti-préparation physique et sorte de gourou ayant exigé de ses joueurs qu’il se vêtisse d’habits traditionnels andalous lors d’un voyage en Grèce… En gros, Sevilla dans les années 1972-75, c’est le bordel.

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      7. Aucun doute : dans l’absolu, le foncier était effectivement très important pour lui. Je ne visais guère que ces résultats brin sous les attentes au Standard, où vraiment il sembla soudain négliger cet aspect : les entraînements c’y fut ballon, ballon et ballon. Mais peut-être entendit-il insister sur ce par quoi les joueurs du Standard péchaient « le plus »? Aucune idée.

        Par contre, j’en parlais d’ailleurs il n’y a pas bien longtemps, son goût de l’offensive y fut amplifié : il lui arriva de n’aligner que deux défenseurs au cours de ses deux saisons liégeoises, de la folie.

        On aura l’occasion d’en reparler!

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      8. Sindelar,

        Plus grand exploit je sais pas, mais d’après le fils de Happel, ses années les plus vibrantes, « les plus intenses », le furent à la tête de Bruges.

        Explication (je le cite toujours) : club sens-dessus sens-dessous, c’était la cata (NB : tout cela est vrai et sur tous les plans).. Il dut repartir de zéro, vira des stars intouchables, lança autant de jeunes, se battre sur tous les fronts, un climat de frénésie permanent.. A l’en croire, le père Happel ne fut jamais aussi bon ni foisonnant d’idées que lors de ses années brugeoises.

        Il vécut d’autant plus mal d’en être viré comme un malpropre. Et les dirigeants du FC Bruges furent les seuls à ne pas envoyer de délégation à son enterrement, bizarre..

        @Verano : j’ai trouvé l’explication pour Séville, l’a fallu le temps, oufti..

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    1. Ai jamais accroché avec le « comte ». Mais c’est l’idée, oui : ombre et lumière.
      Et redonner vie à un type qui fut une grande vedette dans l’entre-deux-guerres, mais dont le souvenir s’est largement étiolé aujourd’hui.

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    1. Le déclin de l’Occident.
      Spengler publie son maître-livre dans la foulée de la Grande Guerre, bien influencé par les désastres de celle-ci. Sa thèse reste très vivace et discutée pendant une bonne partie de l’entre-deux-guerres.
      Dans le même mouvement, on peut aussi mettre la fameuse conférence de Paul Valéry, en 1919, sur la crise de l’esprit européen. Avec son célèbre incipit : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »

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  3. Bon.. Gerbault est l’un de mes premiers (et très rares) héros d’enfance, souvenir de lectures..ou plutôt d’une carte représentant les routes suivies par ces moult explorateurs de fin XIXème – début XXème siècle.. Et parmi tous ces destins de navigateurs solitaires, c’était celui qui me fascinait le plus!

    Alors ce n’est vraiment pas l’aspect qui m’intéresse le plus, et cependant : pédéraste à la André Gide, si je te lis bien..ou plutôt pédophile? Qu’en sait-on vraiment?

    Ces accusations (ou rumeurs plutôt?) me rappellent le destin du pauvre Joshua Slocum, harassé de son vivant pour les comportements sexuels borderline qu’avec l’une ou l’autre jeunes filles on lui prêta..mais à tort!, dans son cas il fut avéré que c’était pure calomnie (et dans son cas, c’est d’ailleurs et précisément le fait de calomnie qui était le plus intéressant : il disait tout du rejet, par sa communauté brin sinistre, de l’altéralité qu’incarnait le rêve vécu par le vieux Joshua Slocum).

    Or dans le cas Gerbault, j’ai l’impression qu’il n’y a rien de bien tranché ni documenté, mais..? Aucun souci à l’idée qu’il eût une sexualité hors les clous, mais peut-on raisonnablement s’imaginer que les inimitiés qu’il suscita aient pu être à la base de cette mauvaise réputation? Ou est-ce sans appel?

    Je crois me rappeler qu’un autre « Polynésien », Gauguin, a gagné avec le temps une réputation peu flatteuse en la matière, probablement pire même.

    Le rejet d’une civilisation jugée « morte », c’est partout et à toutes époques que l’on peut retrouver ce fantasme. Et je présume que la France qu’il sembla chérir jusqu’au bout, devait tenir à l’idée d’une France disons « archaïque », à l’instar de ces auteurs latins classiques pleurant les lointaines vertus de la République? Si oui, avec tel bagage familial de surcroît, il n’est alors pas vraiment étonnant qu’il fût pétainiste.

    C’est toujours un peu déroutant, enfin, ces produits de la Métropole qui, parvenus aux Tropiques, y prennent soudain mais véritablement le parti du peuple dominé. Ce que j’ai le plus souvent observé, c’est que c’était peut-être le propre de ceux qui débarquaient quelque part sans représentation ni ambition idéales aucunes – les idéaux des idéalistes proclamés ne faisant a contrario généralement long feu, et aboutissant souvent même à des spectacles navrants.

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    1. Au final, de nos jours, le terme pédérastie (voire éphébophilie) est surtout un euphémisme littéraire pour désigner la pédophilie, le fait d’avoir (ou de désirer avoir) des relations sexuelles avec des gosses. André Gide était un pédophile qui enrobait ça dans une démarche prétendument éducative. Mais il voulait faire (et faisait) l’amour avec des mômes. Pour autant, ce n’était pas Marc Dutroux.

      Concernant Gerbault, il n’y a aucune preuve. Mais, comme l’écrit prudemment Vibart, c’est tout à fait probable. Mérite-t-il, pour cela, notre opprobre ? Je ne sais pas, je n’ai jamais été bon pour distribuer les bons et les mauvais points. Simplement, on ne peut pas cacher cette possibilité. Et il est aussi tout à fait possible qu’il fut victime de calomnie. Peu importe, de toute façon, ça n’en rend le personnage que plus fascinant.

      Ah ! ça, oui, le « c’était mieux avant » c’est depuis que l’Homme sait écrire… Qu’on lise la Genèse, Démosthène ou Cicéron, « c’était mieux avant » ! Mais cet état d’esprit est particulièrement vif dans l’entre-deux-guerres où l’Europe commence d’être déclassée et où la France est en crise démographique.

      Gerbault avait sans doute le fantasme d’une Vieille France qui n’existât jamais, à la manière d’un Bernanos. Et il avait tout à fait le droit de désirer une société traditionnaliste et de rêver d’une Révolution nationale. Mais, au contraire d’un Bernanos, il ne comprit pas l’ordre des priorités en 1940 : d’abord gagner la guerre et, ensuite (pourquoi pas ?), révolutionner la société française. C’est une erreur, peut-être même une faute, politique évidente. A la manière de Pétain et de ses séides, il a voulu profiter de la défaite pour faire passer ses idées.

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      1. En fait j’avais à l’esprit que, grosso merdo, la pédérastie tenait à l’intérêt qu’on peut avoir pour des jeunes mais nubiles. Et que la pédophilie relevait d’une prédation sur de plus jeunes encore, eux supposés être asexués.

        Et je citais un peu Gide à dessein, lequel d’ailleurs avait aussi des positions anti- voire alter-colonialistes très marquées.

        Ca n’avait vraiment pas l’air d’être un grand mondain, mais sait-on jamais : connaît-on à Gerbault d’éventuelles sympathies dans le champ culturel occidental? Ou était-il absolument dans sa bulle polynésienne?

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      2. Pour la nubilité, je ne sais pas, mais Gide se tapait des mômes de 10 ans.
        Et Gide fut effectivement des rares à ne pas se laisser aveugler, ni par le mirage colonial (« Voyage au Congo ») ni, finalement, par le mirage communiste (« Retour de l’URSS »). Mais qu’il est chiant à lire…

        Je la cite dans le texte : Ella Maillart était une amie de Gerbault. Et une grande aventurière et écrivain, elle aussi.

        Dans le genre aventurière maudite de l’entre-deux-guerres, il y a aussi Titaÿna dont le destin et les idées rappellent Gerbault. A son sujet, on pourra lire (avec des commentaires de votre serviteur) :
        1) https://www.amazon.fr/Titayna-lAventuriere-Annees-Folles/dp/2757885197/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&crid=14W6F5VA2U7WQ&keywords=titayna&qid=1668705390&qu=eyJxc2MiOiIxLjgxIiwicXNhIjoiMS4yOCIsInFzcCI6IjEuMTUifQ%3D%3D&s=books&sprefix=titayna%2Cstripbooks%2C91&sr=1-1

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  4. La fin de sa vie semble avoir été un désastre, un échec : fuir la civilisation.. se retrouver, à l’autre bout du monde, à participer de la modernisation pourvu qu’elle le fut pour et par les autochtones.. et au final être rattrapé par ladite civilisation.. car, au fond et bien qu’il mourût aux antipodes : c ‘est bien la Seconde Guerre Mondiale qui eut sa peau?

    Un destin courageux mais ironique, et contrarié jusqu’à la tombe (j’avais lu, il y a bien longtemps, qu’il avait tenu à être « inhumé » en mer..mais que cette volonté ne pouvait légalement lui être accordée car il n’était pas mort en mer – d’où cette stèle sur la plage, à défaut légalement de mieux).

    Pour me focaliser sur sa dimension football, il me fait penser au père « Tata » Raphaël.

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  5. « Le marin appareille sur son navire
    Toujours il reprend le large
    Un jour, pour la première fois,
    il avait pris la mer.
    Et c’est elle qui le reprend toujours.
    Le marin s’est enseveli avec son navire.
    Il ne bravera plus l’orage
    Toujours il reprenait la mer
    Et c’est elle qui l’a pris pour toujours. »
    AG

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  6. Désolé de casser l’ambiance avec un post sans rapport, mais on a appris le décès de l’ancien international Gerhard Rodax, passé par l’Admira , l’Atlético et le Rapid. Triste nouvelle.

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  7. Ça y est, Polster est à peine débarqué ici qu’il fout déjà la merde. Et sous un de mes articles, comme par hasard…
    Je propose un magnifique texte sur Alain Gerbault et les trois quarts des commentaires concernent de sombres Autrichiens décédés dont tout le monde se fiche !
    En prime, il ose même nous refiler sous le manteau une dégoûtante photo d’un jeu Autrichien en culottes de cuir tout à côté d’un SS. Encore un peu et ça va se transformer en porno nazi…

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      1. « Ah, cela ne vaut pas Sète 1934 avec István Lukács (plus fort que Delio Onnis, non?). »

        Lukacs, c’est quand même un des one-shots les plus incroyables du football (au moins français). Le gars débarque de Hongrie à même pas 21 ans et, pour sa première saison, fait le doublé coupe-championnat, termine meilleur buteur du championnat et en plante deux en finale de coupe contre l’OM…
        Georges Bayrou a eu le nez creux en le refourguant alors, pour une somme énorme, à l’OL. Car, dès lors, Lukacs ne fit plus grand-chose.
        Bref, Lukacs, c’est une saison (impressionnante) et c’est tout !

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      2. Ça ressemble un petit peu à Erwin Kostedde: une seule saison en D1 (à Laval en 1979-1980) et meilleur buteur du championnat (avec Onnis d’ailleurs) puis ciao la France. Il faudrait faire un article sur les one-shot du championnat français (par exemple, Surjak n’a joué qu’une saison en France mais il a permis au PSG de gagner sa première coupe de France avec deux passes décisives en finale). Lukács n’avait pas retrouvé l’esprit joutes nautiques de Sète dans d’autres clubs français, non?

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      3. Lukacs, c’est une saison. Point barre ! Le reste, c’est un joueur anodin.
        Alors, a-t-il « surperformé » en 1933-1934 ou bien s’est-il ensuite perdu ?

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      1. « Ahaha, en plus, j’ai attendu que tu balances un texte. »

        Je sais bien.
        6h15, le premier commentaire.
        Dans les starting-blocks, le Polster.

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  8. super texte Bobby bon pas trés fan des idées du monsieur mais sacré aventurier surtout sur l’eau… je suis plus terrestre et surtout j’ai noté un personnage important dans ton récit et qui fait partis de mes lectures Ella Maillart! j’ai beaucoup lu cette dame et le côté terrestre de ses aventures me parle plus avec les récits d’Alexandra David Neel!!

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  9. Je tombe sur cet intéressant article avec deux mois et demi de retard à la faveur d’un lien depuis le Top 10 du Real Zaragoza, superbe lui aussi. J’ai l’impression que voile en solitaire et football font rarement bon ménage, ce qui peut se comprendre vu l’opposition inhérente entre individuel et collectif. Y a-t-il des contre-exemples connus ?

    Pour l’anecdote, Alain Colas raconte dans « Un tour du monde pour une victoire » avoir vu l’un des terrains tracés par Gerbault sur une île dont j’ai oublié le nom, au début des années 1970.

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