Téléfoot 1, aux racines du football à la télévision

Si l’émission dominicale sur le football s’est installée dans le paysage audiovisuel français, c’était loin d’être gagné à ses débuts.

Le vendredi 16 septembre 1977, révolution sur la première chaîne. Sur les coups de 23 heures débute le générique d’une nouvelle émission, baptisée « Téléfoot 1 ». Un magazine consacré à un seul sport, c’est une nouveauté. « Une nouvelle que nous attendons depuis 30 ans à la télévision », selon les propos de Georges de Caunes à l’antenne de TF1, juste avant d’interviewer le président de la FFF de l’époque, Fernand Sastre. Celui-ci exprime son souhait de voir la nouvelle émission être le « reflet de l’activité de la fédération, du mouvement du football professionnel, des ligues régionales ou des clubs. »

Musique de péplum en générique, puis un plan sur Pierre Cangioni, confortablement assis dans un petit fauteuil devant un grand écran où seront ensuite diffusés les reportages. « Eh bien, nous l’avons ce magazine », lance le journaliste en guise d’introduction, puis appelle les téléspectateurs à faire vivre la nouvelle émission en la regardant régulièrement, en parlant d’elle et en envoyant des courriers pour suggérer des améliorations.

Après ce premier épisode, Téléfoot 1 est souvent programmé le samedi soir, après une émission de variété de Drucker qui a tendance à déborder sur l’horaire. Bien décidé à marquer le territoire du football à l’antenne, Pierre Cangioni décide un jour de présenter son magazine de football dans le noir, à la lueur d’une bougie. Une initiative qui ne fait pas rire en interne et qui lui vaut les remontrances de sa direction.

Une émission voulue par la Fédération

Ce que Pierre Cangioni ne dit pas, c’est que Téléfoot 1 est une initiative de la Fédération, et non pas de la chaîne de télévision. A une époque où le monde du football voit globalement d’un mauvais œil les retransmissions des matches en direct, craignant que cela ne vide les tribunes des stades, le geste peut surprendre.

En réalité, la Fédération a déjà essayé de créer un magazine sur le football. En 1976, elle a proposé à Antenne 2 le concept d’une émission hebdomadaire en lui cédant les résumés des matches gratuitement. Mais Robert Chapatte et Roger Couderc refusent la proposition, estimant qu’une telle émission n’intéresserait personne.

L’année d’après, la FFF fait une autre offre à TF1, payante cette fois (450 000 francs) et fructueuse. Le succès est au rendez-vous. A l’issue de la saison, la Fédération fait une nouvelle offre pour 1,5 million de francs, que TF1 accepte. Et le prix double encore l’année suivante, confirmant que tout le monde avait à gagner à créer une émission sur le football.

Quelques balbutiements au démarrage

Mais en attendant, le premier épisode de Téléfoot 1 est l’occasion de voir l’évolution du traitement du football à la télévision, mais aussi de la télévision elle-même. Jean Vincent, entraîneur du FC Nantes, est en duplex. « Et puisque la télévision le permet, il n’est pas ici sur ce plateau, mais il est à Nantes, dans les studios de FR3 », explique Pierre Cangioni.

Un peu plus tard dans la soirée, le présentateur décrit le dispositif mis en place pour suivre le match Lens-Malmö en Coupe de l’UEFA : « Nous avons envoyé […] un car de reportage, plusieurs caméras, à Lens, avec Georges Dominique qui, perdu parmi le public lensois, a suivi cette rencontre pour nous. » Le reportage s’attarde un court instant sur les tribunes du stade Bollaert, en cours d’agrandissement pour bientôt atteindre une capacité de 40 000 places. Les quatre matches européens sont donc disséqués « au moyen d’un montage magnétoscope », comme l’annonce Pierre Cangioni.

Les auditeurs peuvent entendre quelques approximations dans les commentaires (Lisbonne remplacé par Barcelone dans la bouche de Pierre Cangioni ou le nom « Michel Herbin » incrusté à l’écran par erreur, deux incidents relevés par le présentateur, qui s’en excuse), quelques bruissements de papier audibles entre les phrases et quelques soucis techniques, qui rappellent que les chaînes de télévision travaillent à l’époque avec des moyens limités.

Une première qui en appelle d’autres

Téléfoot 1 montre ce soir-là les résumés des quatre matches européens disputés par les clubs français pendant la semaine : le match nul entre le Dukla Prague et le FC Nantes (qui évolue en rouge) en Coupe d’Europe des clubs champions (1-1), le match nul entre l’AS Saint-Etienne et Manchester United en Coupe des coupes (1-1), et les victoires de Lens contre Malmö (4-1) et de Bastia contre le Sporting Lisbonne (3-2) en Coupe de l’UEFA. Quatre résumés commentés par Jean Raynal, Pierre Fulla, Georges Dominique et Alain Escoubé, avec en prime une interview en français de l’un des dirigeants du FC Malmö.

Les résumés de matches sont suivis des interviews des entraîneurs des clubs français. On y apprécie entre autres la communication verrouillée de Robert Herbin, qui fait couler le robinet d’eau tiède pour masquer la déception du match nul à domicile contre Manchester United. « Dans un match de coupe d’Europe il ne faut pas essayer de donner des notes aux joueurs. Je crois que l’essentiel est de faire preuve de solidarité. » Poussé dans ses retranchements par Pierre Fulla qui cherche à lui faire dire que Barthélémy, Sarramagna ou Rocheteau n’ont pas été au niveau, l’entraîneur des Verts reste de marbre et manie la langue de bois sans trembler. « Tous les joueurs se sont bien battus », conclut-il. Comme quoi tout n’a pas changé, ni dans le football, ni à la télévision.

13 réflexions sur « Téléfoot 1, aux racines du football à la télévision »

  1. « Jean Raynal, Pierre Fulla, Georges Dominique et Alain Escoubé »

    Ils étaient vraiment pas terribles pour le foot, mais aujourd’hui, comparé aux Sebaoun et autre Riou, ils feraient presque figures de stars !

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    1. J’aimais beaucoup Jean Raynal, un Occitan à la voix rocailleuse. Il ne se prenait pas au sérieux et je crois qu’il était un peu le père spirituel du tout jeune Didier Roustan qui a dû commencer comme stagiaire (faudrait checker).

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  2. Le 16 septembre 1977, c’est aussi et surtout la mort de Maria Callas dans son appartement parisien à l’âge de 53 ans.
    Le 2 décembre 2023 on célèbrera le 100ème anniversaire de sa naissance.

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  3. De beaux buts au générique d’ouverture (la tête de Pelé en finale de CM 1970, plus tard une belle lulu de Johnny Rep face à l’Écosse en CM 1978 et le missile de Larios avec Bastia face au Torino au Stadio Comunale) et la légendaire séquence « mais non mais non » en conclusion… toute une époque ! Sans oublier les tours de force à répétition des journalistes et des équipes de montage qui pondaient en à peine plus d’une heure un résumé de 10 minutes de chaque « match du jour », avec des moyens 100% analogiques et des liaisons primitives avec Paris pour remonter le produit fini.

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  4. La relation entre la télévision française et le football m’a toujours laissé perplexe…
    Depuis les chaînes de télé considérant la diffusion des matches en direct comme un fardeau dans les années 70 (époque couleur 🙂 ), à TF1 osant se moquer de son public en annonçant ‘en direct’ la champion’s league qu’elle passait avec 15 minutes de décalage pour ne pas brusquer le grand PPDA et réduire son temps de pub…
    Je n’ai plus les chaînes espagnoles, mais je pense que la France est le seul pays où il faille impérativement souscrire à une chaîne payante pour voir ne serait-ce que le résumé de son championnat depuis la disparition de Foot! sur France 2 il y a 15 ans environ. Tous les autres pays du ‘Big Five’ (et au-delà) ont des émissions qui récapitulent l’ensemble de leur championnat d’élite, en montre résumés, analyses, etc., et sont diffusées sur des chaînes gratuites (et souvent publiques).
    Tous sauf un.

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