Top 10 – Racing Club (première partie)

Il se dit qu’Obélix porte un pantalon aux rayures blanches et célestes car Goscinny, dans sa jeunesse argentine, était supporteur du Racing Club d’Avellaneda. Que Gardel et Perón, deux des Argentins les plus fameux, étaient aussi hinchas du Racing : « El Primer Grande » a été l’un des tous premiers grands clubs populaires et un symbole d’identité argentine. Même si au fil des décennies, le Racing a perdu de son influence et de sa popularité, il a continué à garnir son palmarès de titres et d’équipes ancrées dans l’histoire. Place à la première partie à écouter sur un air de Atahualpa Yupanqui ou Soda Stereo selon vos préférences.

Numéro 10 – Ezra Sued et Llamil Simes

Pour la première fois dans l’histoire du football argentin, le Racing Club d’Avellaneda devient le premier club à aligner trois sacres nationaux consécutifs. Trois titres de champion en 1949, 1950 et 1951. C’est un retour au sommet pour La Academia qui n’avait plus été sacrée depuis 1925. Sous la houlette du technicien de l’Albiceleste, Guillermo Stábile, le Racing peut compter sur son attaque prestigieuse : Norberto Méndez, pièce-maîtresse de la sélection et arrivé en provenance d’Huracán ; le buteur Rubén Bravo transféré de Rosario Central ; puis à partir de 1950, Mario Boyé, vedette de Boca Juniors. Sur le côté gauche, c’est le duo formé de Llamil Simes et Ezra Sued qui régale. Les deux collègues furent des titulaires indiscutables et les plus réguliers durant ces trois titres. Les deux attaquants aux origines levantines, surnommés « los turcos »1, s’entendaient à merveille sur le terrain.

Ezra Sued

Porteño de naissance, Ezra Sued fit toute sa carrière au Racing. Il y débute en 1943, appelé pour être le successeur d’une légende du club : Enrique « Chueco » Garcia au poste de wing gauche. Et Sued, malgré la tâche ardue de remplacer l’idole, parvient en peu de saisons à conquérir les coeurs des aficionados et s’imposer sur l’aile gauche. Fantastique ailier, dribbleur hors-pair, collé le long de sa ligne de touche, il multiplie les débordements dévastateurs et perce les défenses adverses. Il est un des meilleurs passeurs du championnat, délivrant une multitude d’offrandes à ses coéquipiers, en particulier à Simes qui se régale. Il est décrit comme un joueur qui ne se pose pas de questions, alliant simplicité dans son jeu et rapidité dans ses enchaînements balle au pied. Il s’épanouit merveilleusement à son poste, qui changement tactique à venir, disparaît peu à peu et donc il est l’un des derniers véritables wing du football argentin2. Dernière particularité à son sujet, Sued fut un des tous premiers joueurs à jouer avec des lentilles de contact, il était myope. Ce qui ne l’empêchait pas d’avoir une vision de jeu parfaite trouvant sans cesse ses coéquipiers.

Llamil Simes

Simes est quant à lui natif de Córdoba et commence sa carrière à Huracán, où il côtoie Norberto « Tucho » Méndez. Très vite, il se met en évidence et ses qualités de buteur sont très vite remarquées et appréciées. Il arrive au Racing Club en 1948 en même temps que son ami Méndez. Positionné attaquant gauche, il continue d’enchaîner les buts et est réputé pour son jeu de tête. Simes se mue dans le rôle du buteur attitré lors du triplé. Il devient le partenaire idéal de Sued sur ce côté gauche qui fait des ravages. Le duo passeur-buteur, surnommé la « pareja de la medialuna »3, fait le bonheur des supporteurs chaque dimanche, applaudi et idolâtré par les foules.

« Los turquitos » deviennent décisifs dans les résultats du Racing. L’équipe se met en mouvement, offensivement avec ses stars, également bien entourées avec le talentueux milieu Ernesto Gutiérrez et le physique Alberto Rastelli à ses côtés, ou en backs le solide duo composé de José García Pérez et Higinio García. En 1949, une fois la grève résolue, non dans avoir déstabilisé et déplumé le football argentin, le Racing tire son épingle du jeu. L’équipe ne révolutionne fondamentalement en tien le jeu, techniquement appauvrie par l’exode de nombreuses stars, mais elle est efficace et offensivement la plus armée. Sa stratégie de transferts clinquants a été payante. Le Racing remporte le titre tant espéré qui le fuit depuis bientôt un quart de siècle, terminant premier devant River Plate. Llamil Simes termine meilleur buteur du championnat avec 26 buts, au sein d’une armada offensive qui finit meilleure attaque générale. Le club ne faiblit pas, renforcé encore, pour s’adjuger un second titre consécutif en 1950. Le Racing est toujours porté par la meilleure attaque du pays et termine nettement devant Boca Juniors. Cette année est aussi l’inauguration de son nouveau stade El Cilindro. À cette occasion, Simes est le premier buteur de la nouvelle enceinte sportive. Le titre de 1951 est celui qui fut acquis le plus dans la difficulté. À l’issue de la saison, le Racing termine ex-aequo avec le surprenant Banfield. Finalement, la règle changée auparavant, ne permet pas de départager les équipes au goal average (qui aurait sacré Banfield). C’est donc un ultime match qui doit déterminer du champion. La rencontre disputée sur terrain neutre au Gasómetro se termine sur un 0-0. Et donc, cela entraîne un second match pour attribuer le titre. Cette fois-ci, le Racing l’emporte 1-0 sur un but de Boyé.

Le Racing ne peut enchaîner le quadruplé, finissant deuxième en 1952 (à un point de River Plate) et toujours performant avec une troisième place en 1953. Les années 1950 sont une période éclatante qui se poursuivra autour de Pizzuti et consorts, mais ceci est une autre histoire. Au final, les deux camarades de la gauche caviar resteront ensemble jusqu’à la fin de la saison 1955. Sued comptabilisera un total de 308 matchs et 47 buts sous les couleurs du Racing. Il est considéré comme un des meilleurs purs ailiers gauche du football argentin selon plusieurs spécialistes. En sélection, il était barré au même poste par Félix Loustau, la référence, et dû se contenter d’un rôle de remplaçant (six sélections, deux buts), mais par deux fois dans l’équipe victorieuse en Copa América (1946 et 1947). De son côté, Simes ne fut pas international avec la concurrence infernale qui avait lieu en attaque. Mais au Racing, il figure au troisième rang des meilleurs buteurs de l’ère professionnelle de l’histoire du club avec 106 buts en 179 matchs ; derrière Evaristo Barrera (137 buts), le grand attaquant des années 1930 ; et Juan José Pizzuti qui prendra la suite juste après lui. Simes est également le joueur qui a le plus marqué contre l’ennemi rojo (huit buts marqués contre Independiente).


  1. En Argentine, « turcos » (littéralement les Turcs) englobe toutes les populations originaires du Proche-Orient, car les premiers migrants venaient de l’ancien Empire Ottoman.
  2. abandon progressif du 2-3-5, qui entraîne un recul des wings plus bas sur le terrain et moins collés à leur ligne, ouvrant ainsi la création des postes de 8 et 10
  3. littéralement « le couple du croissant », en référence à leurs origines arabes

Numéro 9 – Enrique García

Des décennies avant le léger Péruvien César Cueto, sévissait un autre Poeta de la zurda sur les pelouses argentines. Son nom, Enrique García. Pour beaucoup de spécialistes, le plus grand ailier gauche de l’histoire du pays. Rien que ça… García est né en 1912 à Santa Fe et administrat ses premiers dribbles dans la cour de l’église du quartier. Gloire naissante dans sa ville, il rejoint successivement Brown, en seconde division, Gimnasia de Santa Fe, avant de faire le grand saut pour Rosario Central en 1933, qui débourse pour l’occasion 5 000 pesos pour son laissez-passer. Immédiatement las hinchas canallas vont tomber sous le charme d’Enrique. Chaussettes baissées, inventif et malicieux, García découvre une bande de joyeux vauriens, les Cagnotti, Julio Gómez ou Guzmán, qui vont l’accueillir à bras ouverts. Rosario assiste dès lors à la naissance d’une attaque létale qui s’amuse à défier les institutions et qui fit fondre le cœur d’un de ses plus iconiques compatriotes, Ernesto Guevara. Devenu international, García fait l’objet d’une intense cour entre Independiente et le Racing. Los Diablos Rojos l’avaient déjà sondé des années auparavant, avaient même organisé un amical contre Gimnasia pour jauger une dernière fois de son talent mais la rencontre avait été annulée à cause du mauvais temps. Rendez-vous manqué, García finirait dans les filets de Rosario Central… En 1936, Ernesto Malbec, président du Racing, se montre quant à lui, moins timoré, il fonce direct à Rosario avec la bagatelle 39 000 pesos ! Le plus gros transfert de son époque…

Celui que l’on surnomme Chueco fait ses débuts avec Racing le 3 mai 1936 contre Tigre. L’Academia perd 2-1, les fans sont déçus. García s’est montré emprunté mais avait un bon alibi. L’orteil de son pied gauche, son seul pied valide, était cassé. Ce sera son seul faux pas, il va enchaîner 232 rencontres consécutives en tant que titulaire… Pendant huit saisons, García va personnifier comme personne l’esprit de Racing. Ce mélange de brio et de brutalité, d’arrogance bavarde et de parano. Poussé à ne n’imposer aucune limite à son jeu ni à son tempérament par ses compères d’attaque, les Enrique Guaita, Alejandro Scopelli et Evaristo Barrera, Enrique est en représentation constante. Gestes techniques qui virent souvent à l’humiliation, comme lorsqu’il efface les traces de son passage sur la pelouse après avoir dribblé l’ensemble de la défense adverse. Afin que personne ne l’imite… Discussions fréquentes avec le public, García s’amuse sur une pelouse et tient à ce que tout le monde le sache. Ennemi acharné de la stratégie et du tableau noir qui noient toute inventivité, García l’est aussi de l’ennui. N’hésitant jamais à ordonner à ses propres défenseurs de marquer contre leur camp quand la partie était trop déséquilibrée !

Mais ne pas se fier à ses multiples bravades, García était avant tout un fantastique détrousseur, un bandit de grand chemin au sens le plus noble du terme. Marié à l’Albiceleste à une période où elle ne pût montrer sa supériorité au Monde, García se contentera de son continent, formant avec Vicente De La Mata, Antonio Sastre et José Manuel Moreno, une des plus formidables réunions de talents que l’Argentine ait enfantée. Deux Copas América tomberont dans son escarcelle mais seules les rumeurs comptent vraiment. Celle qui raconte qu’il offrit un but sur un plateau à Fabio Cassán, face au Brésil, parce qu’un journaliste venait de lui demander. Celle où il revisita le jeu de la patate chaude, en s’échangeant la balle avec le Charro Moreno, au milieu d’adversaires médusés. Brisé dans son élan par les blessures en 1944, García finira sa vie sans le sou, errant dans les bars, toujours irrévérencieux, en se présentant ainsi : « Je suis Enrique García, le meilleur gaucher de l’histoire. Quelqu’un peut-il m’offrir un café ? » Car pour ceux qui l’ont vu dans un stade, il n y a pas matière à débat…

Numéro 8 – Rubén Paz

Les années 1970 au Racing ne sont pas à la hauteur des ambitions du club comparées à son empreinte historique sur le football argentin. Le club d’Avellaneda passe la majorité de ses saisons à jouer dans le milieu de tableau et s’écarter des premiers rôles. Les mauvais résultats se poursuivent au début des années 1980, plongeant le Racing en seconde division pour la première fois de son histoire en 1983. Deux saisons au purgatoire qui mettent à mal l’institution. Malgré tout, le club arrive à revenir premier plan. Une résurrection qui se doit en grande partie à un Uruguayen, milieu offensif d’exception qui tirera à nouveau le Racing vers les sommets.

Rubén Paz rejoint le Racing Club à l’automne 1987. Ce génial numéro 10 qui s’excentre avec habileté sur son côté gauche naturel est déjà un joueur confirmé. Dix ans auparavant, ce fan de Peñarol avait pu débuter dans le club de son coeur et y décrocher trois titres de champion d’Uruguay (1978, 1979, 1981). Contemporain de Diego Maradona, qu’il avait croisé dans les compétitions de jeunes pendant lesquelles le jeune Rubén avait démontré tout son talent, le prodige est très vite appelé en sélection. Il se distingue lors du Mundialito, compétition de prestige non sans ombres que l’Uruguay remporte chez elle durant les fêtes de fin d’année 1980-1981. Tout ça à 21 ans. En 1982, il rejoint l’Internacional de Porto Alegre qui casse sa tirelire pour s’offrir les services du « Maradona uruguayen » (la comparaison est signée Menotti). Avec le club Colorado, il remporte à plusieurs reprises le Campeonato Gaúcho, mais n’obtient pas de titre majeur (Brasileirão ou Libertadores). Paz est un leader technique, créatif et intelligent, toujours la bonne intuition dans ses gestes techniques et passes, grâce à la précision de son pied gauche qui faisait aussi des merveilles sur coup-franc. Autant de qualités qui font de lui l’un des meilleurs milieux offensifs du championnat brésilien et du continent.

Après Porto Alegre, il franchit le pas et file en Europe chez les ambitieux du Matra Racing en France où il rejoint son compatriote Enzo Francescoli. L’expérience est de courte durée et un échec sportif. C’est donc un autre Racing qui le récupère malgré des offres diverses (La plupart venant d’Espagne : Valence est en pôle position mais Di Stéfano n’en veut pas, le Bétis est aussi sur les rangs ; ou même Flamengo pour un retour au Brésil). Finalement en octobre 1987, il arrive en prêt chez les célestes et blancs. Le Racing est alors entraîné par un ancien de la maison, Alfio « Coco » Basile. La situation financière du Racing est alors assez catastrophique, moins de deux ans après son retour dans l’élite à l’issue de la saison 1985. Mais cela a des vertus sur l’équipe : les joueurs font bloc derrière L’Academia. Sur le terrain, c’est une équipe volontaire, combative, aguerrie, avec du talent et capable de sacrifices ; mêlant des joueurs expérimentés et d’autres qui ont connu la B.

Paz évolue au Racing durant cinq saisons, coupées en deux passages : le premier de 1987 à 1989 et le second de 1990 à 1993 (entre les deux : une saison en Série A au Genoa). Il s’affirme comme le maître à jouer, son pied gauche magique fait des merveilles au Cilindro. Lors de la saison 1987-1988, le Racing termine troisième du championnat, derrière l’intouchable Newell’s Old Boys de José Yudica, soit sa meilleure place depuis une seconde place au Metropolitano 1972. Mais le meilleur reste à venir, car le point d’orgue de son premier passage est l’année 1988 durant laquelle le Racing remporte une compétition internationale, la toute nouvelle Supercopa Sudamericana qui met aux prises les anciens vainqueurs de la Libertadores. Après avoir éliminé Santos puis River Plate dans une confrontation âpre et houleuse, le Racing retrouve la joie de soulever un trophée, plus de 20 ans après le dernier. Le club s’impose en finale contre Cruzeiro, une victoire à l’aller 2-1 à domicile, et un match nul 1-1 à Belo Horizonte au retour. Le Racing est allé chercher ce trophée avec ses tripes, à la fin du match les larmes de joie couleront, signe d’une revanche sur les années difficiles. L’équipe est composée de l’expérimenté « Pato » Fillol dans les buts, de la solide paire centrale Gustavo Costas et Nestor Fabbri, du jeune talent en attaque Ramón Medina Bello, ou de joueurs qui ont pas mal bourlingué entre les clubs et divisions inférieures et qui se subliment sous ce maillot tels Walter Fernández, Miguel Ángel Ludueña et Miguel Ángel Colombatti. 1988 est une année complète pour Rubén Paz qui est élu meilleur joueur sudaméricain.

La saison suivante du championnat 1988-1989, le Racing effectue un départ canon, il termine en tête de la phase aller, qui lui permet d’obtenir son ticket pour la Copa Libertadores 1989 (éliminé en huitième). Mais le club réalise une seconde partie désastreuse dans une des saisons les plus folles de l’histoire (des polémiques à gogo, des bastons célèbres et l’unique saison où les tirs aux buts furent instaurés pour éviter que les parties finissent sur des nuls). Lors de son second passage, le Racing est sportivement en retrait, il évolue dans une équipe moins forte et les résultats sont plus décevants. Malgré tout, le Racing s’offre une nouvelle finale de ladite Supercopa sudamericana en 1992. C’est un remake de 1988, mais cette fois le Racing est sèchement battu par Cruzeiro (4-0 à l’aller) qui réduit tout espoir en finale, malgré une victoire pour l’honneur au match retour (1-0). En parallèle, ses expériences avec la Celeste sont très mitigées, sur le plan individuel et collectif, surtout sur les Coupes du Monde 1986 et 1990. De plus, Paz fut absent de la Copa América 1987 gagnée par la Celeste.

Avec son jeu et ses exploits individuels, autant que les sommets retrouvés par cette équipe du Racing, font de Rubén Paz un jour vénéré au sein du club. D’autant que Paz brille contre Independiente. Il ne perdra jamais un match conte le rival d’Avellaneda, et tous les Racinguistas ont en mémoire son but contre Independiente fêté avec la guardia imperial. Rubén Paz est devenu une légende vivante au Racing, comptabilisant 152 matchs et 33 buts. L’ancien international uruguayen est même un des rares joueurs à pouvoir se vanter d’être adoubé et faire l’unanimité dans trois grands clubs des trois grandes nations sudaméricaines de football.

Numéro 7 – Pedro Dellacha

On le surnommait Don Pedro del Area. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ses adversaires se souvenaient de son passage… Dellacha était un défenseur dur, un battant, qui refusait de considérer un duel comme perdu. Sa phrase la plus célèbre ? « Le ballon passera peut être. L’homme, non ». Né le 9 juillet 1926 à Lanús, il fait ses gammes au sein des jeunes de Boca Juniors mais ne s’y impose pas. Prêté à Quilmes, il intègre l’equipe première en 1947 et permet au Cervecero de rejoindre l’élite. A la suite de la descente de Quilmes, c’est le grand saut en 1952, pour l’Academia qui domine alors la scène nationale. Avec la lourde tâche de remplacer Higinio García, l’icône locale. Nullement impressionné, Dellacha devient immédiatement le cappo défensif de Racing et obtient ses premières capes internationales en 1953.

Bien que sevré de titres avec Racing pendant de nombreuses années, Dellacha, qui fera quelques apparitions au cinéma, devient une figure incontournable de la vie sportive locale. Son compère de club et de sélection, Juan José Pizzuti, atteste « qu’il n’a jamais commencé un match en envisageant la possibilité de le perdre » et le titre de champion tombe enfin, en 1958, grâce au talent et l’excentricité du Garrincha Corbatta. Capitaine désormais consacré en club, il l’est depuis un bail en sélection. Ayant débuté sur une immense victoire face aux Anglais en 1953, rendue mémorable par un but d’Ernesto Grillo, Dellacha remporte la Copa America 1955 et dirige d’une main de maître la bande des doux dingues des Carasucias, deux ans plus tard. Le triomphe à Lima laisse augurer des lendemains mondiaux conquérants. Il n’en sera rien. Orpheline de Sivori, Maschio et Angelillo charmés par la lire italienne, l’Argentine fait un Mondial 1958 calamiteux dont ne subsiste plus que l’infâme défaite 6-1 face à la Tchécoslovaquie. C’est la dernière sélection de Dellacha.

Pedro fait son dernier match avec Racing le 4 octobre 1959 face à Central Córdoba de Rosario. N’ayant scoré qu’une fois pour l’Academia. Il part pour le Mexique et Necaxa, avant d’entamer une longue carrière de coach sur son continent où il sera champion dans trois pays différents, double vainqueur de la Libertadores avec Independiente et père spirituel du Bocha Bochini. Expulsé uniquement une fois dans sa carrière, dans une époque plus laxiste, il faut le souligner, Dellacha aimait à réciter les propos de ses anciens adversaires qui juraient « qu’à chaque fois qu’ils entraient en collision avec moi, cela leur faisait mal jusqu’aux os. Au fil du temps, j’ai ajouté de la technique à cette force . » Ce n’est certainement pas le pauvre Kubala qui dira le contraire. Lui qui pensait jouer un match de gala pépère avec River et qui fit connaissance avec les lombrics de Patagonie. Ni le roi Pelé qui cita Dellacha parmi ses adversaires les plus coriaces dans son autobiographie.

Numéro 6 – Alberto Ohaco

Évoquer Alberto Ohaco, c’est revenir aux origines du football argentin, à un moment charnière de son histoire : le passage d’un football d’origine britannique à un football criollo. Et pour les historiens, c’est le Racing Club d’Avellaneda qui est en la figure de proue, l’élément principal de cette « argentinisation ».

Alberto Ohaco naît en 1889 à quelques centaines de mètres du foyer historique du Racing. Son père a participé à la fondation du club en 1903. Son frère Juan fut aussi un pionnier du club et avec lequel il jouera plusieurs années. Il rejoint les célestes et blancs, dont les couleurs ont été choisies pour faire référence au drapeau argentin, en 1906 dans les divisions inférieures. Ohaco commence dès l’année suivante en équipe première. Au fil des matches, Ohaco participe activement à l’ascension du club qui gravit les échelons, passant de la troisième à la première division. Le Racing obtint sa montée dans l’élite en 1910, grâce à un Ohaco décisif, devenu le cerveau et génie de cette équipe. Très rapidement, le club se hisse aux premières places sur ses deux premières saisons, avant d’obtenir son premier titre en 1913. C’est le premier d’une équipe irrésistible qui va régner sans partage sur le football argentin durant la décennie, cumulant sept titres consécutifs de 1913 à 1919, ne concédant que cinq défaites en championnat sur ses sept saisons victorieuses, déployant une attaque prolifique alliée à une défense hermétique. Mais surtout, pour nombre d’observateurs de l’époque, la révolution a lieu dans le style de jeu développé et Ohaco en est le chef d’orchestre.

Ohaco est un véritable génie de ce football en pleine évolution, encore immature. Bien qu’attaquant par nature, c’est un joueur multifonctionnel et un stratège brillant. On dit de lui qu’il comprenait tout sur le terrain, de par ses mouvements et déplacements, qu’il était capable de jouer à n’importe quelle position sur la ligne d’attaque, mais aussi à n’importe quelle autre position sur le terrain, signe de son intelligence de jeu. La légende veut que dès qu’un joueur manquait à un autre poste, il prenait sa place, poste de gardien compris. Sur le terrain, il dégage une élégance, une sérénité, ses gestes sont sûrs, faits avec assurance. Il domine le jeu, un maître de la passe, toujours précis, juste, dosée comme il faut. L’inénarrable Borocoto, journaliste à El Gráfico, le décrivant ainsi « jugaba sin ningún esfuerzo aparente un fútbol armonioso, elegante, que reclamaba como música de fondo un vals vienés. »1

Outre le crack Ohaco, le Racing peut compter sur plusieurs joueurs d’exceptions. On retrouve « El Llorón » Juan Perinetti un rapide ailier gauche présent dès la fondation du Racing ; le bulldozer et sérial buteur Alberto Marcovecchio, deuxième buteur de l’histoire du club ; Juan Hospital, spécialiste des feintes et qui avait commencé sa carrière à Independiente. Ses trois collègues vont partager avec lui toute la décennie sur le front de l’attaque. Mais aussi deux joueurs d’exception reconnus par tous : le défenseur Armando Reyes, roc en défense ; et le milieu Francisco Ólázar : décrit comme un milieu central de haute volée qui révolutionne son poste (le meilleur de l’ère amateure dit-on), un capitaine élégant, et qui aura une influence décisive sur l’équipe et le style de jeu proposé. Des joueurs des quartiers, qui ont taillé leur styles sur les terrains vagues d’une métropole en pleine croissance. Et ce sont des Argentins du cru, des fils d’émigrés et aux accents prolétaires, aux noms italo-espagnols pour la très grande majorité qui en sont les protagonistes. C’est la première explication à la domination argentine, ce renversement socio-géographique. Le Racing déploie son carrousel footballistique à base d’enchaînement et de combinaisons faits de dribbles, de passes courtes, d’esquives, de spontanéité, de mouvements collectifs ; le tout empreint d’habileté, d’intelligence tactique, de technique individuelle et de ruse.

Le Racing écrase la concurrence, seul River Plate, et un peu Platense, arrivent quelque peu à suivre la cadence. Les clubs dits « britanniques » (Alumni, Belgrano Athletic, St Andrew’s, Lomas Athletic, Porteño) qui ont dominé les premiers championnats, sombrent peu à peu, dépassés par l’ouragan. Une nouvelle ère s’ouvre dans le football argentin, car jusqu’alors seuls les clubs de la communauté britannique avaient été champions sur les 20 premières années. Exit l’influence et le style britannique, place à un jeu tout en technique, passes, dextérité, habileté, avec une bonne dose de latinité. Symbole de leur pouvoir déchu, les clubs de Quilmes et Belgrano Athlétic sont relégués tous les deux en en 1916, c’étaient les deux derniers bastions des « clubs britanniques » autrefois dominants. Le Racing devient un club ultra populaire et c’est le premier des futurs « cinq grands » à être champion. C’est la naissance d’« El Primer Grande ». Le club s’octroie un palmarès exceptionnel : aux sept titres consécutifs de 1913 à 1919, s’ajoutent neuf compétitions officielles de l’AFA sur cette période2 ; et trois au niveau international face aux « frères » uruguayens3.

Individuellement, Ohaco est le meilleur buteur du championnat à quatre reprises consécutives : de 1912 à 1915. Avec 244 buts (en 278 matchs) pour la Academia, il est le meilleur buteur de l’histoire du club en prenant en compte les ères amateure et professionnelle. Au Racing jusqu’en 1923, il ajoutera un huitième sacre national à son palmarès en 1921. Alberto Ohaco fut aussi le premier international du Racing. Avec la sélection argentine, il participe aux deux premières Copa América, en 1916 et 1917 (sept buts en 13 sélections).

Homme d’un seul club, sa seule passion fût le Racing qu’il chérira toute sa vie. « Lo único que me provoca un poco de tristeza es saber que ya tengo cuarenta años y que no volveré a jugar en aquel Racing; ni puede volver aquel Racing… 4» conclura-t-il mélancolique. Il meurt en 1950 à l’âge de 60 ans, et il est depuis célébré comme l’une des figures majeures du club et du football argentin.


  1. « Il jouait sans aucun effort apparent un football harmonieux, élégant, qui demandait comme musique de fond une valse viennoise »
  2. Le Racing remporte quatre fois la Copa de Honor Municipalidad de Buenos Aires en 1912, 1913, 1915 et 1917 ; cinq fois la Copa Dr. Ibarguren (1913, 1914, 1916, 1917 et 1918) qui se disputait entre les vainqueurs de cette Coupe de Buenos Aires et de celle du Litoral, autrement dit principalement Rosario Central ou Newell´s Old Boys
  3. La Copa Cousenier en 1913 face au Nacional de Montevideo et deux fois la Copa Aldao, 1917 et 1918, face respectivement au Nacional et Peñarol.
  4. « La seule chose qui me rend un peu triste c’est de savoir que j’ai 40 ans et que je ne pourrai jamais revenir jouer pour le Racing ; ni que ce Racing-là peut revenir »

En collaboration avec l’ami Khiadiatoulin !

39 réflexions sur « Top 10 – Racing Club (première partie) »

  1. Hola compañeros, voilà un top harmonieux qui mêle les époques et les générations. Ohaco pour le tournant des années 1910, quand le Racing met fin à la domination des clubs d’origines britanniques (Olazar aurait pu être dans ce top également sauf à ce qu’il soit dans les 5), El Chueco pour les années 1930 (il est déjà sur le podium dans le top Rosario Central), Sued – Simes pour le tournant des 50es, puis Dellacha et enfin Paz pour la période la plus récente.
    Bon, ceci dit, qui reste-t-il ?
    Pizzuti of course, Corbatta, Perfumo, « Tucho », Basile, Barrera, Maschio, Barbas, voire Lisandro Lopez ? Boyé n’y sera pas, il est trop marqué Boca pour qu’Ajde tolère sa présence dans un top Racing eh eh.

    Allez, mon top 5
    1- JJ Pizzuti parce qu’il n’y a pas plus grand que lui dans l’histoire du Racing,
    2- Oreste Corbatta (Corbatta sera n 1 si le romantisme s’impose !)
    3- El Mariscal Perfumo,
    4- Tucho Méndez
    5- Evaristo Barrera

    Et pour ma part, j’aurais fait une place à Alberico Zabaleta pour son parcours tragique.

    0
    0
    1. Pour Boyé, c’est tout à fait ça ! meme si son passage au Racing n’est pas non plus une réussite totale, en dent de scie, comme l’autre cité qui est marqué Globo et qui n’y sera pas non plus !
      Après, il y a des négociations dures avec mon camarade pour faire les 10… hehe

      0
      0
      1. T’es pas habitué aux négociations, c’est pour ça ! Mais y a de beaux noms en dehors de la liste, c’est certain.

        0
        0
      2. oh ça va, j ai eté conciliant, j ai pas fait de vague hehe.
        dans un autre contexte j aurais pas lâché comme ça!

        0
        0
    2. Olazar, il est quasiment jamais cité (Ohaco avant tout) mais dès qu’il apparaît on ne lit que des éloges de ce type, le grand bonhomme du Racing et du football argentin du premier quart de siècle. Il est le « sélectionneur » de l’Argentine au Mondial 1930, et en préparant ce top, je suis tombé sur une interview de lui, qui à cette époque, se lamentait déjà d’un football qui changea, qui n’était plus celui qu’il avait connu et d’un niveau technique inférieur au sien… Comme quoi ,le sempiternel « le football c’était mieux avant » ça l’est quasi pour tous le monde et à chaque décennie depuis son invention!.

      0
      0
  2. Pedro Dellacha est celui qui protège Corbatta dans le Racing de la fin des 50es. Analphabète, pauvre comme Job et déjà alcoolique, Dellacha le préserve des mauvais coups et dissuade ses adversaires de le malmener trop rudement. Je n’en parle pas ici car je suppose que ce sera détaillé dans les lignes consacrées à Corbatta, Dellacha et Doña Tita, la blanchisseuse du Racing, sont les deux personnes qui tiennent à bout de bras El Arlequín durant sa carrière.

    0
    0
  3. Lors de la Copa América Juvenil 1979 disputée à Montevideo, l’Argentine aligne Maradona, l’Uruguay peut compter sur Paz et enfin le Paraguay sur Romerito. Pas mal comme palette de créateurs !

    0
    0
  4. La photo en tête d’article représente El Equipo de José (Juan José Pizzuti) le grand Racing vainqueur de la Libertadores et de l’Intercontinentale dans ce match scandaleux au Centenario contre le Celtic avec le célèbre but de Cardeñas.
    Cardeñas est accroupi, au centre. À côté de lui, le vieux Maschio revenu après quelques années de dolce vita en Italie. Debout, le très bon gardien Cejas avec à ses côtés ses deux centraux, peut être ce qui s’est fait de mieux en Argentine, Coco Basile et Roberto Perfumo.

    Cette équipe, dure, méchante (il y avait Panadero Díaz en son sein), capable de tenir tête à Estudiantes, était aussi considérée comme moderne. On dit que Pizzuti avait anticipé le football total en faisant de ses attaquants les premiers défenseurs et en demandant à ses arrières de participer activement aux offensives. Méconnu en Europe, Pizzuti est une très grande figure du football argentin.

    1
    0
    1. Cejas qui serait sans conteste le gardien d un onze type Racing. Grosse carriere au Racing et egalement au Bresil à Santos au debut des années 1970 avec plusieurs recompenses individuelles là-bas.

      0
      0
      1. Rogelio Dominguez autre grand gardien argentin passé par le Racing, serait, à mon avis, devant lui si on prend le football argentin dans son ensemble, mais au Racing, les titres donnent avantage à Cejas.

        0
        0
      2. Oui dans le paragraphe sur Paz, c’était dit pour Fillol. Et même avant ! Puisque avant River, il vient en remplacement de Cejas justement (ou un an après p-ê). Le Racing a vu passer de beaux spécimens dans les buts, Dominguez n’était pas le gardien du triplé, c’était Antonio Rodriguez bien moins connu. Et avant ça, Juan Botasso le gardien titulaire à la finale mondiale de 1930 était du Racing, avant lui encore, Marcos Croce avait été distinguée à ce poste au plus fort de la domination racing 1910-1920. Mais Cejas comme je disais, à l’avantage si on ne retiens que leurs années Racing, alors que dans une hiérarchie argentine, Fillol et Dominguez lui sont devants pour moi.

        0
        0
    2. Dans son fameux, et très orienté voire malhonnête (il l’est a minima sur certains points) « Inverting the pyramid », j’ai souvenir que Wilson évoque Pizzuti..mais non qu’il lui prêtât le moindre lien avec l’idée de football total – or ça, normalement : je m’en souviendrais.. ==> Je regarderai ce soir dans mon exemplaire!, mais, de prime abord : il se bornait à des poncifs (qui certes disent souvent du vrai) : la brutalité, ce genre de clichés habituels prêtés au football argentin des 60’s-70’s. Un regard aux forts relents victoriens. Ce qui est rigolo c’est que, vu les époques : il est fort probable qu’il embraie, dans le chapitre suivant, avec les deux têtes de gondole de la prétendue révolution opérée en Europe, Michels et Lobanovski.. Curieux de relire cela avec ce regard neuf sur Pizzuti – et merci donc, Verano.

      Quoi qu’il en soit : ça commence à en faire, du beau monde qui, avant le technocrate et dealer Michels, fît siens ces concepts de mouvements perpétuels, de permutations et de polyvalence, lol..

      0
      0
      1. Verano (ou ajde, ou..??), peut-être un petit mot quant aux modalités opératoires de ce Racing sauce Pizzuti? De grands principes? Des liens auxquels s’en faire de visu idée?

        Je viens de lire 2-3 trucs, qui suggèrent que les principes de jeu furent assez lâches, rien de vraiment schématique, mais..?

        0
        0
      2. Et dans l’univers sudaméricain des 60es, parler de foot total doit être pondéré ! Le football est lent (et avec Maschio dans l’équipe, ça ne favorise pas la vitesse, ce n’était pas un lévrier), les défenses sont féroces. Mais les footballeurs de Pizzuti évoluent dans des cadres moins contraints que les autres équipes argentines, créant des déséquilibres et perturbant les défenses individuelles. Cardenas n’est d’ailleurs pas un pur avant-centre et dézone fréquemment. Dans le lien ci-dessus, il y a un graphe qui montre comment les schémas évoluent en quelques années entre deux équipes du Racing.

        0
        0
      3. Sans certitude aucune, ça veut pas dire charrette : la lenteur est plutôt rassurante sur la question de la pharmacopée.

        J’ai lu (comme j’ai pu, caramba) ton lien.. Top!, merci. Ils font état aussi de pressing en perte de balle.. de Maschio décrochant à tel point que, dans la pratique, leur 4-2-4 devint un 4-3-3.. d’une équipe évoluant à 9 devant en possession du cuir (Perfumo et le gardien tenant la baraque derrière), et sinon à 9 derrière.. et puis il y a ces dessins, illustrant effectivement les mouvements des joueurs..offensifs, sur toute la largeur et dans la profondeur.. Bon.. : je ne maîtrise évidemment pas la langue, peut-être tout cela ne fut-il pas concomittant..?? (mais j’ai cru comprendre que oui)

        Reste la question de la vitesse, quoique.. : au fond, la vitesse n’est rien plus une déclinaison (le Feyenoord de Happel jouait sur un tempo plus lent qu’Ajax, primat au jeu positionnel, plus cérébral), au fond elle n’a rien d’un pilier du concept.. ==> Franchement, le compte a tout l’air d’être bon.

        Si tu as pu en voir des matchs : quid des arrières latéraux??

        Je vais essayer de me faire mon idée de mon côté aussi..mais gracias déjà!

        0
        0
      4. Oui pour résumer vite fait:
        – c’était un peu tout le monde attaque, tous le monde défend: tous le monde se bouge quoi !
        – pas d’ailiers et d’attaquant de pointe définis, un 4-3-3 mais en « rupture » avec les schémas classiques et postes attitrés
        – du travail (l’absence de travail physique avait l’une des grandes critiques faites au football argentin après la déroute de 1958 – toute une génération d’entraîneur à été nourri à ça) – donc tout le monde se met à courir
        – de l’organisation (autant au niveau de l’équipe que dans les tâches individuelles sur le terrain) et le collectif avant tout (pas de hiérarchie, pas de tête qui dépasse)
        – de l’efficacité, des résultats
        – sans oublier: une défense solide, rugueuse
        – et pour la fin: de la foi, de la croyance, du mental (tout cela a été insufflé, pas arrivé comme ça).

        En ce sens, les qualificatifs de « moderne » et d’un « football total » avant l’heure mentionnés par Verano font sens. Bon on doit trouver des explications bien plus fournies de tout ça dans le lien de Verano, qui semble assez conséquent.

        0
        0
      5. Y’a plein de matchs complets de la campagne de la Libertadores de l’époque.
        Le plus simple c’est de les regarder je pense, et ils sont en bonne qualité.
        C’était un football moderne, banal pour nous mais sortant de l’ordinaire pour l’époque.

        0
        0
    1. Oui et non. C’est officiellement le motif avec l’impossibilité de participer aux éliminatoires de la zone Amsud. Mais il existe au même moment une grève en Uruguay et la Celeste participe (et gagne) la CM. Les mauvaises relations entre l’Argentine et le Brésil sont un autre facteur à prendre en considération.

      0
      0
      1. Le conflit entre les deux fédés, AFA et CBF, est même la raison qui prime officiellement. Au milieu des années, la rivalité entre Brésil et Argentine est devenue vive, chaque rencontre est émaillé d’incidents. Elle atteint son paroxysme lors de la Copa América 1946. José Salomón, joueur du Racing (qui aurait pu prétendre à une fin de top 10) et le meilleur défenseur de sa génération, voit sa carrière finie sur le terrain après que Jair lui a peté la jambe. Violences sur le terrain, envahissement du terrain par le public argentin déchaîné après cette agression (la compétition a lieu en Argentineà, déclarations houleuses entre les deux camps. Le Brésil ne participe pas à la suivante en 1947. Les relations sont tendues entre les deux, et cela ne s’arrange pas avec la Copa América 1949. L’Argentine n’envoie pas d’équipe au Brésil, un affront diplomatique pour les Brésiliens, à une époque où toutes les compétitions internationales ne Amérique du Sud sont prétextes au prestige diplomatique pour les Nations. Même avec une Argentine affaiblie, c’est vécu comme un manque de respect capital pour le Brésil.

        La grèves des joueurs est tout autant centrale dans le forfait en 1950, puisque elle déstabilise le football argentin, bien plus que l’Uruguay, touchée elle aussi mais qui envoie une équipe de faire valoir tout de même en 1949, et ce qui ne l’empêchera pas de gagner en 1950. Mais le conflit avec la fédé brésilienne exacerbe les tensions à un tel point, que la raison officielle est bien celle-ci (la CBF interdira à ses clubs de jouer les clubs argentins pendant quelque temps). D’autant que l’Argentine n’a pas non plus été vidé de tous ses joueurs, elle aurait pu présentée une équipe correcte et compétitive en 1950. Une rumeur veut que l’AFA aurait tenté de changer ses statuts pour faire jouer les exilés, que Perón pour « se venger » d’eux refusa en représailles. On dit que le Président ne voulait pas non plus se faire humilier sur la scène internationale (deux ans sans jouer pour la sélection 1948-1949), l’Argentine disputa très peu de rencontres internationales en 5 ans, cherchant le prestige et le symbolique avec des confrontations contre les Anglais (1951 et 1953) ou pour des raisons diplomatiques avec l’Espagne. A

        0
        0
  5. À propos de García, il est fait mention des Sudamericanos 1937 et 1941. Dans le second cas, il inscrit le but du titre. En 1937, l’histoire retient De la Mata pour son doublé contre le Brésil lors du match d’appui. Mais si ce match d’appui a lieu, c’est grâce à un but d’El Chueco permettant à l’Argentine de battre le Brésil lors du 1er match (formule de championnat, les deux sélections sont à égalité et se départagent lors d’un match supplémentaire très chaud).

    0
    0
  6. Super l’anecdote sur Goscinny !
    Je savais qu’il avait vécu une partie de son enfance en Argentine, mais pas qu’il avait une accointante particulière pour le foot.

    (À part dans le petit Nicolas) ^^

    Magnifique article fleuve qui se déguste à lire!

    En Europe on parle plus de Boca et de River (légitimement peut être ) mais le Racing club, quelle histoire!

    0
    0
    1. Poètes, y a Supervielle et Lautréamont..à Montevideo, ça m’avait marqué gamin.

      Mais à BA???………… Guy Marchand? 🙂 (si ça se trouve, il est né à Montargis..)

      0
      0
      1. Au temps pour moi, j’ai fait naître Lautréamont à Buenos Aires au lieu de Montevido. Il y a un 3ème poète né à Montevideo, c’est Jules Laforgue.

        Bernard Blier voit le jour en Argentine, pays où son père Jules Blier, biologiste à l’Institut Pasteur, est alors en mission. De retour en France, la famille Blier s’installe à Paris, où le jeune Bernard suit sans enthousiasme une scolarité au Petit lycée Condorcet, rue d’Amsterdam, puis au lycée Condorcet.

        0
        0
      2. Ah oui, Laforgue : je connaissais aussi.

        C’est sympa de mettre des noms d’artistes (notamment) sur des quartiers, surtout pour une métropole pareille. Là par exemple, la rue d’Amsterdam ça fait tilt tout de suite, toutes les rues de ce quartier portent des noms de villes – je le sais car, seule fois où j’aie vraiment passé de temps à Paris : me suis arrêté rue de..Liège à vélo..et toutes les rues adjacentes (Amsterdam est juste à côté) étaient de cet acabit.

        Bref : bizarre de se dire que je suis passé devant son ancien lycée! Mais rétrospectivement ça rend la visite moins impersonnelle.

        0
        0
      1. Et pourquoi pas un hommage au CA Montreuil, certes plus connu comme club d’athlétisme dont Michel Jazy fut le plus fameux sociétaire.

        0
        0
      2. Oui, brillante idée que voilà (et à quoi je pensai spontanément tantôt, mais qu’il me parut vain de te suggérer) : nous te lirons tous avec intérêt! 🙂

        0
        0

Laisser un commentaire