
« Le public adore les joueurs créatifs
Car, au final, il veut se divertir.
Et comme le football n’est qu’un jeu,
Il se doit aussi d’être plaisant. »
(Ernst Happel)
Pilotée par le féroce Rinus Israël, qui depuis 1966 était devenu le transfert le plus cher de l’Histoire du club, et qui serait d’ailleurs sacré meilleur joueur du championnat au terme de la saison, la défense de Feyenoord n’encaisserait pour les débuts de Happel que 22 buts en 34 rencontres – un record pour l’époque, mais que l’adoption partout ailleurs de son concept de bloc-équipe ne ferait encore qu’abaisser, jusqu’au bilan stupéfiant de ces 13 buts à peine, que concéderaient en tout et pour tout les junkies du FC Twente en 1972.
A ses côtés, le peu recommandable stoppeur Laseroms était généralement chargé de sortir l’avant-centre adverse de la rencontre, qu’importassent les moyens mobilisés, tandis que les latéraux Romeijn et van Duivenbode animaient chacun un flanc, et que le jeune et très inconstant Eddy Treijtel s’efforçait de faire oublier l’encombrante présence, sur le banc, du trentenaire Pieters Graafland, adulé des foules quoique à peine meilleur que lui.
A ce détail près, en deux ans à peine et avec une extraordinaire économie de moyens, Ben Peeters était parvenu à constituer la meilleure équipe du championnat, et à l’inscrire victorieusement dans un cadre tactique susceptible d’affronter la modernité : le 4-3-3.

Pour autant, il n’était pas parvenu vraiment à lui insuffler la vie… Imposer le 4-3-3 était une chose, en soi déjà admirable en ce pays des plus sclérosés, où depuis le mitan des années 1960 l’on ne jurait que par le WM voire le 4-2-4. Mais le doter de l’élasticité et de la cohésion propres au système de l’ADO avait toujours semblé au-dessus de ses forces. Et si cruel fût-il, son remplacement par Happel avait été d’autant plus justifié que, non content d’avoir apprivoisé l’espace par la grâce de son bloc-équipe et du hors-jeu haut, c’est désormais dans ses derniers retranchements que l’Autrichien comptait bien pousser ce qu’il avait entrepris à La Haye, en instillant du désordre organisé au sein du groupe talentueux, mais statique, qu’avait construit à Rotterdam son trop modeste et prudent prédécesseur.
Le mouvement
Quand bien même, dans sa variante néerlandaise, ce furent d’abord les défenses qui tireraient profit de ce nouveau paradigme, le serpent de mer du football total encourageait un football offensif et spectaculaire, qui entendait que soient abolies ces vieilles frontières où Peeters était resté enfermé, et réclamait pour ce-faire des joueurs singulièrement intelligents, complets et aboutis sur le plan technique. A défaut de quoi cette tactique était condamnée à demeurer vague, abstruse et inefficace.
C’est pour cela qu’avaient été recrutés, et en toute priorité, ce très cérébral van Duivenbode dont Michels n’avait plus voulu, puis cet étrange Hasil dont Schalke n’avait davantage su que faire. Et de fait, succédant à gauche au très conservateur Cor Veldhoen, et libéré enfin des obsessions positionnelles et physiques de Michels, c’est dès le 2 novembre 1969 que van Duivenbode connaîtrait déjà sa revanche : lors du premier Klassieker de la saison, en inscrivant d’une frappe somptueuse le but de la victoire contre ses anciennes couleurs d’Ajax, et au terme d’une rencontre que Kindvall, Jansen, Hasil et surtout van Hanegem avaient illuminée de leur ballet permanent.

En soi, le 4-3-3 et le recours à un numéro 10 restaient encore inouïs pour les Pays-Bas, et avaient été une source suffisante de confusion pour brouiller durablement les vues par trop rigides de l’étriqué Rinus Michels. Aussi, que ce schéma s’enrichît soudain d’un détonnant cocktail de dézonages, de couvertures mutuelles, de triangulations et de recherches de l’espace entre les lignes adverses? Prestement accouché durant l’été par Happel, le système serait une source constante et insoluble de problèmes pour les défenseurs et médians ajacides, confrontés à ce dilemme qui entendait de suivre l’homme qu’ils marquaient tout en laissant des intervalles, ou de maintenir leur position au risque, alors, de laisser Hasil et Kindvall dédoubler les poches d’espace dans l’axe et le quart supérieur droit du terrain.

« Tactiquement », affirmerait un jour le transfuge quoique ajacide dans l’âme Theo van Duivenbode, « Happel est le meilleur entraîneur que j’aie jamais connu. Il privilégiait le jeu de position, et abandonnait le marquage individuel au profit du marquage de zone. Les exercices d’entraînement impliquaient presque toujours le ballon. Cela a insufflé beaucoup de plaisir au jeu, et quand on s’amuse, on se donne toujours à fond. »
Dans le vestiaire d’Ajax, où la servitude le disputait à l’impuissance et à la frustration, c’était bien au contraire la soupe à la grimace. La colère grondait. Mais pas plus qu’après le naufrage subi contre l’AC Milan Michels ne semblait-il disposé, ou à dire vrai en mesure, de revoir enfin sa copie…
Or précisément, dix jours plus tard et après un premier tour d’échauffement face au modeste KR Reykjavik, durant lequel s’étaient déjà illustrés le bloc-équipe et le pressing des Rotterdamois, c’est le tenant du titre de l’AC Milan qu’Ernst Happel se voyait opposer, qui quelques mois plus tôt n’avait donc fait qu’une bouchée des certitudes d’un Michels arrimé encore à son 4-2-4. Et facteur aggravant : si depuis la création de la Coupe d’Europe les clubs néerlandais étaient certes parvenus, çà et là, à opposer une belle résistance aux meilleures équipes d’Espagne, d’Italie ou d’Angleterre, ils avaient presque toujours échoué à se qualifier sur l’ensemble des deux rencontres…

Le football néerlandais, il est vrai, n’était professionnel que depuis 1954. Et d’ailleurs Feyenoord comptait encore deux joueurs semi-professionnels dans son noyau : le dévoué back droit Piet Romeijn, et l’excellent mais par trop sédentaire demi-défensif Guus Haak, issu comme Happel de l’ADO La Haye. Certes, l’adoption du professionnalisme avait enfin permis d’élever le niveau du football néerlandais, mais la victoire 4-1 de Milan contre l’Ajax n’avait manqué de rappeler l’écart résiduel entre les équipes néerlandaises et l’élite européenne. Aussi fut-ce avec appréhension que le Feyenoord aborda son déplacement en terres lombardes, quoique en ayant conscience d’être une équipe fort différente car plus complète, moderne et homogène, que ne l’avait été l’empilement de stars fragmenté de Michels.
Après neuf minutes à peine à San Siro, la situation semblait pourtant non moins désespérée pour les hommes de Happel : dépassés par les événements dès l’entame de la rencontre, ils encaisseraient en effet bien vite un but du transfuge du Torino Nestor Combin, à la finition d’une action collective de toute beauté. Mais contrairement aux Ajacides, les Rotterdamois s’adapteraient. Qui en réduisant l’espace autour du stratège transalpin Gianni Rivera parviendraient même à sauver les meubles, et à ne rentrer en Hollande qu’avec un seul but de retard.
Feyenoord avait été contraint de subir pendant de longues séquences en Italie, mais en cette soirée du 26 novembre, pour le retour à Rotterdam, la donne serait complètement différente. Et ce fut au capitaine Wim Jansen que revint d’ouvrir les hostilités qui, concluant une transition typique de Feyenoord, initiée depuis le flanc gauche grâce au travail défensif de van Hanegem, égalisait déjà après seulement six minutes, d’un centre lobé qui aboutissait superbement dans la lucarne de Cudicini. Enfoncés par l’infatigable pressing de Feyenoord, les Milanais tiendraient alors jusqu’à la 82ème minute, et à ce moment de génie de Coen Moulijn, lequel, secouant la remontée jusqu’alors patiente du bloc-équipe, offrait à van Hanegem le but mille fois mérité de la qualification.

Le quart de finale face aux Allemands de l’Est du Vorwärts Berlin serait du même tonneau : vaincu par la plus petite marge à l’aller, il est vrai à 10 contre 11 et sur une pelouse impraticable, c’est encore à l’arraché que Feyenoord renverserait la situation au retour, grâce à des buts de Kindvall et de Wery, et au sauvetage miraculeux prodigué par son languissant couteau suisse Ruud Geels.
En demi-finale, le Legia Varsovie allait opposer une résistance bien moindre, que celles jusqu’alors affrontées ou qu’eussent pu présenter les épouvantails britanniques du Celtic et de Leeds United : rentrés de Pologne avec un match nul et vierge, c’est en effet sans grande difficulté que les Rotterdamois s’imposeraient au retour, grâce à un premier but de Van Hanegem dès la troisième minute, puis à une volée sensationnelle de Hasil à la demi-heure de jeu.
Puis trois semaines s’écouleraient encore avant que le Feyenoord ne retrouvât enfin la pelouse de San Siro, pour y affronter les Bhoys de Jock Stein en finale. Mais d’ici-là, les Rotterdamois se voyaient offrir l’opportunité de relancer un championnat jusqu’alors quelque peu négligé, à l’occasion d’un déplacement chez le leader ajacide qui, dans ces débats domestiques, restait sur un bilan d’autant plus frustrant de trois défaites et d’un nul, que la direction d’Ajax n’avait eu de cesse d’aller au portefeuille et que la manière, surtout, parlait de match en match toujours un peu plus en faveur des joueurs de Rotterdam.
Et ce n’est pas cette rencontre du 26 avril 1970 qui allait y déroger! A vingt minutes du terme en effet, et par la grâce d’une démonstration significative moins d’une banale domination que d’une plus insaisissable supériorité idéologique, l’équipe de Happel menait encore 1-3, et semblait en passe d’enregistrer une victoire cruciale pour le gain du titre. Las !, deux erreurs coupables de Treijtel scelleraient le sort du match et du championnat, qui convaincraient dès lors Happel de ne plus guère se focaliser que sur la finale de la Coupe des Champions, et même de préserver l’inconstant et inexpérimenté Treijtel des foudres du public, en lui préférant le pré-retraité Pieters Graafland pour les deux derniers matchs de la saison – lequel vétéran, sidéré par cette décision, refuserait d’emblée l’opportunité en déclarant à son entraîneur : « Vous ne m’avez pas vu jouer une seule fois de la saison. Ce sera sans moi. »

C’est l’épouse de Graafland qui, en définitive, le persuada de rechausser ses crampons pour la finale face au Celtic, pour ce qui serait son ultime apparition pour une rencontre professionnelle. Champion d’Ecosse, et sorti victorieux de la grandiloquente Battle of Britain, le Celtic était une équipe expérimentée qui, trois ans plus tôt, avait été sacrée championne d’Europe en bousculant non moins les codes établis, au gré de l’activité destructrice de ses wing-backs Craig et Gemmell. Aussi : ses joueurs abordèrent-ils la rencontre avec arrogance? Le fait certain est que Stein était susceptible d’y avoir contribué, en déclarant avant la rencontre que Feyenoord n’était pas une équipe « du calibre de Leeds. » Sourd aux mises en garde de son adjoint Sean Fallon, pour qui le Feyenoord de Happel était bien au contraire « une équipe de premier ordre », qui ne souffrait aucune faiblesse, l’entraîneur du Celtic préciserait même qu’il suffirait « d’inscrire un but rapide, et que l’affaire serait aussitôt dans le sac. »

S’ils affichèrent de fait une grande confiance dès l’entame du match, et bien qu’ils passeraient d’ailleurs l’essentiel de la première mi-temps aux abords directs du grand rectangle d’un Pieters Graafland de surcroît peu rassurant, ce furent pourtant bien leurs adversaires de Rotterdam qui, après une petite dizaine de minutes de combat physique dans le cœur du jeu, domineraient concrètement les débats à défaut toujours de la possession, se créant même les deux premières occasions de la rencontre par l’intermédiaire de l’infatigable Kindvall.
Mieux organisés que leurs adversaires, et procédant par jeux en triangle et décalages redoublés dans la profondeur, dans des séquences où, plutôt que d’accélérer le tempo du jeu, van Hanegem n’hésiterait jamais à le ralentir de sorte que l’équipe pût toujours progresser en une touche et en bloc, les joueurs de Feyenoord proposeraient un ballet permanent qui voyait l’ailier droit Wery reprendre la position de Moulijn à chaque fois que celui-ci se projetait dans l’axe, van Duivenbode marauder plus qu’à son tour aux trente mètres pour faire profiter Kindvall de la qualité de ses centres, Hasil s’engouffrer tant et plus dans les espaces créés par les décrochages et les remises du Suédois, van Hanegem annihiler la moindre incursion écossaise dans le dos d’un van Duivendode sur qui le logiciel de Jock Stein entendait résolument appuyer, et Jansen monter en puissance et en initiatives à mesure du déroulement de la rencontre.

Et cependant c’est le Celtic qui trouverait la faille, sur une intervention coupable de Pieters Graafland qui venait d’échapper à un but sur hors-jeu, et par l’intermédiaire d’un Tommy Gemmell systématiquement dangereux pour peu qu’il fût enfin pourvu en ballons. L’avantage, toutefois, ne dura que deux minutes, le temps pour le défenseur Rinus Israël d’égaliser de la tête, au terme d’une situation pour une fois confuse dans le rectangle écossais. Par la suite, et tandis que le Celtic semblait peu à peu renoncer à vouloir passer par le flanc droit, pour privilégier non moins stérilement un jeu plus aérien et direct dans la boîte, Feyenoord continuerait de dominer le milieu de terrain et donc la rencontre, qui dès la reprise trouverait le poteau sur une frappe surpuissante de Hasil, consécutive à une permutation de plus de Wery.
Malgré la très nette domination d’un concept d’évidence supérieur sur le plan intellectuel, les joueurs de Feyenoord ne parviendraient pourtant pas à inscrire leur second but dans le temps règlementaire, en raison des arrêts exceptionnels du gardien du Celtic, et en dépit d’une seconde frappe sur le poteau. Tous enlisés durant la prolongation, passablement épuisés, ce n’est en définitive qu’à une poignée de minutes du coup de sifflet final que surgirait Kindvall, lequel, profitant d’une erreur de la défense du Celtic, parvenait enfin à tromper le gardien adverse Williams. L’arbitre pouvait siffler la fin de la rencontre : le Feyenoord était sacré champion d’Europe, avec la plus grande distinction. Et pas plus que Rinus Michels depuis deux ans, ou que Cesare Maldini lorsqu’il était venu en repérage à l’automne 1969 : Jock Stein n’avait-il quoi que ce soit compris au football organique auquel il venait d’assister.
(A suivre…)


Très célèbre photo d’un autre âge : Happel clope à la main dans un manteau de fourrure, peut être du vison. J’adore !
Et celle du père Maldini, pas mal non plus.
En peau d’ewok, à mon avis.
J’hésitais avec Alf
Tout le tralalas autour du Paolo m’a toujours laissé froid, quoique super joueur évidemment.
Mais le Cesare j’ai toujours bien aimé. Découvert quand il entraînait l’Italie, il m’inspirait un je ne sais quoi de positif.
Happel a souvent des dégaines/styles invraisemblables……………………. GuyBrush est peut-être sapé comme ça, aussi??.. 😉
Polster, il manque de classe. Tout le monde le sait. D’ailleurs, faudrait que Gooz lui vende son livre.
De Kuip, sur les liens en vidéo, quelle ambiance ! La foule semble électrisée par les buts inscrits par les siens.
Mon stade préféré, je crois bien. Et quasi-intact depuis près d’un siècle.
Tu le signales dans tes schémas, les permutations avant-centre – milieu sont une des constantes du football total. C’est encore autre chose que l’avant-centre en retrait qu’avait illustré bobbyschanno dans un de ses articles.
Dans le papier sur le Pérouse d’Ilario Castagner – qui s’inspirait du foot néerlandais – les décrochages de l’avant-centre aspiraient le stopper et permettaient au meneur Franco Vannini de s’engouffrer dans la brèche créée. Ca a bien fonctionné jusqu’à ce que Paolo Rossi arrive et n’exerce plus ou moins bien ce rôle ingrat d’avant-centre « leurre ».
Oui, mais ici il y a davantage que ça, ça ne tient pas qu’à la connexion dans la profondeur Kindvall-Hasil (tous deux des joueurs formidables, d’ailleurs) : tu as en sus un tourbillon analogue à celui vu chez votre Baron au Racing, ou qui avait tout de même cours dans l’Ajax de Michels (ça oui..mais rien de plus), avec des permutations entre les avants (ici Wery – Moulijn – Kindvall : ça permute aussi entre eux, tout le temps, la dimension est et verticale, et horizontale dans le Feyenoord de Happel……….et même diagonale!, ça part vraiment dans tous les sens………….regardez la position du demi-/centre-gauche van Hanegem dans le match contre Ajax de l’automne 69 : le mec se retrouve parfois ailier droit!!!)
Et van Duivenbode n’est pas un joueur qui pistonne, comme le fera au fond assez binairement le cyborg Suurbier ensuite, non, regardez ces matchs si vous en avez le temps : il monte avec le bloc, patiemment, c’est construit, « par vagues » (j’ai connu deux personnes, qui ne se connaissaient pas le moins du monde, évoquer en ces termes le principe actif à l’oeuvre chez Happel)..puis y reste aux avant-postes comme un ailier, pour faire jouer la qualité de son pied, et c’est alors van Hanegem qui le couvre. (NB : dans le match contre Reykjavik, vous pouvez même le voir marquer en position d’avant-centre au terme d’une phase construite)
Tout le monde attaque, tout le monde défend, comme ils disent.. ==> Happel et whatelse, comme qui dirait l’autre.
Disons qu’il y a le football total et le football total partiel eh eh. A Pérouse, l’interchangeabilité des positions était sans doute moins riche qu’à Feyenoord, notamment pour les postes défensifs, mais cela ne se limitait pas à l’avant-centre et au milieu axial, c’était un peu plus sophistiqué que ça avec les joueurs de couloir notamment m. Speggiorin par exemple, ailier gauche, plongeait dans l’axe quand l’avant-centre se déplaçait et n’a jamais marqué autant de buts qu’à Pérouse. Bagni, ailier droit, descendait beaucoup pour laisser s’exprimer le terzino. Ça n’a jamais atteint les cimes connues par Feyenoord mais ça a suffi à contrarier beaucoup d’équipes de Serie A.
L’avant-centre en retrait, c’est le schéma classique du 2-3-5 avant le WM, qui sera porté à son pinacle par le Wunderteam. Mais ça reste un football, en tout cas en Europe, assez robotique. Même en Autriche et en Hongrie, dont on vante l’aspect prétendument romantique, l’entraîneur joue le rôle majeur : c’est lui le chef d’orchestre. Pas étonnant s’ils seront si nombreux, entraîneurs autrichiens et hongrois, à faire carrière dans l’Italie fasciste…
Bref, il y a de la liberté pour deux rôles névralgiques : le demi-centre et l’avant-centre. Les deux meilleurs joueurs, à qui l’entraîneur donne le rôle essentiel. Et l’avant-centre, à la Sindelar ou à la Paul Nicolas par chez nous, d’être aussi bien à la construction des actions qu’à leur conclusion. Mais parce que c’est le meilleur joueur de l’équipe, alors il fait tout, il est au four et au moulin. Faut quand même bien se représenter que, hormis dans des sélections qui vont dominer (Autriche, donc, mais aussi Hongrie ou Italie), la plupart des mecs sont des pieds carrés : les arrières sont des bourrins, les demi-ailes sont des tâcherons, les ailiers débordent et centrent. Bien souvent, il y a 3-4 mecs qui ont du ballon, le solde se contente de faire le nombre et de se débrouiller pour détruire les attaques adverses et dégager tant bien que mal, comptant ensuite sur la qualité des demi-centre, avant-centre et inters pour en faire quelque chose…
Les équipes de l’entre-deux-guerres, et c’est encore pire avant, c’est un peu comme les équipes de clubs d’Arabie Saoudite ou du Qatar aujourd’hui : 3-4 Européens ou Sud-Américains en pré-retraite et le solde de locaux aux pieds carrés…
En Angleterre, il me semble que l’entraîneur joue un rôle moins important. Et ce n’est pas étonnant si la sélection mettra tant de temps à se pourvoir d’un véritable sélectionneur, d’un vrai patron qui dépossédera les joueurs de leur pouvoir. Les entraîneurs anglais, si réputés, le sont surtout sur le Continent… La mentalité libérale du pays influait sans doute sur les conceptions du jeu, notamment de la tactique. C’était pas forcément plus brillant, c’était pas forcément plus inspiré, mais c’était pas non plus forcément plus robotique. La FA, dans une logique libérale, a toujours laissé une certaine latitude aux clubs. Et que dire des politiques, qui ne s’immisceront véritablement qu’à partir de la fin des années 20.
Reste l’Amérique du Sud où, là clairement, les joueurs avaient le pouvoir. Qui est le sélectionneur de l’Uruguay en 30 et en 50 ? Hein ? On connaît tous le sélectionneur de l’Italie en 34 et en 38, celui de la Hongrie en 54, mais ceux de l’Uruguay en 30 et en 50. Ce n’est pas un hasard : ils ne servaient pas à grand chose. Idem en Argentine : il y avait une grande liberté laissée aux joueurs qui, sans doute, permutaient beaucoup plus que ce qu’on voyait alors en Europe. Dans la mesure de leurs moyens physiques, certes…
Tu es un poil sévère en plus d’avoir une coupe de lévrier afghan. En Europe centrale, en Autriche au moins, les ailiers sont souvent plus complets. Souviens toi des observations de Meisl. Les joueurs plus limités sont probablement les milieux latéraux.
Au Rapid, Happel a connu les Hanappi, Gernhardt, Halla, des joueurs polyvalents portés sur l’offensive, qui ont montré que les latéraux pouvaient apporter beaucoup.
Je suis pas sévère, tu sais pas lire.
« Faut quand même bien se représenter que, hormis dans des sélections qui vont dominer (Autriche, donc, mais aussi Hongrie ou Italie), la plupart des mecs sont des pieds carrés : les arrières sont des bourrins, les demi-ailes sont des tâcherons, les ailiers débordent et centrent. «
Et comment tu sais (que j’avais en fait) une coupe de lévrier afghan ?
Parce qu’avec une coupe pareille, tu es devenu un mème.
Dans les apports, Happel est aussi probablement l’un des premiers entraîneurs à utiliser, exploiter les demi-espaces comme on le fait aujourd’hui. Pionnier de la périodisation tactique également.
Eh, le foot moderne : c’est lui.
Les gens qui entendent parler de « bloc-équipe » à longueur de journée par exemple……….. ==> C’est tonton Ernst, hein.
Après je vais tout de même nuancer (..quand j’aurai le temps..) la question des apports, synthèses, inventions, révolutions….. Faut toujours nuancer ça, il n’y a que les esprits binaires ou enfantins qui croient à des fadaises pareilles, genre Michels Sacchi Cruyf…………. ==> Ca, c’est la narrative pour ceux qui ont horreur de la complexité et besoin de croire en des pères Noël.
Mais le bond de géant réalisé grâce à Happel est juste imbaisable ; c’est lui qui a trouvé la recette magique, l’équilibre. Et le jeu de ce Feyenoord est vraiment formidable.
Vi, Happel connaissait sa valeur de tacticien, c’est certain, mais je ne pense pas qu’il s’imaginait comme révolutonnant le jeu.
Le hors-jeu, la zone, la recherche de densité, le mouvement avec ou sans ballon, l’utilisation des demi espaces, les diagonales…, tout cela, ce sont des concepts croisés lorsqu’il était joueur.
Le rapport de Happel à ce qu’il produisit est déroutant. Il n’a pas écrit le moindre livre, il en eut régulièrement le temps pourtant, et vit même venir sa mort. Mais contrairement à certains vautours après lui, il n’entreprit pas de laisser quoi que ce soit derrière lui. Couplé à son mépris pour les « poètes » de la caste journalistique, cela paraît pouvoir traduire une considération nulle pour la romance, le récit.
A contrario, le terrain……………. Déjà dit : ce qui malgré lui put être sauvé de ses notes, du temps où il entraîna l’ADO, est d’une précision et d’une méticulosité folles, il y développe et détaille le moindre point qu’il lui faudra aborder aux entraînements, les mots qu’il utilisera pour requinquer ou secouer tel joueur, l’exercice avec ballon à soumettre à d’autres, les positionnements à travailler.. C’est sommaire, factuel, utilitariste…….sur mesure!!!………………..et fait abstraction de sa propre personne, ce qu’on y lit procède d’un souci manifeste d’amélioration continue, individu par individu.
Il y a un paquet de facteurs dans sa (relative) dépréciation, et l’ignorance durable qui prévaut quant à ses réalisations. Joueront bien sûr la narrative et les réseaux cruyffistes, son désintérêt propre pour ces questions aussi, l’opportunisme intéressé du plus calculateur Michels (dont l’image participe de la narrative cruyffiste, Cf. les conneries qu’on peut lire Michels ==> Cruyff ==> Sacchi/Guardiola..)…………..mais le moins qu’on puisse dire, aussi, est qu’il ne fit rien pour se gagner les faveurs de la presse, euphémisme……….
Il y a quand même des choses dont je doute qu’il les ait connues comme joueur : équipe se déplaçant comme un bloc homogène de 30m dans la profondeur? et, en amont, sa condition sine qua non du hors-jeu haut, pour comprimer l’espace (ce que Goethals avait traduit comme suit : « il faut que le terrain devienne aussi petit que possible pour l’adversaire »)? Avant les années 60, je crois bien qu’il n’y avait jamais rien eu de tel, du moins certainement pas qui fût exécuté de manière délibérée, systémique, conceptualisée ni aussi radicale.
La force de Happel, outre une souplesse et un flair tactiques certains, c’est d’être parvenu à conjuguer deux principes déjà explorés voire aboutis par d’autres : d’une part le mouvement perpétuel, Cf. les moult variantes pré-existantes (mais moins ambitieuses) de football-total.. Qui, avant lui en Europe, décompartimenta les strates d’une équipe?
Et de l’autre le hors-jeu haut (et incidemment le bloc-équipe) qu’avaient développé en Belgique les Sinibaldi (mais maladroitement) puis Goethals (qui avait solutionné les trous dans la raquette de Sinibaldi en recourant à un keeper-volant), et que je crois observer parfois dans l’Inter d’Helenio Herrera aussi.
Révolution : c’est certain, il a changé le paradigme. Formellement (le management, le « macro ».. : autre histoire!, là-dessus c’est clairement l’abord d’un Michels qui s’est imposé), le football qui a suivi ressemble d’ailleurs plus à son Feyenoord qu’à la variante grand-guignolesque à laquelle parvint ensuite Michels, et dont la différenciation ne tenait guère qu’à un déferlement de watts.
Invente-t-il quoi que ce soit? J’ai envie de dire oui, quand même.. Je pointais plus haut son ballet permanent : à ce point radical et holistique, avant lui je n’en vois pas. Et il n’y a pas qu’une histoire d’activité (..pharmacopée..) +/- soutenue là-dedans, c’est avant tout une question d’équilibre à trouver. Cet équilibre, c’est à lui qu’on le doit – comme l’on devait alors à Goethals d’avoir résolu la quadrature du cercle du hors-jeu haut.
Par exemple, le concept d’une équipe cherchant à agir comme un bloc, il le découvre déjà au Rapid. Moins élaboré bien sûr, mais ça fait partie des contributions d’un Pesser. Et on en revient encore au système brésilien. Avec Rappan, on connait en Europe quelque chose de similaire, mais l’organisation brésilienne semble plus intéressante pour la récupération du ballon et la transformation du jeu vers l’avant.
Dans leur opuscule écrit avec le journaliste Kastl, Binder et Pesser offrent une description du système et ce qui saute aux yeux, c’est cette structure de filet à mailles en losange, qui découle notamment de la recherche des diagonales. Et rien qu’en observant cette structure, il y a pas des choses, qui apparaissent presque évidentes et qui donnent des indications sur les évolutions tactiques futures. Le maintien de la structure nécessite une approche plutôt zonale, une coordination de tous les joueurs, des déplacements, permet de réduire les espaces laissés à l’adversaire… Là où la conception de Pesser est probablement novatrice ou plus aboutie (en Europe au moins), c’est qu’il organise son équipe (les joueurs du Rapid avaient droit à des séances de tableau noir les jeudis) pour qu’elle puisse conserver cette structure en filet même haut sur le terrain, afin d’en faire aussi un outil de contre redoutable.
D’ailleurs, Kastl parle « d’élasticité de l’interaction de tous les membres de l’équipe », « de lancer neuf joueurs vers l’avant ou de reculer en défense, ce qui agit comme un filet pour stopper les attaques adverses ».
Moins élaboré, peut-être..mais ce que tu rapportes là souffre peu de doutes quant à l’idée, c’est vraiment troublant :
« (…) d’élasticité de l’interaction de tous les membres de l’équipe », « de lancer neuf joueurs vers l’avant ou de reculer en défense, ce qui agit comme un filet pour stopper les attaques adverses »
==> C’est perceptible dans son Feyenoord, cela.
Je vais donc te remercier, c’est vraiment intéressant. Le losange, c’est une forme géométrique que tu retrouves dans son Feyenoord. Quant aux lignes de passe privilégiées……….. ==> Regarder les quelques vidéos que j’ai greffées à cet article, c’en est souvent illustratif.
Quelques questions :
Le dixième joueur de champ, celui-là donc qui n’émargeait pas aux 9 précités : c’était..Happel??
Pour moi c’est compliqué de se faire visuellement idée du jeu de ce Rapid ; a-t-on idée de la profondeur de ce « filet »? De la distance qu’ils s’efforçaient peut-être de garder d’entre ses points défensifs bas et hauts? (à Feyenoord, compte que les dix joueurs de champ devaient se garder dans un spectre de 30-40 mètres max de profondeur – d’où, régulièrement et plutôt que de procéder par transition rapide, Jansen et surtout van Hanegem temporisaient pour permettre aux dix joueurs de champ de progresser ensemble, en un dispositif d’une égale densité/compacité)
Outre le supplément d’agressivité dans le pressing qu’on verra plus tard chez Michels, il y a une autre différence qui saute aux yeux d’entre les logiciels de Happel et de Michels : le gardien………….
Tant Pieters-Graafland que son successeur Treijtel étaient conservateurs et jouaient loin derrière la ligne du hors-jeu, ils ne jouent pas avec la ligne. Sur ce point-là, Happel et Michels procèdent de deux traditions différentes.
Ce qui aura cours avec l’équipe des Pays-Bas voire Ajax, ça vient de chez moi, c’est Goethals avec son jeune gardien Bosmans, auquel il confiait de garder (par tous les moyens, euphémisme..) la zone courant de son goal jusqu’aux 40 mètres. Les gardiens-sweepers/-kamikazes.
Mais Happel ne voyait absolument pas les choses comme ça ; chez lui, la discipline collective primait sur la délégation individuelle, et c’était non pas au gardien, mais à la ligne et à elle seule que revenait de sécuriser les arrières ; le gardien n’était qu’un ultime recours. La ligne seule fait tactique.
Alors que, chez Goethals (puis chez Michels), qui malléa à dessein son jeune gardien à cette fin : le hors-jeu procède d’une co-construction ligne + gardien, le gardien y est une variable dynamique.
Il y a à cela une explication des plus rationnelles : les défenseurs centraux de Goethals étaient forts au duel mais épouvantablement lents……….et la toute relative qualité technique de ses ouailles (une exception : Polleunis) rendait illusoire de vouloir maîtriser le jeu. Il fallait donc un garde-fou………et ce fut un chien fou. Si bien que chez Goethals, en définitive : le positionnement du gardien est synchronisé à celui de la ligne, et c’est à lui qu’on externalise la couverture de l’espace.
Il n’y avait donc rien de tel dans le Feyenoord de Happel………………ni dans le Rapid qu’il connut comme joueur, je présume (et que suggère ton commentaire)?
Dernière question, 9 joueurs lancés vers l’avant, c’en laisse donc un derrière, à perpèt’………. ==> En phase de possession, ce proto-bloc ne s’appuyait donc pas sur le hors-jeu haut pour restreindre l’espace, je présume?
Tant qu’à parler tactique, la finale de 70.. Stein s’est fourvoyé en voulant appuyer là où, raisonnablement, cela devait faire le plus mal : sur le flanc babord de Feyenoord!
Le meilleur atout offensif, Johnstone, face à un honorable ailier (van Duivenbode) reconverti comme back bien peu physique ni agressif depuis 5 ans à peine, après avoir réalisé qu’il ne pourrait lutter avec plus fort que lui (Keizer) : ça faisait sens, logique……………mais le Celtic n’est à peu près jamais dangereux par ce biais, qui s’enferre de la sorte durant 95% de ses offensives en première mi-temps, ça ne marche pas car van Duivenbode (qui souffre!, c’est patent……..mais ne craque pas) n’est jamais seul : soutien permanent de van Hanegem!
Les 5% restants, attaques par la gauche donc : c’est via le wing-back Gemmell, l’auteur du but sur coup-franc…………et c’est a contrario toujours dangereux..
Pourquoi Stein n’a-t-il plus insisté par là? En seconde mi-temps, ses hommes privilégient le jeu dans la boîte. Et alors là, Laseroms et Israël avaient du répondant, moins qu’on puisse dire…….
A la revoyure, c’est un choix incompréhensible.
Compliqué de répondre à la plupart de tes questions. Sur la distance entre les lignes, la hauteur du hors jeu, le rôle du gardien…, on manque d’infos (mais je cherche).
Oui, Happel était en général le spectateur des phases offensives et Dienst se limait les ongles lorsqu’il s’agissait de défendre.
Happel est le chef de la défense, le cerveau qui organise le hors jeu. Dans le système, les latéraux jouent un rôle très important. Un Gernhardt a joué à 5 ou 6 positions en équipe nationale, dont avant-centre. Hanappi a aussi évolué comme inter ou en attaque avec des saisons à plus de 20 buts. Un Halla était un attaquant reconverti défenseur, connu pour ses montées et débordements. Bref, des profils très offensifs, qui pouvaient combiner avec des ailiers comme les frères Körner. Alfred à gauche était plutôt un ailier buteur, Robert à droite un dribbleur passeur.
J’attends la dernière partie mais d’ores et déjà chapeau pour le boulot qui permet de décortiquer et comprendre comment s’est transformé le foot néerlandais, exemples à l’appui. Ça constitue un dossier de premier ordre et probablement unique en langue française.
..et en langue NL!, car je crois pouvoir être assez formel là-dessus : ça n’existe pas non plus chez eux. Nulle part.
Happel n’a rien laissé, bref : faut se fader les matchs (mais c’est un plaisir, ce Feyenoord joue formidablement bien et, comme tu dis plus haut : cette électricité les nimbant est géniale), j’en ai vu tout ce qui était possible.. Il a tout de même laissé derrière lui, à son départ d’ADO, des bribes de notes qui purent être sauvées..et qui parlent moins de tactique que d’entraînements..mais donnent idée de ce qu’il voulait développer…à temps T+0 du moins.
Surtout, ma source première, toujours : les sources directes. Et là y a la matière, ils racontent ce qu’ils voient, sans toujours le comprendre. Et la sidération est palpable.
Mais livré clé sur porte comme ça, synthétisé et mis en musique : vous pouvez chercher, y a pas. Ou alors ça vient de sortir mais je me demande bien où.
Pas mieux !
Ce serait bien d’ajouter les liens vers les 4 autres parties à la fin de chaque article pour que les lecteurs puissent facilement lire tout le dossier. Je pense aux non-habitués du site qui passeront par ici et qui ne doivent par forcément penser à chercher par auteur.
Tu as d’autant plus raison que c’est constructif 😉
Toujours épaté par votre capacité, votre car vous êtes plusieurs à l’avoir, à décrire les stratégies et philosophies de jeu. Et oui, le but d’Hasil est magnifique.
Oui, sacré joueur, GuyBrush a bien raison de vouloir mettre à l’honneur son compatriote : quel talent, et puis, ce tempérament toujours porté vers l’avant…………… J’adore, joueur d’une classe folle.
Et cependant pour moi, en cette année 1970 et même 1971 : le phénomène c’est van Hanegem………………………… Je présume qu’une suite logique à ces tops que je goûte peu (mais bons prétextes à raconter des histoires, évidemment – ou des conneries 😉 , puisse ce brave Neville Southall que j’aimai tant me pardonner) serait d’aborder aussi la question des médians, un jour? Si oui, je ne vois pas quel médian européen je placerais devant le ténébreux Willem pour les années 1970 et 1971, voire……….. Je garde généralement de la prudence dans ce genre de considérations, car j’ai conscience de méconnaître (quoique.. par rapport à certains ici : ça oui……………..mais par rapport aux footix/faiseurs d’opinions, lol..) les footballs sud-américains, et cependant je pense vraiment que j’en ferais mon numéro 1 pour la décennie, quel footballeur……..
C’est la même race que des Van Moer (que je vois mal ne pas mettre alors a minima dans mon top 5, j’assume : en pleine possession de ses moyens c’est un joueur monumental), Bremner.. : impossible de lui prendre la balle, impossible de le passer. Des exceptions çà et là bien sûr, mais dans l’idée c’est vraiment ça ; joueurs à tous égards au-dessus du lot.
Avec 11 mecs de ce genre dans une équipe : tu vas à la guerre les yeux fermés, y a tout : technique, intelligence, solidarité, mentalité, rudesse, travail, récupération, création, phases arrêtées………………… Je suis désolé, je vais être cavalier, m’en fous : il faut vraiment être un footix (malheureusement pas ce qui manque, à force d’avoir répété des opinions qui n’avaient rien à voir avec le terrain) pour placer un Neeskens devant ces trois joueurs-là!, il n’y a pas un seul domaine où il leur fut supérieur (sinon pour les réseaux, la prise de produits et le vice – domaine où van Hanegem avait toutefois du répondant, certes..).
Je n’ai qu’un conseil : voir, revoir et rerevoir les matchs………….autant dire ce qu’à peu près personne, parmi ceux qui marmonnent des opinions pré-mâchées, ne fait! En l’espèce : les matchs de ce Feyenoord-là valent mille fois d’être vus, revus et archi-revus. Et van Hanegem, aussi discutable soit-il sur d’autres plans (je renvoie par exemple à mon papier sur Oekie Hoekema), ne peut alors apparaître que comme un joueur vraiment extraordinaire.