Coupe d’Asie 2023 : la CAN oubliée

Un jour avant la Coupe d’Afrique des Nations, le coup d’envoi de la Coupe d’Asie des Nations sera donné demain. Dans une relative indifférence.

Un peu plus d’un an après la victoire de l’Argentine, le Qatar est sur le point d’accueillir un autre tournoi majeur. Mais cette fois-ci, cela ne semble pas attirer les foules. Effacée par la Coupe d’Afrique, la Coupe d’Asie se retrouve reléguée à quelques entrefilets. Un relatif désintérêt de la planète foot qui s’explique par plusieurs facteurs.

Pour commencer, les nations asiatiques comptent moins d’internationaux dans les plus grands championnats. La Coupe d’Asie aura donc un impact moindre sur les performances des grands clubs que la CAN, qui peut changer la donne dans certains championnats. L’absence de Mohamed Salah à Liverpool aura probablement plus de conséquences que celle de Lee Kang-In au PSG dans la course au titre.

La proximité géographique joue aussi largement en faveur de la médiatisation de la Coupe d’Afrique. Par exemple, six joueurs de Ligue 1 ont été appelés pour disputer le tournoi continental asiatique. C’est moins que le seul Sénégal (neuf). Au total, 59 joueurs évoluant en Ligue 1 sont sélectionnés parmi l’une des 24 nations africaines. Et en élargissant le prisme à la Premier League, le constat est similaire : sept joueurs concernés par la Coupe d’Asie, contre 29 sélectionnés pour la Coupe d’Afrique. Avec plusieurs nations comptant uniquement sur des joueurs évoluant dans le championnat national (Qatar, Vietnam, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Inde), l’Asie semble moins tournée vers les autres confédérations. S’il est honorable de valoriser son championnat, cela peut aussi constituer une faiblesse au moment de former une équipe expérimentée.

Enfin, la CAN a pour elle sa ribambelle de stars, qui lui ont toujours permis d’être en vue. De Roger Milla à Sadio Mané et en passant par Didier Drogba ou Samuel Eto’o, les immenses joueurs africains sont légion. Leurs performances en coupes d’Europe leur offrent toute la lumière qui manque à leurs homologues asiatiques. Car au-delà de Shinji Kagawa, Keisuke Honda ou encore Ali Daei, les superstars venues d’Orient sont bien plus rares.

Rien de grandiose en apparence…

Et cette différence dans la quantité de joueurs phares se confirme dans le niveau des sélections nationales. L’Afrique compte de nombreuses nations majeures, quand les prétendants au titre asiatique se comptent sur les doigts d’une main sérieusement amputée : le Qatar, tenant du titre, le Japon et la Corée du Sud. Le reste ? Des outsiders (Iran, Australie, Arabie Saoudite), des pays qui veulent créer la surprise (Vietnam, Ouzbékistan, Irak), des géants qui dorment (Inde, Chine, Indonésie), et des pays qui profitent de l’événement pour exister sur la scène internationale une fois tous les quatre ans (Liban, Palestine, Syrie).

Le niveau général penche nettement en faveur du football africain. Si l’Arabie Saoudite, « un vrai pays de football » selon son ancien sélectionneur Hervé Renard, a attiré les projecteurs en battant l’Argentine lors du Mondial 2022 puis en recrutant des stars à la pelle pendant l’été, ses rivaux de la confédération asiatique sont à la traîne.

Parlons justement de la dernière Coupe du monde. L’Asie y a envoyé six pays, l’Afrique cinq. Trois pays asiatiques (Japon, Corée du Sud, Australie) se sont hissés en huitième de finale, contre deux nations africaines (Sénégal, Maroc). Mais seuls les Marocains ont passé ce tour, et leur parcours héroïque a effacé les performances de leurs rivaux. Dernier clou dans le cercueil asiatique, le niveau des clubs : la dernière Coupe du monde des clubs a vu Al Ahly, champion d’Afrique en titre, affronter les Urawa Red Diamonds, récents champions d’Asie, lors du match pour la troisième place. Les Egyptiens ont nettement dominé les Japonais (4-2), confirmant la tendance actuelle.

… mais pas une CAN au rabais

Et pourtant, l’Asie a des arguments en sa faveur pour valoriser son tournoi. Bien que les prétendants au titre soient relativement peu nombreux, la lutte sera âpre. Souvent décrié, le Qatar a montré, lors de ses invitations à la Copa América en 2019, puis à la Gold Cup en 2021 et 2023, qu’il n’était pas totalement ridicule sur la scène internationale. Son succès lors de la dernière Coupe d’Asie, en battant le Japon en finale (3-1) lui a permis de prouver qu’il sait battre un rival de haut niveau.

Le Japon, justement, n’est pas le prétendant au titre le plus flamboyant. Mais le pays du soleil levant a peu à peu fait son trou sur la carte du football international. Ses récents succès en matches amicaux (et notamment sa victoire en Allemagne) ont renforcé son crédit. La Corée du Sud a elle aussi des atouts à faire valoir, et principalement un jeu collectif organisé par l’ancien sélectionneur allemand Jurgen Klinsmann.

Et, bien que la hiérarchie semble bien établie en Asie, nul n’est à l’abri d’une surprise majeure. Il y a quatre ans, le Vietnam s’était hissé jusqu’en quart de finale. Qualifiés pour les huitièmes de finale par un trou de souris (meilleurs troisièmes que le Liban grâce au classement du fair-play), les « Guerriers de l’étoile d’or » étaient venus à bout de la Jordanie (1-1, 4 tab 2) en huitième de finale, avant de rendre les armes avec les honneurs face au Japon (0-1). Une performance que le Vietnam rêve de rééditer, lui qui retrouvera le Japon, l’Irak et l’Indonésie lors du premier tour. D’autres pays ont des atouts à faire valoir pour déjouer les pronostics. L’Australie, finaliste en 2011 et vainqueur en 2015, aimerait bien retrouver les sommets, tandis que l’Iran, demi-finaliste en 2019, ne traîne jamais bien loin des hautes sphères du continent.

Enfin, les nations d’Asie peuvent elles aussi compter sur la ferveur de leurs supporters. Et au championnat des tribunes, bien malin qui pourra départager l’Afrique de l’Asie.

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27 réflexions sur « Coupe d’Asie 2023 : la CAN oubliée »

  1. Merci ! Merci ! Merci Modro !
    Que la Coupe d’Afrique fasse parler dans nos contrées, c’est logique et compréhensible pour bien des raisons. Mais son homologue asiatique soit ignoré à ce point, je trouve ça assez injuste…

    D’autant que, ça n’engage que moi bien sûr, mais j’ai toujours trouvé que la Coupe d’Afrique était une compétition très surcôtée… Je me souviens encore de cette publicité radiophonique de RMC en 2013 pour nous vendre la CAN en Afrique du Sud « Des dribles ! De la folie ! Du Beau jeu ! C’est la Coupe d’Afrique des Nations ! »
    Pourtant, depuis que je suis petit, j’ai l’impression d’entendre régulièrement les mêmes critiques sur le niveau de jeu prétendu « faible » des matches de ce tournoi. Et pas toujours l’impression que ça soit volé.
    D’autant que la différence de niveau entre Afrique et Asie n’est pas aussi grande qu’on pourrait penser : Lors de l’ensemble des CDM à 32, une équipe de la CAF a franchi le premier tour à 8 reprises, idem pour l’AFC (en revanche, l’Afrique a passé les 8e à trois reprises, contre une fois pour l’AFC).
    Et quand équipes asiatique et africaines croisent directement le fer en CDM, ça donne 7 victoires pour la CAF, 7 pour l’AFC et 8 matches nuls. C’est donc on pourrait dire très équilibré et clairement, ces deux zones se valent d’un point de vue compétitif.

    Là où je rejoins Modro, c’est qu’effectivement, il semble y’avoir plus d’homogénéité coté africain. Là où en Asie, il y a sur ce qu’on a vue en 2023 une classe d’écart entre le Japon et le reste des favoris. Mais on est évidemment pas à l’abri d’une surprise.
    En revanche, de « match des tribunes », il n’y en aura pas je le crains. Et je pense ne pas prendre trop de risques en disant que ça sera une victoire écrasante de la Coupe d’Asie sur ce point. Les tribunes vides lors de la Coupe d’Afrique sont une triste récurrence. Tandis qu’en Asie, on l’a vue lors de la dernière édition, beaucoup de sélections, grandes (Arabie, Iran, …) comme petites (Chine, Vietnam, Inde, toutes les équipes de l’ASEAN, …) sont capables de drainer de gros contingents de fans et les stades qatari, à défaut d’être toujours à guichet fermés, seront surement très colorés.

    En tout cas moi, cette Coupe d’Asie, j’ai hâte qu’elle commence ! 5 ans d’attente quand même (la Chine aurait dû l’organiser en 2023, mais le covid en a décidé autrement)
    Je la suivrai aussi assidument que me le permettra mon emploi du temps et je n’exclu pas d’en donner quelques nouvelles ici même 🙂

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    1. « Je me souviens encore de cette publicité radiophonique de RMC en 2013 pour nous vendre la CAN en Afrique du Sud « Des dribles ! De la folie ! Du Beau jeu ! C’est la Coupe d’Afrique des Nations ! »

      Je suis d’accord avec toi, je trouve qu’à la coupe d’Afrique, les équipes sont plutôt frileuses et défensives (cf. la Guinée-Bissau en 2021 ou le Bénin en 2019) et que la faible moyenne de buts est assez révélatrice, la qualité douteuse des terrains n’aidant pas qui plus est.

      Mais oui, d’un point de vue médiatique, on nous vend la CAN comme une compétition très spectaculaire, avec plein de show, de folie, de dribbles chaloupés etc… Alors que la réalité est bien souvent très différente.

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      1. Je sais pas si le projet s’est concrétisé mais Shaktar Donuts pensait y aller avec un ami. On lui demandera ses impressions.

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      1. Surtout que la Corée du Sud a perdu 4 finales depuis leur dernier titre en 1960… Ils feront partie des favoris, comme quasiment à chaque édition. Et comme souvent, ce sera le mental plus que la qualité technique qui leur permettra (ou non) de briser cette malédiction.

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      2. Ils peuvent oui
        Mais je ne le souhaite pas ^^

        Vu la qualité de leur défense, s’il y a bien une équipe qui peut empêcher le Japon d’aller au titre, c’est bien la Corée. D’autant que ces derniers en cas de confrontation iraient sûrement avec le couteau entre le dents en raison de la rivalité avec leur voisin et par la volonté de se faire le « favori à la victoire annoncée »

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  2. Paradoxalement, la coupe d’Asie a lieu tous les 4 ans, cette rareté est censée rendre la compétition beaucoup plus intéressante que la CAN. Les arguments plausibles énumérés y sont certainement pour quelque chose, mais pas que.

    La seule édition de la coupe AFC que j’ai suivie assidument est celle de 2011 au…Qatar, dominée de la tête et des épaules par un Japon flamboyant. Ce qui avait le plus attiré mon attention fut l’écart abyssal de niveau entre les grandes nations traditionnelles (Japon, Corée du Sud, Iran, Australie) et les autres nations, la plupart des rencontres étaient à sens unique sans le moindre suspens et finissaient avec des scores fleuves. Il y avait aussi les stades (des petits stades d’une capacité moyenne de 25 000 places) qui étaient complétement vides en dehors des matchs du pays organisateur (la sélection du Qatar composée majoritairement d’étrangers naturalisés a quitté la compétition dès les quarts de finale), donnant de tristes spectacles même lors des matchs à élimination directe. Sur le plan purement sportif, le niveau technique global de la plupart des matchs était au-dessous de la moyenne et l’intensité n’était pas très élevée hormis 2 ou 3 matchs dont la demi-finale Corée du Sud-Japon et la finale. Au-delà de la magnifique sélection nippone des Yoshida, Endo, Hasebe, Nagatumo, Honda, Okasaki et de la courageuse Jordanie qui a éliminé l’Arabie Saoudite au premier tour, l’équipe frisson de la compétition fut le surprenant Ouzbékistan qui développait un jeu offensif ambitieux avec des joueurs techniques et agréables à regarder (Ahmedov, Haydarov, Djeparov, Geynrich).

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  3. À titre perso, je suis plus emballé par la Coupe d’Asie que la Coupe d’Afrique. En 2021, lors du sacre du Sénégal, il y a eu énormément de purges et mis à part les surprises gambiennes et comoriennes, le jeu a été vraiment d’un faible niveau, couronné par l’une des pires moyennes de but pour une CA (1,92) et une Égypte façon tortue qui arrive en finale en inscrivant 4 buts en 7 matchs…

    À l’inverse, j’avais été très agréablement surpris par la CAN 2019 avec les belles performances du Vietnam, du Kirghizistan – éliminé en 8èmes par le pays hôte après prolongations – et de la Thaïlande. Je me rappelle de beaux matchs serrés et engagés comme Japon-Turkménistan, Australie-Syrie, Chine-Thaïlande, Jordanie-Vietnam…

    Je vais suivre avec attention les performances du Tadjikistan, qui participe à sa première coupe d’Asie (ce qui fait qu’aujourd’hui, toutes les nations d’ex-URSS d’Asie centrale ont participé au moins une fois à cette compétition), de Hong-Kong, qui revient après 56 ans d’absence.

    Et pour finir, mon petit chouchou, l’Ouzbékistan, que j’espère voir un jour en coupe du monde et qui revient avec une nouvelle génération de qualité mais qui devra se passer de son capitaine Eldor Shomurodov (69 sélections, 38 buts), sévèrement blessé en décembre. Et ça, c’est un gros coup dur pour les Ouzbeks…

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  4. Le travail de diffusion de l’histoire du foot asiatique, en dehors de son continent, est un chantier gigantesque. Et cette mythologie manque peut-être un peu pour créer de l’intérêt à l’extérieur. Mais je pense que c’est sur la bonne voie. De plus en plus d’Asiatiques démontrent leurs qualités en Europe particulièrement. Ce qui créera un début d’attachement pour les fans neutres au départ.

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      1. Oh je ne savais pas qu’il avait écrit pour P2F !! Y a-t-il un moyen de le reconnaître par son pseudo ?

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      2. Il n’en a peut-être pas envie 🙂

        Je ne vois qu’une solution : relire tous les articles (sauf les miens, pas besoin)!, y a des indices.. 😉

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      1. Oh ? Attends… Du coup, Shakhtar et Boris sont la même personne ? Ou je suis à l’ouest ? ^^

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      2. La dernière fois, il nous parlé de 3 origines. Il manque donc une dernière personnalité dans cette affaire épineuse…

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      3. Grosse performance du Tadjikistan pour sa première face à la Chine ! Quand on sait qu’il leur manque Dzhalilov et Juraboev dans l’équipe type… Par contre le but refusé pour la Chine j’ai pas compris… L’arbitre signale un hors-jeu sur un corner ?!

        Pour tous ceux qui veulent suivre les matchs en direct, la chaîne YouTube de l’AFC diffuse gratuitement les matchs de la coupe d’Asie : https://youtube.com/@AFCAsianCup?si=XBe7appjKLiur57F

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  5. A nouveau merci pour cet article et vos commentaires, j’ai jamais suivi la coupe d’Asie excepté une finale, la victoire de l’Australie, mais vous m’avez donné envie de la suivre cette année !

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