Sefer Melakhim

Le football est une religion, bien que plus officieuse que les trois grandes abrahamiques. Comme les grandes pensées monothéistes, le football a son temple, le stade. Elle a ses chants traditionnels, You’ll Never Walk Alone ou I’m Forever Blowing Bubbles sont chantées et entendues par des millions de gens chaque semaine. Et chaque joueur peut être le dieu d’un supporter. Mais parmi tous, aucun autre que Maradona n’a eu sa propre église, l’Église maradonienne. Tel Dieu dans le judaïsme, il est nommé par un Tétragramme, YHWH d’un côté et D10S de l’autre. Mais si Diego Armando Maradona Franco est Dieu, où se place Edson Arantes do Nascimento, plus connu comme « Pelé » ?

Et si Pelé, dans la grande religion footballistique dont Maradona est le dieu unique, était le roi fondateur d’une lignée, tel David dans le judaïsme ?

David était un musicien, un poète et un guerrier. Pelé ne fait que remplacer la guerre par le football. Comme le roi d’Israël, Pelé fait de la musique et écrit. Pour Pelé, la guitare. Pour David, le kinnor.

Le Roi Saül, auquel David succède, avait été rejeté par Dieu ? Avant Pelé, le Brésil du football semble maudit par les dieux de la même manière. Vainqueur de la Copa America à trois reprises, à chaque fois à domicile, mais perdant cinq finales contre l’ennemi juré argentin. Quand l’Uruguay approche des 10 titres et que l’Argentine les dépasse, le Brésil reste bloqué à trois pauvres unités.

Mais c’est avant tout en Coupe du monde que le sort semble s’acharner sur la Seleção. Surpris par la Yougoslavie en 1930, le Brésil envoie une équipe B en Italie quatre ans plus tard, sortie dès le premier match par l’Espagne.

La Coupe du monde 1938 est la première à accueillir une très grande équipe brésilienne. Léonidas et Domingos da Guia sont les deux joueurs-clés de l’effectif brésilien. La Seleção élimine la Pologne puis la Tchécoslovaquie mais doit faire face au champion du monde en titre, l’Italie de Meazza et Pozzo en demi-finale. Le « Diamant Noir » est reposé mais cela s’avère être une erreur, l’Italie gagne 2-1 et s’en va gagner sa seconde Coupe du monde consécutive.

Après la Guerre, la Coupe du monde reprend et le Brésil est sélectionné pour organiser le tournoi. C’est pendant cette guerre, le 23 octobre 1940, que le futur roi est né. Mais avant son avènement, le Brésil doit subir un ultime échec, le plus terrible de tous. Après avoir dominé durant toute la compétition, le Brésil se retrouve face à l’Uruguay dans une finale où un match nul suffit à offrir le titre aux locaux. Ademir ouvre le score devant 200 000 personnes dans l’immense Maracana. Mais Schiaffino et Ghiggia marquent. L’Uruguay remporte sa seconde coupe du monde au Brésil, dans ce qui est encore nommé le Maracanaço.

Le caractère tragique de ce match ne peut être minoré. Entre suicides et infarctus, le Brésil est meurtri par la défaite. Parmi la population, un jeune gamin de neuf ans, Edson, promet à son père qu’un jour, il gagnera avec le Brésil. Le gamin en question ne le sait pas encore mais bientôt, il deviendra roi.

David devint roi à 30 ans, alors que Pelé n’avait que 17 ans lorsque Jean Manzon, correspondant au Brésil pour Paris-Match, titra Pelé, 17 ans, roi du Brésil.

Le Roi David est célèbre pour avoir tué le géant philistin Goliath mais le Roi Pelé a lui tué le souvenir douloureux du Maracanaço. Après lui, le Brésil ne sera jamais plus le même. Adieu l’humiliation et le traumatisme uruguayen de 1950 et bonjour le doublé 1958-1962 puis l’apogée de 1970. Là encore, cette compétition est marquée par O Rei. Si 1958 voyait l’explosion du jeune roi en Suède avec six buts en trois matchs, 1970 voit son pinacle. David est devenu le héros d’Israël, Pelé sera lui le héros du Brésil.

Le Roi, pas encore 30 ans, n’a plus rien à prouver. Un audacieux lob depuis le milieu de terrain contre la Tchécoslovaquie manque le but d’Ivo Viktor de peu. Une tête imparable est finalement détournée par Gordon Banks dans ce qui deviendra l’arrêt du siècle. Au milieu de ses gestes de génie, Pelé marque quelques buts, comme pour rappeler l’humain derrière la légende. Les matchs à élimination directe sont un autre terrain de jeu pour O Rei. Un grand pont légendaire sur Ladislao Mazurkiewicz, puis une frappe qui termine juste à côté du cadre uruguayen. Ce même pays qui avait fait pleurer tout le Brésil 20 ans plus tôt est devenu spectateur du geste symbolisant tout le génie de Pelé.

Et en finale, le Roi conclue son œuvre. Pelé, 1,73 mètre seulement, bat Enrico Albertosi de la tête. Il offre une passe décisive à Jairzinho, à nouveau de la tête. Et tel David finissant le Livre des Psaumes, Pelé parachève sa finale en décalant le capitaine Carlos Alberto pour l’un des plus grands buts de l’histoire. Le Brésil est au sommet et récupère le trophée Jules-Rimet pour l’éternité.

David, mort à 70 ans après 40 années de règne, voit son fils, Salomon, lui succéder à la tête de la Monarchie unifiée d’Israël et Juda.

Pelé, lui, ne vit pas d’héritiers direct lui succéder après sa retraite. Et si des hommes comme Charlemagne se proclamèrent « Nouveau David », personne n’eût le courage de se proclamer « Nouveau Pelé », et ce malgré l’insistance de la presse pour lui trouver un héritier.

Il n’y aura probablement jamais un nouveau Pelé mais son influence se fait sentir au sein de la Seleção jusqu’à aujourd’hui. Zico, Bebeto, Romario, Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho, Kaka ou Neymar ne peuvent nier qu’ils ne sont que les produits du jeu de celui qui restera à tout jamais O Rei Pelé.

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13 réflexions sur « Sefer Melakhim »

  1. on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui disait Desproges (et cette communauté n’est pas n’importe qui^^) alors je la place là! il a pas supporté la victoire de l’Argentine à la dernière coupe du monde… désolé je sors

    j’ai beaucoup pleuré (en vrai c’est pas une image) beaucoup d’émotion y’a 2 ans surement un truc générationnel…trucidez moi si vous voulez^^

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    1. Idem.
      Il s’agit de deux personnes que je connais pas et qui n’ont aucune influence sur ma vie mais la mort de Maradona m’avait aussi arraché quelques larmes.
      Je salue la mémoire de Pelé, il aura été un joueur moderne avant l’avènement du football moderne.

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  2. https://www.librairiedialogues.fr/livre/1290774-jouer-au-football-avec-pele-pele-calmann-levy
    J’ai pas retrouvé ce bouquin chez mes parents. Des séries d’exercices, avec des croquis. Un peu d’histoire peut-être…
    Pour apprendre à faire des extérieurs, des têtes somptueuses, des retournées acrobatiques. J’adorais faire des retournées. Bon, en tant que libéro, c’était parfois une mauvaise idée…
    Y’avait un dribble irréalisable. Le une-deux avec le tibia de l’adversaire. Tu diriges le ballon vers le tibia de l’adversaire, qui te le renvoie sur ton propre tibia, à nouveau un rebond et tu élimines l’adversaire! Comme au billard! Haha

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  3. Je n’aime pas parler du « meilleur », cela n’a pas trop de sens dans un sport collectif. Puis Pelé avait un côté marketing que je n’ai jamais apprécié, j’ai toujours plus admiré Garrincha par exemple. Mais il faut reconnaître qu’il avait un profil « futuriste » pour son époque. Puissant, technique, endurant…Il avait toute la panoplie du joueur d’aujourd’hui. À son époque seul Eusebio pouvait rivaliser en termes de capacité, même si le brésilien avait deux avantages, sa nationalité et un mental de vainqueur plus développé.

    Donc même si je n’aime pas parler de meilleur joueur, même si Pelé est loin d’être mon joueur préféré, il est sans contestation celui qui mérite le plus d’être appelé « le Roi » car il réunit plus que personne d’autres tous les éléments nécessaires à ce titre!

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  4. Le football est une religion, j’adhère complètement
    La plus oecuménique de toutes

    Même si, bien sûr, on retrouve certaines contradictions et rivalités, en dehors du terrain, surtout
    Car en dedans de celui-ci, est la Vérité

    Voilà là un monsieur de São Paulo qui meurt, que rares, aujourd’hui, ont vraiment vu joué, et tout le monde fait signe de révérence

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