Il était une (seule) fois dans l’Est…

Ils sont là, tous les deux, sur les côtés de la traditionnelle photo des vainqueurs brandissant le trophée fraîchement conquis. L’un, hilare, a rejeté sa casquette blanche en arrière pour dévoiler une tignasse hirsute. L’autre, impeccable et droit comme un I, continue à guetter un éventuel danger à l’arrière-plan sans une once de relâchement. Même au moment de la plus grande victoire du football de club de leur pays, les agents de la Stasi, « boucliers et glaives du Parti » comme le veut leur devise, sont là pour rappeler à qui exactement le monde doit l’existence de ce grand moment. Pour la première fois, une équipe de la RDA, « pays des travailleurs et des paysans » de l’idéal marxiste-léniniste, vient de remporter une Coupe d’Europe. Nous sommes à Rotterdam, le 8 mai 1974, il y a 50 ans jour pour jour. Retour sur ce FC Magdebourg qui a écrit une page de la légende de la défunte Coupe des vainqueurs de coupe.

Le club

Magdebourg, l’une des villes les plus prospères et les plus influentes du Saint-Empire romain germanique au Moyen-Âge[1], est aussi une grande ville de sport dès le milieu du XIXe siècle. Le Magdeburger F.C. Preuβen, fondé en 1899, est le plus ancien des ancêtres dont peuvent se réclamer les Blau-Weiβen de 1974. Dissous en 1945 par les autorités d’occupation, il engendre une multitude d’équipes de quartier que le pouvoir communiste de la jeune RDA réorganise progressivement.

Ainsi naissent d’abord des associations sportives d’entreprise (BSG), parmi lesquelles la BSG Motor Mitte Magdeburg. Viennent ensuite des « clubs sportifs » (SC), réservés au haut niveau pendant que les BSG conservent la pratique de masse. Le SC Aufbau Magdeburg[2], créé en 1955, absorbe ainsi la section football du Motor Mitte en 1957. Pour finir, les sections football de onze SC sont séparées en « clubs de football » indépendants, dotés de tout nouveaux centres de formation, dans le but d’élever le niveau du sport le plus populaire du pays. Le 1. FC Magdeburg, issu du SC Aufbau le 22 décembre 1965, est le premier d’entre eux[3].

La route du sacre commence ici, à la Maison Ernst-Thälmann où est signé l’acte de fondation du FC Magdebourg. (Archives fédérales allemandes)

Les hommes et le jeu

Huit ans plus tard, les premiers produits des centres de formation des FC donnent le ton dans leurs clubs. Chacun de ceux-ci ne dispose que d’une « zone de chalandise » équivalente à deux départements français environ et forme en général des jeunes du cru. Malgré cela, les transferts font que les équipes entièrement constituées de joueurs locaux sont rares. Le Magdebourg qui va remporter la Coupe des Coupes est de celles-là, un fait rarissime égalé seulement par le Celtic Glasgow vainqueur de la C1 en 1967.

Dans le but, Urich Schulze est l’un des bons gardiens de l’Oberliga, à un poste où le niveau reste moyen dans l’ombre gigantesque de Jürgen Croy. La défense est celle d’une équipe nationale A’ : aucun grand nom à la Bransch ou Dörner mais un quatuor-type très costaud (Detlef Enge à droite, Manfred Zapf en libero derrière Wolfgang Abraham au centre, Klaus Decker à gauche) dont tous les membres connaîtront quelques sélections A. Le milieu de terrain, de style typiquement germanique, partage les tâches défensives entre deux « box-to-box », Wolfgang Seguin et Axel Tyll, lesquels animent aussi l’attaque en soutien d’un très bon numéro 10, Jürgen Pommerenke.

L’attaque est le point fort de l’équipe avec Siegmund Mewes ou Hans-Jürgen Hermann, des ailiers droits qui permutent souvent avec Pommerenke pour laisser celui-ci monter, Martin Hoffmann, un ailier gauche de vraie classe internationale, et surtout Jürgen Sparwasser, un 9 de classe mondiale, puissant, rapide, technique, très complet, et assoiffé de buts, prototype de Jürgen Klinsmann avec 15 ans d’avance. Joachim Streich, le meilleur buteur de l’histoire du football est-allemand, n’est pas encore arrivé du Hansa Rostock ; ce sera pour 1975.

Quatre de ces joueurs (Hoffmann, Pommerenke, Seguin, Sparwasser) seront dans les 22 pour la Coupe du monde 1974. Hoffmann et Sparwasser seront titulaires pendant tout le tournoi tandis que Pommerenke et Seguin ne feront que des apparitions épisodiques.

Le groupe du FC Magdebourg 1973-74, costumes « made in DDR » à l’avenant.

C’est Heinz Krügel qui tient la baguette de ce bel orchestre. Ce spécialiste des montées en Oberliga, éphémère sélectionneur national au début des années 1960, n’a qu’un bilan mitigé quand il arrive sur les bords de l’Elbe en 1966. Mais une sorte de miracle alchimique va se produire entre le technicien et un groupe qu’il rajeunit énergiquement, n’hésitant pas à lancer les premiers produits du centre de formation en Oberliga à 18 ou 19 ans.

Les idées de Krügel sont très proches de celles de Hennes Weisweiler, lequel est en train de révolutionner la Bundesliga avec le grand Mönchengladbach : jeu au sol, verticalité, rapidité de projection vers le but sur toute la largeur du terrain en 4-3-3 avec deux véritables ailiers de débordement. La confrontation directe entre ces deux superbes équipes n’aura hélas pas lieu.[4]

Heinz Krügel et Jürgen Sparwasser, les triomphateurs.

La route de Rotterdam

La défunte Coupe des vainqueurs de coupe, évoquée récemment en détail par P2F, regroupait en général un mélange de grands clubs nationaux battus dans leurs championnats et d’« équipes de coupe » vainqueurs-surprises de leurs Coupes nationales. Jusqu’au milieu des années 1990, en effet, seuls les champions se qualifiaient pour la C1. Tous les clubs jouaient en conséquence leurs Coupes nationales à fond, contrairement à aujourd’hui, au cas où ils ne décrocheraient ni la Coupe des champions, ni l’UEFA.

Sur ce point, l’édition 1973-1974 est dans la norme. On y retrouve, par exemple, l’AC Milan, Mönchengladbach, Anderlecht (à l’époque une pointure en Europe), ou le Sporting Lisbonne, mais aussi un Torpedo Moscou ou un NAC Breda qui ne figurent pas parmi les cadors de leurs pays. Le FC Magdebourg, gros poisson d’un relativement petit pays de football, est entre les deux.

Le Milan arrive en finale usé mais prêt à remporter une seconde C2 consécutive à l’expérience. Il n’est plus qu’une pâle copie de la redoutable armada championne d’Europe en 1969. Pierino Prati, « la peste » à la pointe de l’attaque rossonera, est parti à la Roma. L’excellent gardien Fabio Cudicini a raccroché les gants. Gianni Rivera, le génial stratège, est sur la pente descendante, tandis que Karl-Heinz Schnellinger, l’étalon-or des liberos avant Beckenbauer, est au bout du rouleau. Pour sa première saison sur le banc, Giovanni Trapattoni hésite à renier l’héritage de Nereo Rocco et d’un catenaccio hors d’âge à l’époque du football total.

Le groupe traîne encore le traumatisme de la perte du Scudetto à la dernière journée l’été précédent et a raté sa saison en Serie A, déjà largué de la course à l’Europe au moment de la finale. La victoire en Coupe des Coupes 1972-1973 face à Leeds (1-0), au terme d’une des plus scandaleuses finales de l’histoire sur laquelle pèseront pour l’éternité de forts soupçons de corruption arbitrale, n’a pas contribué à redorer l’image de marque du Milan auprès d’un public qui préfère les chevauchées de l’Ajax aux petits calculs transalpins.

La route de Rotterdam a été quelque peu laborieuse pour les Rossoneri. S’ils ont écarté sans difficulté le Dinamo Zagreb au premier tour (3-1, 1-0), ils n’ont pas brillé à San Siro face au Rapid en huitièmes et sont passés à l’italienne au retour à Vienne (0-0, 2-0). En quarts, ils n’ont pas tremblé face à un PAOK Salonique qui avait atteint ses limites (3-0, 2-2). En demi-finale face à Mönchengladbach, en revanche, ils ont beaucoup souffert, vainqueurs à domicile contre le cours du jeu et rescapés de justesse de la mitraille allemande au retour (2-0, 0-1).

Le groupe du Milan pour la saison 1973-1974.

Magdebourg, lui, est au sommet de sa puissance. Sacré pour la première fois champion de RDA en 1971, au début d’une décennie où il ne descendra pas sous la quatrième place en Oberliga, il dispute en cette saison 1973-1974 une bataille acharnée avec le Dynamo Dresde pour un titre qu’il finira par remporter. En Europe aussi, il a trouvé la bonne formule pour sa quatrième participation. Après un premier tour convaincant face au NAC Breda (0-0, 2-0), il s’est forgé un mental dans une belle remontada en huitièmes (0-2, 3-0 a.p.) face au Baník Ostrava, un de ces clients anonymes mais difficiles des pelouses européennes des années 1970. Il a ensuite maîtrisé son quart de finale face aux Bulgares du Beroe Stara Zagora (2-0, 1-1) avant de sortir une belle performance d’ensemble face au Sporting en demi-finale, éteignant le stade José Alvalade à l’aller et sachant ne pas s’affoler au retour pour tenir le résultat jusqu’au bout (1-1, 2-1).

Le match

Les événements vont conspirer à faire battre à cette finale le « record » du public le plus maigre. En premier lieu, la population est-allemande est consignée dans son pays. Entre une poignée d’hommes sûrs filtrée par la Stasi et les équipages de cinq cargos est-allemands de passage à Rotterdam, réquisitionnés pour l’occasion, ils ne seront que 350 à encourager le 1. FCM.[5] Ensuite, la crise de l’énergie et l’inflation galopante qui marquent le début de 1974 dissuadent de nombreux supporters milanais de faire le déplacement. De plus, Feyenoord s’est qualifié pour la finale de la Coupe de l’UEFA et recevra Tottenham deux semaines plus tard sur cette même pelouse : le public local garde ses deniers en réserve pour le « vrai » grand match. Enfin, le manque total de notoriété de l’adversaire du Milan n’incite pas les amateurs « neutres », eux aussi touchés par la crise, à faire le déplacement. Il n’y aura que 6 461 spectateurs[6] au coup d’envoi, un record qui tiendra jusqu’à la « finale de l’Est » entre le Carl Zeiss Iéna et le Dinamo Tbilisi à Düsseldorf en 1981.

Rendons ici hommage à l’excellent site allemand spielverlagerung.de qui publie des analyses tactiques de grands matchs du passé, parmi lesquels cette finale,[7] et dont nous résumons le propos.

La disposition des deux équipes en finale. (spielverlagerung.de)

Comme de juste dans le calcio de l’époque, le Milan pratique une individuelle stricte en défense. Anquilletti et Lanzi suivent respectivement Hoffmann et Raugust (ce dernier préféré à Mewes et Hermann, à 19 ans seulement) même quand ceux-ci permutent, au prix d’une dépense physique qui profitera en fin de compte aux Allemands de l’Est. Sabadini et Schnellinger, eux, gèrent le cas Sparwasser avec un certain succès, forçant souvent celui-ci à dézoner. On le verra peu de tout le match, mais avec effet.

Le dispositif est le même au milieu où Benetti et Maldera surveillent Seguin et Pommerenke de près, avec une réussite inégale comme on le verra. Gianni Rivera, pas vraiment doué pour le travail défensif, laisse en revanche plus d’espace à son vis-à-vis Axel Tyll et une bonne part du jeu de Magdebourg va passer par celui-ci.

Devant le but de Schulze, enfin, Tresoldi, Bigon, et Bergamaschi n’arriveront jamais à se défaire de la très solide défense est-allemande. On verra au contraire les latéraux Gaube et Enge multiplier les raids dans leurs couloirs, offrant une variété bienvenue à l’animation offensive de Magdebourg.

La première mi-temps est peu animée. Le Milan, à l’expérience, contrôle la situation au milieu mais n’arrive pas à faire la différence devant. Sa seule occasion notable vient de Tresoldi, de 20 mètres, qui contraint Schulze à une belle parade (28e). Magdebourg, quant à lui, fait parler son collectif et sa vitesse. Les montées de Gaube perturbent régulièrement le flanc droit italien, Seguin se libère souvent de Benetti, Pommerenke permute fréquemment avec Raugust pour faire le jeu sur l’aile droite et chercher Sparwasser, mais la défense du Milan a toujours le dernier mot.

Deux minutes avant le repos, c’est le choc. Detlef Raugust, replié aux 30 mètres dans l’axe, gratte un ballon, trouve un une-deux et permute avec Hoffmann pour lancer un raid sur l’aile gauche dans le dos d’Anquiletti. Sparwasser, pour une fois libre, fait un appel impeccable au deuxième poteau. Raugust, dans la surface, centre aux six mètres à ras de terre, Enrico Lanzi, revenu en catastrophe, tente de couper en corner du bout du pied mais ne réussit qu’à pousser le ballon dans son propre but au premier poteau (1-0, 43e). Voilà deux fois de suite que le Milan marque contre son camp, après l’erreur de Sabadini en demi-finale retour contre Mönchengladbach. Inhabituel en Italie et de mauvais augure pour la suite.

43e minute : le centre de Raugust pour Sparwasser au second poteau était parfait, le tacle de Lanzi un peu moins (1-0).

À la reprise, les occasions s’enchaînent. Ce sont d’abord Hoffmann et Sparwasser, coup sur coup, qui font briller Pizzaballa de près. En réponse, Rivera place des six mètres une belle tête sauvée sur la ligne par Abraham, puis Benetti lâche une bonne frappe aux 16 mètres bien arrêtée par Schulze. Mais le temps fort du Milan ne dure pas et la supériorité physique de Magdebourg commence à parler. Il reste un gros quart d’heure à jouer quand un nouveau raid sur l’aile gauche, de Hoffmann cette fois-ci, aboutit sur Sparwasser qui manque sa reprise. Le ballon mal dégagé parvient à Axel Tyll sur la gauche aux 20 mètres. Celui-ci renverse joliment pour Seguin, lancé dans la surface, qui contourne toute la défense italienne et vient fusiller Pizzaballa au coin des six mètres (2-0, 73e).

73e minute : une sacoche sous la barre typiquement germanique (2-0).

L’affaire est faite : le Milan est physiquement cuit et ne se montrera plus dangereux malgré quelques tirs non cadrés. C’est au contraire Magdebourg qui profite des espaces que les Italiens ne peuvent plus fermer. Sparwasser manque de peu le 3-0 sur une frappe en coin à 10 mètres que Pizzaballa sort d’une belle envolée, puis Tyll, sur la gauche, manque le but de peu lui aussi.

Quand le Néerlandais Arie van Gemert siffle la fin d’un match très correct (aucun carton), l’histoire est écrite. La RDA, vainqueur de son tout premier trophée toutes compétitions confondues, entre dans les rangs des pays de football « qui comptent ». Le bloc de l’Est, au sommet de la vague dans ces années 1970, enregistre son second succès en C2 après celui du Slovan Bratislava en 1969, un résultat qui présage le « COMECONico » de la saison suivante où le Dynamo Kiev de Blokhine et Onitchenko l’emportera (3-0) sur le Ferencváros de Nyilasi et Szabó.

Les suites

Cette finale est le dernier coup d’éclat du Milan en Europe pour longtemps. Excepté un Scudetto en 1978-1979, les Rossoneri vont sombrer dans une longue période de médiocrité, marquée du scandale du Totonero puis d’une relégation sportive, dont ils ne sortiront qu’à l’arrivée de Silvio Berlusconi.

Magdebourg ne retrouvera pas non plus pareils sommets. L’arrivée de Joachim Streich en 1975 et le passage du 4-3-3 au 4-4-2 qui en découle vont perturber l’équilibre du jeu de l’équipe. Peu après la finale, Heinz Krügel entrera dans le viseur de la Stasi[8] et sera finalement chassé ignominieusement de toute activité d’entraîneur en 1976, relégué au poste d’intendant d’une petite BSG. La relève du centre de formation ne suivra pas et le 1. FCM retombera en milieu de tableau après la fin de sa « génération dorée ».

Aujourd’hui, le Milan, fort de ses sept C1, a repris sa place dans l’aristocratie européenne. Magdebourg, un temps passé par la D4 et un redressement judiciaire, se refait quant à lui une place en milieu de tableau de 2. Bundesliga. Outre le fait d’avoir activement contribué à la plus grande saison du football allemand à ce jour, il a toutefois pour lui d’avoir écrit une page ineffaçable de l’histoire du ballon rond. Pour l’éternité, il est l’unique vainqueur d’une Coupe d’Europe sous le drapeau d’un pays qui a cessé d’exister.

Les temps forts de la finale : https://www.youtube.com/watch?v=ypQB6Q_YGrk


Notes et références

[1] Magdebourg fait même partie de la Ligue hanséatique, au même titre que Hambourg ou Brême, en vertu de l’important commerce qu’elle mène avec la Baltique via l’Elbe.

[2] Il deviendra en 1965 le SC Madgeburg, qui existe encore aujourd’hui et est l’un des meilleurs clubs de handball d’Europe.

[3] Le préfixe « 1. », qui signifie « premier », revient fréquemment dans les noms des clubs de football en Allemagne. Il désigne le premier club dans une ville, soit par ordre chronologique, soit par le statut réel ou désiré. La tradition, antérieure à la RDA, perdure à la création des clubs de football de celle-ci : 1. FC Magdeburg, 1. FC Lokomotive Leipzig, 1. FC Union Berlin…

[4] Les deux clubs se rencontreront une seule fois en Europe, au premier tour de la C3 1981-82, à une époque où ils sont tous les deux sur le déclin. Le Borussia s’imposera de peu (1-3, 2-0) après deux matchs acharnés mais pas spectaculaires.

[5] https://www.dfb.de/news/detail/1974-magdeburg-erster-und-einziger-ddr-europacupsieger-215392/

[6] Les sources usuelles font état de 4 641 spectateurs, mais elles dérivent toutes d’un document de l’UEFA qui en mentionne 6 461. Une erreur de transcription est probable et nous reprenons ici le chiffre « à la source ».

[7] https://spielverlagerung.de/2016/12/21/tuerchen-21-1-fc-magdeburg-ac-milan-1974/. L’analyse est assez largement (et ouvertement) basée sur le compte rendu du match publié à l’époque par le quotidien officiel est-allemand Neues Deutschland. Les germanisants apprécieront le style sobre et factuel de l’article d’origine ainsi que la compétence footballistique du chroniqueur.

[8] Ayant refusé d’écouter l’enregistrement par la Stasi de la causerie des Bavarois à la mi-temps de Magdebourg-Bayern en C1 1974-75, il sera qualifié de « conciliateur Est-Ouest » par les autorités qui obtiendront ensuite sa mise au ban à vie par la Fédération est-allemande. Il sera officiellement réhabilité par la DFB en 1996, à 75 ans, trop tard pour reprendre son activité.

27 réflexions sur « Il était une (seule) fois dans l’Est… »

    1. Je crois que comme Dörner, il a eu la chance de jouer à l’époque où l’Allemagne était divisée, faute de quoi ces deux-là seraient restés pour toujours dans l’ombre de Beckenbauer et Gerd Müller.

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  1. Quel article, de l’intro, sublime, à la conclusion!

    Je m’égare un peu côté italien : il n’est qu’à voir la composition du Milan pour mesurer qu’il s’agit d’une période intermédiaire. Le président Albino Buticchi avait envie de réécrire un nouveau cycle mais devait composer avec la diva vieillissante qu’était Riva (le président perdra son duel contre le Golden boy et devra se retirer deux ans plus tard). Mais dans cet effectif, parmi les joueurs méconnus, Alberto Bigon était un excellent milieu et sera le coach du second scudetto du Napoli de Maradona. Et puis il y a Aldo Maldera, souvent terzino gauche. Sans Facchetti, sur la fin, et Cabrini, a ses débuts, il aurait été le numéro 3 de la Nazionale. Merveilleux joueur, très offensif, il aurait mérité une carrière internationale plus riche (il compte quelques sélections malgré tout).

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    1. Merci Verano pour cette petite parenthèse ritale, milanaise plus précisément, je ne connaissais pas ce Maldera, « presque Maldini » dans son nom d’ailleurs, « presque »…

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      1. Faccheti, Cabrini, Maldini.. Serait-ce certain logiciel-jeu, qui peut expliquer ces extraordinaires successions? Un jeu qui penche à gauche?

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      2. Aux mêmes périodes, Burgnich, Gentile, Bergomi à droite.
        Menotti évoquait la droite travailleuse et la gauche fantaisiste. D’ailleurs, dans son onze champion du monde, Tarantini avait plus de liberté qu’Olguín, un très bel arrière central repositionné au poste de numéro 2.

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      3. C’est vrai en RFA aussi à cette époque avec Vogts et Breitner (sous Helmut Schön, homme de droite convaincu), dans une moindre mesure en France aussi avec Janvion et Bossis. Curieux…

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    1. Virage et athletique, et tactique..et c’est assez rigolo d’ailleurs!

      D’aucuns en France en firent le constat à l’époque, Miroir du foot.. : en deplacement, Ajax evoluait le plus souvent et peu ou prou comme..l’Inter d’Herrera l’avait fait!

      Quant au dopage, l’Inter en avait ete à la pointe dans les 60’s.

      L’Ajax de Michels procede de Happel. Mais la cesure n’est pas toujours si nette avec l’Inter : en deplacement ou des que le score fut acquis, l’Ajax s’apparente parfois fort à un Inter 2.0, une version « un pont plus loin » (dont pour le doping).

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  2. Toujours aussi bon, bravo.

    Une reserve peut-etre? Ce passage sur Schnellinger, « etalon-or des liberos avant Beckenbauer ».

    Il me semble qu’il n’evolua comme libero que sur la fin de sa carriere, en finale de c1 69 par exemple il est encore et toujours back gauche. Et meme comme libero : pas d’un registre aussi aventureux que Beckenbauer, pour ce que j’en ai vu c’etait surtout un nettoyeur, à l’ancienne..car catenaccio oblige??

    Pour la RFA, avant Beckenbauer : j’ai d’instinct l’idee que la reference fut peut-etre plutôt Schulz (mais d’un registre, là encore, classique)??

    Beckenbauer, je garde mes reserves : premier libero..ouest-allemand devant sa defense : sans doute! Mais d’Europe ou au monde, non. Ce n’est que toute fin 60’s qu’il evolue comme tel, accusant demi-dizaine d’annees de retard à l’un ou l’autre cadors europeens. Dans son cas, j’ai l’impression que la source fut le yougo Bellin : median tres technique mué en defenseur central..inspiré et offensif, que Zebec eut sous ses ordres avant de transformer de meme Beckenbauer. Un cas parmi d’autres, j’avais cité le cas Verbist aussi. Et il y a à dire sur Vasovic.

    Bref : le tout mis dans l’autre, je ne comprends pas trop ce passage.

    Le reste : je n’ai que des louanges, c’est top.

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      1. C’est ce que j’adore quand tu tapes les archives, découvrir le réel niveau des mecs. Je connaissais Schultz depuis longtemps mais j’imaginais pas qu’il était si fort au duel.

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      2. Pareil, les quelques fois que j’en ai vu des images, punaise…. tres, tres fort!

        Je presume qu’il ne repond(it) totalement au cahier des charges à temps t de certaine « historiographie », bien mal lui en prit.

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    1. Apparemment, Schnellinger a détrôné Schulz en équipe nationale après la CM 1966. On parle plus de lui que de Schulz aujourd’hui, ce qui peut se comprendre. Au contact du Calcio, Schnellinger avait acquis une culture tactique en défense qui n’existait pas dans le foot allemand des années 60.

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      1. Quelques fois, c’est à celui qui fait en sorte d’etre memorisé. Alors ca ne veut pas dire charette mais, cas d’espece : j’ai deja lu Schnellinger s’autoproclamer « premier libero de la RFA »..

        Ca va dans ton sens! Mais libero à la Beckenbauer : je ne l’ai jamais vu comme tel, perso. Et pour moi Schulz fut aussi un libero, un tres solide meme.

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  3. Démontrons que la quadrature du cercle est un concept erroné :
    1. Magdebourg a donc gagné la coupe des vainqueurs de coupe (C2) en 1974.
    2. Certains joueurs vainqueurs de la C2 ont gagné le ballon d’or la même année. Les disciples du maître (Lobanovski), Blokhine en 1975 et Belanov en 1986, mais également notre idole nationale, Michel Platini (qui doit remercier Vignola pour la finale Juve-Porto et Domergue pour la demi-finale de l’Euro contre le Portugal).
    3. Notre cher Michel a aussi disputé les JO 1976, où la France a été éliminé par la RDA en quart-de-finale en prenant un cinglant 4-0.
    4. Cette RDA a ensuite éliminé l’URSS de Blokhine (tiens, tiens) en demi-finale puis a vaincu en finale la Pologne de Deyna (troisième au ballon d’or 1974, qui est donc l’année de la victoire de Magdebourg en C2. Un deuxième tiens, tiens).
    5. Finissons la circonférence du cercle : dans cette équipe de RDA championne olympique 1976, il y avait un joueur de Magdebourg vainqueur de la C2 1974. Qui est-ce ?

    PS : bel article intéressant.

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    1. Salut Odegaard. Je ne sais si tu nous lisais déjà mais sache que nous avons interviewé un champion d’Europe 84, un champion d’Europe 76 et un médaillé d’or 1976 !

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  4. Merci Triple G ! Et cette conclusion ! Est-ce que certains d’entre vous sont déjà allés en RDA ? Un ancien collègue, né en 1966, me racontait comment il avait vu la Tchécoslovaquie lorsque sa classe avait été là-bas quand il avait 14/15 ans ; je suis très friand de témoignages relatant une époque que je n’ai pas connue.

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    1. J’ai fait une visite d’une journée à Berlin-Est en novembre 1984, c’était glaçant. Les rues vides et figées même en plein centre de la capitale, les librairies sur l’Alexanderplatz qui vendaient toutes la même autobiographie d’Erich Honecker (« Aus meinem Leben », sans doute un chef-d’oeuvre), les flics de la Volkspolizei en faction à tous les grands carrefours, le café à côté de l’opéra d’État qui manquait déjà d’un bon tiers de sa carte à 18 heures, et le regard d’inspection le plus pénétrant que j’aie jamais reçu du garde-frontière de la station de métro Friedrichstrasse au moment de vérifier mon passeport pour me laisser retourner à l’Ouest. Et encore, c’était dans la vitrine du pays…

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      1. La démarcation architecturale entre les deux villes est encore bien présente à Berlin.

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      2. Ce n’est pas par hasard. Dès 1991, les voix ont commencé à s’élever contre l’effacement du patrimoine historique de la RDA. La démolition du monument à Lénine sur l’actuelle Place des Nations Unies, en particulier, avait fait couler beaucouo d’encre. La ville-Land y a été sensible et a pris soin de ne pas tout détruire. Mon impression d’ensemble est qu’elle a géré la réunification assez intelligemment, réintégrant parfaitement les infrastructures (en particulier les transports en commun) mais préservant un patrimoine historique, y compris le réseau de tramway qui existait à l’Est mais plus à l’Ouest.

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