Reour sur les grandes années du football à Boulogne-sur-Mer.
Un soir d’hiver, je me suis rendu avec mon père au stade de la Libération. L’enceinte m’avait parue petite comparée à Bollaert, que j’avais visité quelques jours plus tôt. Ce soir là, la Libération accueillait un 32ème de Coupe de France entre une équipe de D3, l’Union Sportive de Boulogne, et le PSG de Bats, Simba, Perez, Ginola, Valdo, et autres Le Guen. Les visiteurs l’avaient emporté facilement. A côté de nous, un supporter avait pissé dans une bouteille pour ne pas manquer le début du match, ce qui avait fait rire toute la tribune.

Plus tard, j’ai parcouru à maintes reprises les 80 kilomètres séparant Boulogne de ma Flandre natale. Lors de sorties avec le centre aéré, pour voir des raies immenses à Nausicaa, le Centre national de la mer. Puis, pour défier les clubs de la ville : l’Union Sportive de Boulogne Côte d’Opale (ancien USBO), le club phare, et, sur les hauteurs, le FC Conti Boulogne où a débuté Franck Ribéry (Ti Franck jouera pour l’USBCO de 1999 à 2002).
Dans les années 1990, l’ambitieux Jacques Wattez, prend les reines de l’USBCO. Pour le centenaire des Rouges et Noirs, en 1999, il invite, avec l’aide de l’entraineur Bruno Dupuis, le Liverpool de Gérard Houllier, une autre équipe portuaire. Les Reds viennent avec leurs stars dont Gerrard, McManaman et Berger. Beaux joueurs, ils ne forcent par leur talent et les Maritimes l’emportent 2 à 1.
Jacques Wattez succède à son père, Pierre, avec lequel le club a évolué pendant deux décennies en Division 2. La famille Wattez est incontournable à Boulogne et incarne le lien entre le port et le club. Les Wattez ont exercé tous les métiers du port. Le grand père était armateur, pendant que Pierre, le père, a exercé en tant que mareyeur. Jacques, récemment décédé, a commencé à saler les harengs à l’âge de 16 ans. Par la suite, il a détenu plusieurs bateaux et des entreprises dans la zone industrielle Capécure.

Capécure est l’une des principales plateformes de transformation et commercialisation de produits de la mer en Europe. Elle concentre une grande partie des 5 000 emplois issus de la filière halieutique. C’est également sur cette zone que l’USBO a disputé ses tous premiers matchs sur un terrain de fortune. Le club a donc façonné ses valeurs au contact de l’activité portuaire, à l’instar du RC Lens avec la mine.
Le premier port de pêche de France a les yeux rivés quotidiennement sur les bulletins météo et sur les nouvelles décisions prises à Bruxelles dans le cadre de la PCP (Politique Commune de la Pêche). Mais à partir de 2005, un sujet de discussion va s’inviter dans les bistrots de la ville : le foot.
Pour l’exercice 2004-2005, le bouillonnant Jacques Wattez confie les clés de son équipe à un ancien gardien pro qui débute dans le métier : Phillipe Montanier. Sa première saison se traduit par un titre de champion de CFA et par une épopée en Coupe de France où les Maritimes perdent injustement en quart de finale face à l’AJA sur une erreur d’arbitrage.
A l’intersaison, Grégory Thil arrive au club. Passé sous les radars des centres de formation, il fait son apprentissage dans des clubs de l’Oise avant d’être repéré par Beauvais où il découvre la Ligue 2 aux côtés de joueurs tels que Steve Savidan. Le club subit plusieurs déconvenues et descend en CFA. Repéré par Montanier, Thil s’engage avec Boulogne en juillet 2005. Dès son arrivée en Côte d’Opale, il forme un duo de choc avec El Hajri avant de terminer meilleur buteur de National la saison suivante avec 31 buts ! Capable de rôder dans la surface, dribbler le gardien ou exploser en transition, le numéro 10 boulonnais est le facteur X de cette formation. Ses performances ont moins d’écho que celles de Ti Franck en Allemagne mais elles participent à faire monter les Rouges et Noirs en Ligue 2 à la rentrée 2007.

En raison de problèmes financiers, la DNCG invalide la montée. Dans un second temps, le dossier est finalement validé (au début du mois de juillet). Le club est privé de recrutement et doit composer avec une préparation tronquée. Pour ses débuts en Ligue 2, Montanier s’appuie sur le noyau avec lequel il a obtenu les montées successives. On retrouve notamment Bédénik, Perinelle, Ramaré, Ducatel, Thil et un petit jeune issu du centre de formation qui va prendre de plus en plus de place au sein du onze : Damien Marcq. La découverte d’un nouveau championnat et les couacs estivaux ne permettent pas à l’équipe de s’éloigner de ses concurrents au maintien. L’USBO est inquiété jusqu’aux arrêts de jeu de l’ultime journée contre Niort.
Avec un budget de 9 millions d’euros (un des plus faibles de la division), le recrutement est limité. Seuls quelques joueurs expérimentés viennent garnir l’effectif, notamment le Cannois Blayac et le natif du coin (de Cucq) Alexandre Cuvellier. Lequel sera précieux offensivement. Il partage, par ailleurs, le même patronyme que le maire de la ville : Frédéric Cuvellier (édile de 2002 à 2012). Derrière, le lensois Lachor apportera son expérience.
Dans le jeu, Montanier propose un 4-4-2 ambitieux. Les Maritimes jouent crânement leur chance dès le début de saison contre les cadors du championnat. Cette ambition se conjugue avec une solidarité sans faille qui conduit l’équipe à réaliser des performances inespérées, notamment hors de ses bases. L’USBCO enregistre des victoires à Metz, Brest, et sur des pelouses réputées difficiles comme Nîmes, Ajaccio et Bastia.
Au soir de la 33ème journée alors que Boulogne vient d’enregistrer une énième victoire à l’extérieur (un cinglant 1-5 sur la pelouse d’Angers), le mot d’ordre est à l’humilité. Interrogé à la suite de cette rencontre, le triple buteur, Gregory Thil déclare : « faire des calculs, se projeter trop loin, s’imaginer jouer en Ligue 1, c’est là où l’on prend les gifles » (propos recueillis par Le Parisien, 26/04/2009).
Avec cet état d’esprit et à la faveur d’une fin de saison en boulet de canon (9 victoires sur les 11 derniers matchs), Boulogne se déplace chez le leader lensois pour un derby du Pas-de-Calais crucial pour la montée. Les Lensois, assurés de monter en Ligue 1, préparent le match avec moins de pression. La veille, le président Martel déclare : « On devra voir un grand Boulogne pour battre Lens » (site rcl.com). Côté boulonnais, la pêche rend les gens superstitieux et chacun y va de son petit rituel pour s’assurer d’un bon résultat. Dans un stade Bollaert plein comme un œuf, les Maritimes sont à la hauteur de l’événement et gagnent une fois de plus à l’extérieur.

A l’issue du match, les supporters boulonnais et lensois envahissent le terrain et chantent ensemble pendant un long moment. Cette victoire permet, en effet, aux Rouges et Noirs de conserver trois points d’avance avant la réception d’Amiens lors de l’ultime journée.
La rencontre est une formalité pour les Maritimes (victoire 4 à 0). Le lendemain, le rédacteur en chef de La Voix des Sports, titre son édito d’un « on est tous des Boulonnais ». Extrait : « Hier, si le Stade de la Libération avait pu accueillir 30 000 spectateurs, il aurait été rempli. Plusieurs bistrots ont donc fait le plein, 1’écran a notamment fleuri place Dalton. C’est là qu’un supporter boulonnais a tourné une excellente vidéo: on y voit le résumé de la saison, on y sent l’émotion de tout un peuple au coup de sifflet final […]. De quoi nous réconcilier pour longtemps avec le football ou faire aimer le sport à celles et ceux qui le connaissent moins bien » (La Voix des Sports du lundi 25 mai, édito de S. VARNIER).
L’aventure des Boulonnais, miraculés à la dernière seconde lors du dernier match de la saison 2007-2008, puis solides troisièmes un an après, dit beaucoup sur ce qu’était alors la Ligue 2. Un championnat d’un niveau tellement homogène qu’il en était devenu imprévisible ?
Pour l’exercice 2009-2010, les deux équipes du Pas-de-Calais rejoignent Lille et Valenciennes. La Ligue 1 n’a jamais compté autant de clubs nordistes depuis 1939.
En préparation de la saison, les collectivités se mobilisent autour du nécessaire agrandissement du stade pour satisfaire au cahier des charges de la Ligue 1. La capacité est portée à 15 000 places, ce qui est amplement suffisant pour une agglomération de 80 000 habitants, qui a un hinterland peu peuplé.
Au niveau du recrutement, le club se tourne vers le FC Nantes. En remplacement de Montanier parti dans le Hainaut, à Valenciennes, Laurent Guyot est recruté au poste d’entraineur principal. L’ancien directeur de la formation de Nantes, et major de sa promotion de DEPF 2008, a pour mission de pérenniser le jeu proactif de l’an dernier. Il est épaulé par Serge Le Dizet en tant qu’adjoint. Dans leur sillage, d’autres anciens canaris arrivent au club, les milieux Da Rocha et Das Neves, ainsi que le préparateur physique Pierre Bazin. Pour compléter cette base, Matt Moussilou et les internationaux Daniel Moreira et Olivier Kapo (recruté en janvier) accompagnent l’artificier en chef, Grégory Thil, auteur de 18 buts en Ligue 2. Avec un recrutement intelligent, les Rouges et Noirs sont la curiosité de ce championnat et les caméras de Canal+ viennent voir comment cette petite ville se prépare à relever le challenge de la Ligue 1 (Intérieur Sport, « Ancrage en Ligue 1 »).
Sans complexe, Boulogne veut exister dans ce nouveau championnat et le début de saison lui donne raison. Lors de la 3ème journée, l’USBCO gagne avec beaucoup d’abnégation dans le Chaudron, contre les coéquipiers de Matuidi et Payet. Un nouveau but de Cuvellier rend fous de joie les rares supporters à avoir fait le déplacement. Le lendemain, La Voix du Nord détourne la célèbre chanson des Verts en titrant « A Saint-Etienne, qui c’est le plus fort ? Evidement c’est Boulogne ! » (La Voix du Nord, 23/08/2009).

A partir de septembre, l’effet de surprise retombe et l’équipe n’arrive plus à performer dans un championnat trop relevé. Le nouveau coach est apprécié par le groupe mais les recrues apportent peu et le capitaine Grégory Thil se blesse gravement. A l’automne, les hommes de Guyot ne prennent qu’un seul point en six matchs et sombrent dans la zone rouge du classement. En coupe, les Rouges et Noirs se font concasser par le Quevilly de Régis Brouard. Cette défaire provoque l’ire de Jacques Wattez : « c’est bien fait pour notre gueule, on a joué comme des seigneurs… On réglera ça en famille, je peux vous le certifier. » (So Foot, 25/05/25, portrait de Jacques Wattez par Florent Caffery). Le président a beau rappeler fermement les valeurs du club, la saison sera difficile jusqu’au bout et les Maritimes terminent juste devant Grenoble avec sept petites victoires au compteur.
Finalement, la chute est aussi rapide que l’ascension puisque Boulogne rejoue en National dès l’exercice 2012-2013.
Le déclin sportif est annonciateur de futures difficultés pour le port. En effet, en janvier 2013, David Cameron promet la tenue d’un référendum pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. La possibilité d’un Brexit est vécue avec beaucoup d’inquiétude à Capécure…
Dans ces temps de grisaille, la Libération a tout de même la chance de voir les débuts d’un certain N’Golo Kanté. Arrivé de Suresnes en 2010 pour jouer avec la CFA 2, il termine meilleur joueur de National après trois saisons sur la Côte d’Opale.
belo_dedici pour Pinte 2 foot.
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Super article, merci.
Montanier était à l’aube d’une belle carrière de coach. De mémoire, il obtient de bons résultats à Valenciennes, fait encore mieux à Donostia avec Grizou mais après, c’est irrégulier. Je pensais que la CdF avec Toulouse le relancerait mais ça n’a pas vraiment été le cas.
Ça me fait penser qu’on avait consacré un portrait à Antoine Hainaut le bien nommé quand il était parti de Boulogne pour Parme. Il a mis du temps à s’imposer mais il évolue désormais en Serie A, à Venise.