Le petit théâtre du football français : les jetons

Drapeau de la Ligue 1 Europe Friandise

La France a peur. Elle a la trouille. Les pétoches. Tout va mal. Nous sommes au bord de l’effondrement total. Le choc du dimanche est repoussé au lundi, en pleine annonce du Ballon d’Or, et de toute façon ses deux protagonistes en sont surtout à compter leurs blessés. Comme chaque année à l’automne, on pourrait faire un onze des éclopés, on aurait de quoi faire jouer les équipes B et C sans chercher bien loin. Les chocottes, donc. Qui poussent à faire n’importe quoi alors que la situation est sous contrôle. Comme l’OM, qui mène 4-0 contre des Havrais inoffensifs depuis le début de saison et qui reviennent à 4-3 et à un chouïa d’obtenir le pénalty de l’égalisation. La peur de mal faire, les jambes en coton qui font que Yéhvann Diouf se foire sur une relance et donne l’avantage à Brest. Et puis les Bretons, trop peureux pour l’emporter, ratent un pénalty et perdent à domicile contre les Aiglons.

C’est la terreur. Celle de Troyens toujours indigents qui grattent un match nul à Toulouse. Celle de la défense d’Angers, si poreuse ces derniers temps qu’elle évolue avec 5 joueurs à domicile pour affronter le terrible FC Lorient, deuxième pire attaque du championnat. Et voilà un nul 0-0 qui réconforte en ramenant le public dans la nostalgie des années 2000, quand ce qui pouvait arriver de pire était une déclaration d’Aulas dans les médias. La trouille, c’est ce qui commence à guider Strasbourg, sèchement battu à Rennes et désormais barragiste, avec un seul point pris sur les cinq dernières journées. La peur de mal faire, qui a empêché Lille et Monaco de se départager et qui ne fait les affaires de personne, sauf des Rennais, leaders provisoires.

La situation est similaire en Ligue 2. L’AS Saint-Etienne a eu les guiboles qui tremblent quand il fallait la mettre au fond face au FC Nantes. Les Canaris, bon princes, ont préféré plier pour rester dans l’ombre du championnat après l’annonce de l’échec du rachat du club. L’AS Nancy aussi a eu peur, peur que la victoire lui échappe face à la lanterne rouge Laval, qui a mis un point d’honneur à prendre 4 cartons jaunes en 4 minutes dès la première mi-temps pour marquer son territoire. On fait ce qu’on peut pour faire parler de soi. C’est la peur du vide…

Mais dans ce monde bousculé par les incertitudes, balloté par les aléas, il reste un club qui brille tel un phare en pleine tempête. Quoi qu’il arrive, le Clermont Foot garde le cap : une défaite à domicile contre Guingamp et voici un dixième match de championnat sans victoire. Le record du Tours FC (14 matchs) en 2017-2018 n’est plus très loin.

Mais la peur, la vraie, les chocottes, ce truc qui vous prend aux tripes de manière irrationnelle, ce sont les clubs de Ligue 3 qui l’ont sentie dans leur propre chair ce week-end. Le sixième tour de la Coupe de France était le tour de tous les dangers : c’est le dernier échelon avant de pouvoir se faire éliminer par plus gros que soi. L’AS Cannes et le FC Villefranche, vainqueurs aux tirs au but chez des clubs de R2 et R3, savent ce que c’est de tirer un pénalty en ayant une trace dans le caleçon. Et le SC Bastia, battu à domicile par l’AS Furiani (N1), connaît la peur de se regarder dans le miroir… Un échec qui passera toutefois inaperçu grâce au record d’affluence des Girondins de Bordeaux pour un match de R1. Eux ne craignent plus rien, le pire est déjà passé.

L’avis éclairé de Robert, caution terroir de cette chronique :

Ça a failli mal finir ce week-end. Ah si, j’te jure, j’ai dû m’énerver pour remettre les choses en ordre ! Ils voulaient tous aller manifester, râler un peu partout, j’ai dû leur remonter les bretelles pour qu’on maintienne le match des U11 comme prévu. C’est bien beau d’aller faire les kékés devant la préfecture, mais qui va faire vivre les villages si on déroge aux traditions et si on ne fait plus vivre le foot local, hein ? Et la buvette, comment elle va faire son chiffre si tout le monde se barre ? Heureusement que je suis là pour faire perdurer la vie sociale. Bon, en plus, si le match avait été annulé j’aurais dû retourner ranger le garage, t’imagines pas la galère…

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