Il y a un mois, le 31 juillet 2026, décédait Franco Baresi...
Il est l’un des meilleurs défenseurs de l’histoire de ce jeu. Faites l’essai : demandez à n’importe quel amateur de citer les meilleurs défenseurs de l’histoire et son nom sortira très vite de la bouche de votre interlocuteur. Beckenbauer, Maldini… et Baresi arrivera tout de suite après, par automatisme, ou après trois ou quatre noms au maximum, selon les générations, les fidélités, les souvenirs de chacun.
Je dois l’avouer : j’étais sans doute trop jeune pour comprendre Franco Baresi. Ce qui était mis à son crédit par les observateurs — sa petite taille pour un défenseur central, son physique presque frêle — m’apparaissait, à moi, comme une faiblesse. Il ne m’impressionnait pas. Il ne ressemblait pas à l’idée que je me faisais d’un grand défenseur. Il faisait vieux.

Même son brassard de capitaine, minimaliste, un bout de scotch blanc, qu’il devait également utiliser pour maintenir en place ses protège-tibias, ne me paraissait pas suffisamment imposant. Rien qui dise le Milan AC des années 1990, ses maillots impeccables, ses joueurs qui empilaient les coupes d’Europe. Ce morceau de sparadrap me paraissait presque insultant pour le statut du club.
Les enfants s’attachent parfois à des détails dérisoires. Comme si la grandeur d’un joueur pouvait se mesurer à son brassard ou à son allure.
Je suis un peu passé à côté de Baresi. Evidemment, j’ai revu des matches, affiné mon jugement. J’ai constaté son sens de l’anticipation, cette capacité à être déjà là avant que l’action n’existe, à lire le jeu. Ses montées de balle pour casser une ligne adverse.
Mais j’avoue avoir été plus impressionné par d’autres défenseurs. Il me semble que c’est aussi le cas de certains contributeurs du site qui l’ont placé 6e du classement des meilleurs défenseurs de la décennie 1990. Presque une anomalie pour certains. Ou peut-être simplement la preuve qu’il existe une différence entre la grandeur historique d’un joueur et la trace qu’il laisse dans notre mémoire personnelle.

Peut-être qu’il lui manque aussi ce que l’on pardonne difficilement aux grands joueurs : la performance de choix ou la consécration collective sous le maillot national.
Une trajectoire inverse de Laurent Blanc en somme, si on voulait faire un parallèle. Blanc a construit une carrière en club moins éclatante que celle de Baresi, mais il possède avec l’équipe de France ces images qui finissent par tout recouvrir : le triomphe face au Brésil efface ainsi le carton rouge un peu stupide contre la Croatie. Et puis il y a l’apothéose de l’Euro 2000.
Baresi n’a pas eu cela. Il est certes champion du monde en 1982, mais sans jouer. Non retenu en 1986. En 1990, l’Italie sort tristement de sa Coupe du monde en demi-finale, à Naples. En 1994, il se blesse lors du 1er tour contre la Norvège, revient en finale mais manquera son tir au but. Si on s’amusait à faire un 11 parfait des trois Coupes du monde de la décennie 1990, il ne serait probablement pas présent.
C’est idiot ce qui vous revient en tête à propos d’un joueur du passé. Mais je me souviens encore d’une erreur de Baresi contre la France lors d’un match amical sans doute oublié de tous. Nous sommes en février 1994. A Naples, encore. Quelques mois avant la Coupe du monde. Aimé Jacquet est le nouveau sélectionneur de l’équipe de France qui fait sa rentrée après le naufrage des éliminatoires : la faute professionnelle contre Israël, puis la défaite cruelle contre la bande à Hristo, avec le but de Kostadinov dans les dernières secondes. La France regardera la Coupe du monde à venir à la télévision.
On connaît l’expression « voir Naples et mourir ». Drôle de lieu pour tenter une renaissance donc.
L’équipe de France vient sans doute plus modestement rechercher un peu d’air. L’adversaire n’est pas évident : l’Italie a fini première d’un groupe de qualification plutôt relevé, du moins piégeux, composé notamment de la Suisse, du Portugal et de l’Ecosse. Elle aligne des noms prestigieux. Baggio, bien évidemment. Le Ballon d’or. Et Baresi en défense. Evidemment.

Un peu à la surprise générale, l’équipe de France va s’imposer 1 à 0 sur un but de Djorkaeff pour sa première titularisation. Un but qui doit un peu (beaucoup ?) à Franco Baresi. Servi en retrait, il effectue une relance hasardeuse que Ginola intercepte sans difficulté pour servir Djorkaeff.
Une nouvelle équipe de France est peut-être née. Il est alors trop tôt pour le savoir. Et certains acteurs du match – non des moindres – ne seront pas à l’Euro 1996 en Angleterre. Mais ce soir-là, l’ère Jacquet commence par une victoire encourageante en Italie.
Et Franco Baresi y est aussi. Et je ne me souviens pas s’il portait ce jour-là un vieux bout de scotch blanc à son bras comme brassard de capitaine.
Gribouille pour Pinte de foot.
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Jean-Pierre Cyprien chez les Bleus…
J’ai choisi cette photo exprès.
Ce Italie-France est le premier match de l’ère Jacquet, le premier après le séisme de France-Bulgarie 93…
Jérôme Gnako est titulaire au milieu de terrain et Jean-Pierre Cyprien remplace Karembeu en deuxième mi-temps.
En face, l’Italie prépare la Coupe du monde et les absents sont nombreux : Donadoni, Zola, Lentini, Signori… Cappioli a ainsi sa chance en deuxième mi-temps.
Ce furent les seules et uniques sélections de Cyprien et Cappioli.
Me souviens de ce match face à l’Italie. Ça faisait un bail que la France n’avait pas gagné là-bas, non ? Merci Gribouille !
Au San Paolo, en l’absence de Blanc, Jacquet repositionne Desailly en défense avec Roche. Marcelo n’est pas content, il veut jouer au milieu. Le milanais réalise pourtant un très bon match, ce qui inspirera Jacquet pour la suite. Ce soir là, Gnako est aussi aligné après de belles perfs à Monaco mais il est trop neutre et loupe le train de l’EdF.
1912, et le triplé d’un certain Eugène Maës : https://www.pinte2foot.com/article/eugene-maes-vie-et-mort-dun-sportif-accompli-1890-1945
Joli titre ! À l’époque, Baresi incarnait tout ce que je détestais. Le Milan, ennemi de l’OM et de la Juve de Baggio et ce défenseur inélégant, agressif et truqueur que tu décris. A son crédit, une belle finale WC 94.
Avec du recul, je n’ai pas changé d’avis. Pas ma came le Franco.
Je me souviens de ce match dans un San Paolo aux 3/4 vide. Papin avait décliné la sélection (le pauvre, outre la non qualif pour la Coupe du monde, il avait assisté à la victoire de l’OM en C1 avec le maillot du Milan sur le dos cette même année), il ne va plus revenir très souvent en sélection par la suite.