Pour les fans de foot nostalgie, P2F vous présente deux productions audio, libres d’écoute, revenant sur vos footballeurs favoris et sur les compétitions qui ont jalonné votre enfance.
Le rock alternatif et langoureux des Tartan Rascals[1] donne le ton et nous installe dans une ambiance cosy. Par-dessus les riffs de guitares, Michel Wertenschlag propose une présentation ciselée de l’invité du jour. L’autre animateur, Guillaume Bonamy, apporte de la bonhommie et un rire communicatif. Le premier a reçu le football en héritage d’une grand-mère fan du RCSA, le second est un passionné du FC Nantes. Leur duo est rodé, l’expertise de l’un complète la sympathie de l’autre.
Le concept de ce podcast est de tendre le micro à d’anciennes gloires du football hexagonal, en revisitant leurs carrières, sans questions pièges ni recherches de polémiques. Il est autant question du sportif que de l’humain. Ici on cherche à comprendre l’homme qui se cache derrière le maillot, avec le bénéfice des années passées loin du rectangle vert. La conversation est suffisamment longue pour que l’invité se sente en confiance et se livre avec sincérité sur son parcours. Pour la plupart, les légendes ne sont plus dans la sphère médiatique. Elles sont donc plus enclines à dire des vérités sur des faits qui se sont produits au siècle dernier. Tout du moins, à livrer leur vérité.
Depuis cette perspective, les deux protagonistes déroulent leurs questions et font preuve d’une réelle qualité d’écoute. « Comment le foot est il arrivé dans ta vie ? » « Quelles ont été les difficultés auxquelles tu as dû faire face ? » « Est-ce que tu t’attendais à avoir ta première sélection ? » Etc.
Les anciens footeux sont des internationaux français issus des formations qui nous ont fait rêver. Les Stéphanois de la grande époque, les Nantais de Saupin, les Bordelais qui ont fait de nombreux déplacements à l’Est, ainsi qu’une flopée de joueurs majeurs de notre Division 1 et des clubs étrangers. Et pour ceux qui aiment les gardiens, vous serez gâtés !

Bien sûr, le rapport à la famille est au cœur des échanges. Par exemple, Stopyra nous confie que son principal moteur était de dépasser son père, Julien Stopyra[2]. Brisson dit l’émulation qu’il y avait entre lui et son jumeau[3]. A travers ces conversations, on devine leurs leviers de motivation mais aussi leurs fêlures.
Entre deux trophées, les sujets sensibles sont également abordés : le dopage, les blessures, les transferts avortés, la jungle des centres de formation ou encore le racisme. Sonor nous raconte ses années dans les Ardennes où il a souffert d’un racisme crasse. Avec Christophe, on entend une maladie qui n’est jamais nommée, la bigorexie. Les invités se livrent avec plus ou moins de franchise et de pudeur. En revanche, dès qu’il s’agit de corruption, les légendes sont moins bavardes. Sans surprise, on n’apprend rien de nouveau sur les pratiques de l’OM en écoutant l’épisode dédié à Marcel Dib. Ici, il faut souligner l’opiniâtreté des animateurs, lesquels n’hésitent pas à relancer les anciens Marseillais sur le sujet.
On peut le comprendre, les mauvaises passes sont moins développées que les réussites. Les invités ont aussi une inclinaison pour leurs époques où le sens du collectif et l’amour du maillot n’étaient pas des notions éculées. Couriol confesse regarder les matchs d’un œil, ressentant une forme d’ennui devant ce qu’il juge être un affrontement entre un bloc haut et un bloc bas selon un même pattern. De la même manière, Hiard affirme : « Si aujourd’hui j’ai douze ans et que vous me demandez si je veux être gardien de but, je dis non. » Les auditeurs peuvent être emportés par un parfum de nostalgie malgré les contradictions qui leur sont apportées.
Pour les plus jeunes, c’est aussi un voyage romantique dans un foot d’avant, son esthétique, ses codes, son humour. Par exemple, le facétieux P. Revelli dira être monté tellement haut sur un centre qu’il a vu « les neiges éternelles ». Lech évoque les contraintes liées au contrat à vie, pendant que Jodar nous raconte la Coupe de l’Indépendance du Brésil en 1972. A la faveur des regards croisés, il se dessine en creux les portraits de ceux qui nous ont quittés : Hidalgo, Michel, ou encore Bereta. En référence à cette chanson de Nino Ferrer[4], on peut penser que le Podcast des légendes nous fait fantasmer une époque que l’on n’a pas vécue.
En schématisant, deux catégories d’invités se distinguent. Ceux qui ont pris du recul et ont mené des carrières loin du foot, à l’image de Léo Specht, un temps DRH dans une entreprise alsacienne. Et ceux, plus rares, qui peinent à se départir de leurs anciennes vies, ressassant une décision ou un pénalty manqué.

Les discussions se clôturent autour de « questions mitraillette » où la légende est amenée à répondre à l’instinct. Il lui est demandé pêle-mêle, « Qui était le plus gros chambreur ? » « Quelle est la plus grosse baston à laquelle tu as assistée ? » Etc. C’est à ce moment-là que les petites histoires affleurent.
Note : 4/5
Même s’ils ne sont pas journalistes, les entretiens s’appuient sur un travail de préparation conséquent. Les invités sont prestigieux et le site[5] héberge des écrits sympathiques de Johann Sonneck[6]. Par contre, quelques épisodes sont mal enregistrés et le format au long court (deux fois une heure) peut être rédhibitoire. Pour un auditoire non averti, cette production peut participer à idéaliser une époque qui n’était pas sans reproches. Enfin, on peut regretter l’absence de personnalités du football féminin.
Quoi de plus nostalgique qu’un album Panini ? Depuis des générations, les frères Giuseppe et Benito Panini font le bonheur des gamins dans les cours de récré et, accessoirement, la ruine de leurs parents. Ces vignettes ont forgé l’imaginaire des jeunes supporters et leur ont donné de solides bases en géographie.
A partir de cet objet culte, trois amis, Xavier, Fredo et Manu (fin connaisseur du foot costaricain) ont décidé de feuilleter les souvenirs d’époque pour nous faire revivre les Coupes du monde (depuis 1970) et les Euros (depuis 1980). Plus précisément, ils exploitent les « erreurs et les bizarreries » de l’éditeur italien afin d’égayer leurs récits et nous raconter les petites histoires autour de ces compétitions.

Chaque épisode débute par un « point orga ». Il est, par exemple, rappelé que « les équipes du bloc de l’Est ont menacé de boycotter l’Euro 88 si des matchs se jouaient à Berlin Ouest ». Dans un autre registre, les animateurs évoquent aussi le tirage au sort grand-guignolesque du mondial espagnol. La discussion se structure ensuite autour de 4 à 5 chapitres. « Les absents » ; « Les équipes dont tout le monde se fout » ; « Les équipes qui tiennent leurs rangs » ; « Les surprises » ; etc.
Au fil des pages, les trois acolytes s’attardent, tout d’abord, sur les « belles trognes » qui fleurissent dans les albums. Les photos prises à contre-jour, cheveux au vent, sont propices à des plaisanteries. Ici on se moque gentiment des moustaches portugaises, de la dentition britannique ou des noms qui, de notre point de vue, paraissent cocasses. Les allitérations ont leurs préférences : Petrar Petrov, Kees Kist ou Roland Grip. Ils se plaisent également à imaginer des sosies. Ceulemans est surnommé le « Depardieu d’outre-Quiévrain » pendant que Zola est comparé Ben Stiller.
Les anecdotes sont un autre moyen pour raconter différemment les tournois. Elkjær Larsen est présenté comme « un vrai punk qui avait une mauvaise hygiène de vie». Lors de son passage à Cologne, son coach H. Weisweiler, lui aurait reproché « d’avoir été vu en boîte de nuit en compagnie d’une bouteille de whisky et d’une femme. » Pour le rassurer, le Bison lui dira : « Non ce n’est pas vrai, c’était de la vodka et deux femmes. » On aura noté le petit côté George Best de l’animal.
Autre fun fact, un animateur souligne que lors de l’Euro 80, les Tchécoslovaques ont présenté les mêmes tireurs de pénalty que ceux qui ont battu les Allemands quatre ans auparavant : « Les mêmes et dans le même ordre. » Reste à savoir s’ils ont tous tiré de la même façon[7]. Dernier exemple, ils reviennent sur l’approche lunaire du staff médical bulgare dans le cadre de la Coupe du monde 1970.
Ce n’est pas un comedy club, les blagues sont souvent au service du récit footballistique. Néanmoins des erreurs et des approximations sont commises et les plus érudits d’entre nous n’apprendront rien qu’ils ne savent déjà. Pour les autres, vous pourrez épaissir votre culture foot avec des informations intéressantes. Mais l’intérêt du podcast réside surtout dans ce ton léger propice à une discussion entre potes. Leur plateforme de diffusion et de production s’appelle d’ailleurs « des micros et des potes ».

Le dernier épisode sera consacré au Mondial 2030 puisque la FIFA a choisi un autre partenaire[8] pour commercialiser les albums après cette date. La maison d’édition située à Modène tournera la page de 60 ans d’albums mythiques.
Notes 3/5
Dans la galaxie des podcasts dédiés à notre sport, cette production se démarque par son originalité et le format est idéal pour une sortie en vélo. En revanche, certains propos gagneraient à être plus nuancés. Autre limite, leurs sources ne sont pas toujours citées.
Belo-dedici de la Communauté p2f
[1] Looking at you de The Tartan Rascals est le générique du podcast.
[2] Julien Stopyra, dit Youlek, a été international a une reprise en 1960.
[3] Gilles Brisson a joué avec son frère dans les équipes de jeunes du PSG avant de rejoindre le TFC où il joua 8 années.
[5] https://www.lepodcastdeslegendes.com/
[6] Johann Sonneck écrit notamment pour le PDL et Le Corner.
[7] La séance de tab de 1980 s’est terminée sur un score de 9 à 8, donc d’autres tireurs tchécoslovaques ont succédé aux 5 premiers qui étaient Masny, Nehoda, Ondrus, Jurkemik et Panenka. Les trois premiers ont transformé leurs pénaltys de manière similaire en 76 et en 80.
[8] Après 2030, la société américaine Fanatics commercialisera les albums via sa filiale Topps.
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Ils réussissent à s’entretenir avec du beau monde, les gars du Podcast des légendes. Je vois qu’ils ont ouvert leur micro à des personnalités d’autres sports, Christine Arron ou Richard Gasquet. Tu m’as donné envie de les écouter pour faire passer le temps à l’occasion d’un trajet en voiture par exemple.
Leur cahier des charges vise des internationaux en priorité. En fonction des opportunités, ils ouvrent à d’autres sports, ou à d’autres personnalités du foot (Président, Arbitre, et des joueurs étrangers).
Dans les tuyaux, il y aura un épisode sur un n°10 légendaire de notre championnat, il n’a pas joué en bleu et a des mollets plus gros que ceux de Priou (facile !)
Bon je m’arrête là, c’est impoli de commenter son article.
M’enfin mais ne sois pas trop poli, voyons!
Et merci de m’avoir fait découvrir ces médias, j’essaierai le podcast à l’occasion d’une sortie en vélo.
Pannini, ça me fait toujours penser, à un site qui je crois a désormais disparu, longtemps tenu par un..Lyonnais? Alex Bugnouf? (un nom de cet acabit, qu’il me pardonne)
C’est du boulot, tout ça..
Il valait quoi Ayache ? Je ne l’ai connu que sur sa fin de carrière. Pas vraiment de souvenirs forts de lui.
Excellent au Mexique même s’il est suspendu face au Brésil et manque THE match (Tusseau le remplace). Mais que de blessures…
Un poil trop jeune pour Stopyra face à Naples, j’ai quand-même vu Yannick au Stadium. La dernière saison de Tarantini également. Et le début de 20 ans de vaches maigres.
J’avais discuté avec un vieux fan d’Olympiakos et il se souvenait bien de Triantafilos. Il a fait un beau passage en Grèce. C’était un des premiers « étrangers » à jouer dans la ligue. Avec Loseda l’Uruguayen.
Triantafilos, j’en ai appris de belles sur lui lors de son passage à Boulogne. Le fameux Tintin…
Raconte !
Beh, je ne veux pas déflorer ma prochaine tentative d’article.
Bizarrement, j’ai écrit un truc sur lui avant hier, et là boum, il sort en photo…. Il y a l’esprit du « Grec » qui doit rôder dans les entrailles de ce site… (je dis ça mais il est pas mort le tintin hein)
Ténacité remplace opiniâtreté.
Précisément, Lech témoigne de la grève des joueurs suite à la remise en cause du contrat à temps par les clubs (finalement c’est mieux quand vous étiez des esclaves…)