A l’occasion de la troisième journée de Serie A, Foggia prépare la réception de la grande Juventus le dimanche 24 octobre 1976 en se mettant au vert dès le samedi dans un hôtel des environs. Néo-promu, le petit club des Pouilles s’est renforcé avec notamment l’arrivée de Nevio Scala, Franco Bergamaschi et le vieillissant Angelo Domenghini, vice-champion du monde 1970. Ettore Puricelli, le pittoresque entraîneur italo-uruguayen déjà passé par Foggia au début de la décennie est revenu pour soutenir le coach de l’accession, Roberto Balestri. Lors d’un repas, un groupe de quatre ou cinq personnes, dont une jeune femme, se trouve à une table voisine de celle des Rossoneri. Un des hommes s’adresse à Puricelli : « nous vous offrons le champagne. Nous sommes Milanais, supporters de l’Inter, et nous souhaitons que vous battiez la Juventus. » Puricelli hésite un instant mais les joueurs les plus anciens savent qu’il va accepter tant sa relation au champagne relève de l’addiction. Alors tout le monde trinque à la victoire de Foggia !

Au même moment ou presque se déroule un drame à Montecatini Terme en Toscane, à 600 kilomètres de Foggia : un individu au volant d’une BMW tue un policier et en blesse un second en voulant se soustraire à une arrestation pour excès de vitesse puis parvient à s’enfuir.
Le dimanche, dans le stadio Pino Zaccheria plein jusqu’au cintre, Foggia secoue la Juventus mais Dino Zoff est impérial et en fin de rencontre, Roberto Bettega parvient à inscrire le seul but de la rencontre. Le champagne offert par les tifosi de l’Inter n’a servi à rien.
Une nouvelle tragédie survient le 6 février 1977 à Dalmine, tout près de Bergame. Deux carabinieri meurent dans une fusillade avec les passagers d’un véhicule refusant de se conformer à un contrôle. Mais sur le bitume se trouve également un des gangsters. Rapidement identifié, il s’agit d’un des principaux lieutenants de Renato Vallanzasca, un caïd en cavale qui est à la tête de la banda della Comasina, la principale organisation criminelle de Milan.
Vallanzasca est un malfrat milanais très connu, surnommé « la fleur du mal », un type qui provoque le dégoût des Italiens sauf de quelques femmes et d’extrémistes pour qui il est Il bel René. Ce sont les années de plomb et sans doute veulent-ils se convaincre qu’il participe à la lutte contre les institutions. Pourtant son œuvre n’a rien de politique, ce n’est qu’un truand séducteur, opportuniste et ultraviolent. Lui et sa bande sont crédités de nombreux rapts et assassinats dont celui de l’agent de Montecatini Terme.

Blessé lors des échanges de coups de feu à Dalmine, Renato Vallanzasca est arrêté à Rome le 16 février suivant, caché dans l’appartement d’une jolie admiratrice, tout près du tombeau de Néron, un autre monstre sanguinaire sans scrupule.
Le procès de Vallanzasca pour l’assassinat de l’agent de police de Montecatini Terme, s’ouvre devant la Cour d’assises de Florence. Mais contrairement à d’autres crimes, il plaide non coupable. Formellement reconnu par un témoin, il affirme avoir un alibi : « je peux prouver que j’étais à Foggia le 23 octobre 1976. J’étais dans un hôtel avec des amis. Il y avait aussi des joueurs de Foggia qui devaient jouer contre la Juventus le lendemain et je leur ai offert du champagne pour leur souhaiter bonne chance. » Il ajoute que « le fils du président de Foggia a joué avec ma petite amie », précisant avoir réfléchi à l’enlever pour réclamer une rançon.

Ettore Puricelli, le capitaine Giovanni Pirazzini et la star Angelo Domenghini sont convoqués au tribunal pour valider ou invalider l’alibi de Vallanzasca. Avec son accent sud-américain et ses mots écorchés, Puricelli confirme l’anecdote du champagne mais ne reconnaît pas formellement Vallanzasca qui parade dans le box et encore moins les photos des présumés complices. L’accusé affirme qu’à un moment donné un de ses amis a laissé tomber un pistolet, les joueurs de Foggia doivent s’en rappeler. Mais ni Pirazzini, ni Domenghini ne s’en souviennent.
Et la jeune femme ? Pirazzini dit « quand on voit une belle femme, on la regarde toujours. Je pourrais essayer de la reconnaître. » Il est donc confronté à la jeune femme supposée être aux côtés de Vallanzasca lors du déjeuner à l’hôtel. Pirazzini hésite. « Je ne sais pas, elle lui ressemble mais je ne sais pas. » Dans le doute, la Cour d’assise condamne Vallanzasca à perpétuité pour la mort du policier de Montecatini. Les peines prononcées à son encontre à l’issue de tous les procès sont égales à quatre perpétuités et 295 ans d’incarcération.
Renato Vallanzasca est toujours en vie. Il bel René a 73 ans et a perdu de sa superbe. Durant ses longues d’années d’emprisonnement, il s’allie à des clans mafieux pour gérer ses affaires depuis sa cellule, s’évade avant d’être repris et surtout assassine puis décapite un repenti. Malgré tout, il obtient momentanément un régime de semi-liberté dans les années 2010 jusqu’à ce qu’il replonge en attaquant un supermarché. Les dernières tentatives de ses avocats pour le faire libérer échouent, les juges estimant que chez lui, « le repentir n’existe pas. »
A propos de sa culpabilité concernant le meurtre du policier de Montecatini, le doute demeure : si la banda della Comasina se trouvait probablement à Foggia en octobre 1976, Vallanzasca était-il parmi eux et a-t-il porté un toast en espérant la défaite de la Juventus ?
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Un type qui boit à une défaite de la Juve ne peut pas être tout-à-fait mauvais, voyons!
(comme ça, c’est fait)
Un beau salopard en somme..mais chouette article, une fois de plus !
Il est vraiment bien, cet article. Je me demandais où tu nous emmenais, et puis.. Habilement mené, bravo.
Assez curieusement, même climat angioxène de stratégie de la terreur/tension, la Belgique lui a connu un alter-ego dans les 80’s, le dénommé Patrick Haemers : belle gueule, du charisme à ne savoir qu’en faire de bon, des morts sur la conscience, du grand banditisme dénué du moindre idéal ni scrupule….. Là encore toutefois, des esprits euh, « romantiques » (des débiles), voulurent y voir une icone anti-système..dont pas mal de femmes, le coup classique des lettres d’amour en taule, cet étrange attrait que certaines ont pour les bad boys probablement.. On a fini par le retrouver pendu à un radiateur, dans sa cellule (lol?).
Haemers participa de certain brouillage des cartes, mettre ses méfaits sur le compte de l’extrême-gauche, encore un truc à l’oeuvre aussi dans l’Italie des années de plomb…….. Les mêmes recettes d’un pays à l’autre, juste un décalage d’une douzaine d’années.
Ettore Puricelli, grand nom de Bologne! Une seule sélection italienne par contre.
Piola était encore là et il ne pouvait jouer qu’avant-centre, Testina d’oro…
Sa connaissance de la coupe de Champagne est troublante…