Le retour de Marek Jankulovski au Baník Ostrava a été un échec, la faute à une forme physique défaillante de l'ancien vainqueur de la Ligue des Champions.
Après une longue et fructueuse carrière, Marek Jankulovski a choisi de boucler la boucle dans son club formateur, le Baník Ostrava. Un retour qui a tourné au cauchemar.
A l’été 2011, la ville d’Ostrava bruisse d’une excitante rumeur : Marek Jankulovski serait sur le point de revenir dans le club qui l’a vu grandir. Pour le Baník Ostrava, qui vient de finir une saison délicate avec un maintien assuré dans les derniers instants, c’est un grand coup. L’état de forme du joueur est incertain, mais peu importe : avoir un joueur d’une telle envergure ne peut qu’apporter du bon dans le groupe et son expérience sera à coup sûr précieuse. Le défenseur est prêt pour une dernière danse dans son pays.
Il faut dire que le gamin d’origine macédonienne a bien grandi. Capable d’évoluer sur tout le flanc gauche pendant sa jeunesse, il s’est installé en défense et a profité de ses 11 années passées en Italie pour garnir son armoire à trophées. Vainqueur de la Ligue des Champions et de la Supercoupe d’Europe en 2007 avec le Milan AC, Jankulovski quitte l’Italie après avoir remporté le Scudetto, un titre qui échappait aux Rossoneri depuis 2004.
2004, tiens, une autre belle année dans la carrière du défenseur. International depuis quatre ans, présent à l’Euro 2000, il figure parmi les cadres du groupe tchèque à l’Euro 2004. Il est titulaire indiscutable sur son côté gauche, où il combine avec Pavel Nedvěd, installé sur l’aile dans le 4-4-2 confectionné par le sélectionneur Karel Brückner.
78 sélections, 12 buts, et une solide réputation de joueur technique et bon tireur. Il est d’ailleurs préposé aux penalties et aux coups-francs en sélection : il inscrira sept buts sur ces phases de jeu (5 penalties et deux coups-francs). C’est l’une des stars du football tchèque qui s’apprête à faire son retour dans le championnat.
Il a une dizaine d’années lorsqu’il revêt le maillot du Baník Ostrava pour la première fois. C’est là qu’il fait ses classes, catégorie après catégorie, s’installant sur le côté gauche. Défenseur et ailier, il découvre le plus haut niveau en 1995 et devient peu à peu un cadre de son club formateur.
Ses bonnes performances lui ouvrent les portes de l’étranger, à la fois un Graal et une marche difficile à franchir pour de nombreux joueurs tchèques. Marek Jankulovski est transféré à Naples à l’été 2000, alors qu’il vient de découvrir la sélection et participe à l’Euro pour la première fois de sa carrière. Durant le tournoi, il entre en jeu contre la France, le temps de prendre un carton jaune, puis contre le Danemark.
Bien que régulièrement utilisé à Naples (20 apparitions), il ne peut empêcher la relégation du club en Serie B. Titulaire indiscutable à l’échelon inférieur, il réalise une saison pleine qui lui permet de découvrir l’Udinese, où il s’installe pour trois saisons et découvre la Coupe de l’UEFA. Il goûtera à la Ligue des Champions un peu plus tard, avec le Milan AC. Cadre des Rossoneri, il participe à toutes les rencontres de C1 cette saison-là et s’offre le droit de soulever la coupe aux grandes oreilles.
Et voilà qu’il revient à Ostrava, tout juste auréolé d’un titre de champion d’Italie. Certes, son niveau de jeu fait débat depuis quelques années. Il n’a presque pas joué lors de sa dernière saison en Lombardie et la qualité de ses replis défensifs laisse grandement à désirer. Enfin, de nombreuses interrogations concernent sa forme physique, si bien que certains estiment qu’il vient en Tchéquie en pré-retraite, comme d’autres partent au Qatar ou dans une autre destination exotique.
Son état de santé est d’ailleurs le principal sujet de préoccupation : s’il a quitté le Milan AC, c’est entre autres parce qu’il s’est rompu les ligaments croisés du genou au mois de mars. En fin de contrat à l’été, il a poursuivi sa rééducation seul, jusqu’à ce que les médecins lui donnent leur feu vert pour reprendre la compétition. Et c’est au mois d’octobre qu’il signe un contrat avec le Baník Ostrava jusqu’à la fin de la saison. Le club est toujours à la lutte pour le maintien et cherche toujours des renforts à bas coût pour éviter la relégation.
Au moment de l’annonce de la signature du joueur, le club est dernier en championnat. Pire, il n’a pas gagné la moindre rencontre en neuf journées. Marek Jankulovski s’entraîne deux semaines avec le groupe et semble prêt à affronter Hradec Králové le week-end suivant. Encore à court de rythme, il est remplaçant au coup d’envoi.
A la 65e minute, alors que le score est toujours de 0-0, le moment que tout le stade attendait arrive enfin. Numéro 8 sur le dos, Marek Jankulovski s’apprête à fouler la pelouse du stade Bazaly pour la première fois depuis 11 ans. Il est accueilli par des fumigènes et une banderole dans le kop. Le conte de fées peut commencer.
Avec sa nouvelle recrue sur le pré, Baník ouvre le score. Et puis tout s’effondre d’un coup. Un duel, un contact, et le défenseur reste au sol. Incapable de se relever tout seul, il est évacué sur civière. Marek Jankulovski aura joué huit minutes avant de quitter le terrain. Le verdict tombe quelques jours plus tard : sa blessure au genou a rechuté, il devra encore se soigner de longs mois. Le joueur décide finalement d’annoncer en février la fin de sa carrière, ne souhaitant pas forcer son corps meurtri à un retour hypothétique.
Marek Jankulovski fera tout de même son retour sur la pelouse du stade Bazaly en 2013, à l’occasion de son jubilé. Il invite pour l’occasion une sélection de Tchèques présents à l’Euro 2004 à affronter une équipe composée de joueurs avec lesquels il a évolué tout au long de sa carrière. Gattuso, Šmicer, Čech, Bolf, Galásek, Rosický, Nedvěd, Koller, et surtout les autres stars formées au Baník Svěrkos et Baroš, sont présents sur le terrain dans un stade à guichets fermés. Les chemins du Baník et de Jankulovski se croiseront une nouvelle fois en 2018, lorsqu’il est nommé directeur sportif, un poste qu’il occupera pendant deux ans. Une durée bien plus longue que ces huit petites minutes sur le pré.