Jour de Derby dans le ch’nord

Si les supporters Lensois se réveillent avec une sérieuse migraine en ce dimanche matin, nous avons l’antidote. Certes, il date un peu mais il demeure efficace.

Europe Match à part Rétrospective

Lens – Valenciennes
Samedi 9 septembre 2006, 20h
Stade Félix Bollaert
5ème journée de Ligue 1
34 927 spectateurs

En cette rentrée, le France du foot tente de se remettre d’une interminable gueule de bois. Le fantastique Zinédine Zidane vient d’embraser une dernière fois la Nation. L’icône s’offre une dernière danse et guide les Bleus jusqu’aux portes du paradis. Les affreux Italiens le font disjoncter et c’est tout le pays qui déraille. Trezeguet fracasse la barre, place à la migraine.

On cherche, en vain, à expliquer l’inexplicable, à défendre l’indéfendable. On excuse Zizou. Même Chirac y va de son petit mot à l’égard du numéro 10. La radio diffuse en boucle des titres d’artistes cherchant à surfer sur la vague de cette finale comme nulle autre. Coup de Boule de l’éphémère groupe La Plage et Zidane y va marquer, signé Cauet, se tirent la bourre. Au milieu de ce marasme musical, Gnarls Barkley relève un peu le cru avec son indémodable Crazy. I remember when I remember, I remember when I lost my mind… Côté vélo, Floyd Landis signe la remontada du siècle sur la Grande Boucle. Défaillant à la Toussuire, il survole l’étape du lendemain et l’emporte à Morzine avec une avance irréelle. Drôle d’été.

Cette ambiance brumeuse post Coupe du Monde, Aruna Dindane s’en souvient. Acteur majeur d’une équipe ivoirienne ambitieuse, le feu follet aux appuis dévastateurs croque la compétition à pleines dents. Auteur d’un doublé face à la Serbie, il contribue au premier succès des siens dans la plus prestigieuse des épreuves sportives. Insuffisant pour voir les huitièmes, assez pour marquer l’histoire de son pays. Dindane, enfant d’Abidjan, s’éclate dans le Nord. Son sourire est contagieux, son talent unique. Un talisman qu’on promet à un avenir radieux, bien loin de l’Artois. En attendant, Aruna, à peine redescendu de son nuage, porte sur ses épaules l’attaque lensoise. But face à Troyes, but face à Lorient, Bollaert est son jardin.

À Valenciennes, le soleil est au beau fixe. La bande à Savigoal enchaîne les montées. Après avoir roulé sur le National, les gars du Hainaut prennent de nouveau l’ascenseur. Direction la Ligue 1, une renaissance pour un club meurtri par l’affaire VA-OM. Chelle, Mater, Saez, cette équipe de revanchards arrache tout sur son passage. Nungesser vibre à nouveau. Savidan marche sur l’eau, Dufresne fait parler son expérience. Pour exister en première division, VA engage un fin gaucher nommé Roudet. La mayonnaise prend, le Stade Rennais est terrassé trois buts à un.

Si Lille, la bourgeoise, s’oppose à Lens, l’ouvrière, Valenciennes ne provoque que sympathie chez les Sang et Or qui voient en VAFC leur voisin de coeur, leur petit frère. Pas d’antagonisme, que du plaisir à l’heure de se retrouver après quatorze années d’abstinence. Une éternité. Stade comble, bière à profusion, frites sans limites, l’avant-match est un apéro géant. On chante les Corons bras dessus, bras dessous. Le druide, Daniel Leclerq, aux commentaires sur Foot +, annonce un « derby des amis ». Le parcage visiteur est plein à craquer, la tribune Marek revisite La Marseillaise. Dindane prie au milieu d’une enceinte en ébullition.

Dès l’entame, les duels sont âpres, le Racing pousse. Coup franc excentré. Savidan est au marquage de Dindane. Drôle d’idée pour un attaquant que de prendre en charge la principale menace adverse. Savigoal est dépassé, l’Ivoirien pique sa tête au fond des filets. Le stade exulte. Dans la foulée, Aruna double la mise d’un plat du pied tout en sécurité. Né à Valenciennes, Demont clôt la marque. Trois zéros, la fête est totale.

En seconde période, l’immense Itandje veille au grain, Dindane virevolte. Dans ce match brique contre brique, le Racing érige un mur sur lequel VA se casse les dents. Valenciennes paie pour apprendre, les gars du Hainaut devront aller chercher leur maintien ailleurs. Gervais Martel, respire après un début de saison couci-couça. Le Nord Pas-de-Calais est Sang et Or.

Kombouaré, regrette une première mi-temps « calamiteuse » de ses ouailles, Leclerq appuie à nouveau sur « l’osmose » entre les supporters des deux camps. Entre deux séquences dans le vestiaire des vainqueurs, les scores du soir sont affichés. Sedan deux, Saint-Etienne deux, Rennes deux, Sochaux un, aucune victoire à l’extérieur. Ce sera peut-être pour demain, jour de classico. En coulisses, à la Gaillette, Raphaël Varane parfait sa formation. Il a treize ans et la vie devant lui. Sur France 2, Béatrice Schoenberg annonce Le plus grand cabaret du monde. Facebook déboule dans nos vies, Camping et OSS 117 cartonnent au cinéma.

8 commentaires pour "Jour de Derby dans le ch’nord"

  1. Alexandre dit :

    A peu près tout de ce cadre culturel (c’en est) m’est inconnu, Dieu merci j’étais en brousse……….car « Zidane y va marquer », « coup de boule ».. Je n’ai pas l’impression d’avoir raté grand-chose! 🙂

    Pour Dindane c’est pareil, je l’associais encore et toujours à Anderlecht. Où il fut certes fort bon mais aussi parfois un chouia sanguin, je me rappelle par exemple d’une sanction fort complaisante (Anderlecht..) après qu’il eut sans ménagement tiré l’oreille d’un arbitre, lol.. Pas du tout un mauvais bougre, mais il était chaud.

    Savidan, je me rappelle avoir vu à la télé sa première (et unique??) prestation avec les Bleus. Pas impressionné par le maillot, il avait manifestement décidé de bien en profiter, j’ai souvenir qu’il tenta un geste acrobatique, une bicyclette probablement?? J’avais trouvé ça sympa, peur de rien et carpe diem, c’était chouette.

    0
    0
    1. Khiadiatoulin dit :

      Dindane a une immense cote d’amour à l’époque en Côte d’Ivoire. Il est vraiment la perle de l’ASEC, devant les Zokora ou Kolo Touré qui pourtant iront plus haut que lui. En parlant de Zokora, à force d’aller au stade, les images s’effacent mais pas celles de Zokora, avec les Verts, marchant sur le milieu du Tef. Il avait été éblouissant de technique et de puissance.

      0
      0
      1. Khiadiatoulin dit :

        La dernière fois que j’ai eu une sensation identique au stade, c’était lors du Toulouse-Benfica en 2024. Un triste 0-0 malgré une superbe ambiance dans les tribunes et un petit gaucher portugais que je découvrais. Le seul lisboète à tenir son rang. Il puait le talent ce mec. C’était João Neves.

        0
        0
      2. Alexandre dit :

        Jamais trop pigé comment étaient « dispatchés » les joueurs du Mimosas. Plupart passent par Beveren, dont Yaya..mais pas son frère?? Ni Dindane ni Zokora, qui de tête passent directement par la case Anderlecht/Genk (quelques crans plus haut que le Beveren où s’investit Guillou, donc).

        Peut-être estimait-on que d’aucuns étaient plus avancés? Plus mûrs? Aucune idée. Mais je n’ai jamais été impressionné par Kolo Touré.

        Yaya Touré, lui c’est très clair : il passa d’emblée, à son arrivée en Belgique et avec Gervinho, pour l’Ivoirien de Beveren le plus dominant et accompli. Perso, celui qui m’impressionnait le plus était toutefois Romaric, dont le jeu était il est vrai plus en phase avec ce qui avait cours en Belgique.

        0
        0
      3. Alexandre dit :

        Au-delà de l’aura sympathique de ce Beveren ivoirianisé, qui certes envoyait un jeu des plus positif à une époque où notre football était dans le trou, je garde quand même un souvenir plus que mitigé de cette page d’Histoire du club et de notre football, car c’est peu dire que des joueurs belges du cru et de talent furent ostensiblement snobés car il fallait valoriser de l’Ivoirien à tout prix, cet aspect des choses était vraiment désolant – a minima désolant…….

        C’est sans doute peu connu en France, mais certaine idéologie alors dominante joua médiatiquement, et à grands renforts de clichés à la con, de leur présence pour tailler en pièces le prétendu racisme systémique (voilà qui, pour le coup, s’apparentait en fait à du racisme…..) de la région ; genre les « souriants » (ben oui, l’Africain sourit tout le temps, hein..) Copa Boubacar et Gervinho, ambassadeurs du brassage des cultures et populations dans la Flandre profonde et mesquine…….. Un matraquage constant pour surfer sur la bonne conscience des uns (surtout au Sud du pays) et entretenir l’image d’Epinal du Flamand qui, forcément, vote nationaliste et identitaire.. Aucun doute que ces Ivoiriens furent un temps une plus-value pour notre football, et cependant je trouvais et trouve aujourd’hui encore ce traitement médiatique et cette récupération politique à vomir.

        ==> Retour au foot! : pas mal de jeunes Belges qui furent dans ce cadre ostracisés prouvèrent ensuite qu’ils étaient vraiment bons (de tête me reviennent les noms de Theunis qui de mémoire trouva son bonheur à La Gantoise avant d’être victime d’une sale blessure, De Decker devint une valeur sûre du championnat à Anvers puis à Genk, y avait un gardien intéressant aussi……..et que dire du buteur Björn Vleminckx, qui après avoir poireauté pendant des années sur le banc au profit du faiblard Moussa Sanogo, lequel croquait comme c’est pas possible, devint meilleur buteur du championnat aux Pays-Bas puis s’imposa aussi en Turquie..)……….

        Si l’on y ajoute que le club sombra dans les problèmes financiers au départ de Guillou (le contrat régissant ce partenariat était un chouia léonin)………….. D’ailleurs Guillou et Beveren furent engagés dans un bras de fer juridique interminable……………… ==> C’est peu dire que j’en garde un souvenir très modérément favorable – mais ces joueurs ivoiriens n’y pouvaient rien.

        0
        1
      4. Alexandre dit :

        Au sein de la très politisée RTBF, un « journaliste » en particulier (un fils à papa dont le père avait présidé notre Chambre des Représentants..et dont surtout le parti, historiquement conservateur/ »social-chrétien », entreprenait alors de clientéliser les communautés noires et chrétiennes du pays) était vraiment le champion du monde (dans tous les sens du terme, créature aussi politisée et politisante que neuneu..) pour cultiver cette narrative d’Africains souriant qui allaient soigner le vilain racisme systémique de la Flandre profonde…..

        Un peu plus tard, c’est lui encore qui tiendrait de semaine en semaine le crachoir pour entretenir le mythe d’un Lukaku (à l’époque totalement toxique) qui fût victime du racisme systémique de la Belgique………… Un type aussi naze que sociétalement dangereux (le fait qu’il entretint de la sorte, contre les intérêts de la sélection, l’hubris footballistique et les délires racisés de Lukaku devenait même anecdotique).

        0
        1
  2. SteckBrulez ou PainJacquet dit :

    Cela sent le racisme décomplexé chez cet Alexandre. Surtout que Lukaku a été victime de tellement d’actes racistes. Il n’y a plus qu’à souhaiter que cet Alexandre ne soit pas aussi antisémite. Cela serait le pompon.

    0
    1
    1. Alexandre dit :

      Ah revoilà notre lecteur aux identités confuses!, défenseur ad nauseam d’une ethno-théocratie qui, non content d’agresser et de semer la mort chez ses voisins, vient d’adopter une loi raciale..de plus..

      Lukaku a été victime de racisme durant sa carrière, c’est vrai – sinon que sur les pelouses belges absolument rien de tel n’a jamais été relevé.

      Et cependant il reprit bel et bien un temps à son compte le genre même de sophisme vaseux que vous nous sortez là : la victimisation et le brouillage des mots pour dissimuler ses propres turpitudes et problèmes personnels.

      Le concernant ce n’était que du football. Et il avait l’excuse d’être un jeune footballeur déboussolé que d’aucuns récupéraient.

      A contrario, venant d’un adulte (quoique, à juger de la façon dont vous polluez ce site..) qui recourut ici à des identités multiples et à l’IA pour faire accroire de la supériorité raciale de son peuple : que dire, lol..

      1
      0

Laisser un commentaire