France-Tchécoslovaquie 1976 : le premier pas

Le match France-Tchécoslovaquie du 27 mars 1976 a marqué un tournant dans l'histoire de l'équipe de France de football. Ce furent les débuts de la "génération Platini" qui allait donner aux Bleus leur premier titre à l'Euro 84.

Histoire Match à part

C’était à Paris, dans un Parc des Princes pas encore tout à fait débarrassé de l’éclat du neuf. Dans le ciel de la capitale, c’était un de ces jours de printemps qui n’ont pas tout à fait chassé l’hiver. Sur le banc des Bleus, c’étaient les débuts d’un sélectionneur que nul ne connaissait vraiment. C’était un nouveau départ, un de plus dans une traversée du désert qui durait depuis trop longtemps. Ce fut le premier pas sur la route d’une autre dimension pour l’équipe de France. C’était France-Tchécoslovaquie, le 27 mars 1976, il y a cinquante ans aujourd’hui.

Pour une équipe nationale, le premier match d’une année de Coupe du Monde ou d’Euro est soit celui de la préparation, si elle s’est qualifiée, soit l’occasion d’une remise à plat si la fortune n’a pas souri. Ce dernier chemin, la France du football ne le connaît que trop bien au printemps 1976. Depuis une peu glorieuse World Cup en Angleterre, voilà bientôt dix ans que les Bleus errent de défaites infamantes en éclairs sans lendemain, absents de tous les grands tournois et vides d’une identité de jeu ou même de toute certitude.

Plus inquiétant encore, les qualifications à l’Euro 76 qui viennent de s’achever ont marqué une régression. Le groupe bâti à tâtons par Georges Boulogne depuis 1969 avait conservé une petite chance jusqu’au bout en éliminatoires de l’Euro 72 (face à l’éternelle bête noire bulgare et une excellente Hongrie, future demi-finaliste) et de la Coupe du Monde 1974 (écartée par une URSS vice-championne d’Europe). On comptait sur Ștefan Kovács, intronisé en fanfare sur le banc des Bleus après avoir remporté les C1 1971-72 et 1972-73 avec l’Ajax, pour sortir enfin du trou.

Mais l’échec à l’Euro a été net. Les Bleus n’ont pas fait le poids face à une Belgique injustement écartée du WM 1974, une RDA au faîte de sa puissance, et même une Islande pourtant semi-pro : une victoire attendue (3-0) sur les Nordiques à Nantes, deux nuls au Parc face à la RDA (2-2) et à la Belgique (0-0), un piteux partage des points à Reykjavik (0-0), et deux défaites identiques dans la forme (1-2) comme sur le fond à Bruxelles et à Leipzig. Les cadres de l’ère Boulogne sont en fin de cycle, le rajeunissement tenté par Kovács a échoué, et la Fédération n’a pas renouvelé le contrat d’un supposé maestro loin d’avoir été magistral.

C’est donc Michel Hidalgo qui s’assied sur le banc tricolore au Parc des Princes pour la reprise, le samedi 27 mars 1976. Il est la solution interne de la FFF où il était l’assistant de Boulogne puis de Kovács depuis 1972. Les plus anciens dans l’opinion se souviennent du joueur, un fin technicien à l’aile du grand Reims (buteur en finale de la C1 1955-56) et au milieu du Monaco champion 1962-63. Mais son expérience de responsable technique se limite à une saison avec la réserve de l’ASM et une autre à Menton, en D3… Sa nomination est à la fois un pari et un aveu d’impuissance. On ne s’est pas bousculé pour prendre les rênes d’une sélection moribonde et aucune des têtes connues en France, excepté Robert Herbin occupé à exister enfin en Europe avec Saint-Étienne, n’a de toute façon la pointure internationale.

Michel Hidalgo avant France-Tchécoslovaquie 1976
Michel qui ?

Les Verts, justement, viennent d’éliminer le Dynamo Kiev dans un sensationnel quart de finale de C1 et se préparent à affronter le PSV Eindhoven en demi-finale, quatre jours seulement après ce France-Tchécoslovaquie. Ils ont en conséquence demandé et obtenu du nouveau sélectionneur qu’il se passe de tous les Stéphanois : Janvion, Lopez, Bathenay, Larqué, les frères Revelli, Sarramagna, et surtout Rocheteau. Michel Hidalgo compose donc une équipe expérimentale, entre revue d’effectifs et baptêmes du feu.

Il lance en Bleu de jeunes Nantais qui commencent à faire parler d’eux : Patrice Rio en défense centrale, Max Bossis à l’arrière gauche, et Gilles Rampillon au milieu retrouvent ainsi leur capitaine de club et de sélection, Henri Michel. Dans le but, priorité aux automatismes avec un autre Canari, Jean-Paul Bertrand-Demanes, plutôt que le Niçois Dominique Baratelli. Marius Trésor, libero indéboulonnable et impérial, est toujours là. Raymond Domenech à l’arrière droit, Gérard Soler à l’aile droite, et Albert Emon à l’aile gauche se voient offrir de nouvelles chances. Robert Pintenat, très en vue avec Sochaux, fête sa première sélection au centre de l’attaque. Mais le début le plus attendu est celui d’un milieu de 20 ans au potentiel énorme, peut-être celui qui pourra enfin tirer l’équipe nationale de son trou noir, le Nancéien Michel Platini.

Les équipes avant France-Tchécoslovaquie 1976
Le croiriez-vous ? « Il » porte le numéro 8 ! Et Panenka n’est même pas sur la feuille de match !

L’ensemble est très jeune : au coup d’envoi, Henri Michel compte 46 sélections, Marius Trésor 25, et les autres… 12 au total. En face, c’est une Reprezentace bien rodée qui vient à Paris préparer son quart de finale de l’Euro (en aller-retour à l’époque) contre l’URSS le mois suivant. Moins brillante que la génération finaliste de la Coupe du monde quatorze ans plus tôt, elle relève le nez après avoir manqué de très peu les qualifications à l’Euro 72 et au WM 1974. On n’en est pas encore à imaginer sa victoire à l’Euro trois mois plus tard, mais elle est invaincue depuis dix-huit mois. Les Viktor – Biroš puis Dobiaš, Jurkemik, Ondruš, Gögh – Knapp, Gajdůšek, Masný puis Švehlík – Pollák, Petraš puis Móder, Nehoda sont tous des habitués des Coupes d’Europe, où les affronter n’est jamais une partie de plaisir.

En cette époque sombre de notre football, un match amical de début de saison n’intéresse quasiment personne. Seuls 9 559 spectateurs payants sont présents au coup d’envoi, plus 10 000 scolaires invités en dernière minute par la FFF pour créer un minimum d’ambiance. La télévision, confinée en 1976 à trois chaînes publiques, n’est guère plus chaude. TF1 et Antenne 2 font l’impasse et c’est FR3, la chaîne régionale, qui diffuse le match sur dérogation spéciale à sa charte qui ne permet pas les retransmissions sportives nationales.

Malgré un bon tir de 20 mètres d’Henri Michel cafouillé en corner par Viktor sur l’engagement, les dix premières minutes justifient le scepticisme. On note tout de même que les jeunes Bleus, bien en place dans toutes les lignes, ne s’en laissent pas conter. Ce sont même eux qui placent la deuxième banderille avec un bon centre d’Emon sur lequel Pintenat est trop court (11e). À l’origine, il y avait une belle ouverture de Platini, la première d’une très longue série… Henri Michel fait parler sa frappe de balle de 30 mètres, de peu au-dessus (13e), Petraš jaillit en retour face à Bertrand-Demanes qui gagne le double duel (15e), puis Michel, du rond central, trouve joliment Emon à droite de la surface. Celui-ci centre à ras de terre aux six mètres hors de portée de Viktor, Pintenat devant le but est contré par les centraux, mais Soler est là pour marquer de près (1-0, 17e).

Robert Pintenat en action pendant France-Tchécoslovaquie 1976
Robert Pintenat dans ses œuvres. Après Hervé Revelli, Marc Molitor, et Christian Coste, lui non plus ne sera pas le « grantatakan » que cherchent les Bleus des années 70, et c’est Bernard Lacombe qui héritera finalement d’un rôle plutôt ingrat vu l’appétit de Platini pour le but.

Le match est lancé maintenant, les deux équipes cherchent la verticalité sur toute la largeur du terrain plutôt que de temporiser dans l’entrejeu. Le milieu tricolore fait bonne impression, avec un Henri Michel en grande forme placé en sentinelle derrière Rampillon à gauche et Platini à droite. Si Rampillon se contente de faire simple et efficace, en 8 relayeur, Platini n’hésite déjà pas à poser sa patte sur le jeu avec quelques piqués au millimètre pour Soler ou Emon qui présagent un avenir glorieux.

Les Bleus entament un temps fort qui ne leur procure que peu d’occasions : Emon écrase une frappe dans les gants de Viktor (24e), celui-ci claque en corner une tête lobée de Pintenat (27e) puis un bel enroulé d’Emon sous la barre, des seize mètres sur la gauche (38e). Sur ce dernier coup de coin, la balle parvient à Platini, démarqué dans l’axe, dont la demi-volée finit en drop modèle V Nations. L’action d’Emon avait pour origine une autre première : une montée de Max Bossis, comme on en verra tant par la suite dans les plus grands rendez-vous… À la mi-temps, on est plutôt satisfait. Même si ce n’est qu’un match amical, la défense tient l’eau et ces nouveaux Bleus produisent plus de jeu qu’en qualifications à l’Euro.

Maxime Bossis en action pendant France-Tchécoslovaquie 1976
Max Bossis en route vers la classe mondiale.

Au retour des vestiaires, ce sont les Tchécoslovaques qui donnent le ton. Pour soulager ses défenseurs, Bertrand-Demanes use et abuse de grands coups de botte qui n’ont finalement pour effet que de rendre la balle à l’adversaire. Mais l’arrière-garde tient toujours ; il n’y a qu’une seule alerte, quand Švehlík entré à la mi-temps envoie une grosse frappe excentrée dans le petit filet bleu (54e). À l’heure de jeu, les débats se rééquilibrent. Les Bleus ont repris leur bon fil, les Tchécoslovaques sont loin d’être dominateurs et ne laissent pas présager leur sacre européen à venir.

Voilà l’équipe de France qui obtient un corner. À peine le ballon est-il parti que Francis Rion pointe Ondruš du doigt et siffle un inhabituel coup franc indirect en pleine surface, à 15 mètres du but légèrement sur la gauche : obstruction. La suite a été contée maintes fois : le « Tu me la décales et je la mets au fond » plein d’assurance du petit jeunot à son capitaine, la passe d’Henri Michel qui met le bizut au défi, un premier coup franc « platinien » qui en appellera bien d’autres, et le premier but en Bleu du nouveau maître par-dessus le mur dans la lucarne gauche de Viktor (2-0, 73e).

Michel Platini marque sur coup franc son premier but en équipe de France pendant France-Tchécoslovaquie 1976
Cinq ans et demi plus tard, dans la même cage, ce sera « Oui Michel ! »

Là, nos héros ont taquiné la bête d’un peu trop près. La Reprezentace passe en mode compétition sur la remise en jeu et vient squatter les 30 mètres tricolores. Après une volée du coin de la surface presque cadrée par le remplaçant Móder (76e) et un cafouillage aux six mètres contré au dernier moment (77e), la troisième occasion est la bonne. Bien servi à plat depuis l’aile gauche, Ondruš, monté, surgit devant le but et place un extérieur en finesse juste hors de portée de JPBD (2-1, 78e).

À 23 ans bien tassés, le dernier rempart du FC Nantes n’a pas encore pris la bouteille qui fera de lui un titulaire honnête à son seul grand tournoi. Dans les virages de Marcel-Saupin, l’on retient parfois son souffle… Ce soir-là au Parc, il va offrir un gros cadeau aux Tchécoslovaques. Voyant Dobiaš débouler sur l’aile droite, il anticipe un centre au deuxième poteau et laisse un trou béant au premier. Le latéral droit du Spartak Trnava ne se fait pas prier et y plante un lourd extérieur du droit depuis l’angle des seize mètres (2-2, 83e). On en oublie l’entrée en remplacement de Gérard Soler d’un autre nouveau pressenti depuis longtemps en Bleu, le Valenciennois Didier Six.

Les deux équipes poussent en fin de match pour faire la décision. Gajdůšek, oublié par la défense française aux six mètres, manque le cadre de la tête pour dix centimètres (86e). Pintenat, enfin libre, place son coup de casque un peu trop à gauche (87e). Móder, encore lui, lâche un missile de 25 mètres plein centre sur Bertrand-Demanes (88e). Les défenses se reprennent ensuite et il n’y aura plus rien à signaler.

Au coup de sifflet final et dans la presse le lendemain, les spécialistes émettent un avis somme toute réservé. Ils relèvent l’excellent match d’Henri Michel, la bonne prestation habituelle de Trésor, le début très prometteur de Platini, et les premiers pas encourageants des autres nouveaux Bleus, mais ils n’ont pas manqué de remarquer la remontée rapide des Tchécoslovaques dès que ceux-ci ont haussé le ton. Peut-être faut-il aussi lire entre leurs lignes un certain fatalisme nourri de trop de faux espoirs depuis une décennie, comme par exemple la belle victoire sur l’URSS en 1972 qui n’a débouché sur rien.

Michel Hidalgo et Jean-Paul Bertrand-Demanes dans le vestiaire après France-Tchécoslovaquie 1976
« T’inquiète pas, le Grand, tu joueras en Coupe du monde un jour, c’est moi qui te le dis ! »

Pourtant, Michel Hidalgo tient un bon filon. Avec un Rio solide face à Ladislav Petráš, un Bossis qui a éteint tout le monde et surtout Marián Masný dans son secteur pour sa première sélection, un Platini qui a tenu toutes ses promesses, et une volonté affirmée d’offrir du jeu même face à un adversaire de poids, il a déjà de meilleures cartes en main que son prédécesseur. Une fois revenus les Stéphanois et leur vécu européen, qui sait ce qui est possible dans ces qualifications à la Coupe du monde 1978 qui se profilent déjà ?

Cette fois-ci, la greffe va prendre. Après quelques autres matchs amicaux qui écarteront les candidats malheureux (Farison, Meynieu, Pintenat, Rampillon), tourneront la page Larqué au milieu, confirmeront Baratelli dans le but, et uniront Stéphanois et Nantais dans un vrai « style Hidalgo » plein de fraîcheur, l’heure de vérité sonnera le 9 octobre 1976 à Sofia, pour le début des qualifications au Mundial face à l’éternelle bête noire bulgare. Malgré l’arbitrage plus que contestable de l’Écossais Ian Foote, les nouveaux Bleus sauront ramener un point capital (2-2) et surtout des certitudes forgées dans la fournaise de Vassil-Levski.

On connaît la suite et le long fil qui conduira l’éternel perdant des années 70 à une demi-finale de Coupe du monde de légende à Séville, à la consécration – enfin ! – à l’Euro 84, et à mieux encore depuis 1998. S’il est vrai que le match-référence a eu lieu à Sofia, c’est bien au Parc des Princes, il y a un demi-siècle aujourd’hui, qu’un sélectionneur encore inconnu a lâché pour la première fois la main d’un petit nourrisson bleu qui allait grandir jusqu’à devenir un géant du football mondial.

35 commentaires pour "France-Tchécoslovaquie 1976 : le premier pas"

  1. Verano82 dit :

    Pintenat, grand nom du Téfécé, artisan du retour de Toulouse dans l’élite. Un de ces buteurs réguliers qui bourlinguaient dans cette pauvre D1 mais qui n’ont jamais franchi de cap en EdF, comme Jacky Vergnes par exemple.

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    1. Khiadiatoulin dit :

      C’est toujours le meilleur buteur du TFC deuxième version.

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  2. Verano82 dit :

    @ggg, sais tu comment la presse avait accueilli la nomination d’Hidalgo ? Militait-elle pour un sélectionneur étranger ? Ou, déçue de Kovacs, elle était résignée ?

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    1. g-g-g dit :

      Je me souviens que les titres annonçaient surtout le départ de Kovacs. La FFF avait annoncé simultanément (décembre 1975, effective 1er janvier 1976) la nomination d’Hidalgo qui était passée un peu inaperçue.

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  3. Alexandre dit :

    Sympa, le clin d’oeil à feu mon camarade Francis Rion – qui en avait assurément conservé un souvenir, dans l’une ou l’autre de ses petites boîtes.

    Je ne m’étais jamais posé la question du parcours, jusqu’alors, de l’entraîneur Hidalgo ; peu dire qu’il venait de loin.. Henri Michel, j’en ai l’idée d’un footballeur formidable, je l’ai toujours trouvé remarquable. Avec un demi-défensif d’une telle classe, et puisqu’il n’y avait rien à perdre après Boulogne, il y avait matière à jouer sur ses forces et à imaginer une strate médiane plus constructive que destructrice, bref : je cerne assez bien la séquence « classique » durant laquelle se construit le fameux carré magique, mais Hidalgo n’en eut pas la tentation plus tôt? L’une ou l’autre tentatives, fussent-elles timides, hésitantes?

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    1. g-g-g dit :

      Hidalgo est resté fidèle au 4-3-3 jusqu’en 1982, au moins sur le papier. Rocheteau, Lacombe, et Six étaient indétrônables devant, mais Platini était attiré par le but depuis toujours et passait souvent devant Lacombe. Au milieu, c’était d’abord Bathenay-Platini-Michel ou Guillou jusqu’en 1978. Larios a remplacé Bathenay, Tigana a remplacé Larios après 1980, Genghini et Giresse sont arrivés dans l’équipe en 1980-81 aussi.

      Le “carré magique” est apparu fin 1982 avec l’émergence de Luis Fernandez. Devant, les deux pointes étaient Rocheteau (reconverti en 9 au PSG) ou Lacombe pour l’une, Six ou Bellone pour l’autre jusqu’en 1984. Hidalgo a passé la main à Henri Michel après l’Euro, mais le carré est resté en place jusqu’en 1986 avec Rocheteau, Stopyra, ou Papin devant.

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      1. Verano82 dit :

        Dans son dernier bouquin, Roustan avait fait remarquer que la compo d’Hidalgo contre les Pays Bas fin 1981 était bien plus audacieuse que celle(s) correpondant au(x) carré(s) magique(s) de 1982 ou 1984 : Genghini, Giresse, Platini – Rocheteau, Lacombe, Six. Trois numéros 10 physiquement légers au milieu soutenant trois attaquants.

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      2. Alexandre dit :

        Oui, je connais cette chronicité-là (edit : ce commentaire et celui de Verano se sont croisés ; je réponds donc ici à G-G-G). Mais ce n’est pas ça que je visais.

        Il y a le dispositif, d’une part. Et puis il y a aussi la question de l’animation et des intentions (ce pourquoi je parle plus haut de logos-jeu qui, au regard de la qualité singulière d’un Henri Michel, se prêtait à ce que le style soit voire redevienne plus « constructif », plus ouvert et généreux, que ce qu’il était devenu du temps de Boulogne), et il y a la marge d’expression et d’initiatives laissé aux joueurs aussi (ou pas).. Y a plein de paramètres ; le dispositif c’est une ossature, mais il y a plus important : le mode de pensée et d’organicité qu’on y impute.

        En somme : quelles étaient les intentions d’Hidalgo quand il reprend l’équipe? Celles d’emblée d’une rupture nette avec Boulogne (discipline collective, abord défensif, créativité = parent pauvre, physique..)? C’est d’emblée manifeste?

        Ou, toujours en termes d’intentions : ça survient plus progressivement? Et si oui: l’un ou l’autre matchs particulièrement annonciateurs?

        A nouveau, la question du dispositif ==> Tu peux zapper.

        Quant à l’idée d’une formation qui attendît le jalon d’Epinal de 82 pour basculer, du tout au tout, vers le football affranchi et créatif qu’elle incarna : ça, je n’y crois pas une seconde.

        De la poignée de matchs que j’ai vus de la France fin 70’s et quitte à focaliser sur lui, j’avais trouvé certaines coudées franches dans le jeu d’Henri Michel, comme des déjà-vus. Et pas seulement parce que ce n’est pas que sur sa qualité intrinsèque qu’il aurait eu toute sa place dans le Carré Magique de 82.

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      3. Alexandre dit :

        Ah : un élément de réponse par Verano et Roustan ; on y arrive.

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      4. Alexandre dit :

        Et pour clarifier ma question : c’est des points/temps de rupture philosophique avec Boulogne que je sollicite.

        Dans l’absolu, enfin : vous aurez compris qu’Henri Michel, c’est vraiment un joueur que j’estime énormément, une classe dingue ; même avec la tête de Sim je dirais pareil. C’est regrettable que la France ait loupé le train de l’athlétisation (que plupart de vos médias, malheureusement très influents à l’époque, encensèrent aussi décisivement qu’idiotement, sans le plus souvent rien y comprendre) qui eut cours en Europe du Nord dès les 60’s. A ce titre d’ailleurs, l’abord prôné par des Boulogne ou Herbin fut un mal nécessaire, faute d’avoir « cassé » dans l’oeuf ce qu’apporta la face obscure des foots NL et dans une moindre mesure allemand.

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      5. Verano82 dit :

        Pour ma part, je ne sais pas répondre à cette question, il faudrait revoir et analyser les matchs et les compos de l’équipe de France sur la période 1976-1982 (ça a peut être été fait sur un site quelconque). Comprendre comment Hidalgo arrive à ce schéma, pourquoi l’EdF est souvent intraitable à Paris et minable à l’extérieur etc… un beau sujet.

        Quant à Henri Michel, je partage ton admiration, bien plus qu’un milieu défensif, un meneur en position basse. Magnifique joueur qui aurait été un monstre si le FCN et la France en général avaient travaillé la dimension physique. Mais je crois qu’il n’était pas fait pour ça, trop amoureux de la vie. J’aimais ce que l’homme renvoyait, une forme de distance et de la pudeur, cachées par un franc sourire et un accent méridional. Qu’un âne comme Cantona, sur qui certains se tripotent ici, l’attaque m’avait heurté. Pas touche à Henri !

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      6. Alexandre dit :

        Ca reclame des bases solides et, surtout, affranchies (c’est le plus dur, tant les gens tendent à s’accrocher mordicus à leur conditionnement comme à leur poteau des moules de Zélande) de la grille de lecture viciée que l’on a imposée et qui fait toujours autorité.

        Mais si l’on se donne l’effort salutaire de remettre à leur place les artifices du foot (dopage et corruptions de tous ordres), il me parait evident que c’est l’un de vos tres grands joueurs. Et meme l’un des Europeens les plus remarquables de son temps – sur le talent pur : dans mon top 10 continental 70’s des medians sans hesiter.

        En Belgique son equivalent serait Coeck, quoique lui etait déjà plus en phase avec son temps (sans pour autant etre d’un registre transhumanisé).

        Comparé à ces deux-là, tout le tralalas que vos medias ont cultivé autour d’une brute intrinsequement binaire genre Neeskens, par exemple, et tant d’autres, lol.. A pleurer.

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      7. g-g-g dit :

        @Alex : Hidalgo a toujours voulu faire du jeu. Il est un produit de l’école Batteux, après tout, ne l’oublions pas. Boulogne était nettement plus frileux, Kovacs était sans doute quelque part entre les deux… avec des joueurs un peu moins costauds. Je n’ai vu que des extraits de matchs des Bleus 1973-75, mais il y a du chaud et du froid. À Bruxelles contre la Belgique (1-2), l’équipe est un peu frileuse, essaie de remonter proprement le ballon, mais est étouffée par un adversaire supérieur dans tous les domaines. Au Parc contre la RDA (2-2), elle ne joue pas mal du tout face à une équipe de contre, se fait punir deux fois sur des erreurs, et remonte deux buts en fin de match en dix minutes sur un coup de « furia francese ». Je pense (supposition gratuite) que la confusion vient de ce que Kovacs avait du mal à faire passer ses consignes et ses idées : il parlait mal le français, bien que latinophone, et les joueurs ne parlaient pas d’autre langue. Quand Hidalgo est arrivé, la ligne directrice est devenue plus claire, le discours plus accessible, et les joueurs meilleurs dans toutes les lignes (3/4 de la défense renouvelée, Bathenay et bien sûr Platini au milieu, Rocheteau et Six pour épauler Lacombe devant qui était déjà une valeur sûre sous Kovacs)… sauf dans le but.

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      8. Verano82 dit :

        Mouais… manifestement Dip se tripote sur Cantona. M’étonne pas !

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      9. g-g-g dit :

        @Verano : Pas touche à Henri joueur, OK. Pas touche à Henri entraîneur, là, il y a match. Je me souviens d’être allé voir un France-Tchécoslovaquie amical (encore !) au Parc en août 1988 (1-1). Même si c’était le début de saison, je suis ressorti en doutant sérieusement des capacités de Michel sur le banc pour la première fois. Ce manque total de fond de jeu, ce milieu qui se marchait sur les pieds, cette absence de coaching pour contrer des Tchèques qui prenaient de plus en plus l’ascendant et qui ont fini par égaliser, c’était vraiment inquiétant… et tout n’était pas la faute des joueurs.

        France : Bats – Sonor, Casoni, Kastendeuch, Amoros – Pardo, Despeyroux, G. Passi (Vercruysse, 64e), Sauzée – Paille, Papin.

        Tchécoslovaquie : Stejskal – Kadlec, Vlk, Bielik – Chovanec, Hasek, Nemecek, Bilek, Hyravy – Griga (Danek, 64e), Luhovy (Bittengel, 77e). (Pas d’accents sur mon clavier Windows…)

        Buts : 1-0 Paille (52e), 1-1 Danek (82e).

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      10. Khiadiatoulin dit :

        Despeyroux, G. Passi… Dis tout suite que c’était pourri à cause des Toulousains ! Me souviens de notre président qui nous avait annoncé qu’un grand joueur du Tef allait venir pour le tournoi annuel de club. Et nous d’attendre Marcico forcément. Putain, Pascal Despeyroux, cette déception… J’ai rien contre lui, il a fait avec ses moyens et a certainement dépassé ses attentes, mais qu’un mec de son niveau aille en Équipe de France, faut pas s’étonner des résultats.

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      11. Verano82 dit :

        Ah mais je m’en souviens de l’après 86, c’est très faible, je suis d’accord et j’étais ravi du changement de sélectionneur en 89. Mais la manière utilisée par Cantona pour critiquer Michel, en se référant à Rourke, adoré et symbole des pseudos rebelles à l’époque, m’avait consterné.

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      12. Dip dit :

        @Verano, oula! Pas du tout.
        Je ne connais pas grand chose de Canto que je trouve surestimé en tant que joueur (je suis en train de regarder les qualifs de 94) et pas loin de l’exécrable en tant que personne.
        C’était juste pour te chambrer 😀

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      13. Alexandre dit :

        A décharge de Michel sélectionneur, vous tourniez alors la page d’une génération exceptionnelle, c’est toujours délicat de reconstruire après une tranche pareille d’Histoire.

        L’équipe française qu’il aligne en 88.. pas la même chanson, la rupture est manifeste..et avait-il le choix?

        Manuel AMOROS

        Joël BATS

        Bernard CASONI

        Pascal DESPEYROUX

        Sylvain KASTENDEUCH

        Stephane PAILLE

        Jean-Pierre PAPIN

        Bernard PARDO

        Gérald PASSI

        Franck SAUZÉE

        Luc SONOR

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  4. Khiadiatoulin dit :

    Je ne sais pas si on peut affirmer que la Tchécoslovaquie 76 est moins brillante que celle de 62. Il n y a pas peut-être pas de Masopust ou de Popluhár mais Viktor me paraît au-dessus d’un Schrojf. Ça se joue à rien.. La défense entre Ondrus, Dobias, Pivarnik, ça vaut bien Popluhár et Nowak.
    Kvašňák, Masopust, c’est très fort au milieu, Adolf Scherer mais Panenka, Masny ou Nehoda, c’est du même calibre.

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    1. Verano82 dit :

      J’ai également tiqué en lisant la phrase de triple G car la Tchécoslovaquie 1962 n’a absolument rien de brillant, elle doit une grande part de son parcours à son gardien avant qu’il ne craque en finale.

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      1. Khiadiatoulin dit :

        Oui, surtout que le parcours de la Tchécoslovaquie en 76 est vraiment costaud. Les Anglais au premier tour, les Soviétiques en quart. Les Pays Bas et la RFA dans ce qui est, à mes yeux, la meilleure édition d’un Euro à 4. Un jeu sympa à mater. C’est un vainqueur méritant.

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      2. modrobily dit :

        Pas choqué par le texte pour ma part. La Tchécoslovaquie de 76 est costaud, certes, mais sans être un ogre. Personne ne la craint vraiment, sa qualification pour le quart de finale de l’Euro est déjà une sacrée surprise.

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      3. Khiadiatoulin dit :

        Modro. Peut-être mais sur l’ensemble, leur titre n’a rien à envier à celui de l’Italie 2020, incapable de gagner une rencontre à partir des quarts ou le titre de 68 de la Nazionale qui est bien à l’arrache. Un quart plus que difficile face à la Bulgarie, une demi-finale gagnée par tirage au sort et un titre en match d’appui, après avoir longtemps mené lors de la première manche face à la Yougoslavie. Sur le papier, l’Italie 68 est plus forte que la Tchécoslovaquie 76. Pas sur le terrain.

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      4. modrobily dit :

        Oui, la Tchécoslovaquie mérite tout à fait son titre en 76. Mais c’est après l’Euro qu’on les a vus aussi forts, après qu’ils ont sorti l’URSS, les Pays-Bas et la RFA. Au moment de jouer la France, ils n’ont pas encore ce statut.

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      5. Alexandre dit :

        Pour ce que j’en ai vu : CZ 76 au-dessus de celle de 62 et à tous égards, le 11 CZ 76 est vraiment complet, grosse demi-douzaine de cracks, c’est super solide.

        D’ailleurs, je viens de regarder : en 29 rencontres livrées entre 74 et 76, ils subissent en tout et pour tout..une et une seule défaite, à Wembley face à une Angleterre qui valait bien mieux que ce qu’on dit.

        Le reste de ces 29 rencontres : des résultats bruts (j’ai vu à tout péter 4 de ces matchs) absolument probants……….et pas contre des peintres, loin s’en faut : NL, URSS, EN, PL, Suède, Hongrois, Bulgares, RDA, Autriche, Ecosse…… ==> C’est très fort!!!, et je serais extrêmement surpris que la moindre autre nation européenne se fendît d’une telle série à l’époque.

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      6. Alexandre dit :

        La Tchécoslovaquie de 76, c’est une équipe qui aborde la phase finale de l’Euro avec beaucoup plus de certitudes que ne l’avaient par exemple fait les NL pour la WC 74.

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    2. Dip dit :

      De ce que j’ai en vu des 2, la Tchéquie 76 > Tchéquie 62
      Déjà, ce n’est pas le même football.

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    3. g-g-g dit :

      Il est vrai que j’aurais pu être plus clément. Je me souviens de l’équipe de 1978-80 comme d’une véritable terreur, avec quasiment les mêmes joueurs qu’en 1976 (sauf dans le but qui était devenu un point faible, on l’a vu en 1982) mais tous à maturité.

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  5. Khiadiatoulin dit :

    Hervé Revelli, c’était vraiment limité pour le foot international ?

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    1. Alexandre dit :

      Je peux te dire qu’il était estimé en Belgique, Angleterre, RFA, Pays-Bas..

      Sur son niveau réel : je laisse à d’autres de se prononcer.

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      1. Khiadiatoulin dit :

        Au niveau français, on peut pas lui reprocher grand-chose. Il a toujours été efficace, même à Nice. Sur le continent, c’est vrai que c’est peut-être pas le premier nom qui ressort quand on pense aux Verts. Perso, celui qui m’a beaucoup plu mais qui n’était plus là en 76, c’est Georges Bereta. Je ne le pensais pas si incisif. Belle frappe, très beau gaucher.

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  6. Khiadiatoulin dit :

    En 78, la France tombe vraiment sur un groupe compliqué mais s’en sort pas si mal.

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    1. g-g-g dit :

      Il y a de gros regrets en 1978 : le match contre l’Italie manqué dans son ensemble et l’égalisation à 2-2 manquée d’un poil par Didier Six contre l’Argentine. Il est vrai que la Squadra a su faire déjouer les Bleus, en particulier Platini complètement maîtrisé par Tardelli, mais il y a eu d’autres faillites individuelles (Guillou et Dalger, entre autres) que les bonnes performances (surtout celle d’Henri Michel) n’ont pas pu compenser. Avec le recul du temps, on peut mettre l’Italie au compte du manque d’expérience des Bleus et peut-être d’un certain manque d’anticipation de Michel Hidalgo qui n’avait pas de plan B en cas d’extinction de Platini. Au final, la France est peut-être à sa place, mais elle l’aurait tout autant été au deuxième tour non qualifié pour la suite, donc « équivalent quart de finaliste ».

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