Durant le mois nous publions une série en 9 parties sur un joueur né il y a 120 ans au Portugal, Antonio Roquete. Premier gardien de but star du pays mais aussi policier au service de la dictature pendant plus de 20 ans. 5/9 Gardien de but à frontières
Alors qu’il n’a pas encore 25 ans, la carrière d’António Roquete s’apprête à prendre un tournant décisif. Échaudé par son voyage au Brésil et lucide face à l’enlisement du football portugais, le gardien ne renonce pas au ballon rond, mais choisit d’ouvrir un nouveau chapitre professionnel.
Le 30 mars 1931, il est admis dans la fonction publique comme agent de la Section internationale de la PIC. Des années plus tard, après la chute de la dictature, Roquete confiera avoir obtenu ce poste « avec l’aide d’un ancien élève de la Casa Pia ». Fort de ses compétences linguistiques acquises au Cours Commercial de la CPL, il est affecté au service des frontières et envoyé sur plusieurs points sensibles de la ligne séparant les deux pays ibériques. Son premier poste le conduit à Marvão dans l’Alentejo Très vite, la presse annonce son affectation « au poste de la Police Internationale, à la frontière de Marvão », cette nomination semble incompatible avec la poursuite de sa carrière sportive. Contraint de s’éloigner des terrains, le Ribatejano écrit à la direction du CPAC pour expliquer son indisponibilité temporaire, invoquant des « raisons professionnelles », tout en promettant de tout faire pour obtenir un transfert à Lisbonne. L’espoir d’un retour rapide circule d’ailleurs dans la presse : dans un article consacré au club casapien, Alberto Freitas assure que l’absence du portier ne sera que de courte durée. « Le plus grand gardien de but né au Portugal » n’a pas fait ses adieux, insiste-t-il, mais simplement lancé un « à bientôt… ». À noter que cette entrée dans la surveillance des frontières intervient même avant la publication du décret instituant la PIP, à laquelle les agents de la Section internationale de la PIC seront ensuite automatiquement intégrés.

Au-delà des éventuels appuis dont il a pu bénéficier, Roquete apparaît comme un candidat idéal pour ce type de fonctions. Il possède déjà une expérience policière acquise en 1929 et maîtrise plusieurs langues — français, anglais, allemand. Selon Carlos Alves, il « maîtrisait parfaitement la langue française[1] » et servait régulièrement d’interprète lors des déplacements internationaux des sélections. Un atout considérable dans une institution où, d’après un rapport adressé en juillet 1939 par Agostinho Lourenço au ministre de l’Intérieur, la majorité des agents ne disposaient que de connaissances très limitées, voire inexistantes, en langues étrangères. Sa formation à la Casa Pia le distingue également dans un corps où le niveau d’instruction dépasse rarement l’enseignement primaire.
À la tête de la PIP, Agostinho Lourenço impose une discipline rigoureuse : casier judiciaire vierge obligatoire, inspections régulières, contrôle strict des agents. Une volonté de rupture implicite avec les pratiques des anciennes polices politiques, accusées d’avoir accueilli dans leurs rangs des individus déjà fichés. Pour Roquete, pourtant, cette affectation a des allures de mise à l’écart. La vie à Marvão est morose. Dans un entretien accordé en février 1932 à la revue Stadium, il décrit un lieu « triste, férocement austère et désolé ». Les habitants, explique-t-il, vivent « si éloignés du monde… Ils savaient vaguement qu’il y avait un Roquete ; mais peu leur importait qu’il s’agisse d’un footballeur, d’un aviateur ou d’un homme politique ». Privé de conditions pour pratiquer le sport, il se contente de longues marches pour entretenir sa forme. Peu enclin à une sociabilité excessive, il passe ses heures libres à jouer aux dames dans un commerce local. Côté sentimental, « rien » : dans ce microcosme, les hommes préfèrent traverser la frontière pour courtiser à Valencia de Alcántara. Pour cet habitué de la vie lisboète, les six mois passés dans cet isolement ont un goût d’« exil ».

C’est dans ce contexte que le football portugais est frappé par un drame. Le 24 octobre 1931, Pepe, attaquant du Belenenses, meurt brutalement, probablement victime d’une intoxication alimentaire. Ses funérailles rassemblent près de 30 000 personnes à Lisbonne. Des décennies plus tard, Roquete évoquera encore la « douleur nationale » suscitée par la disparition de son ami, « qui eut des funérailles de prince, lui qui dans la surface de réparation fut un roi ». Reste une incertitude : a-t-il pu quitter son poste pour assister aux obsèques ? Aucun document officiel — ni son dossier administratif, ni les ordres de service de la PIP — ne mentionne un congé à cette période, même si une absence exceptionnelle d’une journée n’est pas totalement à exclure.

En novembre 1931, António Roquete est muté au poste d’Elvas, une ville plus importante, située plus et sud et face à Badajoz, dont il prend officiellement la direction le 1er décembre. Pour la première fois, il accède au rang de chef de poste et dirige une petite équipe de trois agents. À cette époque, la Police Internationale Portugaise (PIP) ne compte qu’une cinquantaine de fonctionnaires, classés selon leur ancienneté. Identifié comme agent nº 19/19, Roquete occupe une position intermédiaire : moins expérimenté que certains, mais déjà au-dessus des recrues plus récentes. Une réforme, en mars 1932, vient structurer davantage le corps. Trente-deux agents obtiennent le statut d’agents de 1ʳᵉ classe, tandis que les postes sont eux aussi hiérarchisés. Elvas figure parmi les six postes de première classe, ce qui confirme l’importance stratégique de cette affectation. À ce titre, Roquete perçoit un salaire mensuel de 1 000 escudos, auquel s’ajoute une prime de 200 escudos — une rémunération confortable pour l’époque.

Aux frontières, les missions de la PIP sont nombreuses et exigeantes : contrôle des voyageurs ferroviaires, enregistrement des entrées et sorties d’étrangers, rédaction de rapports hebdomadaires, délivrance de sauf-conduits aux travailleurs portugais en Espagne, ces derniers restant sous surveillance discrète. À ces responsabilités s’ajoute une discipline rigoureuse imposée par la hiérarchie. Les agents peuvent être privés de repos en cas de troubles à l’ordre public et sont régulièrement rappelés à l’ordre, parfois pour des aspects relevant du comportement quotidien. Les sanctions existent et peuvent être sévères : suspensions, mutations forcées, voire exclusions. À Elvas, Roquete est pleinement plongé dans cette mécanique. Son activité inclut arrestations et expulsions — notamment d’Espagnols — ainsi que la gestion administrative des étrangers. La présence fréquente d’agents venus de Lisbonne laisse supposer des missions de formation, dans un contexte où beaucoup manquent encore d’expérience en matière de contrôle frontalier. En avril 1932, une opération de mise à jour des titres de séjour des étrangers est également menée dans la région, renforçant encore la charge de travail.
Mais Elvas offre à Roquete ce que Marvão lui refusait : un retour à la vie sportive. La ville bénéficie d’un environnement dynamique, notamment autour du Sport Lisboa e Elvas. Le gardien y retrouve les terrains, dispute plusieurs rencontres contre des équipes portugaises et espagnoles, et s’impose rapidement comme une attraction locale. Les hommages du club et de ses supporters témoignent de son impact. Malgré cet enracinement, Roquete reste fidèle au Casa Pia de Lisbonne. En février 1932, il obtient un congé prolongé pour participer à un match du championnat lisboète, déplacement pris en charge par son club. Ce retour dans la capitale, intense et animé, n’est pas sans conséquence : en mars, il tombe malade et doit s’absenter une dizaine de jours, ce qui entraîne une retenue sur son salaire. Une fois rétabli et de retour à Elvas, il organise une rencontre amicale entre le Casa Pia et le Sport Lisboa e Elvas, remportée par le club de l’Alentejo. Toujours présent sur les terrains, que ce soit comme joueur ou comme arbitre, Roquete devient une figure incontournable de la vie locale, recevant même un hommage officiel du club. Sur le plan personnel, l’année 1932 marque également une étape importante : en juillet, il se fiance avec Julieta dos Anjos Morais Sequeira, issue d’une famille notable d’Elvas. Le mariage est annoncé, mais n’aura finalement jamais lieu, pour des raisons qui restent inconnues.

Peu après, la trajectoire de Roquete prend une nouvelle inflexion. Il est remplacé à la tête du poste d’Elvas et rappelé à Lisbonne. Un temps pressenti pour diriger un nouveau poste à Entroncamento[2], le projet n’aboutit pas. Il demeure donc dans la capitale, assurant des permanences régulières au siège de la PIP, ce qui marque la fin de cette période intense où se mêlaient responsabilités policières et activité sportive. Ses fonctions continuent toutefois de l’amener à se déplacer. Il quitte à plusieurs reprises Lisbonne pour des missions ponctuelles, comme celle effectuée à Seixal[3] entre le 24 et le 27 août. À l’issue de ce déplacement, le directeur Agostinho Lourenço note avec satisfaction les « bonnes références » adressées par l’administrateur du district de Seixal, qui souligne « la manière habile » avec laquelle Roquete a mené certaines diligences confiées par voie hiérarchique.
C’est dans ce contexte, vers août 1932, qu’une opportunité inattendue se présente à lui. Charles Bell, son ancien compagnon de voyage au Brésil en 1928, devenu entraîneur de l’Olympique de Marseille, lui transmet une proposition du club français. Marseille lui offre un salaire mensuel de 2 500 francs — une somme importante pour l’époque, comme Roquete le reconnaîtra lui-même. La tentation est réelle, mais la décision est rapide : il refuse. « Il me coûtait beaucoup d’abandonner mon club et tous les sportifs portugais », expliquera-t-il plus tard. Au-delà de l’attachement sentimental, Roquete raisonne sur le long terme. De la même manière qu’il décline les offres du Real Madrid, du Sporting ou du Vasco da Gama, le gardien de but choisit la prudence économique . Sa « situation définie à Lisbonne » et l’incertitude de l’après-carrière pèsent lourd dans la balance. Fidèle à cette ligne de conduite, il choisit de rester un « modeste amateur », préférant la sécurité de sa carrière dans la police à une professionnalisation incertaine dans le football. L’OM recrutera finalement Laurent di Lorto avant d’accueillir quelques années plus tard Jaguaré, gardien qui avait joué contre Roquete en 1928 lors de la tournée du Sporting.
L’hypothèse française définitivement écartée, António Roquete entame une nouvelle saison sous les couleurs du Casa Pia avec une motivation renouvelée. « Jamais je ne me suis lancé à jouer avec autant d’enthousiasme qu’en cette saison, où, plus que jamais, mon vieux Casa Pia a besoin de l’amour de ses joueurs ! », confie-t-il à la presse, en référence au récent départ de Gustavo Teixeira et d’autres cadres. Son retour sur les terrains lisboètes dissipe rapidement les doutes. Le 16 octobre, au Campo do Restelo, il retrouve la compétition à l’occasion d’un Casa Pia–Benfica qui se conclut par un match nul. Un résultat largement attribué à sa « splendide prestation ». Sa présence rassure ses coéquipiers — les « gansos » — et semble, à l’inverse, déstabiliser les attaquants du Benfica. Redevenu capitaine, Roquete enchaîne les performances de haut niveau lors des premières journées du championnat de Lisbonne 1932-1933, disputé alors par dix équipes.
Mais la scène interrégionale lui échappe en partie. Le 30 octobre, au Stadium, la sélection de Lisbonne s’incline face aux Asturies (1-2), une défaite qui relance les débats sur l’absence de Roquete dans les buts, remplacé par le benfiquiste Pedro da Conceição. José Serrano, membre du comité de sélection de l’AFL, affirme alors que « Roquete n’a pas voulu jouer », la veille même du jour où il avait sollicité une dispense de ses obligations policières. Le gardien ne participe pas non plus au match Porto–Lisbonne, marqué par une lourde défaite des Lisboètes (6-2). Il est néanmoins rappelé pour représenter la sélection du Sud face au Nord. Battue à Lisbonne (0-1), l’équipe sudiste peut toutefois compter sur un Roquete inspiré. Opposé au Hongrois Siska, il se distingue notamment dans la maîtrise des sorties sur corner et « met en évidence son indiscutable classe », selon la presse lisboète. Ces revers inhabituels alimentent le débat sur le déclin du football lisboète. Roquete lui-même ne le nie pas : ce déclin est, selon lui, « indubitable ». Il ne l’explique pas par un manque de talent, mais par des faiblesses structurelles : pénurie de dirigeants compétents, insuffisance d’entraîneurs de qualité, et raréfaction des confrontations internationales. À l’inverse, Porto s’ouvre alors aux influences étrangères. Après Ákos Teszler, c’est József Szabó qui prend les rênes du club du Nord, qu’il dirigera de 1928 à 1936, contribuant à élever le niveau local.
Dans ce contexte, le retour en forme de Roquete s’impose comme une évidence pour l’équipe nationale. L’hebdomadaire A Bola[4], dirigé par Tavares da Silva, organise un vote auprès de ses lecteurs pour désigner les joueurs à convoquer en vue du Portugal–Hongrie. Sur 1 364 listes reçues, 1 169 plébiscitent Roquete comme gardien. Seul l’attaquant portuan Artur de Sousa « Pinga » recueille davantage de suffrages. Le sélectionneur Salvador do Carmo tranche sans hésitation : Roquete est « indiscutable », tant pour son « savoir » que pour son « style » et ses qualités physiques.
Le 29 janvier 1933, sur le terrain détrempé du Lumiar, le Portugal affronte la Hongrie (photo en avant). Les Magyars imposent leur supériorité athlétique et technique, mais les Portugais arrachent la victoire grâce à un but de Pinga, en pleine ascension. Ce succès face à une des meilleures équipes européennes ravive l’optimisme après un déclin post-JO indéniable. Ricardo Ornelas y voit « l’amorce du resurgissement du déclin dans lequel on était tombé aussitôt après Amsterdam ». Les observateurs saluent plusieurs performances individuelles, notamment celles de Carlos Alves, d’Augusto Silva et de Roquete. Le gardien fait même la une de O Notícias Ilustrado, où Ribeiro dos Reis souligne la confiance que sa « classe exceptionnelle » inspire à ses coéquipiers. Cette rencontre marque aussi une première historique : pour la première fois au Portugal, un match est retransmis en direct à la radio. Le journaliste Raul de Oliveira en assure le commentaire pour la station CT1DH. Il invite même Roquete dès le lendemain pour un entretien. Le gardien y exprime sa satisfaction, rend hommage à ses partenaires et promet une préparation sérieuse en vue du prochain affrontement contre l’Espagne. L’émission, captée dans plusieurs régions, suscite un enthousiasme considérable, illustré par l’afflux de lettres de félicitations. Ce succès préfigure l’essor de la radio comme vecteur majeur de popularisation du football, confirmé dès mars 1933 par la création d’une rubrique sportive au Clube Radiofónico de Portugal.

Quelques jours plus tard, du 8 au 10 février, Roquete est en mission à Beja, dans l’Alentejo. Le Luso Sporting Clube organise à cette occasion une réception en son honneur. Fidèle à sa réputation, il ne tarde pas à se faire remarquer : lors d’un entraînement, bien qu’il ne soit pas équipé, il réalise plusieurs arrêts spectaculaires qui impressionnent les témoins. Même loin des grandes affiches, Roquete continue d’incarner, partout où il passe, une référence du football portugais. Comme un symbole, Roquete va jouer son dernier match international à Vigo le 2 avril 1933, non loin de son futur lieu de travail, contre une équipe face à laquelle il aura nettement perdu ses trois matchs. En 16 sélections, il aura notamment joué quatre fois contre la France, réalisé quatre clean sheets et perdu un match sur deux.
Parallèlement à ses activités sportives, le Portugal traverse une période de profondes mutations politiques. Entre 1932 et 1933, la dictature militaire entreprend une réorganisation complète de ses forces de police politique. L’ancienne Police d’Informations, déjà discréditée, est dissoute en mai 1932 et remplacée par une Section de Surveillance Politique et Sociale intégrée à la Police Internationale Portugaise (PIP). L’objectif est clair : centraliser sous une même autorité la répression politique et le contrôle des frontières, tout en renforçant le pouvoir de son directeur, Agostinho Lourenço. Mais cette architecture institutionnelle reste éphémère. Dès janvier 1933, sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur Albino dos Reis et dans le contexte de l’ascension d’António de Oliveira Salazar, une nouvelle force est créée : la Police de Défense Politique et Sociale (PDPS), directement subordonnée au gouvernement. Cette décision provoque des tensions internes. Certains responsables dénoncent la mise à l’écart de Lourenço, et la menace d’une démission collective plane un temps. Face à cette fronde, les autorités reculent partiellement. Dès juillet 1933, la PDPS disparaît de facto, révélant les luttes d’influence au sommet du régime.
L’instauration de l’État Nouveau, Estado Novo, consacrée par la Constitution d’avril 1933, s’accompagne d’une volonté de rationaliser l’appareil répressif. Le décret du 29 août 1933 entérine la fusion de la PIP et de la PDPS pour donner naissance à la Police de Surveillance et de Défense de l’État (PVDE). Dirigée par Agostinho Lourenço, cette nouvelle institution s’organise en deux branches : l’une chargée du contrôle des frontières et des étrangers, l’autre dédiée à la répression politique. Dotée de pouvoirs étendus, notamment en matière d’enquête et de constitution de dossiers, la PVDE s’impose rapidement comme un pilier du régime salazariste.
C’est dans ce contexte de recomposition que s’inscrit la trajectoire de Roquete. Intégré à la nouvelle structure, il est nommé chef de poste à Valença et reçoit l’ordre de rejoindre ses fonctions le 4 septembre 1933. Cette mutation intervient alors qu’il est encore engagé dans la vie du Casa Pia, présidé par le capitaine José de Sales Terreiro. Au sein du « Groupe des Noirs », composé de huit Casapiens, Roquete participe à une campagne de collecte de fonds destinée à financer le salaire de l’entraîneur Arthur John. Parallèlement, un autre comité œuvre à encadrer les activités sportives des élèves de la Casa Pia et à recruter de nouveaux joueurs pour le club.
Malgré l’éloignement, Roquete continue de susciter l’intérêt du monde du football. En 1933, plusieurs clubs de Porto, dont l’Académico — entraîné par son ami Carlos Alves — et le Boavista, cherchent à s’attacher ses services pour des matchs amicaux rémunérés. Les rumeurs de transfert circulent, sans jamais se concrétiser. Fidèle au Casa Pia pour les compétitions officielles, il entretient toutefois une certaine ambiguïté en évoluant parallèlement au Sport Clube Valenciano. Sa présence attire le public et contribue au succès de rencontres face à des équipes portugaises et espagnoles. Roquete y joue avant tout pour rester en forme, tout en reconnaissant avoir perçu des rémunérations ponctuelles.
Un événement inattendu va soudain placer Valença au cœur de l’actualité internationale. Le 13 novembre 1933, l’hydravion piloté par Charles Lindbergh amerrit d’urgence sur le fleuve Minho, près de Friestas, en raison du brouillard. L’aviateur américain et son épouse, Anne Morrow, effectuent alors un voyage en Europe avec une escale prévue à Lisbonne. Rapidement informées, les autorités locales se rendent sur place, escortent le couple jusqu’au centre-ville et organisent un dîner à l’hôtel Valenciano. Parmi les personnalités présentes figurent le maire António Pinto da Mota, le commandant local de la GNR, Manuel Rebelo da Cruz, ainsi qu’António Roquete, qui accompagne ensuite les Lindbergh jusqu’à leur appareil, où ils passent la nuit.

Le lendemain, retenus par les conditions météorologiques, les aviateurs reviennent en ville pour déjeuner avec les notables locaux, avant de rejoindre Tui, en Espagne, où le navire militaire Cabo Fradera les accueille. Partout, à Valença comme à Tui, les foules se pressent pour apercevoir le couple. Le 15 novembre au matin, leur hydravion redécolle de Friestas, survole Valença pour saluer la population, puis met le cap sur Lisbonne, atteinte moins de deux heures plus tard. Durant ces deux journées, les Lindbergh sont accompagnés par le consul des États-Unis à Vigo, Renwick S. McNiece. Ce dernier adresse un télégramme de remerciement au maire de Valença, mais aussi une lettre personnelle à Roquete, saluant les « innombrables attentions » dont il a fait preuve, ainsi que l’efficacité de ses agents. Ces éloges ne passent pas inaperçus et impressionnent favorablement Agostinho Lourenço.
Le poste de Valença est un pion essentiel pour la PVDE. En effet la région du Minho revêt une importance stratégique. En Galice, de nombreux opposants au régime portugais — les « reviralhistes » — vivent en exil, à l’image de l’ancien président Bernardino Machado, installé à La Guardia. Malgré les protestations de Lisbonne, les autorités espagnoles tolèrent leurs activités politiques. Le fleuve Minho devient ainsi une voie de passage pour militants et propagande, facilitée par des figures comme Domingos dos Santos Ribeiro, installé à Tui. Dans un témoignage tardif, celui-ci raconte comment il traversait clandestinement le fleuve à la nage pour transporter des tracts. Roquete et ses hommes tentent à plusieurs reprises de l’intercepter, sans succès : prévenu à l’avance, Ribeiro parvient toujours à leur échapper. Malgré cette importance stratégique, les infrastructures du poste de Valença restent précaires, une situation reconnue par les autorités mais qui ne sera réellement corrigée qu’à partir de 1940.

Dans ce contexte tendu, l’action de Roquete suscite aussi des critiques. La surveillance des flux frontaliers donne lieu à des accusations d’abus de pouvoir. En décembre 1933, Agostinho Lourenço reçoit une lettre anonyme, envoyée de Vigo, dans laquelle Roquete est violemment attaqué, qualifié de « policier incompétent et analphabète » se prenant pour le « chef suprême du pont international », accusé à la fois de laxisme et d’arrogance. Un autre incident, survenu lors d’un match à Tui, marqué par des tensions entre joueurs portugais et espagnols, attire également l’attention des autorités diplomatiques, inquiètes d’une possible escalade. Là encore, le rôle de Roquete est critiqué, sans que ces accusations ne semblent réellement fondées. Malgré ces frictions, les rencontres sportives transfrontalières se poursuivent et Roquete est soutenu et maintenu par les dirigeants de la PVDE.
À l’aube de 1934, une évolution se dessine nettement dans la vie de Roquete. Le football, sans totalement disparaître, passe progressivement au second plan. À 28 ans, celui qui ne portera plus le maillot de la sélection nationale s’impose désormais dans un autre registre. Promu, renforcé dans ses responsabilités, il devient l’un des hommes de confiance d’Agostinho Lourenço. Dans l’ombre du pouvoir, il participe désormais pleinement à l’application des règles et des méthodes d’un Estado Novo. Dictature qui continue à planter ses racines dans la société portugaise, à y enfoncer ses griffes, s’installant lentement comme une plante invasive — ou un cancer appelé à se propager.
[1] Plus que la naissance de son père à Paris c’est surtout à la Casa Pia qu’il apprend le français. Langue qui était obligatoire dans les écoles portugaises jusqu’en 1989 ! Date à partir de laquelle l’anglais va peu à peu remplacer la langue de Molière. Ce lien fort avec le français date du 19ème siècle (voire avant pour les nobles).
[2] Ville du centre Ouest du Portugal qui doit son nom au croisement entre deux lignes de chemin de Fer, celle entre Lisbonne et Porto et celle qui rejoint Madrid.
[3] Village au sud de Lisbonne, de l’autre côté de l’estuaire du Tage
[4] Revue différente du journal existant encore.
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Ah oui, c’est isolé Marvão. Autant j’ai une bonne connaissance des villes frontalières entre l’Espagne et la France, autant celles avec le Portugal me sont inconnues. Ce qui est marrant, c’est que des coins comme le Pays Basque et la Catalogne française tirent du côté espagnol en terme d’influence. Comme l’arrière-pays niçois tirent vers l’Italie ou l’Alsace vers l’Allemagne. J’ai pas l’impression que la réciproque soit vraie.
Merci l’ami. Salazar utilisait-il le sport comme vitrine ? Comme ça se fait régulièrement dans les régimes totalitaires ?
À quoi correspond cet engagement de Roquete dans la police ? Aurait il fait le même choix sans le coup d’état militaire de 1926 ?
Je ne connais pas la relation entre Salazar et Franco…
Face à la multitude de commentaire je vais faire une réponse groupée. D’ailleurs merci à Verano et Khia de suivre la série avec autant de régularité. Je compte l’étoffer (en image surtout) les prochains mois et corriger quelques petites erreurs (j’ai corrigé sur l’arbitrage d’Egypte-Portugal grâce à Alex)
Pour les frontières luso-espagnoles, je trouve que l’influence portugaise est forte et inversement. Les galiciens et minhotos sont proches les uns des autres, que ce soit culturellement ou niveau de la langue. Dire qui est plus espagnol ou portugais c’est compliqué.
Pour la frontière le longue de la montagne c’est compliqué, c’est beaucoup moins peuplé et les échanges sont rares. Ils se font au niveau des quelques villes frontalières mais comme pour la Galice, il y a des points communs mais qui ont plus à voir avec la région et ces caractéristiques climatiques ou historiques qu’autre chose. C’est incomparable avec le pays basque ou la Catalogne par exemple.
Mais dans ces zones, les matchs entre espagnols et portugais ont toujours dépassé le sport, globalement (j’en parle dans le post suivant).
Pour les 3 autres questions elles seront évoquées par la suite.
Salazar méprisait le foot et pour lui le sport n’a jamais été un atout, une vitrine possible. Les succès du Benfica se font en dépit de l’État et ne doivent leur mérite qu’aux clubs et au système de socio. C’est ce que j’expliquais l’autre fois, avec une dictature voulant mettre en avant le foot, le Portugal aurait joué le titre mondial plusieurs fois. Le foot était interdit dans les rues et en club aux mineurs jusqu’aux succès du benfica! Et même comme ça le pays arrivait à produire multitudes de bons joueurs.
Pour la question de Verano, c’est compliqué, je ne pense pas que ce soit la police de la dictature qui l’intéresse. Juste un emploi stable et relativement bien payé. Mais sans la dictature, le foot aurait-il eu le même destin? Peut-être Roquete aurait eu plus d’opportunités?
Salazar méprisait intellectuellement tous ses homologues dictateurs, il faut reconnaitre que de son côté c’est probablement un des cerveaux les plus brillants de sa génération. Mais cela n’empêchait pas le respect (je posterais une photo de lui avec son portrait de Mussolini) et avec Franco ils étaient obligés de s’entendre. Ce sera le dirigeant étranger avec qui il aura le plus de relations.
Et on en parlera un peu dans le prochain article mais lors de la guerre d’espagne il va clairement aider Franco, lui livrer tous les républicains etc.
En complément à ton post, pour avoir lu la bio de Salazar écrite par Yves Léonard, la relation avec Franco est « utilitaire » avec des services réciproques selon les périodes (aide au soulèvement nationaliste contre la République, aide durant la guerre coloniale…). À tort ou à raison, Salazar craignait que l’Espagne envahisse le Portugal et il a créé les conditions d’une relation durable où chacun y trouve son compte.
Et à propos du sport, toujours lu dans cette bio, Salazar consignait tous ses rdv au jour le jour. La réception des joueurs de retour de la WC 1966 est apparemment bâclée en 15’ tant le foot l’ennuyait.
« grâce à »….. ==> T’es trop bon mais ça t’honore!
C’est riche bref faudra que je relise, à l’instar d’ailleurs de la dernière série de Bobby (j’avais tapé un long commentaire………..mais déconnecté pendant que je l’écrivais et donc perdu puis la flemme de recommencer, désormais je copierai le tout avant)
Les Belgique-Portugal du tournant des années 30 : il y a extrêmement peu d’archives numérisées en Belgique (ce qui est lamentable), et j’ai perdu le goût, la patience et surtout le temps de me taper Bruxelles pour ça (d’autant que les photocopies sont chères à crever, c’est dingue..), bref tout ce que j’en ai trouvé concernait surtout le retour : Belges jugés plus aboutis sur le plan collectif et tactique, mais qui se seraient physiquement liquéfiés sur la fin (ce qui n’a rien d’extravagant : ça arrivait souvent pour les équipes en déplacement à l’époque), globalement « la presse belge » (je n’ai trouvé………..qu’une et une seule source ==> Pincettes d’usage, donc..) qualifiait cette défaite de très honorable mais je ne sais pas ce que ça vaut…………….sinon que ça m’avait fait repenser à ce que Verano avait mis sur la table : l’expertise brésilienne fit du bien à cette nation.
Ce qui m’est acquis, au regard de la délégation envoyée au Portugal : c’est la meilleure sélection possible que la Belgique avait envoyée.
L’aller : rien.
NB : Le Portugal est vachement plus avancé que le Belgistan rayon numérisation……… ==> Si tu ne connaissais pas ceci, illustration :
http://casacomum.org/cc/diario_de_lisboa/
..mais c’est dans le ton de l’époque, avec lequel j’ai toujours du mal (grandes envolées lyriques, tout ça..)
Oui c’est le seul journal numérisé correctement. Les autres tu as des numéros par ci par là, ce qui est frustrant car j’ai les numéros où il faut chercher (dans la thèse il cite tous les journaux cités mais aucun n’est en ligne…Il faudrait que j’aille sur Lisbonne)
Oui Salazar était l’opposé total d’un Trump, pas un bon tribun, mais un gars qui réfléchissait à chaque mouvement. Il savait Franco plus instable et aussi que le Portugal ne ferait pas le poids.
Mais il copinait aussi beaucoup avec les anglais. On parlera de ces relations dans les 7 et 8.
J’arrive bien après la bataille, au cas où…
Entre la Galice et le Portugal du Nord, on parle surtout de différence dialectale, pas linguistique. Nombre de linguistes considèrent que le portugais, ou galaïco-portugais à l’origine, est une langue mais multi-polaire, le portugais, avec le Nord et son continuum dialectal avec la Galice, l’autre pôle; et bien sûr le pôle brésilien. L’Afrique et le reste de la lusophonie ont leur particularités mais restent plus proche du portugais standard.
Pour la syntaxe, le galicien est bien plus proche du portugais que ne l’est le portugais du Brésil, où c’est la fête.
L’ orthographe, c’est une autre paire de manches, même si deux graphies existent en galicien, dont une nettement plus proche de la portugaise. L’autre, la plus répandue, calquée sur le castillan, a bien du mal à rendre compte des spécificités galiciennes et contribue à castillaniser le galicien
Le reste des frontières est bien sûr différent, avec historiquement des régions qui se regardaient en chiens de faïence, malgré quelques relations de voisinage avec la contrebande, importante avant l’ouverture des frontières.
Quelques micro-régions comme Olivence (historiquement portugaise jusqu’en 1801) et des zones frontalières avec langue à part, sont encore à signaler.
À noter que Salazar avait condamné par écrit le caractère païen du régime national-socialiste, même s’il reconnaissant au Führer pour son anti-communisme forcené. Il ne partageait pas non plus son racisme exacerbé.
Pendant la guerre civile espagnole, Salazar eut même droit à une garde ou protection rapprochée fasciste et nationale-socialiste temporaire, suite à une tentative d’assassinat sur lui par un anarchiste.
Hitler et Mussolini avaient besoin du Portugal comme base arrière pour alimenter la machine de guerre franquiste, et ne voulaient pas prendre de risques.
Un extrait d’un texte de Vitor Pereira que j’exploite un peu pour cette série :
Au-delà de ces aspects pratiques, la multiplication des rencontres avec l’Espagne comporte des dimensions politiques évidentes. En effet, la construction de l’identité nationale portugaise s’est en partie fondée sur l’opposition à l’Espagne, perçue comme une menace constante pour l’indépendance du pays. Les victoires militaires – et leurs héros – anéantissant les appétits espagnols sur le Portugal (celle d’Aljubarrota, par exemple, en 1385) sont profondément enracinées dans la mémoire collective car diffusées par le système scolaire et amplement mobilisées par les élites politiques et culturelles du pays qui, à partir du xixe siècle, cherchent à inculquer un sentiment national à toute la population . Cette rivalité avec l’Espagne suscite ainsi un enthousiasme populaire pour ces confrontations, enthousiasme qu’alimente amplement la presse. Les matchs contre l’Espagne offrent aux journalistes l’occasion de puiser amplement dans le répertoire des stéréotypes nationaux et dans l’histoire des deux pays. L’Espagne est le miroir qui permet de décrire l’identité portugaise, de définir « la race lusitanienne » comme il est fréquemment répété. Ainsi le style de jeu portugais, censé représenter l’ethos de son peuple, est opposé à celui des Espagnols. Si le style espagnol est fougueux et joyeux (la furia espagnole), celui de l’équipe portugaise est plus posé, sentimental, fataliste. De nombreux rapprochements entre le style de jeu portugais et le fado sont ainsi établis .
Les confrontations luso-espagnoles s’inscrivent également dans les relations diplomatiques tissées entre les deux pays, relations empreintes de nombreuses ambiguïtés. Au début du xxe siècle, la plus grande partie des élites portugaises redoute toujours les projets d’unification de la péninsule Ibérique caressés par certains dirigeants espagnols et des intellectuels des deux pays. Cependant, le football joue un rôle dans ce cadre diplomatique. Le cas le plus évident est constitué par les deux rencontres entre la sélection portugaise et une équipe espagnole constituée par des phalangistes, à Vigo, en 1937, et à Lisbonne en 1938. Non reconnues par la FIFA, ces rencontres illustrent l’appui militaire et diplomatique accordé dès juillet 1936 par le régime salazariste aux rebelles nationalistes. Salazar craint qu’une victoire des autorités républicaines ne constitue une menace pour son régime et reconnaît, dès 1937, le gouvernement de Franco comme légitime. Quatre rencontres entre les deux sélections ibériques ont lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, à laquelle les deux pays ne participent pas. Lors du match Portugal-Espagne, le 11 mars 1945, joué dans le stade national inauguré l’année précédente, un tract lancé sur la foule depuis un avion décrit le Portugal comme un havre de paix dans un monde en guerre et proclame : « Ce que nous voulons c’est du football – c’est-à-dire de la paix, de la joie de vivre, de l’ordre dans les rues et dans les esprits et pouvoir assister, sans crainte d’alerte aérienne ou d’interruptions à cause d’attaques, à toute la rencontre »
Dans l’immédiat après-guerre, alors que les deux pays sont les seules survivances, en Europe occidentale, de l’ère des fascismes et que l’Espagne de Franco est isolée diplomatiquement, les sélections se rencontrent quasiment chaque année. Ces confrontations symbolisent le Pacte ibérique paraphé par les deux pays en 1939 et la fraternité qui, comme ne cessent de le répéter les dirigeants des deux dictatures, unit les deux pays. Cependant, en dépit des discours exaltant la complicité ibérique, plusieurs matchs entre équipes portugaises et espagnoles (que ce soit les sélections ou les clubs) sont marqués par des chahuts.
Les uniques adversaires pendant le deuxième conflit mondial, non ? D’ailleurs me demande quelle fédération est l’instigatrice de la Coupe Latine…
Que montre la photo associee à cette revolte avortee de 1931?
Et la mort de Pepe, souvenir (foireux?) d’un volet precedent.. ==> c’est ce joueur qui mourut dans la foulee d’un match face aux Belges, c’est ça? Si oui, je connaissais l’histoire d’un footballeur (mais alors lenom et son pays..) succombé à une..intoxication alimentaire, des moules pas fraîches.. C’etait peut-etre lui en fait.
Alberti du Genoa ? Intoxication alimentaire probable mais qui n’a pas satisfait la soif de potins du grand public qui préfère la version de l’empoisonnement par une maîtresse éconduite.
Pepe j’avais écrit dessus (lien dans l’article), il était mort empoisonné par sa mère qui avait confondu la soude et le sel dans sa soupe….
C’était l’archétype des portugais des ces années là (et bizarrement il n’a pas tant changé), des joueurs techniquement bons (la presse française dit à chaque fois qu’ils sont bien plus vifs, techniques, qu’ils créent mieux des occasions que la France) mais qui souffrait d’un gros déficit physique. Trop petit, trop chétif dès qu’en face il y avait une équipe costaud, les défenseurs portugais se retrouvaient vite dépassés.. Puis ils péchaient souvent dans la finition. Ils ont un super buteur avec Pinga mais il arrive dans un Portugal qui est déjà en délitement. Pareil pour Peyroteo.
Un immeuble où se réfugiait des « révoltés » qui a fini criblé de balles. Bon comme beaucoup de photos de l’époque, rien n’est sur!
Il arrête sa carrière de footeux à 24 ans ????
Un joueur de ce niveau, international (à quoi ? une dizaine de reprises ?), ayant participé aux Jeux, qui arrête à 24 ans !!!!
T’as d’autres exemples, notamment au Portugal ?
Et sans blessures, juste parce que ça rapporte pas assez…
Une dinguerie, frère !
Ahah ! La forteresse dans la montagne, c’est pire que Peyrepertuse ou Mont-Dauphin…
Buzzati ? Oui, oui…
La mort de Pepe, c’est l’empoisonnement de toute la famille de l’Auteur avec des champignons vénéneux au début du « Roman d’un tricheur »…
Ah non, j’avais mal lu : il continue de jouer mais devient aussi petit flicaillon.
Et ce poste de flicaillon l’empêche de jouer ? C’est pas juste un paravent ? C’est bizarre, cette histoire. Alex Thépot était joueur officiellement amateur et vivait officiellement de son métier de douanier. Après avoir arrêté de joueur, il reprend sa carrière de douanier et va loin. J’en parle ici : https://www.pinte2foot.com/article/un-siecle-de-portiers-les-annees-1930-premiere-partie
Oui, c’est plutôt qu’il « ralentit » sa carrière au bénéfice d’une sécurité financière plus nette. Ce qui au fond n’a rien de bien rare pour l’époque, c’est typique de footballs où domine une tension matérielle entre les activités footballistiques et civiles.
Puis, à lire la suite du moins, son niveau sportif ne paraît tout bonnement plus suffisant, il paraît « amorti ».
Une génération avant lui, je ne retombe pas sur le nom de ce métis britannique de talent qui renonça au football pour embrasser une carrière militaire (il y a une logique à ce que des sportifs rejoignent la police ou l’armée). Ni sur un international belge des 40’s qui préféra devenir avocat, lui ça me reviendra.
Mais surtout, il y a un cas auquel j’avais voulu consacrer un article : l’Anglais Howard Riley, un des tout, tout bons ailiers du football anglais des..1960’s, ce qui le rendait ma foi particulièrement atypique : le foot y est pleinement pro, il est une valeur sûre incontestable de son football (avec Banks, c’est l’une des 2-3 vedettes de son super Leicester des 60’s)…………et cependant, de conserve avec sa carrière, il poursuivait ses études pour aboutir ce qui était son projet premier : devenir professeur..et arrêta donc les frais au plus haut niveau dès qu’il eut son diplôme, à 26 ans et alors que l’équipe nationale lui tendait les bras.
Ou, mais cet article-là il est fait : la star mondiale Ove Kindvall, qui en pleine gloire et juste après ses 28 ans retourne au pays pour y jouer en D2 tout en travaillant à l’usine.. On le retrouve encore en WC après, mais..mais il est amorti.
Ces deux-là sont à bien des égards des anachronismes, aujourd’hui inconcevables tant le football paie désormais outrancièrement les acteurs de cette envergure.
Concernant Riley, précision : il était régulièrement pressenti pour intégrer le groupe anglais dans la perspective de la WC 66..et cependant resta inflexible : il souhaitait devenir prof dès que possible.
Bon.. En définitive, Ramsey y renoncerait à de purs ailiers. Mais ça, quand Riley met un terme à sa carrière d’élite, en 1965, personne ne le savait encore – pas même Ramsey.
50% de défaites et 25% de matchs sans encaisser de buts, pour l’époque et pour une équipe de second rang européen, c’est bien.
Combien de buts encaissés en 16 matchs ?
C’est quand même bizarre de mettre le foot de côté au profit d’un carriérisme dans la police politique ! Etrange appétence…