Os Imortais (partie 6)

Une proposition de top 50 des meilleurs joueurs portugais de l'histoire par deux de nos rédacteurs. Partie 6/10

Les Tops

Numéro 25 : Manuel Bento

Il est toujours délicat de désigner le plus grand gardien de l’histoire du football portugais. En revanche, il est beaucoup plus simple d’identifier son âge d’or : celui où évoluaient Vítor Damas et Manuel Bento. Nés à un an d’écart, les deux hommes devinrent les gardiens emblématiques des deux grands rivaux de Lisbonne, le Sporting et Benfica, et restent encore aujourd’hui parmi les plus grands portiers de l’histoire de leurs clubs respectifs.

Manuel Bento naît en 1948 à Golegã, entre Tomar et Santarém, dans une famille modeste de l’intérieur du pays. Rien ne le destinait réellement au football de haut niveau. Il semblait promis à une carrière de tailleur de pierre, mais son talent allait rapidement bouleverser cette trajectoire toute tracée. En 1968, il passe même un essai au Sporting. Les Lions lui préfèrent finalement Vítor Damas. Bento rejoint alors le Barreirense, autre club important dans l’histoire des gardiens portugais, où avaient déjà émergé João Azevedo ou Carlos Gomes. Malgré sa petite taille pour un gardien — à peine 1m73 — Bento impressionne par son explosivité, sa détente et une souplesse rare. À Barreiro, il se construit une réputation solide et participe même à l’une des grandes campagnes européennes du club. En Coupe UEFA, Barreirense affronte le Dinamo Zagreb de Drago Vabec. Au match aller, les Portugais créent la surprise et s’imposent 2-0 grâce notamment à un Bento exceptionnel. Le gardien né près de Fátima multiplie les arrêts miraculeux et fait vivre une soirée européenne inattendue à son club. Le retour sera beaucoup plus cruel, avec une défaite 6-1, mais Bento vient de se faire un nom.

Les soirées européennes ne font pourtant que commencer pour lui. En 1972, Benfica décide de le recruter afin de concurrencer José Henrique, surnommé « Zé Gato ». Pendant plusieurs saisons, Bento alterne avec lui et dispute régulièrement plus d’une quinzaine de matchs par an. À partir de 1976, il devient le titulaire indiscutable, aussi bien au Benfica qu’en sélection nationale. Le grand Benfica européen des années 1960 appartient déjà au passé. Les nuits mythiques de l’Estádio da Luz, que Bento écoutait adolescent à la radio, se sont éloignées. Le club domine encore le football portugais, mais ne retrouve plus les sommets continentaux. Certaines soirées restent toutefois gravées dans les mémoires. En 1977, face au Torpedo Moscou, Bento arrête deux penalties puis transforme lui-même le tir au but décisif lors d’une qualification européenne devenue culte chez les supporters encarnados. Dans un autre contexte européen, avec davantage d’exposition internationale, il aurait probablement obtenu une reconnaissance bien plus large hors du Portugal.

Mais l’influence de Bento dépasse largement le simple cadre sportif. Il devient l’une des figures du Benfica de l’après-Révolution des Œillets. À mesure que disparaît la génération d’Eusébio et des joueurs issus de l’empire colonial, le club se tourne vers les talents populaires de la rive sud du Tage : Fernando Chalana, Carlos Manuel, Diamantino et bien d’autres. Dans cette région marquée par la culture ouvrière et l’influence de la gauche portugaise, Bento joue un rôle presque paternaliste. Chaque jour, il traverse le Tage en camionnette pour emmener les jeunes joueurs à l’entraînement. Peu à peu, cette génération partage les mêmes codes, la même simplicité et une certaine idée collective du football. La fin des années 1970 semble pourtant marquer un coup d’arrêt. Lors d’un derby face au Sporting, une violente altercation avec Manuel Fernandes fait craindre le pire pour la suite de sa carrière. Mais l’arrivée de Sven-Göran Eriksson change tout. Le technicien suédois relance Bento, qui réalise alors certaines des meilleures saisons de sa carrière. Il devient l’un des grands artisans du parcours européen du Benfica en Coupe UEFA 1982-1983, notamment lors de la confrontation contre l’AS Roma. Cette génération atteint la finale et remporte deux championnats consécutifs, dans une équipe qui fait partie de la légende benfiquiste.

Au même moment, le Portugal retrouve enfin une phase finale internationale avec l’Euro 1984. Le contexte reste pourtant explosif. Les rivalités entre Benfica, Porto et Sporting contaminent la sélection et l’encadrement fédéral tente d’équilibrer politiquement chaque décision. Malgré cela, Bento, devenu capitaine, réussit à maintenir une certaine cohésion dans le groupe. Déjà décisif lors de la qualification contre l’Union soviétique après une autre prestation miraculeuse, il guide ensuite le Portugal jusqu’aux demi-finales après avoir éliminé l’Allemagne de l’Ouest et la Roumanie. La demi-finale contre la France, au Vélodrome, entre dans la légende du football portugais. Bento y réalise une prestation immense. Il maintient son équipe en vie, multiplie les arrêts et permet au Portugal d’emmener les Bleus jusqu’en prolongation, avant cette fin cruelle conclue par les buts de Domergue et Platini. Ce soir-là, son surnom d’« homme infaillible », donné autrefois par la presse britannique, prend tout son sens.

Deux ans plus tard, le Portugal se qualifie pour la Coupe du monde 1986. Mais l’aventure mexicaine tourne rapidement au désastre. Les joueurs découvrent des installations médiocres, une organisation chaotique et des tensions financières permanentes avec la Fédération. Lorsque les internationaux apprennent que les dirigeants souhaitent conserver la totalité des revenus publicitaires, Bento et plusieurs cadres lancent une grève devenue célèbre sous le nom d’« affaire de Saltillo ». Malgré une victoire de prestige contre l’Angleterre, tout bascule lorsque Bento se blesse gravement à l’entraînement. Sa carrière s’arrête pratiquement ce jour-là. Privé de leur leader et miné par les conflits internes, le Portugal est éliminé dès le premier tour après des défaites contre la Pologne et le Maroc. Au retour, plusieurs internationaux sont suspendus de la sélection et Bento, considéré comme l’un des meneurs du mouvement, cristallise une partie des critiques. Sa carrière est déjà terminée, même s’il reste encore quelques années dans l’effectif du Benfica avant de devenir entraîneur des gardiens.

Il s’éteint en 2007, quatre ans après Vítor Damas. Bento appartient probablement à cette catégorie de joueurs nés au mauvais moment : trop tard pour le Benfica impérial des années 1960, trop tôt pour le renouveau international du football portugais des années 1990 et 2000. Avec un autre contexte, il aurait sans doute été plus reconnu hors du Portugal. Pourtant, même sans cela, Manuel Bento reste l’une des personnalités majeures du football portugais.

Numéro 24 : João Pinto

L’âme des Dragões… João Pinto aime à dire, qu’avant l’arrivée du technicien Pedroto et la nomination de Jorge Pinto da Costa à la présidence, son FC Porto partait systématiquement avec un désavantage de trois buts face aux rivaux lisboètes… Pas du genre à baisser les yeux, João débarque à Das Antas à 14 ans, fait ses premiers pas professionnels en 1981, grâce à l’autrichien Hermann Stessl, avant d’investir le couloir droit de la défense pendant 16 ans. Sa vitesse, son esprit combatif, sa haine viscérale de l’ennemi Benfica en font immédiatement un des chouchous des fans. João Pinto est prêt à tous les sacrifices et ne recule jamais, incarnant à merveille le nouvel élan qui habite la perle du Nord au début des années 1980. Frapper le premier, ne tendre la joue en aucune circonstance… Au cours de son long périple avec Porto, João Pinto, homme d’un seul club, se construit un palmarès en béton armé. Neuf championnats, quatre coupes, le record de rencontres auxquels s’ajoutent les premiers exploits internationaux de l’institution.

Tacinhas, un de ses surnoms, est de la finale de Coupe des Vainqueurs de Coupe 1984, à Bâle, où la Juventus fut bien heureuse de repartir avec le trophée. Un mauvais souvenir effacé, trois ans plus tard, à Vienne. Bien qu’ayant éliminé l’épouvantail du Dynamo Kiev en demi-finale, le FC Porto ne fait pas figure de favori face au Bayern. Et cette Coupe aux grandes oreilles, inenvisageable dix ans auparavant, qui semble désormais promise aux Allemands depuis l’ouverture du score de Kögl. Pour tous sauf pour Artur Jorge : « Vous avez 45 minutes pour entrer dans l’histoire, non seulement du football portugais, mais aussi du football européen. » La suite est connue. L’improvisation géniale de Madjer, le coup de grâce de Juary et João Pinto, capitaine en l’absence de Fernando Gomes, qui court à perdre haleine autour du terrain, sans jamais vouloir partager le trophée… Si João ne vivra jamais extase identique, 1987 lui réserve néanmoins d’autres moments d’anthologie. La Supercoupe face à l’Ajax et cette Intercontinentale sous la neige de Tokyo face à Peñarol. Porto est bien la meilleure équipe du Monde…

Sélectionné dès 1983, João Pinto réalise un Euro 1984 de belle facture, tournoi où il est considéré comme le meilleur latéral droit, avant de vivre le naufrage de la Seleçao au Mexique du banc, en raison d’un condition physique jugé insatisfaisante. Titulaire et capitaine d’un vaisseau portugais qui s’échoue à la moindre bourrasque, João Pinto a l’honneur de mener une équipe mondiale lors d’un match d’adieu de Zico et de découvrir Nancy lors du jubilé de Michel Platini. En 1994, lors de sa 67ème apparitions, face au Liechtenstein, il devient le recordman de sélections. Un record qu’il conserve jusqu’à ce que Vítor Baía, autre membre imminent du FC Porto, ne le dépasse. Homme fidèle, dévoué et jamais rassasié, João Pinto était l’un des premiers noms que cochaient ses coachs successifs. C’est à l’un d’eux, Bobby Robson, que nous laissons le plaisir d’achever ce portrait : « Il a un caractère hors du commun, une volonté de gagner immense, une attitude irréprochable. C’est comme s’il avait deux cœurs et quatre jambes. Il est très rare de trouver un joueur comme João Pinto, avec autant de motivation, autant d’ambition. Même blessé, il ne souffre pas. »

Numéro 23 : Paulo Sousa

Dès que l’on évoque Paulo Sousa, revient presque immédiatement cette particularité rare : deux Ligues des champions remportées consécutivement avec deux clubs différents, la Juventus puis le Borussia Dortmund. Comme Marcel Desailly quelques années plus tôt, le Portugais a traversé l’Europe en laissant derrière lui deux saisons victorieuses. Pourtant, résumer Paulo Sousa à cette statistique serait passer à côté de ce qu’il représentait réellement sur un terrain.

Né à Viseu, au cœur du Portugal intérieur, loin des grandes villes côtières, Paulo Sousa appartient à cette génération de joueurs portugais qui ont accompagné la réouverture du football du pays vers l’Europe. La ville où il grandit reste associée à la figure de Viriate, chef lusitanien devenu symbole de résistance face aux Romains. Peut-être y a-t-il quelque chose de cette discrète ténacité dans le football de Sousa. Il n’a jamais été le plus spectaculaire de la génération dorée. Là où Rui Costa séduisait par son élégance et Figo par ses dribbles, Paulo Sousa donnait plutôt l’impression de régler silencieusement le tempo du match. Toujours disponible, toujours bien placé, il jouait avec une forme de simplicité qui masquait parfois son importance.

Formé au Benfica dès l’adolescence, il fait partie de l’équipe qui remporte la coupe du monde juniors en 1989. Il débute la saison suivantechez les professionnels à 19 ans. Lors de cette saison où le club atteint la finale de la Coupe des clubs champions européens, il joue encore peu. Mais l’année suivante, il s’impose comme titulaire au milieu de terrain et remporte son premier championnat du Portugal. Peu à peu, Benfica rassemble plusieurs figures de cette génération montante : Rui Costa, João Pinto, puis le retour de Paulo Futre. Dans cet ensemble offensif et technique, Sousa apporte l’équilibre. En 1993, Benfica remporte la Coupe du Portugal contre Boavista. Futre réalise une grande finale et inscrit notamment un but sur une passe de Sousa. Mais derrière cette victoire commence une période agitée pour le club. Les difficultés financières s’accumulent, les salaires deviennent compliqués à verser et le Sporting tente d’attirer plusieurs cadres du rival lisboète durant ce qui restera comme le « Verão Quente ».

Futre refuse de rejoindre les Lions, encore marqué par un précédent transfert avorté. Rui Costa écarte lui aussi rapidement cette possibilité. Paulo Sousa, lui, vit différemment la situation. Benfica cherche alors à le vendre en Italie sans réellement le consulter. Il dira plus tard s’être senti traité « comme un animal ». Vexé, il refuse les offres italiennes négociées par le club et rejoint finalement le Sporting pour un salaire inférieur et une indemnité de transfert plus faible. Les supporters benfiquistes ne lui pardonneront jamais vraiment ce départ.

Sous le maillot vert et blanc, il réalise pourtant une saison pleine aux côtés de Balakov et du jeune Figo. Le Sporting ne remporte aucun titre, mais Paulo Sousa confirme sa réputation de milieu organisateur capable de donner du rythme et de la cohérence au jeu de son équipe. La Juventus le recrute ensuite dans un contexte de reconstruction. À Turin arrivent aussi Deschamps, Ferrara, Jarni ou Tacchinardi. Dans cette équipe encore en devenir, Paulo Sousa trouve rapidement sa place. Entouré de Deschamps l’aboyeur et Di Livio l’infatigable, il est le géomètre, l’architecte du jeu de la Juventus. Le relais vers le génie créatif de Baggio. La Juventus remporte rapidement le championnat d’Italie, son premier depuis près d’une décennie. En Coupe UEFA, les Turinois échouent ensuite en finale contre Parme. Un autre Baggio, parti justement quelques mois plus tôt de la Juve, inscrit les deux buts parmesans.

La saison suivante, la Juventus remporte la Ligue des champions. Après avoir éliminé notamment Nantes dans une demi-finale qui reste un mauvais souvenir pour nous, supporters français, il devient le premier Portugais à gagner une Ligue des champions avec un club non portugais. Quelques semaines après ce succès, il surprend pourtant tout le monde en quittant Turin pour Dortmund. Le choix paraît étrange à l’époque. Pourtant, un an plus tard, Dortmund affronte justement la Juventus en finale de Ligue des champions, après un autre souvenir difficile pour nous, supporters français, face à Auxerre. Les Allemands s’imposent et Paulo Sousa devient donc le deuxième joueur à gagner deux C1 de suite avec deux clubs différents, depuis seul Eto’o aura réussi l’imiter.

Mais derrière cette réussite européenne, son corps commence déjà à céder. Ses genoux souffrent de plus en plus et son temps de jeu diminue fortement. À seulement 28 ans, il semble déjà entamer la dernière partie de sa carrière. Après Dortmund, il retourne en Italie à l’Inter, puis passe par Parme, le Panathinaïkos et l’Espanyol. Par moments, sa qualité technique et sa lecture du jeu réapparaissent, mais physiquement, il ne peut plus enchaîner. Il met fin à sa carrière à seulement 31 ans.

En sélection, son parcours reste plus discret. L’Euro 1996 demeure son principal tournoi international. Le Portugal, encore un peu vert, y est éliminé par la République tchèque sur un délicieux lob de Poborský. Paulo Sousa manque ensuite la Coupe du monde 1998 à la suite d’une élimination douloureuse et participe à l’Euro 2000 dans un rôle secondaire.

Comme entraîneur, son parcours sera plus irrégulier. Sa prestance et sa classe sont restées les mêmes, mais les résultats ont rarement suivi durablement. Les supporters bordelais gardent notamment le souvenir d’un passage compliqué, et il poursuit aujourd’hui sa carrière sur les bancs des Émirats arabes unis. Il reste l’image d’un milieu élégant, cheveux au vent, capable de ralentir ou d’accélérer un match sans jamais donner l’impression de forcer son talent. Un joueur dont la carrière internationale manque peut-être d’un grand moment, mais dont l’influence dans les grands clubs européens des années 1990 demeure importante.

Numéro 22 : Nené

« On marque des buts debout, pas couché… » Pour ses détracteurs, Nené avait la fâcheuse tendance à disparaître pendant la majorité d’une rencontre et de refuser de se salir les mains. Économe en efforts et simagrées techniques, il était un joueur rationnel, doté d’un exceptionnel sens du placement. Né en 1949, près de Porto, Nené accompagne son paternel au Mozambique où il demeure jusqu’à ses 17 ans. Sa notoriété naissante balle aux pieds fait la fierté de sa famille qui n’hésite pas à envoyer une coupure de presse élogieuse à un cousin, un certain Domiciano Cavém : « Quand j’étais enfant, je ne rêvais que d’être footballeur ou artiste. Je suis finalement devenu footballeur, grâce à mon cousin, Domiciano Cavem, double champion d’Europe. C’est un cousin germain, son père est l’oncle de mon père. Il m’a toujours soutenu et a toujours été là pour moi. » Débarqué à Lisbonne en 1967 et vivant en foyer, il fait ses débuts un an plus tard, en tant que milieu droit et tente discrètement de faire sa place au sein d’un groupe où les figures de Coluna et Eusébio imposent un respect religieux : « Eusébio était une personne très humble et un athlète exemplaire. Nous connaissions tous ses excès, mais une fois sur le terrain, il était toujours le meilleur. C’était un athlète hors pair. Il s’entraînait dur après l’effort : course, tirs, coups francs… Il avait un don incroyable pour les coups francs, une capacité hors du commun à placer le ballon où il voulait. L’une des premières fois où j’ai joué avec lui, il m’a chuchoté : Nené, ne touche pas au ballon, je vais tirer directement là. Et c’est exactement ce qui s’est passé : il a logé le ballon dans la lucarne et je suis resté sans voix, me demandant comment il avait fait… »

Installé durablement sur l’aile droite par Jimmy Hagan en 1970, Nené régale les fans de ses débordements et centres précis, est élu meilleur joueur du pays et fait ses débuts internationaux en 1971. Sa renommée dépasse désormais les frontières et il le plaisir de se joindre à un combiné européen en 1973, comprenant Eusébio, Cruyff ou Facchetti. Mario Wilson a la brillante idée de le mettre avant-centre en 1975, un poste qui fera sa gloire et qu’il ne quittera plus : « Je marquais déjà pas mal de buts, et un jour, il m’a annoncé que j’allais jouer avant-centre car j’étais très rapide, je faisais de bons appels et j’avais une excellente lecture du jeu. A partir de là, ce fut un enchaînement… » Nené, buteur vorace, rejoint sur le podium historique les Eusébio et José Aguas, accumulant les moments glorieux, tels un quintuplé face à l’Ajax lors du tournoi de Paris, deux pichichi et franchissant la barrière des plus de 260 buts pour l’institution. Sans rival nationalement, Nené n’échappe néanmoins pas aux critiques, une image de timoré, bien éloignée de la réalité selon lui : « Si certains joueurs se mettent dans des situations délicates, pour eux-mêmes et leurs clubs, c’est leur problème. Je ne suis pas comme ça. Ce que je sais faire, c’est me démarquer au bon moment, en essayant de ne gêner personne. Quant aux insultes, je peux les supporter une heure et demie sans broncher. Une chose est sûre : j’ai toujours joué ainsi, depuis l’enfance. Je ne regrette pas d’avoir toujours été fair-play envers mes adversaires et le public. Je crois qu’avec cette approche, j’ai toujours servi mon club avec dignité. Quant aux paroles qu’on me balance, elles sont le reflet de ceux qui les adoptent, cela ne me concerne pas. » Convaincu de l’archaïsme des méthodes d’entraînement, Nené, déjà vétéran, accueille avec joie l’arrivée en 1982 du suédois Eriksson et est une pierre angulaire du magnifique parcours de Benfica lors de la Coupe de l’UEFA 1983. A lui-seul, il pèse 10 championnats nationaux en 18 années avec Benfica.

Mais Nené n’a pas brillé uniquement à Benfica, il s’est également illustré en équipe nationale. Pendant 13 ans, il court après le glorieux passé de la Seleçao, marque plus de 20 buts et ouvre à 34 ans la voie de la demi-finale de l’Euro 1984, face à la Roumanie. La bande de Platini est son dernier partenaire de danse, il dépasse désormais son mentor Eusébio au nombre de sélections. Retraité en 1986, Nené est l’un des attaquants les plus versatiles du foot portugais, ayant brillé sur tous les fronts et devant sa réussite et son exceptionnelle longévité à une routine et à un mode de vie quasi-monacale :« Déjà à l’époque, je trouvais l’entraînement insuffisant pour les athlètes. Alors, comme j’habitais près de Monsanto, après l’entraînement, j’allais y courir car je sentais que j’avais encore quelque chose à construire. C’est comme ça que j’ai fini par jouer jusqu’à presque 37 ans. Sinon, j’aurais fini comme la plupart des joueurs de cette époque, vers 29 ou 30 ans. Quant au secret de la longévité, il n’y en a pas d’autre que de mener une vie paisible, sans excès nuisibles. Je n’ai jamais bu que de l’eau, pas même des jus de fruits. Et je n’ai jamais pris aucun médicament. Il est essentiel de faire de l’exercice physique, de bien se reposer et d’avoir une alimentation saine. Et les étirements sont indispensables pour les muscles… »

Numéro 21 : Deco

De son nom complet Anderson Luís de Souza, celui que tout le monde connaît sous le surnom de Deco — diminutif tiré de de Souza — naît dans l’État de São Paulo en 1977. Fils d’un père portugais émigré au Brésil et d’une mère brésilienne d’origine japonaise, il grandit dans un environnement modeste mais stable, loin des récits les plus misérabilistes souvent associés au football brésilien. Très tôt, le ballon devient central dans sa vie. À 18 ans, il rejoint les Corinthians, mais son aventure prend rapidement une autre direction : comme beaucoup de jeunes compatriotes ce sera le Portugal. Benfica le recrute. Mais les Aigles le jugent rapidement pas au niveau, jugé trop léger, il est prêté à Alverca, club satellite du Benfica, où il évolue notamment avec un autre joueur prêté par Benfica : Maniche.

La saison est bonne. Deco marque douze buts et participe à la montée du club du Ribatejo en première division. Pourtant, Benfica ne le conserve pas et le vend à Salgueiros, club de la périphérie de Porto. Là encore, il convainc rapidement. Après une demi-saison réussie, le FC Porto le recrute dès le mercato hivernal. Au départ, son rôle reste limité. Zlatko Zahovič occupe son poste et Porto domine déjà le football portugais, remportant un cinquième titre consécutif, un record. Mais lorsque le Slovène quitte le club, Deco commence à s’installer au cœur du jeu portiste. Sous Fernando Santos, il progresse tactiquement et apprend à mieux gérer un corps parfois fragile. Puis José Mourinho arrive en janvier 2002.

Porto traverse alors une période plus compliquée et Mourinho décide de reconstruire l’équipe autour de Deco. Il fait également venir Maniche et façonne progressivement un groupe qui marquera durablement l’histoire du football portugais. Le changement se voit immédiatement dans le jeu du Brésilien. Lors de la saison 2001-2002, Deco avait surtout brillé par ses buts et éclats individuels, avec 19 réalisations mais peu de passes décisives. Un an plus tard, son rôle évolue : il devient le véritable organisateur de l’équipe et termine la saison avec 21 passes décisives. Porto remporte le championnat, la coupe et surtout la Coupe UEFA contre le Celtic, au terme d’une finale où Deco éclaire le jeu portugais. Seize ans après leur premier titre européen, Porto apporte un nouveau trophée au foot portugais.

L’Europe découvre alors ce meneur technique, capable d’éliminer dans les petits espaces et de ralentir ou accélérer le jeu avec une rare intelligence. Les offres commencent à arriver, mais Pinto da Costa convainc son joueur de rester une saison supplémentaire. Le président portiste lui promet qu’une belle campagne de Ligue des champions est possible que la saison suivante il rejoindra le club dont il rêve : le FC Barcelone.

L’année 2003 marque aussi un tournant international. Deco accepte de représenter le Portugal. Luiz Felipe Scolari, devenu sélectionneur portugais après avoir conduit le Brésil au titre mondial, résume alors la situation avec une phrase restée célèbre : « Une des grandes erreurs de ma carrière a été de ne pas sélectionner Deco avec le Brésil. Aujourd’hui, je suis heureux qu’il joue pour le Portugal. »Dans le vestiaire portugais, l’accueil est d’abord froid. Certains cadres voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un Brésilien naturalisé. Le hasard du calendrier lui offre pourtant une entrée idéale : sa première sélection a lieu contre le Brésil, à Porto. Ce soir-là, Deco marque sur un coup franc frappé au ras du poteau et fait basculer une partie des doutes.

Si 2003 avait été une grande année, 2004 l’installe définitivement parmi les meilleurs joueurs européens. Avec Porto, il remporte la Ligue des champions. À l’époque, personne n’imagine encore qu’il s’agira du dernier sacre d’un club hors de l’oligarchie du foot européen. Tout au long de la compétition, Deco dirige le jeu avec calme et vista. Il est élu meilleur joueur de la finale puis meilleur joueur UEFA de la saison. Quelques semaines plus tard arrive l’Euro organisé au Portugal. Deco commence le tournoi sur le banc derrière Rui Costa, mais la défaite inaugurale contre la Grèce pousse Scolari à modifier son équipe. Comme Ricardo Carvalho, il devient titulaire et ne quittera plus le onze portugais. Le Portugal atteint la finale, encore contre la Grèce, mais Deco échoue à remporter un doublé historique. Malgré cette saison exceptionnelle, Deco ne termine que deuxième du Ballon d’Or. Cela ne l’empêche pas de rejoindre le club qu’il espérait depuis plusieurs années : le FC Barcelone.

En Catalogne, il devient rapidement le joueur chargé de donner le rythme à l’équipe. Aux côtés de Ronaldinho et Samuel Eto’o, il participe au renouveau européen du Barça. En 2006, les Blaugranas remportent leur deuxième Ligue des champions, quatorze ans après celle de Wembley. Dans cette équipe encore jeune, Lionel Messi dira plus tard : « Deco ne parlait pas beaucoup, mais quand il parlait, tout le monde l’écoutait. » Quelques semaines après cette nouvelle victoire européenne, Deco dispute la Coupe du monde 2006 avec le Portugal. Il réalise un grand tournoi et mène le milieu portugais avec autorité. Suspendu après la « bataille de Nuremberg » contre les Pays-Bas, il manque le quart de finale face à l’Angleterre. Il revient ensuite contre la France en demi-finale et livre une prestation de haut niveau, mais le Portugal tombe face au bloc défensif français.

Les années suivantes sont plus irrégulières. Son physique décline progressivement et l’arrivée de Guardiola au Barça marque la fin de son aventure catalane. Le nouvel entraîneur souhaite renouveler l’effectif et pousse Deco vers la sortie. Il rejoint alors Chelsea, où il remporte notamment une Premier League avant de rentrer au Brésil sous les couleurs de Fluminense, quatorze ans après avoir quitté son pays natal.

Il prend sa retraite à 35 ans avec un palmarès considérable : deux Ligues des champions, une Coupe UEFA, plusieurs championnats et coupes au Portugal, deux Liga, une Premier League, deux FA Cups, deux championnats du Brésil, une finale d’Euro et une demi-finale de Coupe du monde. Une belle réussite pour un joueur que Benfica jugeait autrefois trop léger pour le football européen. En 2014, son jubilé oppose symboliquement ses deux grands clubs : Porto et Barcelone, au stade du Dragon. Après sa carrière, Deco se tourne vers le scouting puis la direction sportive. Il occupe aujourd’hui le poste de directeur sportif du FC Barcelone.

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21 commentaires pour "Os Imortais (partie 6)"

  1. Alexandre dit :

    Des profils sérieux!, pas des rigolos. D’ailleurs un totem premier que m’a toujours suggéré le foot portugais, vraiment le truc qui me vient à chaque fois d’abord à l’esprit : travail, travail, travail.

    Je ne soupçonnais pas cette importance de Nené dans le football portugais.

    J’aurais juré que Deco avait remporté le BO, c’est marrant.

    Première fois que j’entends parler de ce « Golden Foot », j’y vois des lauréats sportivement assez zarbi (Higuita..) et je comprends mieux pourquoi en voyant d’où ça procède : un gadget monégasque, Deco valait mieux que ça et même, l’y retrouver est étonnant tant ça paraît bling-bling comme bazar.

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  2. Khiadiatoulin dit :

    Drago Vabec, joueur génial.

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    1. AlphaBet17 dit :

      Probablement dans un top 10 du Dinamo Zagreb, oui.

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  3. Khiadiatoulin dit :

    Zé Gato, c’est le titulaire lors de la finale de la Coupe de l’indépendance au Brésil en 72, qui est le seul moment glorieux de la Seleçao dans la décennie.

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  4. Khiadiatoulin dit :

    Diamantino, autre nom qui aurait sa place dans un top 100.

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    1. Verano82 dit :

      Lui, c’était la classe. Comme Nené d’ailleurs, des joueurs magnifiques à regarder.

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      1. Alexandre dit :

        Pareil, super joueur.

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      2. Khiadiatoulin dit :

        Oui, Nene, immense joueur qui a su être encore plus efficace au centre. Mais à l’aile, il carburait déjà. Son Euro 84 ressemble un peu à celui de Santillana qui n’avait pas brillé en compétition internationale.

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    2. Rui Costa dit :

      Oui et c’est ce que je met dans le texte sur Bento. Toute cette génération (Diamantino pas Nene) qui vient de Barreiro, Setubal et cie c’est un vrai tournant. Bento était vraiment le « papa », de ces joueurs ayant grandi dans la contestation de la dictature et ayant grandi dans un des rares coins ouvriers du pays.

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  5. Khiadiatoulin dit :

    Bento, oui, super gardien. La relation avec Damas était vraiment bonne malgré la concurrence.

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    1. Verano82 dit :

      Mes souvenirs sont flous et je ne saurais pas l’expliquer mais je n’arrive pas à m’enthousiasmer pour Bento. Peut être sa taille ? Une faiblesse qu’il a transformé en atout car ça l’obligeait à être spectaculaire ? Un Ettori ++ eh eh ?

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      1. Alexandre dit :

        Pour moi : un style peu academique, mais efficace et qui ne lachait rien.

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      2. Rui Costa dit :

        Oui sa petite taille était un gros handicap mais pour un goal se cette taille il était très bon sur sa ligne.
        Si il avait eu 10-15 ans de plus il aurait pu être le gardien du grand Benfica, avec lui sur qu’ils auraient 2-3 C1 de plus. Bento c’est le gars qui manquait au Benfica des 60’s et a la sélection de 66.

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  6. Rui Costa dit :

    Bento c’est sûrement le joueur portugais le plus respecté par ceux qui l’ont cotoyé. Ça avait l’air d’être un sacré gars.

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  7. Rui Costa dit :

    A contrario Sousa c’est un sacré joueur mais il n’est rattaché avec aucun club portugais. Rare pour un joueur de ce calibre. Il a quitté Benfica en traître, n’a fait qu’une saison au Sporting. Aucun des deux clubs ne le revendiquent dans leur panthéon.

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    1. Khiadiatoulin dit :

      Il avait pas été meilleur joueur de Serie A ?

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  8. Khiadiatoulin dit :

    João Pinto, titulaire indiscutable à droite dans un onze portugais.

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    1. Khiadiatoulin dit :

      Deco, joueur très fin. J’avais beaucoup aimé son arrivée au Barça.

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      1. Khiadiatoulin dit :

        D’ailleurs, je crois que je préfère le Barça de Rijkaard à celui de Guardiola en 2009-11. Gio, Marquez, Giuly, Deco, Eto’o, Ronaldinho… Et ce petit Messi qui pointait le bout de son nez. Moins distributeur de bons points certainement.

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      2. Khiadiatoulin dit :

        Et oui, maintenant que tu l’écris, je vois les traits asiatiques de Deco.

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      3. Alexandre dit :

        Pareil, je préfère celui de Rijkaard, quoique, Rijkaard.. Dans le microcosme « introduit » NL, on considère plutôt que ce fut l’oeuvre de son adjoint ten Cate, j’en avais parlé ici :

        https://www.pinte2foot.com/article/11-du-siecle-go-go-goahead-bonus

        Mais bon.. : priorité aux « noms », comme ça que ça marche.

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