Os Imortais (partie 8)

Une proposition de top 50 des meilleurs joueurs portugais de l'histoire par deux de nos rédacteurs. Partie 8/10

Les Tops

Numéro 15 : José Augusto

Pour les besoins de ce classement, nous avons revu de nombreux matchs du Portugal et des grands clubs portugais. En regardant les rencontres de la Coupe du monde 1966, un constat s’est imposé : José Augusto est probablement le moins spectaculaire des attaquants portugais de cette génération. Son jeu paraît aujourd’hui moins moderne que celui d’un António Simões, moins flamboyant qu’un Eusébio et moins élégant qu’un Coluna. Pourtant, il figure plus haut dans ce classement que Simões par exemple . La raison est simple : lorsqu’il se passe quelque chose d’important dans le football portugais des années 1960, José Augusto n’est jamais très loin.

Comme beaucoup de joueurs de cette époque, il naît à Barreiro, sur la rive sud du Tage. Il débute au Barreirense où il passe quatre saisons remarquées, inscrivant une cinquantaine de buts. Ses performances attirent rapidement l’attention des grands clubs du pays. Il hésite entre Porto et Benfica avant de choisir Lisbonne. Son arrivée coïncide avec celle de Béla Guttmann, au moment où le club construit l’équipe qui va marquer l’histoire du football européen. L’adaptation est immédiate. Dès sa première saison, son sens du placement et sa capacité à apparaître dans les espaces lui permettent d’inscrire 26 buts, un total proche de celui de José Águas. Benfica retrouve alors le titre de champion après deux saisons sans sacre grâce à ce duo offensif inarrêtable.

La saison suivante est celle de la révélation européenne. Lors de la campagne victorieuse en Coupe des clubs champions 1960-1961, José Augusto marque à sept reprises. Il inscrit deux buts contre les Écossais de Hearts, un doublé à la Luz face à Újpest et surtout trois buts contre Aarhus en quart de finale, dont deux au Danemark. À l’issue du match retour, les supporters danois, séduits par sa prestation, le portent même en triomphe. Benfica réalise alors le doublé championnat-Coupe d’Europe. L’année suivante, les Aigles conservent leur couronne continentale. José Augusto est un peu moins décisif statistiquement, même s’il se distingue encore avec des doublés face à Tottenham et Nuremberg. Entre-temps, l’émergence d’Eusébio puis celle de José Torres modifient progressivement son rôle. Il reste davantage collé à son aile et participe moins directement à la finition. Son intelligence de placement continue néanmoins à faire des différences, notamment dans le jeu aérien où il se montre particulièrement efficace malgré un physique qui n’impressionne pas au premier regard.

Cette faculté à surgir au bon endroit apparaît encore lors de la Coupe du monde 1966. Si Eusébio attire naturellement toute la lumière, José Augusto termine lui avec trois buts, à égalité avec José Torres et juste derrière la Panthère noire. Son doublé contre la Hongrie reste l’un des moments importants du parcours portugais contre une sélection forte d’Europe. C’était alors le cinquième match contre le Nemzeti Tizenegyn, séléction qui n’a jamais battu le Portugal en 16 rencontres étalées de 1926 à aujourd’hui. Les chiffres permettent d’ailleurs de mieux mesurer sa place dans l’histoire. Avec près de trente buts en Coupe d’Europe des clubs champions, il demeure l’un des meilleurs buteurs portugais de l’histoire de la compétition. Seuls Eusébio et Ronaldo ont fait mieux. À cela s’ajoutent huit titres de champion du Portugal, trois Coupes du Portugal, deux Coupes d’Europe des clubs champions, une troisième place en Coupe du monde et 45 sélections avec l’équipe nationale.

Après sa carrière de joueur, il devient entraîneur et dirige plusieurs clubs au Portugal, mais aussi en Espagne, notamment à Logroñés, ainsi qu’au Maroc. Il occupe également différents postes au sein des sélections portugaises, dirigeant l’équipe nationale avant la Révolution des Œillets, puis les Espoirs et la sélection féminine. Aujourd’hui encore, José Augusto demeure une figure respectée du football portugais. Il n’est pas le plus brillant, ni le plus glamour mais dans sa vie comme sur le terrain il a toujours été là où il le fallait. Âgé de 89 ans Benfica continue de lui rendre hommage comme à l’un des derniers représentants de son âge d’or. Et lorsqu’il prend la parole devant les supporters encarnados, il termine souvent de la même manière, avec une formule devenue mythique pour plusieurs générations de Benfiquistes : « Viva o Benfica ! »

Numéro 14 : Germano

Quand on établit un classement des meilleurs joueurs à travers les époques, il est toujours difficile de trouver le bon équilibre entre le talent pur, les qualités techniques, le palmarès, l’influence ou encore l’aura laissée dans la mémoire collective. Germano n’était probablement pas un défenseur aussi complet que le furent plus tard Humberto Coelho ou Vicente Lucas. Pourtant, il les précède dans ce classement. Sans doute parce qu’il fut l’un des visages des années dorées du Benfica européen, mais aussi parce qu’il incarnait une certaine idée du défenseur : calme, intelligent, élégant, capable d’imposer son autorité sans jamais avoir besoin d’en faire trop.

Né dans un milieu modeste de la banlieue de Lisbonne, comme beaucoup de footballeurs portugais de sa génération, Germano débute à l’Atlético Clube de Portugal. Il y joue principalement au milieu de terrain et est capable de contrôler le rythme d’un match à lui seul, il devient rapidement la figure centrale de l’équipe. Ses performances attirent l’attention du Sporting, qui souhaite le recruter. Mais le destin en décide autrement. Atteint de la tuberculose, Germano passe de longs mois à l’hôpital de Caramulo. Sans lui, l’Atlético est relégué. À son retour, il contribue immédiatement à la remontée du club, confirmant l’influence qu’il exerce déjà sur le terrain.

En 1960, il rejoint le Benfica de Béla Guttmann. Le technicien hongrois voit en lui bien davantage qu’un simple milieu défensif et le fait progressivement reculer dans l’axe de la défense. La suite appartient à l’histoire du club. Avec sa calvitie naissante, sa fine moustache et son allure presque austère, celui que certains surnomment « Monsieur Livre » ou « Docteur Jivago » devient l’un des symboles du grand Benfica des années 1960. Il remporte les Coupes d’Europe de 1961 et 1962, participe à la finale perdue de 1963 et connaît encore les grandes campagnes européennes suivantes. En 1965, contre l’Inter de Milan, il doit même remplacer Costa Pereira dans les buts après la blessure du gardien portugais. Malgré une prestation courageuse, les mauvaises langues diront qu’il aura même été plus sûr que le gardien titulaire, l’infériorité numérique finit par coûter le titre aux Lisboètes.

L’année suivante, lors de la Coupe du monde anglaise, un coup du sort vient encore le frapper. Blessé dès le premier match contre la Bulgarie, il doit laisser sa place au défenseur du Sporting João Baptista. L’absence de Germano prive alors le Portugal d’un élément essentiel de son équilibre défensif. L’association qu’il formait avec Vicente Lucas avait pourtant tout d’une complémentarité idéale : d’un côté Vicente, défenseur mobile, agressif et infatigable ; de l’autre Germano, plus posé, organisateur et relanceur. Une association que l’on retrouvera souvent dans le foot des années 80-90, nous pouvons penser par exemple à Blanc et Desailly. Aucun des deux ne sera présent lors de la demi-finale contre l’Angleterre. Difficile de savoir ce qu’aurait été cette rencontre avec eux sur la pelouse, mais leur absence pesa certainement.

Pour comprendre la place particulière qu’occupe Germano dans l’histoire du football portugais, il faut écouter ceux qui ont joué avec lui ou contre lui. António Simões le décrivait comme « le premier Beckenbauer de l’histoire du football ». Une comparaison sans doute excessive, mais révélatrice de l’impression qu’il laissait à ses contemporains. Simões expliquait : « À cette époque, il avait déjà démontré, par son intelligence et sa capacité à lire tout ce qui se passait autour de lui, une aisance remarquable avec le rythme et les exigences tactiques et physiques. Il était en avance sur son temps. ». Cette idée d’un joueur capable d’anticiper les situations revient constamment dans les témoignages.

Vicente Lucas, pourtant lui-même considéré comme l’un des plus grands défenseurs portugais de son époque, racontait : « J’ai toujours été impressionné par la simplicité avec laquelle il résolvait les situations les plus difficiles. Il possédait une intuition extraordinaire. Il savait toujours où le ballon allait tomber avant tout le monde. » Il insistait également sur ses relances et sa qualité de passe longue, rares à une époque où les défenseurs centraux étaient rarement considérés comme des organisateurs. Fernando Cruz, arrière gauche du Benfica,  apportait une nuance intéressante : « Germano n’assurait jamais la couverture latérale, ce qui nous obligeait, Neto et moi, à être très vigilants dans la gestion de cet espace. » Un rappel utile : même les grandes figures ont leurs limites et leurs imperfections. Les éloges dépassaient d’ailleurs largement le cadre du Benfica. José Carlos, joueur du Sporting, estimait en 2015 que : « S’il revenait aujourd’hui, il serait l’un des meilleurs défenseurs centraux du monde et certainement l’un des plus convoités. » Hilário, autre légende du Sporting, gardait surtout le souvenir d’un homme : « Je me souviens de Germano comme d’un homme d’une grande gentillesse, sur et en dehors du terrain. Je l’ai toujours considéré comme mon mentor en équipe nationale. Dès ma première convocation, alors qu’il était déjà un joueur expérimenté, il a toujours fait preuve de bienveillance à mon égard, ce qui a grandement contribué à ma progression.»

Au fil des décennies, les témoignages ont fini par dessiner un portrait assez cohérent. Celui d’un joueur doté d’une intelligence de jeu exceptionnelle, capable d’anticiper les événements quelques secondes avant les autres. Un défenseur qui compensait des qualités athlétiques relativement ordinaires par son placement, sa lecture du jeu et sa maîtrise technique. Un homme respecté autant pour son football que pour son comportement. Aujourd’hui encore, lorsque les anciens joueurs ou les amoureux du football portugais composent un onze de légende, le nom de Germano revient régulièrement. Peut-être parce qu’au-delà des trophées et des statistiques, il a laissé l’image d’un joueur qui donnait toujours l’impression d’avoir compris le match avant les autres.

Numéro 13 : Fernando Gomes

Il y a quelques mois, André Villas-Boas présentait aux supporters du FC Porto le documentaire Nasceu para Marcar (« Né pour marquer »), consacré à Fernando Gomes. Une manière de rappeler ce que représente encore aujourd’hui le treizième de notre classement : une légende du FC Porto, peut-être même la plus grande. Né à Porto, Fernando Gomes devient très jeune socio du club et accompagne son père aux Antas. À seize ans, il réalise déjà un premier rêve en intégrant les équipes de jeunes du FC Porto. Il y remporte la Coupe du Portugal juniors en terminant meilleur buteur. Son talent est tel qu’à dix-sept ans, Béla Guttmann, alors entraîneur du club, l’invite déjà à s’entraîner avec les professionnels. Le technicien hongrois lui conseille cependant de poursuivre encore une saison chez les juniors.

Quelques mois plus tard, son successeur, le champion du monde 1962 Aymoré Moreira, n’attend pas davantage. Impressionné par le « menino », il lui offre sa chance malgré la présence d’attaquants confirmés comme Cubillas, Flávio ou Abel. Gomes débute en première division contre le CUF et marque un doublé lors d’une victoire 2-1. Dix jours plus tard, il découvre l’Europe face à Wolverhampton et trouve encore le chemin des filets. Le temps d’adaptation est inexistant : pour sa première saison, il inscrit 18 buts en 28 matchs alors qu’il n’a pas encore dix-huit ans. Deux ans plus tard, il est déjà la principale arme offensive du FC Porto. En 1977, il dépasse les trente buts et décroche son premier titre de meilleur buteur.

Cette même année, un autre personnage essentiel de l’histoire portista retrouve le club : Pinto da Costa revient comme directeur sportif et convainc José Maria Pedroto de prendre les commandes de l’équipe. Avec Américo de Sá à la présidence, Porto retrouve enfin le sommet. Les Dragons remportent deux championnats consécutifs, les premiers depuis 1959. Fernando Gomes termine à chaque fois meilleur buteur avec 28 puis 30 réalisations. Le contraste avec les géants lisboètes est alors saisissant : Benfica possède déjà vingt-trois titres de champion, le Sporting dix-sept, tandis que Porto n’en compte que sept. La saison suivante, Porto échoue dans la course au titre. Les tensions internes se multiplient et Pinto da Costa est écarté. Dans ce contexte d’instabilité, le Sporting de Gijón débourse près de 60 millions de pesetas pour attirer Gomes, l’un des plus gros transferts de l’époque.

L’aventure espagnole ne se déroule pourtant pas comme prévu. Deux saisons plus tard, Pinto da Costa est revenu à la tête du club et sa première action est de faire rentrer Gomes à la maison. Son retour est spectaculaire : il inscrit cinquante buts toutes compétitions confondues lors de sa première saison complète. Cette performance lui offre son premier Soulier d’Or européen. Il en remportera un second en 1985 avec 39 buts en championnat. Ce qui lui vaudra pour le reste de la carrière le surnom de Bibota, « le double soulier ». Entre 1983 et 1988, le FC Porto connaît l’une des plus belles périodes de son histoire : trois championnats, deux Coupes du Portugal, une finale de Coupe des Coupes et surtout la Coupe des clubs champions en 1987. Ironie du sort, Gomes manque la finale de Vienne contre le Bayern Munich à cause d’une blessure. Son histoire avec la Coupe d’Europe reste ainsi un peu particulière : malgré des statistiques extraordinaires au Portugal, son impact continental est moins spectaculaire que celui d’autres grands attaquants de son époque. La sélection nationale lui offrira également moins d’occasions de briller qu’à certains de ses contemporains. En 47 sélections, il inscrit 13 buts. Il ne marque ni à l’Euro 1984 ni lors de la Coupe du monde 1986. En revanche, il restera l’auteur des deux buts de la victoire portista contre Peñarol lors de la Coupe intercontinentale 1987.

À la fin des années 1980, les relations avec le club se dégradent. Tomislav Ivić remet en question son statut et le laisse même sur le banc lors de la Supercoupe d’Europe. Les supporters des Antas ne l’acceptent guère. Puis viennent les tensions avec les dirigeants. Un soir, Gomes s’indigne de voir les responsables du club dîner avant les joueurs à la veille d’une rencontre importante. Les mots dépassent la pensée, la rupture devient inévitable. L’impensable se produit alors : Fernando Gomes quitte le FC Porto pour rejoindre le Sporting. À Lisbonne, il réussit une dernière grande saison, inscrivant 31 buts et guidant les Lions jusqu’aux demi-finales de la Coupe UEFA.

Lorsqu’il raccroche les crampons, il laisse derrière lui 319 buts en championnat portugais. Autant de buts que la légende Eusébio, seul Peyroteo ayant fait mieux. Plus qu’un buteur, Gomes est devenu une figure identitaire du FC Porto. Après sa carrière, il reste longtemps au service du club, notamment au sein de la structure sportive et du recrutement. Lorsqu’il disparaît en 2022, Pinto da Costa peine à trouver les mots : « Nous perdons l’un des plus grands supporters du FC Porto que je n’aie jamais connus. Depuis son enfance, son amour pour le FC Porto était hors du commun. Toute sa vie a été liée aux plus grands succès du club. » Cette phrase résume sans doute mieux que n’importe quelle statistique ce qu’a représenté Fernando Gomes. Un immense attaquant, bien sûr. Mais surtout un enfant de Porto qui a passé sa vie à marquer pour le club qu’il aimait.

Numéro 12 : Matateu

Nous avons déjà parlé de Belenenses et de Matateu dans le top précédent, lors du portrait de son frère Vicente. Sebastião Lucas da Fonseca est plus âgé de huit ans et, lorsque Vicente arrive au Portugal, il est déjà une star. Celui qui reste, sans réelle discussion possible, le plus grand joueur de l’histoire du club de Belém, n’a pourtant rejoint la métropole qu’à 24 ans. Au Mozambique, il évolue depuis plusieurs saisons au Grupo Desportivo 1º de Maio, club affilié à Belenenses, et s’y impose comme l’un des grands talents du football colonial portugais. Porto tente le premier de le faire venir sur le continent, mais sa mère craint de le voir partir seul dans la grande ville du nord. L’offre est refusée. C’est finalement João Belo, ancien joueur de Belenenses et international portugais, qui convainc Matateu de rejoindre les Bleus de Lisbonne à l’été 1951.

Il ne lui faut que quelques semaines pour conquérir le public du Restelo. Son premier grand match arrive contre le Sporting où joue encore « quatre violons », avec Travassos comme leader de l’équipe. Belenenses s’impose 4-3 et Matateu inscrit un doublé, omniprésent dans le jeu offensif et véritable homme du match. À la fin de la rencontre, les supporters envahissent le terrain et le portent en triomphe jusqu’à la tribune de presse. Beaucoup raconteront plus tard que, pour la première fois au Portugal, des Blancs portaient un Noir en héros populaire. Pour sa première saison, il inscrit 17 buts et Belenenses lutte longtemps pour le titre avant de terminer quatrième derrière les trois grands. L’année suivante est encore plus impressionnante : 29 buts en 26 matchs et une troisième place. Puis vient cette saison 1954-1955 qui reste l’un des grands regrets de l’histoire du club. Belenenses passe tout près du titre mais le perd dans les dernières minutes de la dernière journée face au Sporting. Matateu termine malgré tout meilleur buteur du championnat avec 32 réalisations.

Cette année 1955 reste surtout marquée par un match international devenu fondateur dans l’histoire du football portugais. Le 22 mai, à l’Estádio das Antas, le Portugal affronte l’Angleterre. Huit ans plus tôt, les Anglais avaient humilié la sélection portugaise 10-0 lors de leur première visite dans le pays. Cette fois, le Portugal gagne 3-1 et Matateu livre une prestation immense. Sur le premier but portugais, il remet intelligemment le ballon à José Águas pour l’égalisation. Puis, à dix minutes de la fin, il marque un but qui entre immédiatement dans la mémoire collective : percussion plein axe, défenseurs éliminés dans la course et frappe puissante pour battre Williams. Le stade explose. Certains supporters doivent même être évacués après des malaises dans les tribunes. La presse anglaise est fascinée. Le Daily Sketch le surnomme « la huitième merveille », rappelant que Matateu signifie justement cela au Mozambique [1]. Le journal décrit un joueur capable « de dribbler comme un magicien et de frapper comme un canon ». Le texte ajoutait ensuite : « Hormis Matthews, nous n’avions aucun attaquant digne de rivaliser avec Matateu . »  Le Daily Mail insiste sur sa puissance balle au pied et sur la menace constante qu’il représente pour la défense anglaise. Le Times évoque « un joueur trop rapide pour être contenu ». En quelques jours, Matateu devient une figure connue bien au-delà du Portugal.

Quelques semaines plus tard, il confirme cette réputation lors de la Coupe latine disputée à Paris contre le Real Madrid et le Milan. Alors que beaucoup attendent Di Stéfano, une partie de la presse française ressort surtout impressionnée par le Mozambicain de Belenenses. Miroir Sprint parle d’« un Roy Robinson en maillot bleu roi » ou encore « Ses dribbles asymétriques et  ses feintes ont enthousiasmé les spectateurs », et conclut avec « Paris, qui se souvient à revu en lui, le Ben Barek d’il y a 15 ans ». France Football écrit même : « On attendait Di Stéfano, et on a eu Matateu. » Chaque exhibition à l’international se traduit ainsi par une admiration de la presse locale, même si son club peine à briller, il est à chaque fois distingué comme l’attraction du match. Comme son frère plus tard, il remporte la Coupe du Portugal en 1960 avec Belenenses. En sélection, il continue de briller ponctuellement, notamment contre la RDA en 1959 où il inscrit son treizième et dernier but international en 27 sélections. Mais le temps commence à peser sur son corps. Passé la trentaine, son rendement baisse progressivement, même s’il reste capable d’éclairs, comme lors du premier match européen de Belenenses en Coupe des villes de foires contre Hibernian. Une grave blessure lors d’un tournoi à New York accélère le déclin. Il reste au club jusqu’en 1964 avant de quitter Belém à 37 ans. Pourtant, sa carrière ne s’arrête pas là. Il continue encore plusieurs saisons au Portugal puis part au Canada où il joue jusqu’à 50 ans. C’est d’ailleurs là-bas qu’il s’éteint en 2000, à 72 ans.

Matateu a souvent été comparé à Eusébio ou à Pelé. Sans doute parce qu’il possédait, comme eux, cette capacité rare à mêler puissance physique, vitesse et technique dans les petits espaces. Son club et sa sélection ne lui ont jamais offert une exposition comparable à celle des grandes puissances européennes ou sud-américaines, mais ceux qui l’ont vu jouer parlent presque toujours de la même chose : une frappe terrifiante, des dribbles imprévisibles et une manière de traverser les défenses qui semblait parfois impossible à arrêter. À Belém, son nom reste encore aujourd’hui une référence absolue et le Portugal actuel aurait bien besoin d’un attaquant aussi efficace qu’il le fut en son temps.


[1] Ce qui n’est pas du tout le cas. L’origine est fumeuse, elle viendrait de l’argot mozambicain du mot « croûte », le jeune Sébastiao était tellement impatient qu’il se grattait les croutes, « Tateu », il tuait les croutes « Mata Tateu ». C’est moins glamour que huitième merveille du monde on est d’accord.

Numéro 11 : Ricardo Carvalho

« Je n’ai jamais été sociable. J’étais calme, je faisais semblant de boire du vin pour qu’on me laisse tranquille. Mes coéquipiers écoutaient de la musique pendant que je priais avant le match. » Un défenseur, un vrai… Ricardo Carvalho n’avait pas besoin de gesticuler dans tous les sens ni de s’inventer une attitude de petite frappe pour être un tueur. Intelligent dans ses placements, malin sans être vicieux, il a trimballé sa carcasse de Porto à Monaco, en passant par Londres ou Madrid, avec un succès certain et a accompagné quelques-unes des plus belles heures de la Seleçao. Né à Telões, un village d’Amarante, Ricardo baigne dans une atmosphère de labeurs plus que de mots, plaît à Boavista mais accepte sans broncher le veto maternel, avant d’atterrir à 16 ans au FC Porto. Malgré des qualités évidentes, Ricardo peine à faire son trou et ne peut cacher son appréhension les rares fois où il côtoie le groupe pro. « Tiens, gamin, lis le journal » lui conseille João Pinto plutôt que le voir se liquéfier, Carvalho accumule les prêts, avant de revenir plus mâture à Porto en 2001. Profitant du départ de Jorge Costa, Carvalho est un élément essentiel du formidable Porto de Mourinho. Titulaire lors de l’Euro 2004 à domicile et considéré comme le nouveau shérif du coin, Ricardo voit le sacre attendu par tout un peuple s’envoler, une tâche indélébile dans une saison majuscule.

Mourinho, débarqué chez les nouveaux riches de Chelsea, exige la présence immédiate de Ricardo dans ses bagages. Formant une des charnières les plus mythiques de la Premier League avec John Terry, Carvalho remporte trois championnats et trois Cups, sert de charpente à Grant et retrouve son lustre sous Ancelotti mais ne parvient pas à offrir l’Europe à Roman Abramovich. Le Portugal échoue à la porte de la finale du Mondial en 2006, Ricardo perpétue la tradition des défaites frustrantes face aux Bleus. Ayant cherché en vain à forcer son départ pour l’Inter en 2009, Ricardo retrouve à nouveau Mourinho, à Madrid, cette fois-ci. Un Real obnubilé par le Barça de Messi, le Clásico devient un enjeu planétaire mais le physique de Carvalho l’abandonne lors de sa seconde saison. Mauvaise période, il claque au même moment la porte de la Seleçao, après une prise de bec avec Paulo Bento. A 35 ans, d’aucuns lui promettent une fin de carrière en pente douce, ils se fourrent royalement le doigt dans l’œil.

Toujours dans les bons coups, Ricardo assiste au réveil du volcan monegasque et retrouve la Seleçao après trois ans d’éclipse. Fernando Santos en fait l’exemple à suivre dans les vestiaires, il dispute à 38 ans l’intégralité des matchs de poule de l’Euro 2016 mais disparaît en phase éliminatoire. Peu importe finalement, le but libérateur d’Eder lui est dédié, comme à des millions de passionnés. L’œuvre d’un quasi-anonyme de notre sport, et qui le deviendra tout à fait par la suite, au sein d’une formation souvent laborieuse, dont on n’attendait pas grand-chose mais qui franchit enfin le Rubicon. Joli clin d’œil, non ? : « La sélection de 2016 était meilleure en termes d’esprit d’équipe que celle de 2004, car peu importait qui jouait, que ce soit Cristiano ou Nani. L’important, c’était la victoire. De ce point de vue, nous étions très forts même si collectivement, en 2004, avec Figo, Fernando Couto, Cristiano, Rui Costa, Deco, nous étions certainement un cran au-dessus. Mais nous avons échoué en finale… En 2016, il était difficile de nous déstabiliser, ce qui était un de nos atouts, même lorsque nous ne jouions pas bien. »

Em colaboração com meu amigo Khiadiatoulin !

24 commentaires pour "Os Imortais (partie 8)"

  1. Alfredo Puskás dit :

    Très belle fournée. On monte de plus en plus en puissance.

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  2. Alexandre dit :

    Matateu et son frère, c’est un sacré air de famille. Peut-être Vicente serait-il ici devant lui, s’il n’avait été baladé aux quatre coins du terrain durant sa carrière? J’ai souvenir que Matateu le disait plus fort que lui, éh..?

    Je présume en tout cas que voilà la fratrie la plus importante de l’Histoire du football portugais, non?

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    1. Khiadiatoulin dit :

      Peut-être même au niveau mondial… J’ai pas toute les fratries en tête mais un duo aussi bien placé dans l’histoire domestique… En Côte d’Ivoire, on aurait les Touré mais on va pas comparer Kolo à Vicente.

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      1. Alexandre dit :

        Fratrie imbaisable pour l’Europe postwar (avant : je ne me prononcerai pas), et qui coche toutes les cases : les Charlton ==> Injouables à ce petit jeu-là.

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      2. Khiadiatoulin dit :

        Les Charlton évidemment, merci.

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    2. Rui Costa dit :

      Ils auraient pu être au-dessus des Charlton mais le combo Portugal plus Belenenses c’est trop pénalisant.
      Vicente était plus complet mais Matateu pour l’époque ça avait l’air d’être quelque chose, chaque match effectué à l’étranger se traduisait par des commentaires dithyrambiques de la presse locale. De ce que j’en ai vu c’était un profil « à la Pelé » mais avec moins de génie, par contre niveau frappe c’était quelque chose.

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      1. Alexandre dit :

        Franchement, les Charlton : c’est tous deux des légendes de l’Histoire du jeu, pas la même envergure et pas seulement parce qu’ils étaient anglais.

        Le Jacky est peut-être moins connu en France, mais il avait toute sa place dans le top défenseurs 60’s. Et sans doute même davantage qu »un Vicente (que pour ma part j’estime pourtant beaucoup).

        Quant à Bobby.. Crème de la crème du football de son temps et ça n’avait rien d’usurpé, c’est juste pas comparable.

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      2. Alexandre dit :

        Et d’ailleurs, registre « passé par la mauvaise institution » (en substance), Jacky Charlton se pose sacrément.

        Bon.. Il fut précisément des plus virulents dans son équipe, pas étranger à la mauvaise réputation de son Leeds. Mais fondamental du développement de rien à tout de ce club longtemps en-dessous de tout, meneur d’hommes extraordinaire, buteur régulier (un des premiers grands défenseurs-buteurs de l’Histoire du foot européen) et souvent décisif de surcroît..

        S’il avait joué dans un club mémoriellement moins malmené, éh.. Par « moins connu » (Cf. supra), précision : entendre « moins reconnu ». Il n’est plus guère considéré que comme u type impliqué dans tous les mauvais coups, et qui aurait bénéficié de l’aura de son frère (elle a probablement plutôt contribué à l’éclipser)…………mais ce fut un véritable cador, un crack (..dans son genre, certes).

        Je ne regrette pas d’avoir voté Vicente..mais ne pas avoir voté pour Charlton, ça je le regrette : c’est une erreur.

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      3. Rui Costa dit :

        Ah oui il n’y a pas débat, les Charlton sont deux légendes on est d’accord.

        Je disais juste que les deux frères portugais ont aussi beaucoup payé de jouer dans des équipes mineures. Matateu a aussi pas mal payé le fait d’être noir, il arrive un peu avant l’émergence des autres joueurs noirs au Portugal et je pense que s’il avait été blanc il aurait fini par quitter le Portugal tant il était fort pour ce début des années 50.
        Les anglais disent que « seul Matthews était à son niveau », venant d’eux ce n’est pas rien.
        En plus il arrive tard en Europe (à 24 ans).
        Si Vicente avait été au Benfica, il aurait eu une autre visibilité. Mais finalement il n’aurait pas été beaucoup « plus haut », il a joué une WC.

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    3. AlphaBet17 dit :

      Toi qui t’y connais bien en foot NL,niveau fratrie ça donne quoi les Koemann, les De Boer mais surtout les Van de Kerkhof ?

      Et niveau frères qui se posent là, Rai et Socrates, ça envoie du bois aussi !

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  3. Verano82 dit :

    Ricardo Carvalho m’a souvent impressionné. Il ne payait pas de mine, son physique semblait anodin mais il était dur, rapide et bien placé. Très très fort pendant plusieurs années.

    Quant à Gomes, difficile de l’évaluer. Très fort sur le plan domestique, transparent en équipe nationale. Une sorte de Bernard Lacombe ++

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    1. Rui Costa dit :

      Je valide à 100% la comparaison! Bien trouvé!
      En plus Lacombe c’est le même attachement à Lyon où il va passer sa fin de vie, les liens avec un président qui relance le club…

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    2. Khiadiatoulin dit :

      Il est malgré tout important lors du sacre européen de 87. Encore un qui aura manqué le match le plus important de sa carrière. Comme Cristiano finalement.

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    3. Khiadiatoulin dit :

      Carvalho, vraiment un super défenseur. Aucun doute.

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  4. ajde59 dit :

    Matateu, le type de joueur qui m’était inconnu et donc le voir dans les 15 premiers, une découverte.
    Carvalho, l’un des meilleurs de sa génération en Europe, propre et toujours debout à défendre. C’était un régal défensivement.

    Bon, on arrive dans les 10 derniers, un pronostic: Eusebio, Ronaldo, Figo sur le podium, Coluna et Rui Costa pour faire 5, Chalana, Futre, Pepe, José Aguas et Joao Pinto pour faire 10.

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    1. Khiadiatoulin dit :

      Si tu parles de João Pinto de Porto, il est déjà passé.

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      1. ajde59 dit :

        non, l autre

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    2. Khiadiatoulin dit :

      L’attaquant de Benfica n’est pas dans notre top.

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      1. ajde59 dit :

        Ça me paraissait bien haut pour lui, mais je le voyais vraiment passer dans le top.

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      2. Khiadiatoulin dit :

        Dans une liste élargie peut-être mais il n’a pas vraiment été dominant en sélection.

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    3. Khiadiatoulin dit :

      Matateu, un mec que je placerais très haut dans un top africain.

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      1. Khiadiatoulin dit :

        Quand même assez fou qu’il ne soit pas allé chez un mastodonte de Lisbonne.

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  5. Khiadiatoulin dit :

    José Augusto, un qui est rattrapé par la patrouille des images mais difficile de passer à côté. Tu fais bien de rappeler son poids dans les titres de Benfica.

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    1. Khiadiatoulin dit :

      Docteur Jivago, classe comme surnom.

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