Une proposition de top 50 des meilleurs joueurs portugais de l'histoire par deux de nos rédacteurs. Partie 5/10
Para esta quinta parte, uma viagem no tempo e no espaço. Da Madeira dos anos 20 à Inglaterra dos anos 2010, do Mundial de 1986 ao Euro 2016…
Pour cette cinquième partie, un voyage dans le temps et l’espace. Du Madère des années 20 à l’Angleterre des années 2010, de la coupe du Monde 1986 à l’Euro 2016…

Une des rares incursions européennes en terres sud-americaines… Pipi est, pour de nombreux observateurs, la première légende de Benfica. Rival acharné des Cinco Violinos du Sporting, l’auteur de la bagatelle de 15 buts en cinq finales de Coupe est une révolution pour les Águias. Irrévérencieux, versatile, finisseur hors pair et doté d’une personnalité lumineuse, Rogerio doit son surnom à son élégance, sur et en dehors du terrain. Un Pipi, comme on disait à cette époque : « J’aimais bien m’habiller, et un jour, un tailleur renommé m’a invité à poser, m’a offert un costume et un pardessus, et a appelé un photographe d’art. À ma grande surprise, je me suis retrouvé en couverture du magazine. » D’origines espagnoles, Rogerio est un rejeton de Chelas, un quartier de Lisbonne. Après sa quatrième année d’école primaire, il travaille au sein du Grémio das Carnes, où son supérieur n’est autre que le fameux Fernando Peyroteo ! Celui-ci le convainc de faire un essai au Sporting, où il ne brille pas particulièrement, victime selon la légende d’un sabotage en règle de ses coéquipiers du jour qui refusent de lui faire la passe. Le Benfica saute sur l’occasion, Pipi rejoint le club en 1942.
Naissent alors 12 années d’union sans nuage, uniquement traversées par une escapade carioca qui fit date. Évoluant sur son aile droite pendant la quasi-totalité de sa carrière, Pipi permet à Benfica de retrouver le chemin de la gloire (trois championnats et six coupes), s’offre plus de 200 réalisations pour l’institution et devient une des attractions d’un derby lisboète qui tutoie les sommets. La bataille sur la pelouse est farouche mais l’animosité disparaît immédiatement une fois les armes rangées : « Rivaux mais amis. La rivalité était alors pure et sincère. Lorsque nous nous croisions dans le tram, en allant au travail, on se taquinait les uns les autres, sans haine ni colère. Peyroteo était mon patron. Espírito Santo, Jesus Correia et Canário travaillaient ensemble. » En 1947, Pipi reçoit la proposition d’une vie, celle de Botafogo qui cherche désespérément à se défaire de l’encombrant Vasco da Gama. L’offre est alléchante, 40 contos pour une saison : « C’était une fortune car, à l’époque, le salaire mensuel d’un joueur vedette à Lisbonne avoisinait les mille escudos. Personne ne pouvait donc vivre uniquement du football. Au Portugal, on ne s’enrichissait pas grâce à ce sport. Quand je suis parti au Brésil, je gagnais 18 000 réis par mois. En une seule année, j’ai gagné plus que durant toute ma vie. J’ai pu m’acheter une voiture à mon retour, le rêve à l’époque. Avec l’argent du Benfica, j’ai acheté un vélo, que j’utilisais pour aller à la caserne pendant mon service militaire… » Si son expérience au Brésil est positive au niveau financier, elle ne l’est pas au niveau sportif. Peu utilisé et muet lors de ses huit petites rencontres, des rumeurs de désaccords chroniques avec le technicien Heleno de Freitas font les choux gras de la presse. Polémiques que Pipi nettoie d’un revers : « C’est faux. Le docteur Heleno était très gentil. J’ai passé une super année à Rio. C’était fantastique. Je m’entraînais le matin, je logeais dans un hôtel à Copacabana, juste en face de la plage, et l’après-midi j’allais bronzer avec ma femme. Le problème (qui n’en est pas un), c’est que ma femme est tombée enceinte et qu’elle voulait accoucher au Portugal. C’est pour ça que je suis rentré. »
Revenu sur les rives du Tage, Pipi inscrit le but victorieux de la rencontre face au Torino en 1949, la veille du crash aérien, et remporte, domicile, la Coupe Latine 1950, aux dépens des Girondins de Bordeaux. Un épopée partagée avec les Arsénio et Julinho, ses compères d’attaque, mais un plaisir solitaire, quand il se retrouve abandonné par ses coéquipiers, sur une pelouse envahie par les fans et que ces derniers l’incitent à aller soulever la Coupe, à la place du capitaine Jacinto ! Comme d’autres avant lui, Pipi pâtit d’un relatif anonymat international, en raison des temps obscurs, et affronte l’ultimatum du coach de Benfica, Otto Glória, en 1954. Abandonner son travail à la concession de voitures ou abandonner l’entité. Pipi choisit la deuxième option mais refuse à nouveau d’alimenter de vaines controverses : « Il n’y a jamais eu de conflit avec Otto Glória. Il voulait même que je reste. Mais il voulait professionnaliser tout le monde, deux entraînements par jour et tout le tralala, pour un salaire de misère. Or, je gagnais plus en une journée comme vendeur que le Benfica ne me payait en un mois. Alors je suis parti pour Oriental. » La retenue et la classe jusqu’au bout, lui qui n’hésita pas à partager les tribunes avec Jesus Correia, un après-midi de derby houleux. Un Correia qui venait de provoquer leur expulsion commune par une minable simulation…

Si vous avez la chance de visiter la magnifique île de Madère, impossible d’échapper à l’omniprésence de Cristiano Ronaldo. Aéroport à son nom, hôtels, statue, musée, boutiques de luxe, affiches publicitaires, places publiques : l’idole locale est partout. Pourtant, il n’est pas le premier immense joueur portugais né sur cette île. Et si, durant votre séjour, vous avez pris le bus à Funchal, vous êtes peut-être passé par la rue Artur de Sousa, une petite rue près du port où convergent de nombreuses lignes. Une des rares traces encore visibles aujourd’hui de celui que tout le Portugal connaissait sous le nom de Pinga.
Pinga naît à Madère en 1909. L’île qui a accueilli le tout premier match de football disputé sur le sol portugais, à Camacha, en 1875. Très tôt, son talent saute aux yeux et, à seulement 18 ans, il intègre l’équipe première du Marítimo. Sur l’île, il domine largement la concurrence. Mais ses relations avec les dirigeants du club deviennent rapidement compliquées : le jeune joueur rêve de football de haut niveau et veut se mesurer aux meilleures équipes du continent. C’est finalement lors d’une double confrontation entre une sélection de Madère et une sélection de Porto qu’il se révèle aux yeux du Portugal continental. Au match aller, disputé dans le Nord, Porto s’impose 3-1, malgré un but de Pinga. Mais au retour, sur son île, l’attaquant livre un récital. Madère écrase les Portuans 5-1 et Pinga, auteur d’un doublé, martyrise littéralement la défense adverse. Dès lors, le FC Porto n’a plus qu’une idée en tête : faire venir ce phénomène sur le continent.
En 1930, un conflit oppose l’Association de football de Lisbonne aux instances nationales, conduisant à l’interdiction de sélection pour les joueurs lisboètes. Pinga est alors convoqué avec le Portugal pour affronter l’Espagne à Porto. Il ne quittera plus vraiment la ville, où il deviendra une véritable idole. Dès ses débuts sous le maillot bleu et blanc, il impressionne. Intérieur gauche ou avant-centre, Pinga possède une frappe de balle dévastatrice du pied gauche et une qualité de dribble particulièrement moderne pour l’époque. Avec Waldemar Mota — autre grande figure du football portugais et international olympique en 1928 — et Acácio Mesquita, il forme une ligne offensive mythique : Os Três Diabos do Meio-dia, « les Trois Diables de Midi ». Un trio irrésistible qui accumule les buts et permet au FC Porto de rivaliser puis de dépasser les grands clubs lisboètes.
Le sommet de cette génération arrive lors de la première saison du championnat national portugais, sous les ordres de l’entraîneur hongrois Josef Szabo. Porto remporte le titre avec une attaque flamboyante qui inscrit 43 buts en seulement 14 matchs. Pinga, des années plus tard, résumera lui-même l’alchimie unique de ce trio offensif :« Nous étions trois, l’essence même du football. Sans vouloir paraître prétentieux, aucun autre trio ne pourra jamais égaler notre alchimie, même si nous ne savions pas nous-mêmes comment elle s’était créée. »

En sélection, Pinga arrive après l’épopée olympique de 1928, à une époque où le Portugal stoppe sa progression sur la scène internationale. Cela ne l’empêche pas de briller lors de plusieurs grandes victoires à domicile contre la Hongrie, la Tchécoslovaquie ou la Belgique. Face à l’Espagne, il inscrit également quatre buts et gagne le surnom d’El mago de la pelota — « le magicien du ballon ». Au total, il dispute seize saisons avec le FC Porto et remporte encore deux autres titres de champion. Ses statistiques donnent le vertige : 394 buts en 400 matchs. Le 7 juillet 1946, il dispute son dernier match dans un stade comble venu lui rendre hommage, alors que Porto affronte une sélection nationale. À la fin de la rencontre, il prononce une phrase restée célèbre chez les supporters des dragons: « Mes muscles s’affaibliront peut-être, mais mon cœur continuera de battre pour le FC Porto et la ville de Porto. »
Après sa carrière, il entraîne les jeunes du club, avant de disparaître en 1963. À la fin de sa vie, Pinga est considéré comme le meilleur joueur portugais de son époque et reste encore aujourd’hui l’une des plus grandes légendes de l’histoire du FC Porto. Pendant longtemps, le club donnera même son nom au trophée récompensant ses meilleurs joueurs, avant qu’il ne devienne le « Dragon d’Or ». Alors, si un jour vous allez à Madère, souvenez-vous qu’avant Cristiano Ronaldo, un autre immense joueur avait déjà fait rayonner l’île.

Carlos Manuel a inscrit deux des buts les plus importants de l’histoire du foot portugais. Travaillant dans les ateliers de la Comboios de Portugal, « neuf heures par jour à frapper les roues de la locomotive avec une masse de dix kilos », Carlos joue pour la CUF, avant de rejoindre Barreirense. Son talent naissant attisant les convoitises, le Sporting et le FC Porto sont sur les rangs mais le Benfica rafle la mise en 1979. Une saison 1980, somme tout décevante au niveau collectif mais qui permet à notre protagoniste de convaincre le coach Mário Wilson et l’exigent public des Águias. Titulaire indiscutable pendant huit ans, Carlos va régaler l’Estádio da Luz de son activité, de ses brusques changements de rythme et de ses centres chirurgicaux. Mais ce qui fait la particularité de son jeu, c’est sa force de frappe qui détonne dans le panorama local. S’exerçant fréquemment avec l’icône Eusébio en fin d’entraînement, Carlos acquiert une maîtrise du geste sublime qui feront bientôt sa renommée : « C’était drôle, pendant que la plupart de mes coéquipiers étaient déjà sous la douche, je faisais des paris avec Eusébio, l’entraîneur adjoint. La plupart du temps, je perdais, mais je pense avoir bien retenu ses conseils. »
Repositionné au centre du milieu de terrain par Eriksson, un Suédois qui refuse les mises au vert infantilsantes et lui laisse une totale liberté, la Locomotive de Barreiro forme, en compagnie des Shéu, Chalana et Stromberg, l’un des milieux les plus créatifs de l’histoire de l’institution. Ne cédant qu’en finale de la Coupe UEFA 1983, aux dépens d’Anderlecht, Carlos s’offre un doublé national, participe grandement au succès du Portugal lors de l’Euro 1984, avant d’entrer définitivement dans le cœur des ses compatriotes à Stuttgart, un soir de 1985. A la suite à la défaite surprise de la Suède face à la Tchécoslovaquie dans l’après-midi, la Seleçao croît à nouveau au Mondial mexicain et va infliger à la RFA, sa première défaite à domicile en qualifications. Un triomphe surgit des pieds de Carlos Manuel, une mine splendide dans les cages du pauvre Schumacher : « Je pense que Toni Schumacher n’a pas vu le ballon arriver. C’était un tir inattendu, le genre de but que marque quelqu’un qui a l’habitude de tirer de l’extérieur de la surface. C’était tout à fait mon style. Le moment décisif a été l’annonce de la défaite de la Suède en Tchécoslovaquie. L’Allemagne s’était peut-être un peu relâchée mais nous avons réalisé une superbe prestation. Nous n’avons pas dormi par la suite. Après le dîner, je suis resté au bar de l’hôtel et je n’en suis parti que le lendemain matin. Le bar était plein de monde, nos émigrants. Ils devaient aller travailler le lendemain et ils y sont allés sans sommeil. Ils éprouvaient une immense joie à regarder les Allemands d’en haut ce jour-là. Je ne peux qu’imaginer ce que ça a dû être au Portugal… »
De son unique expérience au Mondial, Carlos Manuel gardera le sentiment d’un beau gâchis. Tout avait pourtant bien commencé puisqu’il inscrit le but victorieux face à l’Angleterre mais l’ambiance générale carnavalesque, plus focalisée sur la fiesta et les mojitos que sur le désir de se dépasser, broie les espoirs de sa génération. Identifié comme l’une des figures de proue de la révolte des joueurs, la fameuse affaire de Saltillo, il jure de ne plus jamais jouer pour le Portugal tant que Silva Resende reste à la tête de la Fédération de football. Parole tenue, Carlos arrête sa carrière internationale à 28 ans et 42 capes. Franc, à fleur de peau, toujours prompt à exprimer ses émotions, Carlos Manuel quitte avec perte et fracas le Benfica en décembre 1987, pour un prêt à Sion, avant de revenir à Lisbonne, en tant que capitaine du rival sportinguista. Une expérience humaine extraordinaire selon lui, malgré les hués de La Luz, entre échanges de familiarité avec le brésilien Silas au milieu du terrain et ce maillot offert par Maradona, signe de son appartenance aux grands de son époque. Vainqueur de sa septième Coupe du Portugal avec Boavista, en 1992, auxquelles s’ajoutent quatre championnats avec Benfica, Carlos Manuel se retire en 1994. Clap de fin pour l’un des milieux les plus complets de l’histoire du foot portugais, travailleur, courageux et instinctif, et certainement l’un de ses plus beaux canoniers.

Il y a certains joueurs pour lesquels, au moment de construire un classement, le doute s’installe. Sont-ils vraiment à leur place ? Ne sont-ils pas classés un peu trop haut ? Pour être honnête, c’est exactement la question que nous nous sommes posés concernant Nani avant d’entamer les recherches pour ce portrait. Puis, au fil des lectures et des souvenirs, une évidence s’est imposée : oui, Nani mérite pleinement cette 27e place. Et voici pourquoi.
Né en 1986 à Amadora, dans la banlieue de Lisbonne, Luís Carlos Almeida da Cunha est le fils d’immigrés cap-verdiens. Son surnom, « Nani », lui vient de sa sœur. Il grandit chez sa tante, loin de ses parents, dans le quartier populaire de Massamá, au nord de la capitale. Très vite, son talent attire l’attention des deux grands clubs lisboètes. Il choisit finalement le Sporting, véritable usine à talents orchestrée par le recruteur le plus influent de l’histoire du football portugais : Aurélio Pereira. Dans les équipes de jeunes, il succède à Ricardo Quaresma puis à Cristiano Ronaldo. À ses côtés évolue notamment João Moutinho. Si José Peseiro lui offre ses premières minutes en professionnel, c’est surtout avec l’arrivée de Paulo Bento — son ancien entraîneur chez les juniors — à la tête de l’équipe première qu’il explose véritablement. À seulement 19 ans, Nani devient titulaire chez les Lions.
Très rapidement, il se fait un (sur)nom. Dribbleur imprévisible, explosif, capable de gestes techniques improbables, doté d’une frappe puissante et d’une excellente qualité de centre, il affole rapidement les recruteurs européens. Dès sa première sélection avec le Portugal, lors d’un match au Danemark, il marque directement… sur corner rentrant. Au Sporting, il remporte une Coupe du Portugal et confirme son immense potentiel. Manchester United, encore ravi de son précédent pari venu du Sporting — Cristiano Ronaldo — décide alors de miser sur un nouveau prodige portugais. Le club anglais débourse plus de 25 millions d’euros, soit même davantage que pour Ronaldo quelques années plus tôt.
Et c’est précisément là que commence le principal problème de la carrière de Nani : l’ombre de Cristiano Ronaldo. Au Sporting, à Manchester United, en sélection… il semble constamment condamné à évoluer derrière la superstar de Madère. Pourtant, lorsque Ronaldo manque son penalty lors de la finale de Ligue des champions 2008 face à Chelsea, c’est bien Nani, alors remplaçant, qui transforme le sien avec sang-froid. Après une deuxième saison anglaise compliquée, le départ de Ronaldo au Real Madrid va lui permettre de s’émanciper. Petit à petit, son association avec Wayne Rooney devient le nouveau moteur offensif de Manchester United. La saison 2010-2011 représente alors l’apogée de sa carrière en club : 9 buts, 14 passes décisives — meilleur passeur de Premier League —, un titre de champion et une place dans l’équipe type du championnat. C’est notamment lui qui délivre la passe décisive pour le mythique retourné de Rooney contre Manchester City.
Le début de saison suivant confirme cette montée en puissance. Nommé pour le Ballon d’Or 2011 et prolongé à prix d’or par United, Nani semble alors promis à devenir le « Ronaldo 2.0 ». Mais tout va progressivement se fissurer. Les tensions avec Sir Alex Ferguson se multiplient et le Portugais perd peu à peu cette confiance qui faisait de lui un joueur aussi imprévisible que redoutable. Cela n’empêche pas Paulo Bento de l’emmener à la Coupe du monde 2014. Le tournoi tourne au fiasco pour le Portugal, malgré un but de Nani. Le Nani flamboyant de 2011 parait loin. Il est ensuite prêté au Sporting en 2014 avant de rejoindre Fenerbahçe l’année suivante, où il réalise une très belle saison 2015-2016.
Et c’est précisément cette année-là que Nani entre définitivement dans l’histoire du football portugais. Lors de l’Euro 2016, premier titre majeur du Portugal, Fernando Santos l’utilise dans un rôle hybride d’attaquant de soutien dans une sorte de 4-4-2. Son rôle est clair : tourner autour de Cristiano Ronaldo, lui libérer des espaces et profiter de l’attention permanente des défenses sur la star portugaise. Dans une phase de groupes particulièrement compliquée pour le Portugal, c’est Nani qui inscrit les deux premiers buts portugais du tournoi : contre l’Islande puis face à la Hongrie. Qualifié de justesse, le Portugal affronte ensuite la Croatie, impressionnante jusque-là. Après un énorme combat, Ricardo Quaresma marque le but de la victoire… sur une frappe de Ronaldo repoussée après une passe de Nani.
En quart de finale contre la Pologne, le seul but portugais naît encore de ses pieds, avec une superbe talonnade dans un une-deux avec Renato Sanches. En demi-finale, il inscrit le deuxième but contre le pays de Galles. Finalement, Nani se montre décisif dans toutes les victoires portugaises du tournoi — à l’exception du 0-0 contre l’Autriche. Puis vient la finale. Lorsque Cristiano Ronaldo sort blessé, c’est Nani qui récupère le brassard de capitaine. Positionné en pointe avant l’entrée d’Éder, il réalise un énorme travail défensif et de pressing pour maintenir le Portugal à flot jusqu’au but historique. Si Pepe et Ronaldo restent les figures les plus célébrées de cet Euro, Nani en est probablement le joueur le plus constamment décisif.

La suite de sa carrière sera plus irrégulière. Des passages ratés à Valence ou à la Lazio, mais aussi une dernière belle saison au Sporting, ponctuée par deux nouvelles coupes— ses troisième et quatrième trophées avec les Lions. Viendront ensuite Orlando, Venise, l’Australie, la Turquie, un retour dans sa ville natale d’Amadora, puis même un improbable come-back en 2026 au Kazakhstan, à Aktobe, après deux années de retraite. Mais au-delà de ses dribbles, de ses célébrations acrobatiques héritées de la capoeira, de cette langue coincée dans la joue lorsqu’il accélérait ou de ses grandes saisons anglaises, Nani restera surtout dans l’histoire pour cet Euro 2016. Et rien que pour cela, il mérite pleinement cette 27e place.

« Je préfère mourir pauvre et misérable que de défiler sur le tapis rouge déroulé par les domestiques. » L’Angleterre des années 1970 doit quelques-unes de ses dissolutions à la prestation phénoménale de portiers adverses dans son antre de Wembley. Jan Tomaszewski en 1973 ou Vitor Damas, l’auteur de la citation d’introduction, un an plus tard. Des caractères forts, seigneurs incontestés de leur surface qui marquèrent un saut qualitatif indéniable pour leur pays. Né en 1947, Damas accompagne, dès ses trois ans, sa mère au cours de gymnastique organisés par le Sporting, son grand-père aux entraînements de ping-pong et rejoint la section football à 14 ans. Un rêve devenu réalité malgré des débuts balbutiants : « Carlos Gomes était le gardien de but dont j’étais censé prendre la relève. Il y avait une photo de lui, coiffé d’une casquette, réalisant un arrêt exceptionnel, et chaque fois que je passais devant, je me disais que j’essaierai de faire quelque chose comme ça un jour… Les jours précédents ma première confrontation face à Benfica, j’étais une vraie boule de nerfs. Et quand j’ai foulé la pelouse, c’était comme si j’étais perdu dans un autre monde. La nervosité m’a trahi. Je suis sorti en larmes. » Agile, félin, souple, intrépide et élégant, Vitor garde les cages du Sporting, lors d’un match en hommage à Vicente Lucas, avant de débuter dans l’élite en 1968. Titulaire pendant huit saisons et désormais capitaine, il remporte deux championnats, fait ses premiers pas internationaux et offre à sa ville natale une kyrielle de duels homériques avec la Pantera Negra qui lui octroient un surnom, O Eusébio das Balizas…
Alors qu’il sort d’une campagne internationale satisfaisante au niveau personnel, 1976 est un tournant dans la carrière de Vitor. Pris à parti par son propre public, après une prestation médiocre face à Coimbra, Damas attend en vain une réévaluation salariale de la part de son club et se laisse attendrir par les promesses de Porto. Le Sporting s’y oppose et vend son ultime rempart au modeste Racing Santander ! Si il perd sa place en Seleçao, au profit de son ami Manuel Bento et qu’il voit s’évanouir l’offre alléchante de l’Atletico, Vitor se donne à fond et s’épanouit en Cantabrie, comme aime à le souligner sa fille Rita : « Mon père a joué pour le Racing Santander, où il était considéré comme le meilleur joueur. Durant cette période, il a côtoyé Quinito, qui est devenu un grand ami. Il a vraiment apprécié cette expérience, ce furent quatre belles années. Je crois qu’il était très heureux à cette époque, même si la distance qui nous séparait a rendu les choses difficiles sur le plan familial. Quoi qu’il en soit, mon père a découvert une autre réalité. » De retour au Portugal en 1980, Damas évolue à Guimarães et Portimonense, avant de faire un retour triomphal sur ses terres en 1984. João Rocha, président du Sporting, séduit par une interview radiophonique où Vitor exprimait son désir de finir sa carrière chez lui, recrute le portier de 36 ans qui va garder les cages des Lions pendant cinq saisons supplémentaires ! De quoi s’offrir quelques moments anthologiques, dont une victoire 7-1 face au rival de toujours, et de vivre un Mondial dans la peau d’un titulaire malgré lui…
Ses 29 petites sélections ne rendent pas justice à son héritage. Si on veut apprécier la dimension du personnage, il faut considérer qu’il a débuté en 1969, face au Mexique, pour vivre sa dernière cape, 17 ans plus tard, face au Maroc, au Mexique ! Aucun gardien portugais n’a connu une telle longévité… Un temps en ballottage, avec Zé Gato, le portier de Benfica, son départ en Espagne en 1976, alors qu’il est au sommet de son art, lui coûte quatre saisons de domination. Un exil dont il assumera noblement le prix, mettant toujours en avant les qualités de son successeur, Manuel Bento. Disparu des radars pendant quasiment 10 ans, mise à part une insignifiante rencontre face aux États-Unis en 1980, Damas est la doublure de Bento lors de l’Euro 1984, foule à nouveau la pelouse en amical, face à la Roumanie et le Luxembourg, avant d’être bombardé titulaire lors du Mondial mexicain ! A presque 39 ans et à la suite de la blessure du moustachu de Benfica. Deux rencontres et deux défaites aux goûts amers peut-être mais une récompense amplement méritée pour l’incontestable numéro 1 de l’histoire du Sporting et un des trois candidats les plus sérieux pour celle de la Seleçao…
Em colaboração com meu amigo Rui Costa !
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L’image de Nani qui me reste c’est ce superbe but qu’il enlève à Cristiano contre l’Espagne (en 2010 ? 2012 ?) en effleurant le ballon sur la ligne alors que le score était encore à 0-0 si je ne m’abuse.
Il s’est en effet bien rattrapé en 2016, bien mérité et tant mieux pour lui !
C’était en 2010, juste après le titre mondiale. Le Portugal avait gagné 4-0, avec un doublé de Postiga, des buts de Hugo Almeida et Carlos Martins. Une génération pas exceptionnelle!
Qui était le meilleur entre Helder Postiga et Hugo Almeida… Pas facile…
Postiga est sous-coté. C’est un numéro 9 très technique, mais au mental fragile.
J’ignore qui est rn photo de garde avec Jorge Costa…. Ces deux Mondiaux juniors ont changé le destin de pas mal de joueurs.
Et pourtant, c’est peu dire qu’il a marqué de son empreinte une rencontre face à la France.. 😉
C’est Abel Xavier ?
Bien vu Alex! Je ne l’avais même pas reconnu! Comme il était remplaçant j’avais oublié qu’il y était.
Aucun mérite : mon meilleur pote au collège, métis camerouno-belge, avait exactement la même tête, on l’appelait Abel Xavier (que je n’aurais jamais reconnu sans ça sinon).
Je ne sais pas si ça a changé des carrières, Rui Costa ou Figo aurait brillé sans.
Peixe ne s’en est jamais relevé alors que c’est le meilleur joueur.
Ça a permis au Portugal de rebondir après 86 surtout.
Joao Pinto est double champion du Monde.
Si João Pinto est double champion du monde, il doit figurer à la 1ere place. Eusebio et Cristiano peuvent aller se rhabiller.
Joao Pinto est un joueur important au Portugal, qui aurait largement eu sa place dans le top 🙂
Il y a un autre joueur double champion du monde, c’est Fernando Brassard. Remplaçant en 89, titulaire en 91.
Jamais vu Joao Pinto à la hauteur de la réputation qui lui était faite (et qu’il dut à ses titres en sélection de jeunes??), me rappelle avoir toujours été déçu, et m’être dit qu’il était là faute de mieux devant. Jamais vu comme un argument vraiment déterminant dans ses équipes.
Brassard ? Il avait des origines françaises ? Me souviens de Frechaut qui avait certainement des racines dans le coin. Ou de Petit qui est né à Strasbourg. Sans parler d’Adrien Silva, Lopes (coucou Modro) ou Guerreiro plus récemment.
Je ne sais pas s’il a des origines françaises. Il est né au Mozambique, à l’époque colonie du Portugal, et est le fils d’António Brassard, également gardien de but et qui a joué 34 matchs pour l’Académica de Coimbra entre 1965 et 1970.
João Vieira Pinto compte 745 matchs et 185 buts en tant que professionnel, dont 81 matchs et 23 buts avec la sélection.
À propos de sa carrière, une petite transcription de la presse:
« S’il y a des prédestinés dans le football, il ne fait aucun doute que João Vieira Pinto (JVP) en est un. Avec le ballon aux pieds, il a défié le destin, échappant à un futur de dur labeur que sa condition sociale semblait lui avoir réservé. D’abord dans les sélections jeunes, puis au Boavista, la sélection « A », Benfica et plus tard au Sporting, il a marqué une époque dans le football portugais, devenant l’icône du sport roi lusitanien dans les années 90, surpassant en popularité les noms de Vítor Baía, Rui Costa ou Luís Figo. »
Ah, sa place dans la psyché portugaise, je ne me permettrais pas d’en douter. C’est juste que je ne l’ai jamais vu si fort que ça, ou du moins à chaque fois resté sur ma faim dans mes souvenirs.
@Alex, Joao Pinto ça n’a jamais été un beau joueur. Perso je ne l’ai jamais beaucoup aimé mais c’est un mec qui a forcé le destin, qui s’est toujours battu comme un chien sur le terrain, qui a souvent été décisif avec ses clubs. Il fait partie de ces joueurs que tu ne remarques pas en un match mais quand tu as vu tous les matchs d’une saison. Un combattant, pas si mauvais balle au pied, et une sacrée teigne. Souvent exclu pour des bagarres, notamment contre Porto (avec Paulinho Santos notamment). Et tous ses coéquipiers louent son apport à l’équipe, Figo ou Rui Costa ont fait le forcing pour qu’il soit là en 2004. Scolari a préféré Deco (ce que l’on peut comprendre).
Une sorte de Gattuso/Matuidi qui jouerait plus haut. C’est d’ailleurs peut-être ça son problème, il aurait fait un bon 6!
L’idée de forcer le destin revient chez tous deux ; c’est à ce point?
Puisqu’il est question du Racing de Santander dans le portrait de Damas, c’est l’occasion de se réjouir de leur retour en Liga l’an prochain. Probablement avec un autre revenant du Nord, le Depor la Coruña.
A Santander, il a connu quelques joueurs prometteurs comme Arteche, Quique Setien ou encore Marcos Alonso avec Maguregui comme coach de fer.
Oui, y a toute une mode de recrutement de joueurs portugais de renom vers le milieu des années 7-0 début 80. Alves à Salamanque, Oliveira au Betis, Damas à Santander, Jordao à Saragosse ou Gomes au Sporting. Finalement, c’est certainement Alves qui s’en est le mieux sorti.
L’après 74 c’est une sacrée exode. USA et Espagne surtout.
Vous avez d’autres exemples de gloire européennes ayant joué en Amérique du Sud à cette époque ? Mise à part Langara et Zubieta ?
Pour Pipi, j’ignore si il edulcore sa relation avec Heleno de Freitas parce que le technicien brésilien était connu pour être difficile.
Et j’aime bien l’anecdote des rivaux sur le terrain qui se retrouvent le lundi dans la même entreprise.
Je ne sais pas mais outre le caractère d’Heleno, il a dû subir un choc avec l’exigence tactique d’Ondino Viera. D’ailleurs, il ne joue pratiquement pas alors que le Fogão a Santo Cristo comme ailier droit, un nom qui n’est pas passé à la postérité.
Je n’ai pas d’exemple… mais hors exil pour des raisons extrafootballistiques, je ne vois pas quelle gloire serait allée en Amsud alors que les rémunérations y étaient bien inférieures à ce qui était généralement pratiqué en Europe.
Je ne sais pas trop/plus (lu les portraits ce matin / pas le temps de les relire) qui te vises par « à cette époque », mais je me demande si j’avais pas voté pour Neil Franklin pour le top défenseurs 40’s, et lui joua en AmSud, non??
C’est marrant, Nani ne m’a jamais paru si déterminant. Très bon joueur, certes, mais voilà quoi.
Vivement Anthony Lopes dans ce top !
Oui c’est pour ça que j’introduis ainsi.
En écrivant le portrait j’ai vraiment eu un doute.
Mais objectivement il mérite entre sa carrière à United, son euro où il est déterminant etc.
Dans un top dans 30 ans il y sera sur. Aujourd’hui on le compare à ses contemporains et c’est pour ça qu’il est en-dessous.
Mais au Portugal il mérite d’être au-dessus de Pauleta par exemple. Meilleur en sélection, joué dans des meilleurs clubs, championnats, gagné une C1…
Le seul Portugal de Lyon qui aurait pu y être c’est Tiago!
portugais
Comment ça aurait pu ? T’es en train de me dire qu’il n’y est pas ? Je boycotte ce top désormais !
Tiago, bordel, je l’avais oublié celui-là. Très bon joueur, mais trop irrégulier d’une saison à l’autre, des blessures je crois bien dans son cas. Il a du faire une énorme saison à Lyon en 2006, peut-être une aussi à Chelsea avant et une autre après chez les Colchoneros, mais entre toutes, c’était moins folichon.
Il était très bon à l’Atleti, non ? Un des hommes de base des premières saisons du Cholo dans mon souvenir.
@ajde ses 2 saisons à Lyon sont de haute volée. A Chelsea il est important, à l’Atlético il se refait une jeunesse et il y est très performant. Par contre il foire son passage à la Juve.
Bon, j’ai relu un peu le reste de sa carrière, notamment en sélection, et ok, il n’a pas marqué les esprits à ce point. Mais se faire doubler notamment par un mec qui s’appelle Pipi…
Verano et Modro, ah oui mais tout à fait d’accord sur Tiago, excellent sur certaines périodes à Lyon et Atléti, mais je disais juste qu’il n’avait pas enchainer enchaîner plusieurs saisons de suite à ce niveau là au cours de sa carrière.
Modro. Hihi Pipi, qui est mort quasiment centenaire, est considéré par Benfica même comme sa première idole absolue. Au-dessus des Francisco Ferreira ou Espírito Santo.
Thiago Mendes, oui, super joueur. Dans un top 100, aucun soucis.
Aujourd’hui un Joao Pinto est cité devant tous ces joueurs par contre! Ils ont eu trop d’idoles! Autant les premiers sont évidents autant après il y a pas mal de joueurs qui se valent. Dans les récents seul Luisao se fait une place. Plusieurs autres joueurs comme l’homme au scotch nasal reviennent.
Nani ok dans les 50, mais si haut ? Mouais, à moitié convaincu. In dividuellement, il n’a jamais été non plus un très grand joueur, la star de son équipe. Collectivement, ça se tiens dans ce qui est mentionné dans son paragraphe, mais aurait pu en mettre une dizaine comme lui, mais un titre en sélection change beaucoup de chose à vrai dire
Pinga ça veut dire la même chose en Portugais qu’en Espagnol ? C’est pour un ami haha
Haha. Pinga, c’est la première star portugaise d’avant-guerre que j’ai rencontrée. Et mec indépassable au FC Porto avant quelques décennies.
Pinga en portugais c’est une goutte. Souvent d’alcool 🙂
Est-ce qu’on peut dire de Carlos Manuel qu’il est un Moutinho qui jouerait vers l’avant ?
C’est plutôt l’inverse en réalité : Moutinho est un Carlos Manuel qui joue vers l’arrière.
Carlos Manuel était bien plus offensif et capable de dribbler. D’ailleurs, il était sur le côté droit pendant une partie de sa carrière. Et pour m’être intéressé à lui depuis un moment, son but face à la RFA en 85 n’est pas un acte isolé. Il en toute une cargaison de buts lointains avec Benfica. Pas des frappes avec beaucoup d’effets mais sèches. J’adore ce joueur.
T’as toujours aimé les moustachus.
La stache revient à la mode depuis quelques temps chez les jeunes. Rien que pour ça, Carlos Manuel devrait être réévalué à la hausse.
À propos de Carlos Manuel, nous pouvons citer un autre but parmi les plus importants du football portugais. C’est celui qu’il a marqué le 28/10/1983 à Wroclaw lors de la victoire 1-0 contre la Pologne, pendant les qualifications pour l’Euro 84.
C’est vrai Jordão. Des buts souvent spectaculaires et décisifs. D’ailleurs, c’est dommage qu’il ait arrêté la sélection aussi tôt.
Il a cessé d’être sélectionné en premier lieu pour avoir été suspendu, à la suite de Saltillo, puis de sa propre volonté pendant que la Fédération était présidée par Silva Resende, ce qui a duré jusqu’en 1989.
Et perso, j’ai beaucoup d’affection pour la figure de Damas. Capable de réflexes étonnants. Un des tres bons gardiens de la décennie 70 qui n’en manque pas.
Zé Gato, son rival au Benfica a également une petite cote.
Il a trouvé son chemin depuis.
Je suppose que les champions de 61 et 62 vont faire une entrée en force vers la fin ? combien y en aura-t-il ?
Y compris votre chouchou Costa Pereira ?
Nous on ne veut pas de problème avec Verano, on censure Costa Pereira!
Tout lu, chouettes portraits.
Modro, je suis déçu que tu n’ais pas fait une blague sur Payet qui aurait suivi les traces de Pipi à Rio!